Historique du mois : décembre 2011

Un poème de ROBERT SABATIER

 

« Ode à la multitude
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L’oiseau du rêve est l’oiseau de demain.
Frère du livre il te faudra voler
Comme une page arrachée à l’azur.
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Aller de l’un à l’autre comme on danse
La farandole et cueillir tant de mains
Qu’on ne sait plus très bien où sont les siennes.
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Je parle en toi, je chante par ta bouche
Et je t’entends par l’oreille d’un autre.
J’ai tant de corps pour y placer mon âme.
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Sommes-nous mille ou cent mille peut-être ?
Levant les yeux je vois les galaxies,
Tant de soleils sur les foules du siècle !
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Il passe en moi le feu de ces poitrines.
Mes brasiers, je ne vis que par vous
Et je me mêle à vos flammes certaines.
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A perdre haleine, ô le donner mon souffle,
Mourir en moi dans une extase folle
Pour mieux revivre en d’autres désirés.
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O multitude éparse qui s’anime
De tant de voix par la seule parole
D’un homme seul qui se veut le cratère
Du grand volcan de l’amour unanime. »
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Robert Sabatier « L’Oiseau de Demain » (1981).
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Pour léviter

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Prendre son temps délicatement,
le conduire,
l’accompagner,
à l’intérieur d’un carafon sans bouchon.
Quand il est dedans,
poser sur le goulot un papier blanc buvard
pour que, dans le silence retrouvé,
il se calme. Laissez-le macérer,
méditer,
chantonner tout son saoul
son « quelque chose à faire ».

Une fois assoupi
(compter quelques heures,
quelques jours ou quelques mois,
selon la gravité du cas…
),
retourner la carafe comme une boule
où la neige tombe sur votre sacré cœur.

Et,
si votre terre à terre de « quelque chose à faire »
est suffisamment endormi,
vous pourrez constater que votre main qui touche
repousse le petit souffle rationnel
qui vous empêche d’être votre propre plume,
d’être détaché du sol de votre pensée.

Alors,
si tout va bien,
vous lévitez !
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L’ORCHESTRE ATOMIQUE

 

Quelques traits emplumés sur la neige fondant
Se perdirent en chemin dans la brume naissante
C’est le bruit d’une fête qui guida chaque boucle
Vers la droite puis la gauche vers le haut puis le bas
De forêts en chemins de longs champs en collines
Ils marchèrent dans la nuit en chantant eux aussi
Ils rirent de leurs chutes et glissèrent souvent
Firent tant de bruit que jamais ils ne trouvèrent
La maison de Noël chaleureuse et si gaie
Installée bien au fond de leurs poches béantes
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Sur les toits se sont rassemblés les orphelins
Qui n’ont plus rien à perdre
Pourtant rues et maisons disposent de tout le confort
Pour y vivre sans souci en parlant du temps
D’ailleurs des voix montent
Des rires réveillent les chiens endormis aux pieds de leurs maîtres
Assis sur des chaises devant les portes
Un chant traverse la campagne
C’est une rivière dit-on
Mais qui peut s’en porter garant
La mer aussi a sa chanson
Et de gros poissons par milliers
Dès qu’on détourne son regard du ciel
Y font la cabriole ou s’y poursuivent
… Hors d’haleine
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La girafe essuie le coup du lapin
à grands battements d’aile
Tu me rends sévices
assure le léporidé ridé
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Le zèbre a ses rayures toutes froissées
Dans sa loge, le tapir est désespéré :
Et mon fer à repasser qui se trompe d’olifant
Il importe à l’Autruche de gouverner le monde
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L’hyène a mauvaise haleine
Se dit la baleine lapis lazuli
En comptant les moutons
Que fait l’océan
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Bon on commence maugréa le phacochère
Le ciel est bleu comme le rocher de Vincennes
Comment, tu coupes les chevaux en quatre ?
Tu me fends le cœur et les sabots
.
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Du mouton ou de l’ours,
Les oreillers décousent les rêves
Pour en garder le fil et broder un feston
Que les moutons avant d’être aspirés par le vent
Peindront en rouge comme les poissons
Ceux dont les écailles servent à confectionner
Les manches des couteaux
Avec des lames de fond bien tranchantes
Dans le vif du froid polaire ou dans l’ours
Dont on ne vend pas la peau
Mais que l’on garde comme un trésor enfoui
Bavard à ses heures pour les absents
L’animal est doux comme un agneau
Il dort en son coffre sur lequel les invités sont assis
Et grogne de contentement lorsque tous sont partis
.
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Les Auteurs :
Eclaircie,
Elisa – R,
Héliomel
et moi-même.
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L’océan est un arbre

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Hégémonique jusqu’à la folie

Un jour, la mer fut prise de flaques en délire

Elle dressa les cartes qui lui permettraient

De se refaire une nouvelle virginité

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Des continents certifiés disparurent

Iles anarchiques,  pôles instables

Ecueils, récifs, bancs de coraux

Parfait palimpseste tout fut effacé, gratté

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Libérée de ses oripeaux

Elle s’attaqua aux rivages

Rabota des falaises hautaines

Combla des estuaires nonchalants

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Quand elle eut achevé son œuvre

Elle se tourna vers le soleil

Sa lumière éclairait la Pangée

Satisfait, l’océan roula le parchemin

. .

Cette forêt qui frémit au fond d’un aquarium

Si elle parlait ne dirait pas l’essentiel

Elle se contenterait des mots les plus vagues

Pour nous décrire les poissons

Quand on les juge inaptes au métier de bûcheron

Il y faut des bras solides

Tous reviennent du centre d’examen la queue basse

Admissible la pieuvre échoue à l’oral

Pourquoi toujours marcher un pied devant l’autre

Pourquoi tendre l’oreille lorsqu’un ange passe

Exige-t-on du nuage qu’il présente son passeport aux douaniers

Se détourne-t-on d’une dinde privée de marrons

Tous les arbres ne fleurissent pas en hiver

Ni toutes les vagues le samedi soir après leur bain

.

Il faudra garder les yeux levés vers le ciel

Parce qu’il est de la couleur des bons souvenirs

Il faudra garder les jolis rires des jours de pluie

Parce qu’ils ont l’odeur des bons moments

Son départ n’est pas grand-chose d’autres

Qu’un paysage mille fois plus triste

Qu’une absence remarquable par le trou du silence

Qu’elle laisse béant longtemps encore après elle

Dans nos mémoires surchargées de faits divers

Il faudra farder nos visages de sourires bienveillants

Pour les enfances dorées des sapins de Noël

Que nous aimerions tant savoir présentes

Jusqu’au plus petit foyer d’hiver

.

Le souffle retenu gonfle la silhouette

Elle s’évade alors plus haut que les remparts

Et au travers des murs on la voit s’immiscer

Laissant quelques fils blancs accrochés à la pierre

Nul ne sait son chemin plus loin que la bâtisse

Seul l’arbre chuchote quand personne n’entend

Désolés cependant de ne jamais pouvoir

Avec elle voler plus loin que la falaise

Plonger au cœur du monde où la lave réchauffe

Et ne jamais frémir lorsque la flamme lèche

Les membres déjà gourds et les lèvres bien closes

Insensible au tumulte qui brise les cerveaux

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Sur les branches et les vagues :

Elisa.R-Héliomel-4Z2A84-Eclaircie

un alexandrin

UN ALEXANDRIN

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J’ai fouillé les chemins de ma mémoire

Pour composer le soir, comme Ronsard

Dans une ode au présent, il se fait tard

Pour dénicher les mots de mon histoire

Je n’ai trouve qu’un alexandrin.

 .

Dans le fond d’un bouquin, c’est plus pratique

Devenir tout à coup un troubadour

Cheminant chaque jour chantant l’amour

Terminer la chanson est pathétique

Je n’ai trouve qu’un alexandrin.

.

En espérant vouloir, comme Verlaine

Décrire mes émois, sans faux semblant

D’un rêve familier faire un roman

Pour écrire un sonnet quelle déveine

Je n’ai trouve qu’un alexandrin.

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Lisant les fleurs du mal de Baudelaire

Je divague le soir sur mon dessin

Pour trouver mon bonheur dans le matin

Pour ma glose je crois, mauvaise affaire

Je n’ai trouve qu’un alexandrin.

 .

En poète muré dans son silence

Mes songes désormais sont défendus

Mes espoirs aujourd’hui sont malvenus

Tous mes vers vont briller par leur absence

Je n’ai trouve qu’un alexandrin.

 .

jc blondel

au pied du sapin

AU PIED DU SAPIN

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Au pied du sapin allumé

Un enfant posta son message

Vers un ciel noir tout étoilé

Au vieux monsieur sur son nuage

S’il veut bien l’écouter.

 .

Il lui dit que la liberté

A déserté son paysage

Par ses mots il a quémandé

Que cesse aujourd’hui le carnage

S’il veut bien l’écouter.

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Il ferma l’envoi, d’un sanglot

Puis il en rédigea l’adresse

En demandant avec tendresse

De lire ça, de tout là-haut

S’il veut bien l’écouter.

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Il attendra ce jour d’hiver

D’être sûr que sa lettre arrive

En implorant dans sa missive

De le sortir de son enfer

S’il veut bien l’écouter.

 .

Quand il voit son arbre blanchir

Un enfant avait dans la tête

Que le monde fera la fête

Ce soir là, puis dans l’avenir

S’il veut bien l’écouter.

 .

jc blondel