Historique du mois : août 2011

il divague

IL DIVAGUE

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Mon esprit, sur le quai, dans l’aurore divague

Partant au fil de l’eau, solitaire il voyage

Oubliant le rivage

Il laisse le vieux port et sa petite plage

Son rêve pour bagage

Pour s’en aller surfer sur le blanc d’une vague.

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Comme un marin d’hier aux premières matines

Il vogue sans regret vers ces îles lointaines

Aux pays des sirènes

Pour revenir un soir, libéré de ses chaines

Et les mains toutes pleines

De trésors enchantés, de musiques badines.

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Mon esprit, sur le quai, dans l’aurore divague

Partant au fil de l’eau, solitaire il voyage

Oubliant le rivage

Il laisse le vieux port et sa petite plage

Son rêve pour bagage

Pour s’en aller surfer sur le blanc d’une vague.

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Quand un fol ouragan déclenche sa colère

Il s’accroche parfois aux fers du bastingage

Pour calmer le tangage

Il poursuit son chemin dans sa course sauvage

Sous un ciel sans orage

Sur l’océan frileux habillé de mystère.

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Mon esprit, sur le quai, dans l’aurore divague

Partant au fil de l’eau, solitaire il voyage

Oubliant le rivage

Il laisse le vieux port et sa petite plage

Son rêve pour bagage

Pour s’en aller surfer sur le blanc d’une vague.

. jc blondel

L’inconnu

Il y a bien sûr l’absurdité des acacias
la sentence froide des pâquerettes
Il y a les non-dits du clocher
le cillement des faïences
Il y a la commémoration des tue-mouches
les séquelles du mérite
Il y a la fumée des silos
toujours
toujours l’oisillon des feuillées
Il y a toujours ma pendule somnambule
toujours ma pendule
toujours
Il y a surtout
dans le berceau que font mes os
l’enfant qui tète le ciel
sous son masque de houx

Cosmos

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Quand les fleuves après un saut prodigieux

Se télescopent mêlant leurs eaux

La lune écarlate et jaune les filme

Et enregistre le vacarme produit par leur rencontre

Comme celui des forêts qui se heurtent

Sous son œil glauque à peine embué

Les ports secouent leurs navires à l’ancre

Et la mer monte et bout dans la casserole

Que l’on écarte du feu pour la vider dans le bol

Autour duquel les lèvres ramperont

Telles deux limaces autour d’un melon

Alors s’il pleut les jardins tendront les reins

Et la grêle mitraillera la terre assoiffée

Jusqu’à l’épuisement de ses munitions

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Une île a jailli de la frondaison des arbres

Et les feuilles bercées par le vent sont les vagues

Où quelque oiseau du large vient se perdre au matin

Nichant au creux des toits ouverts sous les orages

Désertés dans l’été et l’appel du lointain

Un homme seul assis se mêle à ce décor

Indifférent au monde et son rythme bizarre

Entre ses mains un luth la musique s’envole

Parlant pour lui là-haut à l’écho des passants

Lancés sur les chemins poursuivant l’impossible

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Les manches à l’air les pulls discutent

Glissent sur le fil d’une anodine conversation

A dominante rouge

Au contraire la fusée mise tout sur le vert

Et s’élance sans réfléchir dans le ciel

Bien que la nuit se prépare pour sortir

Fardant ses yeux d’ombres légères

Ce ciel est plutôt  bleu

Bleu

Comme les yeux d’un enfant

Qui découvre la mer

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Ont participé :

Elisa-R, 4Z2A84, Eclaircie

D’après Lewis Carroll

Le Morse et le Charpentier.

Libre adaptation d’un poème de Lewis Carroll que l’on trouve dans

« De l’Autre Côté du Miroir », suite des « Aventures d’Alice au Pays des Merveilles »

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« Le soleil brillait sur la mer,
Brillait de mille feux ;
Pour rendre les rouleaux luisants,
Il faisait de son mieux.
C’était le milieu de la nuit,
Détail le plus curieux.

La lune brillait, mais boudeuse,
Trouvant que son ami
N’avait plus rien à faire là,
Sitôt le jour fini.
“Il vient gâcher notre plaisir,
Ce n’est pas très poli !”

La mer était toute mouillée,
Le sable, sec et ras.
Le ciel était vide d’oiseaux,
Car ils n’étaient pas là.
On ne voyait aucun nuage :
Il n’y en avait pas.

 Le Morse et le Charpentier, main
Dans la main, cheminaient ;
Voyant, étendu, devant eux
Tant de sable, ils pleuraient.
“Ce serait plus beau, disaient-ils,
Si on le retirait.”

Le Morse dit : “Crois-tu que sept
Bonnes et sept balais,
En travaillant pendant six mois,
Pourraient tout déblayer ?
– J’en doute”, dit en sanglotant
Le triste Charpentier.

“O Huîtres, implora le Morse,
Venez donc avec nous !
Echangeons des propos aimables,
Foulons le sable doux.
Nous ne pourrons donner la main,
Qu’à quatre d’entre vous.”

La plus vieille Huître l’observa,
Mais pas un mot ne dit.
La plus vieille Huître secoua
La tête puis lui fit
Un clin d’oeil : elle répugnait
A s’éloigner du nid.

Mais alors quatre jeunes Huîtres
D’accourir à la fête :
Manteau brossé, museau lavé,
Souliers propres et nets
(Alors que des pieds, elles n’en
Ont pas, ces pauvres bêtes).

Quatre autres Huîtres les suivirent
Et quatre autres encore ;
Elles arrivaient par troupeaux,
Et par un prompt renfort,
Il en sortait toujours de l’onde,
Dessus le sable d’or.

Donc le Morse et le Charpentier
Marchèrent très longtemps,
Puis s’assirent sur un rocher
Fort confortablement.
Devant eux, les petites Huîtres
Attendaient, bien en rang.

Le Morse dit : “L’heure est venue
De discuter de tout ;
Parlons souliers, bateaux, bougies,
Parlons rois, parlons choux,
Demandons-nous si les porcs volent
Et pourquoi la mer bout.”

Les Huîtres dirent : “Attendez
Avant de bavarder !
Car nous sommes toutes bien grasses
Et donc très essoufflées !”
Le Charpentier dit : “Rien ne presse !”
Il en fut remercié.

Le Morse dit : “Il nous faudrait
Une miche de pain.Il nous faudrait aussi du poivre,
Du vinaigre de vin.
Donc, au travail, Huîtres amies,
Car nous avons grand faim.”

“Nous manger, nous ! firent les Huîtres,
Prises d’une peur bleue.
Après tant d’amabilités,
Ce serait trop affreux !”
Le Morse dit : “La nuit est belle,
Et le ciel est si bleu !

Merci de nous avoir suivis,
Vous si belles, si fines !”
Le Charpentier dit simplement :
“Encore une tartine !
J’ai dû la demander deux fois.
Tu es sourd, j’imagine !”

Le Morse dit : “J’ai grande honte
De les avoir bernées.
Nous sommes partis de si loin,
Elles ont tant marché !”
Le Charpentier dit simplement :
“Le beurre est trop épais !”

Le Morse dit : “Sur vous, je pleure,
Sur vous je m’apitoie.”
Avec force sanglots, des plus
Grosses il fit le choix.
Et devant ses yeux il brandit
Un grand mouchoir à pois.

“O Huîtres, dit le Charpentier,
Vous avez bien couru !
Si on rentrait à la maison ?”
Rien ne fut répondu.
Normal, puisqu’ils avaient mangé
Les Huîtres toutes crues. « 

Lewis Carroll (1832-1898).

Numéro

 

Le moucheron des parlottes gobé

loin des entresols

sous les petits greffons blancs du ciel

au bout des croisillons que font les chemins

parmi les champs

nous écouterons dans la dernière citadelle

au bord de son lutrin

le vent

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Des paons

l’œuvre centrale

l’éventualité noire fera trembler

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Seulement le jour applaudira

court lampion

Des leurres parmi les scouts

La poule pondant des œufs incassables

L’omelette est recherchée par la police

On lui fait un procès en sorcellerie

Auquel assiste un arc-en-ciel démodé

Qui arborerait la redingote et le chapeau melon

Si les cerisiers donnaient des figues

Si des pis des vaches coulait du cidre

Si les kangourous vidaient leur poche

Sur le comptoir en forme de fer à cheval

Un revolver à barillet confisqué

Leur manquera comme à la crème son fouet

Finies les parties de roulette russe

Interrogée la lune hausse les épaules

Et s’enferme au cadenas dans un silence

Que n’osent pas troubler les coucous

Ces coucous qui surgissent toutes les heures hors de leur pendule

Convaincus d’annoncer la fin du monde

A des savants réunis autour d’une table

Pour la faire tourner dans le sens des aiguilles aimantées

Par l’amour du tricot en pilules

Avec une manivelle soldée 10 euros

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Un poème d’Alain Bosquet

Un poème d’Alain Bosquet

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Je suis seul, je suis seul, c’est l’heure des tempêtes.

Les mots à qui je parle ont peur de me parler,

La nuit m’entoure, je m’accroche à ma planète.

Le sud est-il au nord ? Mon étoile a coulé.

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Je suis seul, je suis seul, il neige des navires.
L’équateur est couvert de gouvernails brisés.

J’ai tenu l’océan comme une tirelire.

Tangage de ma chair, quand vas-tu t’apaiser ?

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Je suis seul. C’est de moi que mon rire se moque.

Il a mangé la lune, ainsi font les vautours.

L’ancre perce son crâne : on dirait une coque

Qui tourne, se retourne et n’a plus de contours.

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Alain Bosquet. (1919-1998)

« Premier Testament » (1957).