Monthly Archives: mai 2012

Portés par le vent

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Tu voles
Porté par tes grandes oreilles
Au-dessus des mers et des continents
Le ciel c’est ton appartement
Tu le meubles avec des rires
Car une armoire pèserait trop lourd
Et des fauteuils assortis n’accueilleraient personne
Même le vent ne s’y enfoncerait pas
Ses pollinisations un moment suspendues
Je te regarde entre mes doigts
Comme les enfants à qui l’on a défendu
De lever les yeux vers Dieu quand Il descend parmi nous
Je te regarde et je ne vois parfois
Qu’un oiseau rattrapé par une flèche
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Aujourd’hui, mauvais temps, l’olivier a cessé de lutter à quoi bon
Il n’a plus aucune utilité, la paix est rompue, les escadrons sont prêts
Sous la mitraille pourtant certains trouvent fortune
Près des remparts des châteaux perchés en haut des collines
Les immortelles poussent, souvenirs des parfaits
Qui aux temps anciens
Se sont jetés des tours en flammes
Dans de longues robes blanches
La vie n’est rien et l’argent encore moins
Sous la mitraille pourtant certains trouvent fortune
Mais que fait donc ce dieu si miséricordieux
Que ma mère appelle le soir du fond de son grand lit
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La clé tourne cent fois sur une porte absente
Que l’on dessinera demain ou bien plus tard
Sur un plateau lointain l’herbe assoiffée patiente
On entend les derniers soupirs d’une guitare
Quand tous les voyageurs ont trouvé le chemin
Ne laissant que poussière et sourires éteints
La maison silencieuse où pas un chien n’aboie
Referme la fenêtre au volet déjà clos
Les lits ont revêtu leurs costumes de soie
Le vent se tait, s’élève alors le chant de l’eau
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Sur le pont de la péniche, il y a un vélo neuf
Un fil à sécher le linge, un pyjama rayé qui flotte
Et moi dans la cabine, j’ai une pharmacie grise
Une petite pharmacie de rien du tout
Trois glaces et deux tiroirs coincés
Un interrupteur électrique sur le dessus
Empoussiéré, il n’a jamais servi
Un jour ils partiront sur le vélo rouge
C’est facile de brûler sa vie quand on est jeune
Dira la bicyclette au fil à sécher le linge
C’est facile de dire qu’on a raté sa vie quand on est vieux
Dira la pharmacie au pyjama rayé
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Immobiles derrière une vitrine des pantins
Regardent la rue animée d’un air indifférent
Des pas résonnent sur le gris des pavés
Une oreille attentive saurait les reconnaître
Et même préciser qu’avant les pavés
Ils côtoyèrent le gravier
Quand cesse le rythme régulier du promeneur
La clochette d’entrée s’agite joyeusement
Les figurines de carton tout à coup souriantes
Se mettent à danser
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A la barre : Eclaircie
Sur le pont : Elisa
Enveloppée dans le grand perroquet : Tequila
Au sommet du mât d’artimon : Héliomel
A fond de cale : 4Zetc.
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Contes et recettes de la lune

La callopsitte en colère a mordu la lune

Quand le jour lui a promis

De lui donner un chant de sirène

Pour charmer les poissons du bocal

Echanger le verre coloré

Contre le barreau froid et le bois vermoulu

Admirer la nageoire sur le perchoir

Et prendre le premier bain de sa vie

Le soleil fâché de voir la belle emplumée

Aux joues à lui ravir sa superbe

Blesser son amour même impossible

D’un coup sur la patte

L’envoya balayer le plancher

Et lui cloua le bec sur l’amphore d’Oscar

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Un oeil

Sphère livide et incomplète

Au-dessus des toits paisibles

Fixe la nuit claire

En bas là où l’horizon se pare

De lumières scintillant comme des étoiles

La montagne s’est effacée

Laissant s’étaler une mer étrangère

Sans doute en villégiature

Celle-ci berce un immense navire

Les vagues ne tarderont pas à le mener jusqu’à notre maison

Qui se met à rouler et tanguer

En fredonnant une ode au clair de lune

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Pour que l’eau reste claire

On doit la caresser

Dans le sens du courant

Nuit et jour

Même les jours fériés

Même les nuits sans lune

Il faut la réchauffer

Quand l’hiver est trop rude

Et quand il fait trop chaud

Lui conseiller de boire

De boire sans soif

Son eau

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Prenez 500 grammes de rires

De préférence de gorge

Rejetez les rires de circonstance

Ecartez les rires jaunes et les éclats

Versez lentement

Quelques larmes douces

Ajoutez un peu d’ironie

Un zeste de mélancolie

Faites cuire à yeux doux

Au premier tremblement

Lorsque le ciel frémit

Coupez net vos rires

En tranches de vie

Essuyez vos mouchoirs

Un moment de bonheur s’envole

Il vous reste un fou rire

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Contes et recettes mis en ligne par Eclaircie, Héliomel, 4Z et moi-même.

Valérie Rouzeau – Aéroport mes chaussures vertes

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Aéroport mes chaussures vertes
Délassées et moi en chaussettes
J’ai grimacé dans chaque miroir
À la pointe des pieds coton bleu
Aïe la tremblerie des voyages
Il faudrait ne boire que de l’eau
Ça ferait de meilleurs nuages
Qu’une mauvaise tête dans un hublot
Une méchante tête évapeurée
Quelque chose d’international
En petites bouteilles interdites
Au-dessus des profonds poissons
Mal à mon ouïe mal à ma nuque
Je sens pousser mon cœur navré.
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Valérie Rouzeau
VROUZ
Éditions de La Table Ronde -2012-
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Un poème de Robert Marteau.

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« Métamorphose des amants
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De partout la nuit craque et se fend
Et les amants se retrouvent couverts de plumes
Avec un peu de sable sur les doigts.
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Les amants ont soif dans leur lit desséché
Car toute l’eau est partie se noyer dans la mer ;
Et les coqs à la fenêtre se poussent du jabot
Picorant dans la vitre les dernières étoiles.
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Amants qui portez des panaches blancs et des couteaux
Saignez ces coqs et dans un plat de faïence
Répandez leur sang : qu’ils dorment, qu’ils dorment
Dans le cercle de craie où vos bras les ont clos. »
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Robert Marteau (« Royaumes » 1962).