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Un poème de Claude Vigée

L’accalmie
(Windstille)
Revisitant ce soir, au début de l’automne,
les bosquets du vieux parc qu’envahira la nuit,
j’ai murmuré devant ton prunellier d’Asie :
« Douce petite Evy, la nuit déjà revient plus tôt ;
vis, du mieux que tu peux, car ce sera juste pour nous deux,
ou sans moi s’il le faut, dans le ciel profond tout là-haut
où germent brume et vent qui tombent en septembre.
Seul ton ample manteau de feuilles d’un roux sombre
étincelle encore, un instant sans fin, sur ma tête blanche
dans la voie lactée des ténèbres.

(5 septembre 2007) »

CLAUDE VIGEE

Chute

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J’ai perdu le chemin celui qui mène aux arbres
Murmurant dans la nuit aux torrents intrépides
Quand la lune assoupie repose sur les cimes
Et que dans tous les champs les sillons sont de marbre
Les semences frileuses attendent le manteau
Qu’il leur faudra porter pour éclore un matin
Même si le pas lourd brisant le renouveau
Titube sans repère automate incertain
Les lèvres ont perdu la force de s’ouvrir
Pour envoyer l’écho que la colline appelle
Il reste dans les draps un peu de la couleur
Qui me montait aux joues bien avant de s’enfuir
Envelopper l’oiseau frissonnant sous son aile
Quand tout était vibrant à la moindre lueur

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Grues et rouilles

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De vieux rafiots limassent,
Dans l’eau pétrolifère
C’est d’où pendent ces lignes.

Des cornes et leurs cocus
De brume encore geignant
S’en vont de bars en bars,
Chaotiques ballots.
Sur diables, pauvres diables,
Suivant les « kenavo »…

Toujours entre deux eaux
Ils vont dans la mouillure
Où les grues et les rouilles
S’articulent et déploient
Leur art de l’équilibre
Pour y trembler la nouille.

Et puis en rentrant tard
De brume encore geignant
À la main d’un vieux clop
Ils se tiennent aux bittes
De l’aube aux goélands
Où des boutres s’enlacent.

De vieux rafiots limassent,
Dans l’eau pétrolifère
C’est d’où pendent ces lignes.
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