Monthly Archives: avril 2012

Nous n’étions plus là

 

On les a porté ces bourgeons qui fleurissent à l’intérieur

On l’a refait cent fois ce petit lit de feuilles au-dedans

où venait boire son sang l’innocente bête

 

Puis tout prit le grain de l’ombre

 

S’éclairant d’abeilles la lumière nous chercha

parmi les venins et les corolles

parmi les grands silences terribles

 

Nous n’étions plus là

mais dans des maisons de cendre

habitées par de bienveillantes fumées

Elles seules savaient nous dire

la branche à rajeunir

l’œuf à dépoussiérer

et l’étoile à polir

 

Car oui

nous étions enfants des flamboiements

Et l’émerveillement fut toujours le même

de voir à l’aube l’océan jeté ses coquilles

sur la motte écarlate du jour

sortant de terre

La musique de l’eau

.

Il avait choisi pour le voyage

Une cage d’ascenseur déserté des oiseaux

Un tapis suffisamment râpé pour être confortable

Quelques feuilles naissantes

Un étranger que l’on croise en silence

Sûr de ne pas être reconnu

Quand la glace reflète l’enfant que l’on n’a jamais été

Il avait écrit un chant de cigales

Passant l’hiver à la neige

Pour cacher leurs amours

Sous les flocons de poussière de ces planètes

Qui l’auraient accueilli

Si elles n’avaient pas disparu

Puis il est rentré

Il a salué son voisin et les arbres

Impatients de son retour et jaloux de son silence

.

Ce serait un petit chat endormi

Sur les gravats tristes

D’un chantier abandonné à la pluie

.

Parfois un air fredonné

Par une bouche close

.

Ce serait un printemps

Et des rats hésitant

A mouiller leurs petites pattes

Délicates et roses

.

Ou alors ce serait un train qui s’arrête

Dans une gare sonore et joyeuse

Pour laisser monter dans le wagon de tête

Une muse qui s’ignore

:

Quand les eaux se font sanglots

Le torrent  qui les emporte

Asperge les rives abruptes

De buées de désespoir

De sauts d’humeurs froides

.

Déveines sur le porphyre

Coulez flots de misère

Emportez les chagrins

Les brins  d’illusions

Comme fétus de paille

 .

La mer est là qui vous attend

Pour laver vos affronts

Panser vos cicatrices

Pour vous redonner

Votre virginale transparence

.

Quand un nuage est rouge

C’est que l’océan martyrisé

Se fatigue devant trop de malheurs

Alors aux coins des yeux du désert

Pleurent les  roses des sables

.

Depuis que nous regardons ailleurs

Les réveils n’indiquent plus l’heure

Ni les panneaux le meilleur des dentifrices

Ni les nuages l’orage en perspective

Ni des pas sur Mars et Saturne leur colonisation

Ni l’ombre puis l’éclaircie la fuite des jours

Ni des gants fourrés des mains frileuses

Depuis que nous regardons dans la mauvaise direction

Le soleil n’éclaire plus la lune avec tendresse

Il se contente d’en balayer la surface

On n’y trouve plus aucune feuille morte

Alors nous levons les yeux et au plafond apparaissent

Des lézardes comme des fleuves sur une carte de géographie

.

Par :

Élisa-R, Héliomel, 4Z2A84, Éclaircie

.

Un Poème en Prose d’André Breton.

.
« Dans la craie de l’école il y a une machine à coudre ; les petits enfants secouent leurs boucles de papier argenté. Le ciel est un tableau noir sinistrement effacé de minute en minute par le vent. « Vous savez ce qu’il advint des lis qui ne voulaient pas s’endormir » commence le maître, et les oiseaux de faire entendre leur voix un peu avant le passage du dernier train. La classe est sur les plus hautes branches du retour, entre les verdiers et les brûlures. C’est l’école buissonnière dans toute son acceptation. Le prince des mares, qui porte le nom d’Hugues, tient les rames du couchant. Il guette la roue aux mille rayons qui coupe le verre dans la campagne et que les petits enfants, du moins ceux qui ont des yeux de colchique, accueilleront si bien. Le passe-temps catholique est délaissé. Si jamais le clocher retourne aux grains de maïs, c’en sera fini des usines même et le fond des mers ne s’illuminera plus que sous certaines conditions. Les enfants brisent les vitres de la mer à cette heure et prennent des devises pour approcher du château. Ils laissent passer leur tour dans les rondes de nuit et comptent sur leurs doigts les signes dont ils n’auront pas à se défaire. La journée est fautive et s’attache à ranimer plutôt les sommeils que les courages. Journée d’approche qui ne s’est pas élevée plus haut qu’une robe de femme, de celles qui font le guet sur les grands violons de la nature. Journée audacieuse et fière qui n’a pas à compter sur l’indulgence de la terre et qui finira bien par lier sa gerbe d’étoiles comme les autres quand les petits enfants rentreront, l’œil en bandoulière, par les chemins du hasard. Nous reparlons de cette journée entre haut et bas, dans les cours royales, dans les imprimeries. Nous en reparlerons pour nous en taire. »
.
André Breton – « Poisson Soluble » (1924).
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Les nénuphars meurent sous les pavés

Et puis leur tronc drapé de soieries roses

Les arbres valsent autour d’un feu amical

Là-haut la lune souffre des dents

Elle qui aimait aimer l’astre diurne

Qui a fait ses bagages pour quelques jours

Alors les forêts dansent et chantent

Des nuées d’oiseaux de toutes sortes

Volent le plus haut possible

Avec dans leur bec trilles et fleurs

Une tête sur un corps
Quand les éclairs se sont éteints
(Il n’y avait pas d’orage)
Saisit ses mains
Croisées à la fenêtre
Pour s’assurer que les œufs sont au chaud
Dans la chevelure du vent
Les passants s’inquiètent de l’heure du déjeuner
Sur l’herbe des pieds égarés
Chantent l’alouette ou la girouette
Dans la gare les guichets se réfugient
Derrière les paupières restées ouvertes
Et les yeux deviennent ces deux nénuphars
Sur l’étang gelé

Tous les viaducs qui sortent de mon œil
Sont les reflets de lignes en désordre
Une hirondelle a fait son nid dans ma crinière
Et l’aile du néant chasse les météores
Loin de l’étoile fixe : un Lion que son orgueil
Oblige à traverser sans radeau la rivière
En nageant comme au ciel avec grâce une raie
La main ne saisit pas l’essentiel elle emporte
Quelques poils – la fourrure appartient au furet
Et le vent belliqueux qui la claque à la porte
Je me rendors  Un rêve inachevé
Trouve ma corde y suspend le pavé

Prendre des cailloux
Concevoir une œuvre d’art
Un Cheval sans oxer
Ça ne fait pas un pli
C’est le palais idéal
Celui qu’on se construit
Avec les galets menhirs de la nature
Ils attendent tous leur facteur
Savoir observer, ramasser
Il faut du génie, du temps, une brouette

4ZA84, Elisa, Eclaircie, Heliomel se sont promenés sur les viaducs, là où poussent les nénuphars et les pavés.

 

Poème à la mouche

 

 

Une carpe au grand air

brillante et surdouée

commençait d’écrire un livre

Elle s’était amourachée du vent

qui lui tournait les pages

et qui par quelques remous

quelques courants légers sur les flancs

lui rappelait le bon temps

Elle écrivait ainsi toute la journée

affublée d’un pince-nez

préférant encore au parfum des fleurs

celui des vases

Après avoir lu tout ce qui s’était dit

elle entendait écrire tout ce qui n’avait pas été vu

la petite peau morte à l’aube

au coin de l’œil du grillon

les grands gestes clairs de la lumière

coulant entre les pierres

la pluie qui fait son nid

dans la haie de nuages

Cela lui demanderait de longs jours

de longues nuits hors de l’eau

L’eau dilue les sens disait-elle

Et les herbes riaient

La lampe sous le boisseau-Philippe de Boissy

Sur la page d’accueil de son site,  ces mots :

« J’aime tout de mon vivant. Le moindre insecte me fait vivre. J’essaie de peindre ce qui peut exister entre notre oeil et le monde, qu’on ne verrait vraiment que les yeux clos. J’ecris pour ne pas mourir tout de suite, mais lentement, entre deux fourmis. »

Ecrivain, peintre et poète, Philippe de Boissy habite une ferme en Isère.

Il a publié une trentaine d’ouvrages : poésies, nouvelles et romans, aux éditions Flammarion et dans des revues (NRF, Esprit, Sud…).

Il a obtenu la bourse Guy Levis Mano de poésie en 1985, avec la publication de La lampe sous le boisseau.(extrait de sa biographie)

 

« La lampe sous le boisseau » est un recueil ré-édité à compte d’auteur sur du très beau papier et dont la couverture reproduit un dessin de l’auteur.

Des écrits courts, délicats, souvent liés à la nature qui l’entoure. Soucieux du monde, des hommes, l’auteur nous offre là une centaine de poèmes.

Extraits de cet ouvrage :

Heureusement que ce peuplier

A choisi de vivre

La tête haute

.

Grâce à lui

Je vois

.

.

.

L’ordre du jour était

de n’en pas revenir

.

On mourrait

.

C’était compter sans le contre-ordre

Des regards

.

Au-delà de cette limite

.
.
.

Sous les nervures de Guimard
c’est l’orvet qui se grincerenifle,
avalant grillons endémiques
du micro climat d’entre-sol
et crachin fourbu d’hygiaphone.

Ça tambourine d’outre sombre
tout en flammèches de virages
dans le bourdonnement des fronts
mollets, œufs au plat sur la vitre
des mécaniques ondulatoires.

En un éclair de la surface
d’une happée bleue à l’air libre
jusqu’au retour de la torpeur
ne met pas tes mains sur la vitre…
Pourrais te faire pincer fort.

Où les veilleuses souterraines
gloussent en comètes défrisées,
c’est Dubo-Dubon-Dubonnet (bis)
et pas le pays du sourire.

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Je n’aime pas le piano

Sur « La Gnossienne n°1 d’Erik Satie »

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Les oreilles envahies de sons. Je n’aime pas le piano. Pourtant, l’instrument est beau, la musique belle, l’artiste doué, oui, les doigts virtuoses, oui. Mais je n’aime pas le piano.
Ma psy l’explique par un traumatisme de l’enfance : Grand-mère m’a acheté un tel instrument, enfin presque. Cinquante centimètres de large, vingt de haut. Des cordes comme des baguettes de brasure pas même d’argent, non plus de cuivre; un clavier qui n’a pas résisté à ma première pulsion.

Comment leur dire ?

J’entends, j’écoute, j’entends à nouveau, réécoute…et encore…

L’eau ricoche sur les galets
La pluie en résonance
Digitales assoiffées
Les perles les désaltèrent.

Le noir, le blanc, la peau
Douceur de la lumière
Ancolies
Doigts de fée en calice
Cascade légère.

S’égrènent le temps, les notes
Les bribes.

Allongée sous la rosée
Les étoiles pour seul ciel
Se dire que l’on a aimé
Que l’on aimera peut-être encore…
Plus tard.

 

Départ

 

L’herbe scie le vent

 

On entend de grands bruits

Sûrement les arbres qui s’en vont

 

Entre elles les fenêtres se regardent

Les portes frappent pour qu’on les ouvre

 

La pluie repart d’où elle venait

 

Il n’y a pas si longtemps

la lumière fit un geste

à toute chose

 

Les ombres les premières

nous quittèrent