Monthly Archives: novembre 2011

Posologie pour éviter la procrastination

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Briser la brisure et faire jouer la serrure
extraire le trombone
souffler dedans pour voir son son
sermonner la truite de Schubert
déboucher le bouché
verser lentement dans la folie
rectifier la saison
déguster

Briquer la calembredaine
boire l’Amour dans son lit
faire s’accoupler loup et phoque
se soulager la lanterne

Mordre à la joue la poussière
hacher menue sa face
farcir le chou du fâcheux
savater par Ipon sa caillasse
cravater sa surface de pruneaux bien sentis
cracher au drageoir
garder sa dépouille pour le chien
(pour léviter voir plus tard)

Voter Clodomir
compter les vôtres au compte-goutte
en verser six en retenir deux
et devenir Shintoïste
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L’oeil au brouillard

 

 

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L’œil me fixe

Un œil aussi beau qu’une voile à l’horizon

Aussi improbable que ma présence au monde

Mais son regard demeure froid

La fumée flotte et ne se pose pas

Les arbres restent seuls

A l’abri comme je le suis de toute contrainte

La lueur faiblit le nuage perd son temps les maisons

Glissent

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Le paysage est blanc de craie

L’érable est un  fantôme de phare

Squelette sans lumière

 

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Le brouillard s’infiltre

Il efface les rideaux

Maquille les miroirs

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Ayant fait son lit

Il retend la couverture

Le puits, c’est son chevet

Le mur, son paravent

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Il se lève à midi

Sur la pelouse feuillue

Quelques gouttes de vapeur

Tombent de la gouttière

 

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Il lance ses mots du haut de la falaise

Et les poissons avides s’élancent

Bien au dessus de la vague

Ils les broient avec les dents

Qui leur sont venues pour la circonstance

Et l’océan épouse la teinte de leurs écailles

Sitôt que les reflets des consonnes et voyelles

Deviennent comme les ardoises d’un toit

Bien rangées sages en attente de la pluie

Pour le bonheur de sentir perler l’eau

Créant une toile marine au plus profond des vallées arides

 

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Le sel déposé traçant le chemin du retour de l’Homme

 

Les enfances sont de beaux voyages

 

Parcourus de couleurs frissonnantes et naïves

 

Les nuages légers qui flottent sur la couronne joyeuse

 

Des montagnes de plaine font office de bagages

 

Les coquillages et les petits cailloux blancs

 

Se déguisent en billets menant aux rêves

 

Des enfants blonds ou bruns souriant aux étoiles

Philippe Jaccottet

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J’aurais voulu parler sans images, simplement
pousser la porte…
………………………..J’ai trop de crainte
pour cela, d’incertitude, parfois de pitié :
on ne vit pas longtemps comme les oiseaux
dans l’évidence du ciel,
……………………………….et retombé à terre,
on ne voit plus en eux précisément que des images
ou des rêves.

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Philippe Jaccottet, extraits de « Parler », in L’Encre serait de l’ombrenotes, proses et poèmes (1946-2008),Poésie/Gallimard n° 470

UN POEME D’ECLAIRCIE

On ne connaît jamais la réelle intensité du souffle
Lorsque peureux on s’enroule dans les voilages
Aux fenêtres camouflées de doubles rideaux
Pourtant il est là au creux des mains
Quand on les laisse s’échapper par l’entrebâillement du volet
Elles seules savent dessiner toutes les couleurs
Celles de toutes les saisons réunies sur une même palette
Certains n’y verraient qu’une teinte sombre et uniforme
Mais nous savons baisser les paupières
Sur les montagnes fluctuantes
Et là
La lune vient irradier tous les murs gris
Qui se transforment alors en forêt luxuriante
Où il nous faudra avancer en silence
Pour capter tous les messages de l’humus
Qui croîtront devenant ces trains
ces routes
ces sentiers ouverts sur l’océan qui n’attend que nous
pour recréer les marées
Si tout le monde nous croit mort
Ne révelons pas notre secret
Cette vie au-delà des grands murs
Là où l’horloge attend
Que nous choisissions l’heure
Où il nous plaît de poser nos ouvrages
Ce ne sont pas les poissons qui révèleront
Au monde ce bonheur d’avoir su conserser
L’aurore à nos côtés
Et la promesse du jour toujours à venir
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ECLAIRCIE MCB

Un automne de Delphes à Tivoli

Un automne de Delphes à Tivoli

18 novembre 2011 à 15:52

 

L’aurige aux yeux d’émail vers la Pythie s’incline

Vois, lui soupire-t-il, l’astre du jour décline

Il est temps d’allumer ce feu qui nous éclaire

Car de tout temps, il n’est d’oracle sans lumière

 

Tourbillonnant dans l’air comme des sortilèges

Les nuages et le froid  unissent leurs arpèges

Poussant les branches nues vers de pesants sommeils

Ils masquent les cyprès, éteignent les vermeils

 

Dans l’azur triomphant les parfums   de fruit mur

Sont enfin vendangés  par le vent qui murmure

La feuille nonchalante  glisse sur le ruisseau

Capricorne épuisé laisse place à Verseau

 

Le marbre des statues des jardins opulents

S’efface de l’euripe aux reflets indolents

Il est des belvédères aux arcs incertains

Qui s’enferment le soir  dans leurs silences hautains

DORMIR DEBOUT

Les châteaux sont des navires
Ils ne se plaisent qu’en mer
Sur des vagues qui soupirent
Comme un portefaix amer
« La pierre ne flottait pas
Autrefois, murmurent-elles,
Nous envions les hirondelles
Elles volent sans compas »
La riposte des oiseaux
Vient à l’heure : « Nos réseaux
Sont encombrés par des ailes
D’avion lourdes et cruelles »
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Faut-il attendre que les yeux aient tout embrassé
pour absorber l’espace ouvert
engloutir le jour la nuit
veiller jusqu’à écrire
plus fort que le monde
le vol des oiseaux de lune
les étoiles qui jonglent
avec la lumière ricochant sur les rivières
les rêves du vieux chien
plus fort que ces grognements
quand il a mal d’être encore là
et les arbres qui écoutent toutes les complaintes
impuissants à se mouvoir plus loin que les océans
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Marre d’être
Le cul entre deux braises
Envie
De prendre le Corot par les bornes
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Oui, envie de retrouver le goût
D’une poêle à frire aux éclats
Il voulut des amis striés sur le bolet
Leur mettre un fil à la pâte
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Il se prit à rêver mais hélas
Il tomba de chars vides en syllabes
De cauchemars à l’Américaine
En mangoustes à la bayonnaise
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Chaque mot, même joyeux, me souffle : » plus jamais ».
Dehors, les arbres agitent leurs feuilles déjà mortes.
Même ceux qui tiennent plus longtemps entendent
Cette petite voix d’enfant sanglotant qui dit: « plus jamais ».
Il suffit de quitter leur compagnie, de s’éloigner un peu.
Pour aller au salon, il faut traverser la maison.
Deux ou trois jours de voyage, sans la certitude
De parvenir à destination…Oui, mais le fauteuil
Mélancolique me rappelle, sans ménagement, le gris .
Ce gris endorphine qui cherchait la caresse.
Tais-toi fauteuil, tais-toi…
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Avec le concours de :
Eclaircie ;
Elisa R ;
Héliomel ;
4Z.

Où est-elle

Où est-elle m’a demandé la lune en parlant de toi
Et je n’ai pas su lui répondre
Tant j’étais étonné
Que la lune cette muette cette taciturne
Te cherchât
Et pour quelles raisons te cherchait-elle
Aurais-je dû lui dire que tu séjournais
Dans cette ville dont le nom
Me fait penser à un grenier ensoleillé
Dans lequel l’auteur de la chartreuse de Parme
Rêverait de ses voyages à travers l’Italie
Ainsi tu manquais à la lune
Et elle sortait enfin de sa réserve
Pour me tirer des informations
Des secrets peut-être
Je me suis abstenu de lui répondre
Mais en songe je l’ai vue se diriger vers ta maison
Elle y a trouvé dans un carnet l’adresse de ton séjour ailleurs
Et d’un bond s’est propulsée au-dessus des toits
Des toits de cette ville qui te retient un peu prisonnière
Son rayon se promenait sur toutes les fenêtres
Une à une et les fenêtres on le sait se multiplient
Comme les miroirs sur un lac quand l’eau s’agite
Puis il s’attardait sur un visage
Sans doute le tien épaté de voir la lune lui rendre visite
Ou incrédule et n’en croyant pas ses mirettes
Mais moi revenu de mes appréhensions
J’entendais distinctement le ruisseau murmurer éclaircie éclaircie éclaircie
Et les oiseaux à l’aube répèteraient le même mot dans leur langage
Et dans le chuchotement des feuilles de l’arbre bercé par la brise
Une oreille distinguerait les trois syllabes
E
Clair
Cie.

Aux couleurs du ciel

A la frontière mouvante entre l’océan et le jour
on cherche un fil où poser son sommeil
comme ces toiles étendues au grand vent
qui attendent les mâts pour gagner quelque rive
Ensemble ils inviteront les champs à s’engloutir
puiser la musique pour y trouver la force
de refleurir encore et offrir les abris
aux oiseaux dont les ailes trop lourdes
se sont repliées un soir nouées par le silence
Et le matin verra la brume caresser les falaises
Une plume dessinera l’entrée du chemin.
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Nous n’avons pas la certitude
Que le ciel nous ouvrira ses portes
Quand nous serons vous et moi dans la boîte
Ou dispersés au gré du vent
Au-dessus des toits en effet rien ne sourit à l’homme
Personne ne lui montre un visage bienveillant
Il ne vient de là-haut qu’averses subites
Le soleil y trône comme un despote sur un charnier
Et la nuit est un prétexte pour dissimuler
Mais parfois à l’aube ou à l’aurore
Quelque chose d’indéfinissable se produit
Une plume petite et légère
Flotte
Danse
Au son lointain d’une flûte
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Jack l’a rencontrée ici
Entre deux raccourcis
Et un chanteur un peu rose
L’orange l’a rassurée
Alors elle a fermé les yeux
Pour que le vent la baptise
Elle a ensuite déposé son joli crâne
Dans un pot de fleurs vide
Sur une sellette en bois de merisier
Devenue transparente
Dehors les champs restaient jaunes
Même si ici et là
Les arbres semaient leur prochaine récolte
De couleurs et de feuilles
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Eclaircie, Elisa et 4Z.
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Diptyque matutinal

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Piqûre
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Ce matin je sens,
dans la mollesse molle
et à ma fesse gauche,
la piqûre d’une piqûre kleptomane
des rêveries d’entre deux aubes
(… comme si un corps mourant à grand bec
piétinait dans le nid de mes gadoues
au pied du caoutchouc).

Je n’aime pas ma petitesse
et moins encore
le développé géant des ailes
du moustique qui
zigzaguait à l’oreille de mon sommeil.
Son écho me poursuit encore,
me poursuit encore,
suit encore…
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Matutinalement
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Aux heures du petit jour
La nuit lacère d’écharpes
Les fenêtres s’éclairent en vacillant
Dans la tour en face
En se grattant la tête
Des rêves vaguent encore
De vagues rêves encore
D’érection matinale
Tu ne ressembles à rien pâleur et vase de nuit
Le satané réveil dépiaute ses secondes
En chips de sommeil

Premier métro
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Chère voisine

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Ma voisine nuitamment
Dans son évier, son lavabelle,
Se transforme en je ne sais pas,
En éléphante sans doute
Car elle barrit en s’ébrouant,
En hypopobrame peut être ?..

Et je l’entends en déclinante,
Je la devine dodelinante,
Comme un chien de plage arrière.
Quand ses ablutions sont séchées
Elle prépare un p’tit bouillon,
Pour son mari m’onsieur Gédéon…

(Il est onze heures docteur Schweitzer)
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