Monthly Archives: septembre 2011

Le spleen à la fenêtre

 

Je presse le temps et pas une goutte de miel n’en sort

Les escaliers remontent les rues et visitent des soupentes

A la recherche d’un poète au front baissé

Qui chassera les marques des heures sur la pierre

Pour ne laisser que les traces de pieds nus

Ou de lettres que d’autres devront remettre en lumière

Ce n’est pourtant que la poussière qui se joue de la clarté

Diffuse au travers de tuiles de verre

Lorsque le jour hésite à venir réveiller les souvenirs

Des hommes dont les chiens lèchent les mains inutiles

On attend la pluie qui lavera l’image et laissera

La trame apparaître et la parole renaître dans les avenues désertes

.

Sur les toits de papier d’une rue

Je ne sais plus laquelle

Ni où on la croisait

Marchaient quelques silhouettes graciles

Et puis d’autres plus fragiles

 

Sur la lune songeuse

Quelques ombres oblongues

Avaient tissé des messages

Dans un drôle de langage

Destiné aux rêveurs

A la surface du miroir

Nageaient encore quatre fleurs

Attentives aux humeurs

De poissons rouges ou noirs

.

 

Ravalant ses cris

Le moineau surpris

S’étrangle

On n’entendra plus

Son ongle gratter

La branche

Rivières vos draps

Ne sècheront pas

L’averse

Excite ses trombes

Les nuages bombent

Le torse

.

 

Du vol noir de la nuit

S’échappe un soleil pourpre

L’écharpe  en s’enfuyant

Emporte les étoiles

 

La clé sous la porte fleurie

Pousse des soupirs feutrés

En espérant la main

Qui viendra la cueillir

 

Lourds sont les secrets désirs

D’un amour passe partout

L’étiquette et l’anneau

Ont toujours ton adresse

 

Une enveloppe à fenêtre

Passe au travers des barreaux

Et vient se poser là

Comme un courrier du cœur

 .

Ont participé:

4Z2A84

Eclaircie

Elisa-R

Heliomel

 

 

Tourbillon figé.

J’ai soif de toi
Ma langue est rêche
À chercher dans le désert
L’absence de tes larmes
.

Entre lien et chou
L’émoi me noie
D’effleurer ce fuseau fou
Du cou du doigt
.

Tu t’endorphine
Et moi je feins
De ne pas voir
Les monts des draps
.

Chien de fusil
Pour chienne de vie
Règle ta mire
Que je t’admire
.
La barrière en bois lance tous ses yeux
Aux quatre coins des rues sans issues
Pour reconnaître chaque pierre
Des bâtiments avant qu’ils ne s’enfuient
Dans les forêts où ils retrouvent
Les souches pleurant leur tronc et leurs branches
Roche et bois évoquent leur enfance insouciante
Lorsqu’ils détournaient les ruisseaux
Ravis de cette liberté et qui chantaient pour eux
Quand ensemble ils peignaient la nuit en blanc
Pour ne jamais dormir et inviter la lune
A danser avec eux sans troubler aucune ombre
.
Nous n’avons pas toujours été à la hauteur
Mais depuis que la terre a lissé ses moustaches
Nous lisons sans inhibition les grands auteurs
Morts dont il est urgent de poursuivre la tâche
Cultivés nous saurons décrire l’univers
Dans lequel nous errons poussés par des courants
D’air Aux esprits curieux se montrera l’envers
Des décors s’il n’est pas comme l’endroit du vent
De ce vent sur lequel nous nous laissons glisser
Tel l’allant patineur sur la glace ou l’oiseau
Sur le ciel que des mains expertes ont ciré
Comme un parquet – nous y mirons notre museau
.
Tristesse en vagues

Sur les toits des villes

Efface les clochers scintillants

Les coqs ont prévu l’inondation

Des bagages légers alourdissent leur démarche

Mais ils ne sont pas plus ridicules

Sans doute le sont-ils moins

Que la bergère perdue sans ses moutons

Collée en vain au pan de tuiles

Glissant

D’une maison déracinée

Emportée par le flot
.
.
Exécution : Eclaircie, Elisa, Héliomel, 4Z.

Un serpent

.
.
.
Relax,
avachi dans la canopée, il sort
sa moiteur de lubrique,
laissant tiédir la bière,
et son serpent s’ébranle d’une petite-main.
Sons du karaoké.

Corpulent, roux,
binoclard sourit, dit « Allons-y ».

Dans les couloirs du dos,
sa paluche descend aux fesses.
Sur la fille et la moquette de la chambre
constellée de brûlures
il referme la porte.

Et sous lui en sourdine,
pour quelque billet vert,
alors qu’étouffe
le jouet résigné qui abandonne,
cerclé de bras velus,
de sifflantes nasales,
il écrase le geindre.
.
.
.

Il reprend son visage en partant,
dans Jakarta relax.
.
.
.

Chez moi de René de Obaldia

.
.
Chez moi, dit la petite fille
On élève un éléphant.
Le dimanche son œil brille
Quand papa le peint en blanc

Chez moi, dit le petit garçon
On élève une tortue.
Elle chante des chansons
En latin et en laitue.

Chez moi, dit la petite fille
Notre vaisselle est en or.
Quand on mange des lentilles
On croit manger un trésor.

Chez moi, dit le petit garçon
Nous avons une soupière
Qui vient tout droit de Soissons
Quand Clovis était notaire.

Chez moi, dit la petite fille
Ma grand-mère a cent mille ans.
Elle joue encore aux billes
Tout en se curant les dents.

Chez moi, dit le petit garçon
Mon grand-père a une barbe
Pleine pleine de pinsons
Qui empeste la rhubarbe.

Chez moi, dit la petite fille
Il y a trois cheminées
Et lorsque le feu pétille
On a chaud de trois côtés.

Chez moi, dit le petit garçon
Passe un train tous les minuits.
Au réveil mon caleçon
Est tout barbouillé de suie.

Chez moi, dit la petite fille
Le pape vient se confesser.
Il boit de la camomille
Une fois qu’on l’a fessé.

Chez moi, dit le petit garçon
Vit un Empereur chinois.
Il dort sur un paillasson
Aussi bien qu’un Iroquois.

Iroquois ! dit la petite fille
Tu veux te moquer de moi !
Si je trouve mon aiguille
Je vais te piquer le doigt !

Ce que c’est d’être une fille !
Répond le petit garçon.
Tu es bête comme une anguille
Bête comme un saucisson.

C’est moi qu’ai pris la Bastille
Quand t’étais dans les oignons.
Mais à une telle quille
Je n’en dirai pas plus long !
.
.
(Innocentines)
.
.

Page

Tels des cavaliers blancs
Des pans de falaises
Surgissaient de la mélancolie
Pour occuper la plage
.
Un chemin blanc d’écume
Serpentait entre deux vagues
Salive océane bercée
Par la houle ondoyante
.
Offrandes des flots musicaux
Des bulles diaphanes
Transportées par le vent
Roulaient jusqu’ à tes pieds
.
D’avoir caressé tes seins
Douces encore étaient mes mains
Comme j’aimais ces framboises de mer
Qui frémissaient comme des marées
.

Un pape habile voyageait en esprit

Un perroquet très coloré trempait

Dans un bain de couleurs chatoyantes

Un miroir percevant d’un oeil le blanc

Et de l’autre la chaleur des teintes

Fut si émerveillé et transporté

Qu’il vola jusqu’au ciel

Durant cent nuits et cent jours

Et resta accroché à une étoile

Avec laquelle il eut beaucoup d’enfants

Depuis ce jour ou cette nuit
.
On oublie nos mains dès qu’on ne les voit plus
Et l’on est surpris qu’elles aient moulu le café
Il nous faut trouver nos lèvres pour approcher la tasse
Avant qu’elle ne s’éloigne sifflotant dans le matin
Nous laissant seul en haut de l’escalier
Dont la rampe nous fait de l’œil
Celui que l’on avait égaré un soir sans lune
Ou dans une soucoupe partie découvrir la banquise
Croyant encore que les ours chantent des berceuses
Pour que viennent des branches aux étoiles
Que l’on prend pour des arbres dont les feuilles
Illuminent les murs froids des chambres désertées
.
Dans l’eau où ils se reflètent les arbres gesticulent
Mais sur le rivage pas une seule feuille ne bouge
Quand vous secouez la tête j’entends chanter des oiseaux
C’est toute la forêt que nous avons éveillée
Avec nos paroles inutiles
Sous les branches chargées de fleurs
Le plus fin des vaisseaux glisse
Un incomparable sourire
Tourne autour de votre visage
Sans oser s’y poser
Votre nez pourtant minuscule lui ferait-il peur
Et moi je ne sais plus où donner de la tête
Ni si nous tournerons en même temps la page
.
Une page tournée par 4Z, Eclaircie, Héliomel et moi-même.

Un poème de Jean Richepin 1848-1926

« La Chanson de Marie-des-Anges

Y avait un’fois un pauv’gas,
Et lon la laire,
Et lon lan la,
Y avait un’fois un pauv’gas,
Qu’aimait cell’qui n’l’aimait pas.

Elle lui dit : Apport’moi d’main
Et lon la laire,
Et lon lan la,
Elle lui dit : Apport’moi d’main
L’cœur de ta mèr’ pour mon chien.

Va chez sa mère et la tue
Et lon la laire,
Et lon lan la,
Va chez sa mère et la tue,
Lui prit l’cœur et s’en courut.

Comme il courait, il tomba,
Et lon la laire,
Et lon lan la,
Comme il courait, il tomba,
Et par terre l’cœur roula.

Et pendant que l’cœur roulait,
Et lon la laire,
Et lon lan la,
Et pendant que l’cœur roulait,
Entendit l’cœur qui parlait.

Et l’cœur lui dit en pleurant,
Et lon la laire,
Et lon lan la,
Et l’cœur lui dit en pleurant :
T’es-tu fait mal mon enfant ?  »

Jean Richepin

Une vie de patachon j’vous dis !

(de Madame Michu, logeuse)
.
.
.
Le poète a fait ses bagages,
avec le soleil tout bien plié dedans
avec sa mer aussi,
toute la collection de coquillages.

Il n’a laissé
que les bateaux blancs affalés comme des canettes vides,
les brouillons, les ratures
et ses petits tas de vieux mégots partout…

C’est pas très propre un poète !
.
.
.

Le vent s’est souvenu de nous

.

Le vent s’est souvenu de nous
Il a remonté le temps jusqu’à nos derniers jours sur terre
Car nous fûmes vivants nous eûmes une bouche
Par laquelle des mots sortaient imprévisibles
Poètes nous chantions le monde Nous rendions
A ceux qui l’ont perdue leur beauté Il y eut
Un avant puis un après la bombe
Pendant longtemps la suie tomba des nues
Il ne faut pas m’écouter – si je parle
C’est par accident
Comprenez-vous : je n’ai rien à dire
Qui soit essentiel
Je n’ai rien vu rien entendu rien retenu
Mes sens m’ont peu servi
J’existais à travers vos regards et vos gestes
Vos feuilles vos nuages un nid dans vos cheveux
Et vous tourniez vers moi la tête sans me voir
Car je n’étais jamais là où vous m’attendiez
Ni là où je croyais être un portrait au mur
Quand l’eau se refermait
Qui de nous deux perdait le don de sourire
A tout et même au pire
Le monde il aurait fallu le trier
Séparer le feu de l’arbre
L’oiseau de la flèche
Le maelström de la barque
Il aurait fallu choisir entre les mains tendues
Ne pas sans distinction les couper
Car les mains ne repoussent qu’après de longues prières
On y use des chapelets
Les sabliers inutiles coulent
Ils ne mesurent ni le temps ni l’espace
Ni n’indiquent à quel degré l’amour bout
L’eau s’échappe de la casserole et les joues des jeunes gens sont en feu
Se trouve à notre portée tout ce dont nous avons besoin pour vivre heureux
Le vent souffle sur nos cendres et nous disperse
Quand nous avons trop chaud claquons des doigts et la pluie tombe à verse
L’herbe qui pousse entre les pavés nous ressemble comme à sa sœur une goutte d’eau
Généreuse la terre offre aux gisants cadeau sur cadeau

 

4Z2A84

UN POEME D’ECLAIRCIE

La musique émanant des collines invite à se fondre aux écorces tiédies par la lune généreuse.
Mais plus encore l’appel du large
de la page
quand tu me parles sans rien dire
quand je comprends sans rien entendre
je suis la rosée qui hésite à s’étendre
bulles en suspens couleurs craintives

Les rues s’ouvrent sous le regard
aucune bâtisse encore ne les borde
nous attendrons les oiseaux
cherchant un nid
pour construire ces abris
que nous leur laisserons
préférant le couvert des futaies
où les arbustes nous racontent
leur hier et notre demain
Ils nous dessinent les sourires
que parfois nous accrochons
aux fenêtres ouvertes pour faire rire la pluie
La page se tourne
la feuille frissonne
songeant déjà au fleuve
afin de poursuivre le voyage
enveloppée de brume et de voile
ne laissant pour toute trace
qu’un sillon d’écume
chemin que nous prendrons
sans jamais nous perdre

ECLAIRCIE – MCB –

Prosopopée d’avant les langues, le léger [a] qu'[i] survole d’une inflexion en [öp] et trille charmante est le chant du guilleret pipit farlouse* duveteux. Coite d’abord, surprise ensuite, la mouette rieuse* néanmoins, coince une quinte de toux cascadante, des grincements stridents d'[York york york] en tranches bien fines depuis sa grève… Quand à la grive musicienne*, on la surprend à entonner du bonnet [M] en tube bien funk depuis sa tuile. Et Piaf*, me direz vous, elle [cuit cuit cuit] bien plus simplement que le moindre Bruant ortolan* à température ambiante. Le chat-huant*, d’on ne sait [hou], régurgite en pelote un surmulot puis se rendort -pas l’heure de l’aube- tête sous l’aile au creux dans sa fourchette.

Rien ne clouera le bec de ces drôles de volatiles là, pas même votre chat, fut-il d’Iran.

*Anthus pratensis
*Chroicocephalus ridibundus
*Turdus philomelos
*Passer domesticus
*Emberiza hortulana
*Strix aluco