Monthly Archives: août 2011

Joyce Mansour


J’écrirai avec deux mains
Le jour que je me tairai.
J’avancerai les genoux raides
La poitrine pleine de seins
Malade de silence rentré.
Je crierai à plein ventre
Le jour que je mourrai
Pour ne pas me renverser quand tes mains me devineront
Nue dans la terre brûlante.
Je m’étranglerai à deux mains
Quand ton ombre me léchera
Écartelée dans ma tombe où brillent des champignons.
Je me prendrai à deux mains
Pour ne pas m’égoutter dans le silence de la grotte.
Pour ne pas être esclave de mon amour démesuré,
Et mon âme s’apaisera
Nue dans mon corps plaisant.

« le surréalisme, même 2 » printemps 1957

 

Herbes

Lèvres acides et luxurieuses
Lèvres aux fadeurs de cire
Lobes boudeurs moiteurs sulfureuses
Rongeurs rimeurs plaies coussins rires
Je rince mon épiderme dans ces puits capitonnés
Je prête mes échancrures aux morsures et aux mimes
La mort se découvre quand tombent les mâchoires
La minuterie de l’amour est en dérangement
Seul un baiser peut m’empêcher de vivre
Seul ton pénis peut empêcher mon départ
Loin des fentes closes et des fermetures à glissière
Loin des frémissements de l’ovaire
La mort parle un tout autre langage
Cris-édité en 1953

La chevelure aux herbes folles

.

Dans l’herbe les vaches

Se noient jusqu’au col

Des vauriens s’y cachent

Redoutant l’école

.

La campagne change

De place en râlant

Du ciel plein d’allant

On expulse un ange

.

Quand elle est privée

De tout combustible

L’âme aime à rêver

D’amour impossible

.

Ces châteaux errants

Ont bien de l’allure

Avec pour torrents

Une chevelure

.

 

On garde la main levée pour effleurer le ciel

Ou retenir le jour et l’on rencontre la lune

Qui doucement se berce dans son hamac blanc

Est-il bien blanc ou nos yeux ne retiennent

Que l’innocence recherchée dans tous les miroirs

Au bord des lacs et des étangs au creux de l’océan

Lorsque de tous nos voyages restent les empreintes

Sur les chemins que personne ne poursuit

Alors royaume des herbes folles et des ronces

Les buissons se ploient protégeant les fruits

Qu’ils offriront si quelque voyageur

Les bras tendus les paupières baissées

Choisit les arbres les plus bavards

Et leur confie les doutes et les secrets de la nuit

.

 

L’orage sur les oranges amères

Attire les Lolitas des gouttières

Caniveaux vaches cochons couvés

Se vautrent sur les lits retrouvés

 

.

 

Les poules mouillées pondent

Des raisins secs à la ronde

Et puis elles font leurs  balluchons

Prennent la route et les bouchons

 

.

 

Mieux vaut être cidres bouchés

Qu’être des cidres ratés

Mais la soif a plus de raisons

Que les raisins dont nous abusons

.

 

L’orage c’est l’eau de vie

Á l’abri l’alambic  a tout pris

Il nous rend les pépins

De nos rêves ondins

.

Quelques heures plus tôt

 

L’araignée était sympathique

 

Epilée et joueuse

 

Mais le temps avait  glissé quelques plages

 

D’un sable pesant

 

Sur le visage aimable du jour

 

L’animal qui se présenta

 

Déguisé en as de pique

 

Laissait deviner une queue d’écrevisse

 

Sous le sombre

 

De son épaisse fourrure

.

 

 

Ont participé :

 

 

4Z2A84

Elisa-R

Eclaircie

Heliomel

 

deux petits textes d’André Frédérique

Pudeur

Elle rougit si on parle de chaise, pour ce que l’on y pose.  Je prends mille précautions pour ne pas choquer ma femme. Dès le matin, une lettre la prévient de ma visite possible dans sa chambre pour le lendemain soir. J’entre comme quelqu’un qui se tromperait, m’excusant, revêtu d’un lourd pardessus beige. Ensuite, je dois imaginer mille raisons pour le quitter, la chaleur, ou qu’il est trempé.

En veston, je ne puis éviter que sa rougeur ne soit extrême. Il me faut revenir en arrière afin qu’elle n’éclate pas, m’entourer de rideaux ou me cacher dans la pièce voisine. Je reviens. Elle, enfouie sous les draps (en manteau de fourrure) a repris sa contenance. Je me glisse. Non, ce n’est pas commode.

Après je dois partir en voyage. Mais la gêne persiste des mois entre nous deux.

***

Promenades

La rue n’a pas le nu facile
Promenons-nous main dans la main
Je ne vois que lampions éteints
Grilles d’égout, sergents de ville

Où sont les filles accueillantes
Un sourire, crac : au lit pour rien
Où sont les mères où sont les tantes
Où sont les lits à baldaquin ?

Rue du Rêve que vous étiez belle
Avec vos déshabillés de couloir
Au tournant du boulevard
J’ai rencontré trois demoiselles

Ne portant rien que peau lustrale
Et tour de cou en boa bleu
Collier facile femme fatale
Regard en coin lit de milieu.

***

A tombeau ouvert, des cendres

 

–        Tu ne comptes pas le faire Nine ?

–        Si, bien sûr que si, à la nuit tombée

–        Je ne sais pas si Toine approuverait

–        Dans l’état où il est…

–        Raison de plus

–        Ah, fiche-moi la paix Marinette !

Elle se dirige à grandes enjambées vers la terrasse. Marinette la suit des yeux en plissant le nez creux. Nine s’est mise à l’abri dans le cabanon. Le projet mûrit entre les figues et les pêches lourdes posées sur la toile cirée. L’air passe avec sa mine d’été au déclin qui ne joue plus à cache-cache. Comme toujours elle a cru qu’elle coulerait des heures sans épines, comme toujours les ronces ont balayé ses jambes nues d’enfant têtue qui ne regarde jamais où elle court. J’ai posé cet état indicible sous l’expression « embuscade de la vie ». Le frère de Nine et de Marinette est tombé dedans. Voilà. Le temps d’un crissement de cigale. Et la femme de Toine veut tout garder pour elle de ce qui fut son coupe vent. C’est insupportable de ne plus voir l’espace meublé par l’autre. Nine veut au moins récupérer des poussières, des ombres frêles. Une Antigone renversée dans le reflet du puits.

–        C’est décidé, j’irai demain matin à quatre heures quand Rine dormira ! »

Marinette hausse les épaules de l’intérieur, du dedans de l’impuissance. A la frontière des butées quand tu regardes l’étendue de ce qui sépare les êtres et les déchire menu. Tu vois dans leurs yeux pâlis la volonté, l’esquive, le chagrin serré, les désirs mouillés dans le linge sale de leurs coulisses. Tu vois sans pouvoir dire. Tu dis sans pénétrer l’obscur. Marinette ne répond pas. Elle pense que cette petite-là n’a jamais tourné dans le bon sens depuis qu’elles parcourent ensemble et séparément les ruelles de leur histoire. Leur affection s’est nouée avec beaucoup de nœuds dont le plus serré est Toine. Et Rine sa femme.

Elle découvre aussi que Nine n’a jamais adopté cette femme-là, qu’elle a fait comme si…Depuis trente ans. Comme si les marionnettes. Les ficelles, les liens et les nœuds.

Rine veut disperser les cendres dans le jardin. Elle refuse d’en donner une partie à Nine, pour le caveau familial, avec les parents, près des parents en miettes. Pour que tout le monde se retrouve un jour, épousseté à la droite de je ne sais qui. C’est important. Pour chacune c’est essentiel.

Là se jouent les discussions entre yeux rougis et mouchoirs sous les poches. Nine avance, Rine se ferme. Personne n’ira plus loin. Il est à elles. A personne. Au vent qui passera demain et l’emportera sans laisser d’adresse.

Voilà, demain, «  dès l’aube », elle se glissera entre les oliviers et les courgettes et prendra sur l’herbe sèche et silencieuse une poignée de quelque chose, une poignée de quelques…Au hasard, comme elle sentira qu’il est présent, ici, peut-être là, à moins que…

Elle rentrera bien ferme dans sa robe de nuit, bien fière d’avoir dérobé au destin sa part de hasard.

Zippo

.
.
.
Pendant la nuit
il m’est encore poussé des cheveux
et des ongles à ronger

J’ai entendu le bois et son travail
le pas des gens
Ils chantaient fort pour se donner le courage de traverser

J’ai entendu aussi des chattes à la lune
hurler au nouveau-né

Et moi
j’ai allumé le Jack o’lantern
.
.
.

Loups couturiers

Plusieurs mois les champignons se battirent entre eux

Ni l’intervention de la pompe à bicyclette

Ni celle de l’ophicléide et de la guimbarde

N’apaisèrent le conflit

Je me trouvais aux premières loges

Menotté entre deux gendarmes

Dont les moustaches récitaient le code civil

Tantôt en verlan

Tantôt en faisant sauter des crêpes

C’était en avril 2084

Quelques jours avant la mort de charlemagne

Terrassé par une crise d’urticaire

Face à la première vague

A celle qui entraînait toutes les autres

Comme un chapelet de saucisses

Poursuivi par des loups végétariens

.
Sur une tringle des cintres dansent

C’est la valse des fringues

L’entrée dans le monde

Des vêtements assortis

.

L’ultime chant perçu

C’est la bonde du lavabo levée

Le cri du tourbillon

Ce dernier tour de piste

.

Existe-t-il des édens couturiers

Pour amours déchirées

Des aiguilles à découdre

Les illusions déçues?

.

Existe-t-il des paradis rapiécés

Par des mains déposant

Des fleurs épinglées

Sur des revers de fortune?

.

Une odeur de plastique presque cuit

Chatouillerait volontiers les narines du clocher

Si celui-ci ne se prenait pour une couronne

Assise confortablement à la droite d’une canine

A poils roux mais dépourvue de laisse

Les nuages sombres remontent leurs dentelles

Il faut bien profiter du soleil

Avant de redevenir ces joufflus aux sourcils froncés

Qui pleurent leur colère sur les ardoises sauvages

Ou sur les tendresses un peu sèches

Des bois d’antan réfugiés à l’écart de nos villes

Demain quelques routes pousseront leur premier cri

Imposant leurs langes de bitume

Aux fleurs rouge sang décapitées

.

Ont participé : Héliomel, 4Z et moi-même.

Etat majeur

Les cartographies ne tiennent pas compte
du pays où je vis
Les mots montent à cru des langues tordues
La moue faussée par le fardeau
les poulpes s’entichent de vilebrequins
Pays de mollusques et de trous
où les flaques édentées suçotent des soleils mort-nés
où les talus de lumière rôtis
s’offrent à la gueule avide du vent
On applaudit le soir la pureté du bouton
que le ciel dégrafe
On pense au fouillis des meules
au pavois des acanthes
On pense à l’encrier où les guêpes
viennent tremper leurs anneaux
Et puis on dort
à l’écart des murs
On se berce
sur des traversins feutrés d’averses
que perce le son des flûtes traversières
Les cartographies ne tiennent pas compte
du pays où je vis

Ritournelle,

Les histoires sont rangées
Dans leurs grimoires forclos
Sous le derrière des fées
Sans lots.

Ta menotte crottée
A sa bouche déçue
Fouille sans s’arrêter
Vos rêves sans issue

En vain vous parcourez
Les landes et les nuages
Courez toujours courez
Le vent n’est que mirage

Vous n’irez plus au bois
Les loups s’en sont allés
Le rouge que l’on y voit
Cendre vos cœurs brûlés

Poème à plusieurs voix

Le cataplasme de la Martyre

Vendredi 22 octobre 2010

Le cataplasme de la Martyre

 

 

 
Où sont les précieuses amandes effilées ?
Une blessure d’amour sale comme une peau morte
Que le vent transporte au hasard des rides écartelées
Perd ses illusions devant tant de pots cassés
Débris désemparés cherchent colle à chaud
Fissures esquissées cherchent collagène
Il y a des yeux dans le bouillon du cahier
Qui cherchent les lignes de la main
Mais les draps sont en colimaçon
Parmi le camphre et la cardamome

 
Dans vingt huit secondes le champ magnétique sera rompu
Et les tubercules malins seront libérés
Ils ramperont et si les druides de la forêt ne les contrarient pas
Avec leur gui et leur serpe ,avec leurs danses et leurs chants
Ils envahiront comme la nappe la table
Comme la nappe la mer
Comme la nappe hydrocarbure
Ils envahiront les interstices de ma terre
Sous les oignons sous les racines
Les radicelles ridicules des iris
Les bourgeons et les yeux des cucurbitacées fatiguées
Ils envahiront tristes hères la terre et sans relâche
Se multiplieront à tout jamais et pour toujours
Comme si l’infini avait un bout
Comme si le chien qui se mord la queue avait un but

 

Fi de la noix ou de la fraise, la marquise aime les entrailles
Ses gants noirs s’effilent en longues traces sombres
Qui donnent au vent sa direction quelle que soit la saison
Elle les aime en écailles luisantes oblongues et lisses
C’est son péché mignon sa faiblesse sa folie
Et quand elles viennent à manquer, la belle marquise
Aux yeux de langouste milanaise pousse des hurlements
Déchirants que l’on entend d’un pôle à l’autre
Alors chaque homme enamouré se mue en loup puissant
Et creuse de ses griffes les profondeurs de la terre

 

 
Le jour éternue et s’envole la jupe du pont
Qui joue à pile ou face le nom de la péniche
Celle qui l’emportera loin du vent les pieds au sec
Loin des indifférents qui le martèlent
Alors qu’il rêvait de soupirs seulement pour lui
On sait bien que les amoureux préfèrent l’onde
Et le creux du ciel qu’ils partent rejoindre
Tellement légers que la pierre absente sous leurs pas
Ne les empêche de rire encore ni de traverser le temps
On l’a retrouvé quelques saisons plus loin
A l’orée d’un sombre bois la rambarde offerte
Au dernier signe de passagers en parchemin

 

 

 
On frappe à la porte et quelqu’un répond
Il te ressemble
Vous partagez le même nom
Et le même visage
Mais vos yeux ne vous appartiennent pas
Ils glissent le long d’un regard
Qui ne s’arrête sur rien
Car rien d’irremplaçable ne s’offre à lui
Plus loin d’un pont quelqu’un se jette à l’eau
Est-ce le même homme
Aucun joueur de billes ne s’en inquiète
Les agates fondent au soleil
Ou crèvent comme des bulles dans les poches
De pantalons maintes fois rapiécés

dans un désordre alphabétique:  Heliomel 4Z Elisa Eclaircie Téquila

quand le desir

QUAND LE DESIR

.

 

Je laisserai mes doigts dégrafer ton corsage

Quand un bonheur secret, dans tes beaux yeux, se lit

Pour gouter les nectars d’un savoureux breuvage.

Dans l’absolu, le noir dévoile l’interdit

En chassant pour longtemps les larmes et l’ennui

Dans l’espace meurtri d’un malheureux naufrage.

nous laisserons le temps parfaire son ouvrage

Quand le désir la nuit s’invite dans ton lit.

.

Je laisserai mes doigts dégrafer ton corsage

En offrant à ton corps les gestes du plaisir

Pour dérider un peu ton joli corps trop sage

Egaré par moment dans un vieux souvenir.

Je dépose le soir quand la lune pâlit

Un baiser langoureux sur le bord de ta bouche

Je veux te contempler sur le blanc de ta couche

Quand le désir la nuit s’invite dans ton lit.

.

Je laisserai mes doigts dégrafer ton corsage

En venant bousculer les rondeurs de ton sein

J’oserai réclamer par un dernier passage

Une part pour l’amant du merveilleux festin.

Sous les assauts du corps, ta peau blanche rougit

En laissant s’envoler ta divine promesse

Nous oublieront d’un coup nos élans de tendresse

Quand le désir la nuit s’invite dans ton lit.

.

Je laisserai mes doigts dégrafer ton corsage

Pour montrer au miroir ta superbe beauté.

Sans l’ombre d’un regret dans ma course sauvage

Je vis auprès de toi ce doux rêve enchanté.

En écrivant ces mots sur ce vieux manuscrit

Je goute à ces instants d’amour dans ma ballade

Mais je sais que toujours mon cœur bat la chamade

Quand le désir la nuit s’invite dans ton lit.

.

jc blondel