Historique du mois : novembre 2011

ta voix résonne encore

TA VOIX RESONNE ENCORE

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Ta voix résonne encore à perdre la raison

Ramenant Potemkine aux portes de ta France

Tu dragues à présent la môme de l’enfance

Dans les instants volés glissant sur l’horizon

Tes mots soufflent toujours sur ta montagne.

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Ta voix résonne encore en dressant le bilan

Où le pauvre Boris cherche une femme honnête,

Même un vieux tournesol opine de la tête

Quand l’air de liberté vient faire du boucan,

Tes mots soufflent toujours sur ta montagne.

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Ta voix résonne encore à réveiller Lorca

Tu parles d’Aragon, dénonçant la commune

Pour les beaux yeux d’Elsa tu trouveras fortune

Et l’amour est cerise aux abords de Cuba.

Tes mots soufflent toujours sur ta montagne.

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Ta voix résonne encore entre nuit et brouillard

Je l’écoute le soir, parfois je t’imagine

Oural t’accompagnant, courant dans la ravine

Quelque soit la saison jusqu’au jour du départ,

Tes mots soufflent toujours sur ta montagne.

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Ta voix résonne encore au centre du débat

Les bottes font du bruit dans ta folle ballade

Que serai-je sans toi cher Jean, mon camarade

Qui perdit au printemps ton ultime combat,

Tes mots soufflent toujours sur ta montagne.

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jc blondel

Avant l’hiver

Au bout de son bras gauche
Il y avait cinq mains
Faites pour pincer, serrer
Happer, saisir, griffer
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Son pouvoir était grand
Il ne savait qu’en faire
La gloire et l’argent
Le laissaient de marbre
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Mais lorsqu’il le voulait
Il portait cet essaim
Jusqu’au bord de ses lèvres
Ses mains devenaient un bouquet
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Le centre était vide
Alise n’avait qu’un cœur
Mais quand elle se donnait
La brassée débordait
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C’est l’heure où tous les recoins de la maison
Abritent araignées et parcelles de cerveau
L’oreiller attend cette tête insoumise
Partie hier sans même un bagage ni regard pour le chien
Elle veut embrasser la lune avant qu’elle ne plonge
Retrouver avec elle le sentier oublié
Celui où nu pied on martèle la terre
Pour que la rivière engloutie nous reconnaisse
Nous attende et nous ouvre la brèche
Où l’on pourra s’enrouler dans la chevelure
Soyeuse de la nuit et entendre le chant
Que murmurent les saisons pour inviter le vent
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Nous voyons les jours à travers les miroirs
L’automne rouge fait office de couleur
Comme un coeur dans un corps
Minute après minute au rythme de ces feuilles
Qui hésitent puis se posent sur le sol
Qu’elles recouvrent et décorent
Nous sommes la lumière qui se voile de brume
Puis revient lavée de sa fatigue
Plus belle encore
Nous sommes ces petits moutons blancs
Sagement installés sur le bleu
Qu’un petit prince essaie de peindre
Mais qui restent là
A contempler les chemins et les ponts
Et ces fils de mots invisibles sur lesquels
Si souvent
Tous nous avons dansé chanté et ri
Et aucun de nous
Ne pose de tristesse sur ses joues
Car nous voyons le jour à travers les miroirs
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La mémoire on y creuse
Avec une pioche puis une pelle
Des puits assez profonds
Pour dénicher les souvenirs
Mais quand ils apparaissent
Ils nous ressemblent si peu
Que nous refermons le trou
Que nous cautérisons la plaie
Alors nous nous regardons bien en face
Dans un miroir indulgent taillé sur mesure
Et nous nous aimons de nouveau tels que nous sommes
Avec notre crâne en forme de cône
Nos sourires pareils aux fentes des tirelires
Et notre cœur inconséquent
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Une saison préparée par Eclaircie, Héliomel, 4Z et moi-même.

l’ame du desir

L’AME DU DESIR

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Quand l’âme du désir s’invite dans mon lit

Je dépose un baiser sur le bord de ta couche

Devant ta nudité j’ai mon regard qui louche

Pour découvrir l’endroit où l’amour se blottit.

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Sous l’assaut de mes doigts ta poitrine frémit

Espérant ce plaisir qui parfois t’effarouche

Laissant à ton amant la première escarmouche

Lorsque sonne minuit au clocher qui rugit.

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Dans cet antre défait nos corps en promenade

Briseront sans façon la triste barricade

De ce monde indécent aux rêves dépravés.

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Lorsque le noir repeint le ciel au crépuscule

Dans un temple promis à des amants comblés

Nous offrons au bonheur un autel majuscule.

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 jc blondel

pardes mots d’autrefois (ronde de terza)

PAR DES MOTS D’AUTREFOIS

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MAITRE : PAR DES MOTS D’AUTREFOIS

01 : A L’AUBE

02 : SUR LE LAC

03 : PLEIN D’IVRESSE

04 : AU BOUT DES NUITS

05 : LES SONNETS

06 : L’AUTRE MELUSINE

07 : UN UNIVERS

08 : L’ALBATROS

09 : LES PISTES EN TRAVERS

10 : LA CHIMERE

 

 

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PAR DES MOTS D’AUTREFOIS

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A l’aube de ce jour que célébrait Hugo

Sur le lac apaisé de l’ami Lamartine

Plein d’ivresse un bateau fait naviguer Rimbaud.

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Musset au bout des nuits taillait sa grise mine

Récitant dans le noir tous les sonnets d’Arvers

Quand Verlaine rêvait d’une autre Mélusine.

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D’un loup, d’un cor, Vigny bâtit un univers

Où plane l’albatros de Charles Baudelaire

Quand Mallarmé courait les pistes en travers

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D’un monde ou De Nerval pourchassait la chimère.

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A L’AUBE

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A l’aube de ce jour que célébrait Hugo

Les pages d’un roman comme feuilles d’automne

Se gonflaient au vent fou d’un beau rêve indigo.

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Il entendait le chant du clocher qui résonne

Pour calmer les effrois d’un nouvel Hernani

Qui pleurait dans ses cris le temps qui l’abandonne.

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Il ouvrait quelquefois la porte à l’infini

Sans laisser la saison installer la routine

De printemps délestés du fardeau de l’ennui

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Sur le lac apaisé de l’ami Lamartine.

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SUR LE LAC

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Sur le lac apaisé de l’ami Lamartine

Le vent a bousculé cet horizon noircit

Pour offrir au soleil une lueur divine.

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En posant quelques vers sur un papier jauni

Il inventait les mots d’une étrange musique

Pour pleurer son amour à tout jamais parti.

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Sur ce bel océan le destin est tragique

Ses restes de bonheur  iront au fil de l’eau.

Sur le lac du Bourget près de la vieille crique

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Plein d’ivresse un bateau fait naviguer Rimbaud.

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PLEIN D’IVRESSE

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Plein d’ivresse un bateau fait naviguer Rimbaud

Sur le rivage bleu d’un monde symbolique

Sans pleurer pour autant l’eau douce d’un ruisseau.

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Il cherchait les chemins de sa nouvelle Afrique

Lui, le beau vagabond aux semelles de vent

Qui chantait ce pays sans admettre réplique.

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Oubliant pour un temps le noir de son tourment

Il conserve ses vers gardant l’humeur badine

Quand il trouve une étoile au fond du firmament

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Musset au bout des nuits taillait sa grise mine.

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AU BOUT DES NUITS

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Musset au bout des nuits taillait sa grise mine

Pour cacher la détresse à son espoir d’amant

Quand sa muse parfois lui paraissait mutine.

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Pour charmer sans regret sa belle au bois dormant

Il compose en secret des sizains des nouvelles

Pour l’apaiser le soir, un peu comme une enfant.

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Il pourra simplement souffler sur les chandelles

Pour éteindre l’ardeur de ce désir pervers

Qui revenait froisser le blanc de ses dentelles

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Récitant dans le noir tous les sonnets d’Arvers.

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LES SONNETS

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Récitant dans le noir tous les sonnets d’Arvers

Il voyait son regard faire des étincelles

En s’ouvrant le portail de paradis divers.

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Il ose de ses doigts tirer sur les ficelles

Pour découvrir enfin les mots d’une chanson

Qui les fera danser ses chères demoiselles.

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Les rimes changeront le gris de la saison

Pour donner ce doré qui parfois l’illumine

Là-bas, sur le grand fil que trace l’horizon

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Quand Verlaine rêvait d’une autre Mélusine.

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L’AUTRE MELUSINE

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Quand Verlaine rêvait d’une autre Mélusine

Tel un pauvre Gaspard errant sur le gazon

Pour suivre le chemin qui mène à Colombine.

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Il était trop déçu par une trahison

D’une femme qui fit par sa fausse promesse

D’un rêve merveilleux une triste prison.

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D’un songe familier il fait une caresse

Pour libérer l’émoi du fonds de ses enfers

En offrant au bonheur une ode à la tendresse.

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D’un loup, d’un cor, Vigny bâtit un univers.

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UN UNIVERS

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D’un loup, d’un cor, Vigny bâtit un univers

Pour construire un château pour sa brune déesse

En lui chantant l’amour sans un mot de travers.

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Avec un esprit pur éperdu de tendresse

Il cueillait tous les fruits même les défendus

Savourant les nectars sans que rien ne le presse.

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L’averse du malheur par des malentendus

L’emmène dans Paris, voyageur solitaire

Dans le petit matin sur des sentiers perdus

Où plane l’albatros de Charles Baudelaire..

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L’ALBATROS

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Où plane l’albatros de Charles Baudelaire

Le ciel bleu s’est noircit de nimbus malvenus

Pour gâcher le printemps d’un jeune téméraire.

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Avec les vents du nord les froids sont revenus

En rhabillant déjà cette belle passante

Qui cache ses appas sous un grand pardessus..

Le soir, sans harmonie, une aubade déchante

Prenant les fleurs du mal comme un conte à l’envers

Pour s’égarer parfois sur la route lassante

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Quand Mallarmé courait les pistes en travers.

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LES PISTES EN TRAVERS

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Quand Mallarmé courait les pistes en travers

Chantant milles regrets à sa muse dansante

En tournant les feuillets d’un album à revers.

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Un hommage à l’azur, une image troublante

Qui va s’évanouir aux vents de l’avenir

Qui soufflent maintenant sur l’aube jaunissante.

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Ecrivant ses émois à l’encre du désir

Il vivait son bonheur sans honte et sans mystère

Sans jamais s’endormir doutant avec plaisir

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D’un monde où De Nerval pourchassait la chimère.

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LA CHIMERE

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D’un monde où De Nerval pourchassait la chimère

Proclamant les sonnets qu’il savait nous servir

Pour offrir à ses mots une douce lumière.

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Le coucher de soleil qui venait s’assoupir

Libérait les esprits errant dans la campagne

Recherchant dans le noir une âme à conquérir.

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L’enfance s’accrochait à son mat de cocagne

Pour ne pas se noyer dans l’onde d’un ruisseau

Qui dévalait parfois du haut de la montagne

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A l’aube de ce jour que célébrait Hugo.

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jc blondel