Monthly Archives: juillet 2011

Triptyque gothique

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Grandes dents
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Dans la vallée morte sous l’homme
Toute habillée et dans le noir,
C’est une nuit de soupe aux choux,
Où les manants pendent aux cordes.
Dans le lit clos ou dans l’alcôve
Prêtez moi donc votre cou
Que j’y morde, que j’y morde.

Si carotide se dérobe
Je trouverai la fémorale
Et, votre suc encore aux lèvres,
Je m’en irai bien avant l’aube
Que le curé porte aux Matines.
La lune est pleine à mettre bas
Mais les dents du toit la menacent…

Le sang des laiteuses nourrices
Sent la chair fraîche et puis le vice,
Ô tendre penchant insulaire…
Prêtez moi donc votre cou,
Ce potelé de jugulaire,
Que j’y morde, que j’y morde
Dans le silence après Complies…

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Gargouille
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Vigie des pollutions nocturnes,
Des pigeons et chauves souriantes,
À ma corniche des rapaces,
Chemin des rondes glapissantes,
Au nord aplomb de la rosace,
Je suis le cri muet du ciel.

Mes oreilles de pipistrelle
Ont le pointu du fol accent
De mon aphone La Tourette
Que je crachouille à tous les vents
Sur les petites et lasses têtes
Des pèlerins, des taciturnes.

Et, tout en exhibant les burnes
Que m’a taillées un salopiaud
Qui voulait jouer au salace,
Je confesse à Quasimodo
Avec ma trogne de grimace
Mon manque de jouvencelles.

Envoi :

Ô touristesse pose ta main
( Remercions Viollet-le-Duc )
Sur mon moussu et mon tétin
Pendant que je bave et reluque…

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Fourches patibulaires
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Coquin compère besacier°,
Une corneille boise° à l’œil
Et à tes pieds pousse une plante
Servant aux noires nigromances°.
Vois le gros rat danseur de corde
Il ronge et groint° à mon oreille
Les confidences en giguedouille°
Des Fourches de Grande Justice…

C’est là pensance° de pendu
Tourmenteor°, toi, l’entends-tu ?

Nous finirons belles terrines,
On sent nos crânes s’éplucher,
Car à nos pieds pousse la « simple° »
Qui enherbe° les chauds bouillons
Des cabarets réceptaclures°
Où l’on est prompt à s’estanchier°
En festoieries° pendant le branle°.
Brise qui grince et pue mignonne°.

C’est là pensance de pendu
Tourmenteor, toi, l’entends-tu ?
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Notes :
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° Besacier : maraudeur (portant besace)
° Boiser : boire
° Nigromance : magie / art secret
° Groindre : grogner
° Simple : Herbe médicinale à un seul rang de pétale
° Enherber : Empoisonner avec des herbes.
° Giguedouille : danse / « gigottement »
° Pensance : chagrin
° Tourmenteor : bourreau
° Réceptaclure : repaire de mauvaises gens.
° Estanchier : vider (de son sang, ou autre…)
° Festoierie : réjouissances organisées pour quelqu’un.
° Branle : danse régionale du XVième / grande agitation.
° Mignonner : toucher délicatement, caresser tendrement
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[ Sources : Lexique partiel de Juvenal des Ursin (1360-†1431) – Martine Moulin. / Lexique des Pèlerinages de Guillaume de Digulleville – Béatrice Stumpf. / Petit dictionnaire français du Moyen âge.]
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D’un arbre à fenêtres

D’un arbre à fenêtres

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Potron-minet vendit sa mèche

Au plus navrant des imposteurs

Il offrit son talent sans étalon

A la reine des sottes

Perdue entre la nuit

Et la gare la plus proche

Mais il ne céda jamais une once

De l’admiration qu’il vouait

A la magnifique corne de brume

Qui surplombait la flèche de l’église

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     Le coup de  l’étrier

Pour le  plâtrier

Un litre acheté

Un vin cacheté

Le saltimbanque

Sans compte en banque

Toujours en manque

Toujours en planque

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Le blanc destrier

Du  palefrenier

Un steak haché

Harnais caché

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Ne riez pas la bouche pleine

Car c’est aux harpes

Qu’il faut apprendre à lyre

Sur les métiers des pauvres gens

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Les livres n’en finissent pas de dormir dans les lits

Ainsi les rêves s’impriment avant le jour

Laissant les corps disloqués par la foudre

Se fondre au soufre de l’éclair flamboyant

Portes et fenêtres adoptent le vent de l’orage

Et dansent sans une main pour les retenir

Les tuiles soupirent et les greniers hurlent

Les secrets venus d’un autre âge au ciel indifférent

Seules les pages retiennent les couleurs du hasard

Tandis que des collines toute la boue s’élance

Mêlant le murmure des arbres endormis

Aux pierres bavardes des pans de mur vacillants 

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D’une étoile à l’autre la lune se déplace à bicyclette

Quand un pneu crève un ange change la roue

Un ange aux yeux géants dessinés sur ses ailes

Son nom ne suffit pas pour le faire apparaître

Il partage l’évier avec la lune

Tous deux liquident la vaisselle en un instant

L’essuient et la rangent debout dans le buffet

Si bien que la maîtresse de maison se la coule douce

A cheval sur l’aspirateur lancé à toute allure

Dans une course contre la montre avec les comètes

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avec le concours de :

Eclaircie,

Elisa R.,

Héliomel,

4Z.

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Philippe Jaccottet

L’effraie

La nuit est une grande cité endormie

où le vent souffle… Il est venu de loin jusqu’à

l’asile de ce lit. C’est la minuit de juin.

Tu dors, on m’a mené sur ces bords infinis,

le vent secoue le noisetier. Vient cet appel

qui se rapproche et se retire, on jurerait

une lueur fuyant à travers bois, ou bien

les ombres qui tournoient, dit-on, dans les enfers.

(Cet appel dans la nuit d’été, combien de choses

j’en pourrais dire, et de tes yeux…) Mais ce n’est que

l’oiseau nommé l’effraie qui nous appelle au fond

de ces bois de banlieue. Et déjà notre odeur

est celle de la pourriture au petit jour,

déjà sous notre peau si chaude perce l’os,

tandis que sombrent les étoiles au coin des rues.

(L’Effraie, éd. Gallimard, 1953)

de toutes nos promesses

DE TOUTES NOS PROMESSES

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J’irai courir la nuit sur ton joli rivage

Faisant à chaque fois, ce merveilleux voyage.

Je laisserai mes doigts forcer les interdits

En osant quelquefois les plus folles caresses.

Je veux te découvrir, gouter aux inédits,

Pour allumer le feu de toutes nos promesses.

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J’irai courir la nuit sur ton joli rivage

Pour voir tout le bonheur briller sur ton visage.

Je veux les effacer tous ces instants déçus

Accrochés aux remparts de ces fausses détresses.

J’espère en ce désir des printemps revenus

Pour allumer le feu de toutes nos promesses.

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J’irai courir la nuit sur ton joli rivage

Bousculant dans un lit, les fruits de ton corsage.

En te déshabillant devant le grand miroir

Tu deviendras l’objet de toutes mes tendresses.

Le plaisir reviendra parmi nous dans le noir

Pour allumer le feu de toutes nos promesses.

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J’irai courir la nuit sur ton joli rivage

Où je pourrai braver la tempête et l’orage

En suivant le chemin que trace le destin.

Je vis dans ton regard les plus belles sagesses

Et nous partons à deux nous tenant par la main

Pour allumer le feu de toutes nos promesses.

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jc blondel

dans l’ocre du couchant

DANS L’OCRE DU COUCHANT

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Le fantôme du vent dans l’ocre du couchant

A l’encre des chagrins écrivait son message

Usant de quelques mots pour faire un testament

Pour hanter le parcours d’un ultime voyage.

Il change le décor de tristes interdits

Quand la clarté, le soir, s’estompe dans nos nuits.

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Le fantôme du vent dans l’ocre du couchant

S’amuse des couleurs des feux du crépuscule

Où s’échappe parfois un bout de firmament.

Un gros nuage gris faisait le funambule

Sur le fil détendu des rêves inédits

Quand la clarté, le soir, s’estompe dans nos nuits.

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Le fantôme du vent dans l’ocre du couchant

S’invite sans souci dans une promenade

Pour dévoiler enfin les secrets de l’instant

En parcourant le temps dans sa folle ballade

Pour offrir aux désirs ses plus tendres délits

Quand la clarté, le soir, s’estompe dans nos nuits.

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Le fantôme du vent dans l’ocre du couchant

Explore les chemins dans sa course illusoire

Il glisse sans façon sur l’été rayonnant.

Sur un doux courant d’air souvent aléatoire

Le fantôme du vent réveille nos ennuis

Quand la clarté, le soir, s’estompe dans nos nuits.

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jc blondel

Les debout

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Nous sommes debout
Dos à la porte des touffeurs,
À celle des nuits d’oiseaux,
La jungle encore glu moite aux flancs et aux semelles.
Il y a là derrière
Tous les petits êtres aux bords vulnérables,
Aux regards d’abandon,
Qui vous sang qui vous suent
Qui vous saignent et rappellent…
Sirènes d’antan sonné,
Groggy d’ivresses
Et grelottant aux qui mordillent,
Ils jaillissent en tanukis
De sous la pomme d’assommoir.
Nous sommes debout
Mais qui sommes-nous ?
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Des siècles

Nous pourrions nous étonner, lever les yeux, pleurer un peu.
Nous pourrions tendre les bras, tomber à genoux, gémir.
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Nous marchons.
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De déserts en hécatombes. De tranchées en cimetières.
Le ventre rond. Le ventre mou. Le ventre vide.
Des siècles de poussières collés sous nos voûtes plantaires.
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Et quand arrive la saison des hirondelles
Et quand survient celle de la chasse
Nous réchauffons le froid de nos âmes au corps brûlant du désir.
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Alors le même rêve taraude nos nuits.
Le désastre sombre d’une terre morte, quelques humains secs aux yeux vitreux.
L’horizon sans couleur, à perte d’espoir.
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Nous pourrions nous réveiller la révolte chevillée au coeur
Nous pourrions prendre les larmes, les déverser en flots de rancune.
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Mais nous marchons.

Pieds nus sur marbre clair

Les messages se croisent sourires aveugles

La tête au firmament les pieds à l’éventail

Sans tambour ni fleurs bleues oublieux

Des horizons incrustés en lignes profondes

Sur les fronts blancs des franges adolescentes

Les messages se laissent pousser des ailes

Ils deviennent volatiles

Cocasses

Poétiques

Futiles

Nécessaires

La nuit venue ils se posent sur une épaule

Et attendent sagement le premier rêve de la lune

Pour devenir la plus brillante des étoiles

Un navire emporte la mer

Dans ses cales vers un récif

Sur lequel une forêt d’ifs

Croît arrosé par des chimères

Dont nous surprenons les profils

Quand elles vont d’un mort à l’autre

Se flattant d’être les apôtres

Enthousiastes des nécrophiles

Leurs ombres glissent sur le marbre

Des tombeaux changés en maisons

De tolérance Une oraison

Funèbre à l’attention d’un arbre

Dont les pendus grouillent de vers

Est interrompue par la houle

Chaque vague imposant sa goule

Une épave y vit un calvaire

Le carillon a sonné cinquante-deux fois

Les grenouilles ne peuvent plus dormir

Le lac glacé par le sucre sous le charme

A franchi l’horizon et se mêle à la brume

Lèvres entrouvertes laissant filtrer les rayons

Du soleil paresseux et perdu dans les jours

Le papillon retourne en sa chrysalide

Heureux de resurgir paré des couleurs

Qu’il aura inventées pour les fondre à ces voix

Tandis que les passants déchaussent leurs souliers

S’élancent à l’assaut du ciel et des océans

Pour pieds nus frôler les nuages et les vagues

Dans les rôles principaux :

Eclaircie, 4Z et moi-même .

René Descartes – Jean-Claude Renard – Sur la Poésie…

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« On pourrait s’étonner que les pensées profondes se trouvent dans les écrits des poètes plutôt que des philosophes. La raison en est que les poètes écrivent par les moyens de l’enthousiasme et de la force de l’imagination : il y a en nous des semences de science, comme dans le silex, que les philosophes tirent au jour par les moyens de la raison et que les poètes, par les moyens de l’imagination, font jaillir et mieux briller. »

René Descartes (1596-1650).

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« La poésie ne naît pas d’une réflexion philosophique sur ce qu’elle est ou n’est point, ni d’une réduction du langage à ce qui nie le langage, mais de l’obsession d’être une parole capable de commencer à dire ce qui ne peut être dit. »

Jean-Claude Renard (1922-2002).

Le regard de la momie

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Tous les matins mon miroir aime

À scruter l’image qui lui parvient

Celle qui le regarde bien en face

Une  goutte d’eau sauvage à la main

Il apprécie la courbe de la brosse à dents

Le fil du  rasoir, les dents du peigne

Le rimmel toi de ce qui te regarde

La silhouette rebondie du savon

Quand je quitte la salle de bains

Après avoir éteint la lumière

Je sais qu’il regarde encore

Le poli des émaux bleus et qu’il rêve

Mon miroir s’est marié

Avec une vitre de la fenêtre

Baignés par la lumière

Ils s‘envoient des reflets biseautés

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La tête en eut assez que l’on parlât d’elle

Et partit se réfugier sous quelque ramure

Où seuls les oiseaux pépiaient encore

Et seulement pour réclamer pitance

Le corps abandonné s’adonna à la danse

Que les arbres charmés tentaient de suivre

Entraînant des chiens et des loups

Des réverbères et des chéneaux

Alors que les toits s’indignaient

Sans doute dans la crainte de se voir envoler

Quand déjà les greniers grondaient

La cafetière siffla et le marc put prédire

Cette matinée disloquée

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Entre les platanes la mer

Se défait puis se reconstruit

Sur la pelouse est-il écrit

Qu’il faut écouter la commère

Vanter son alcool et ses fruits

Le sable griffe la fenêtre

On ouvre et le vent s’introduit

Dans un livre dont plusieurs lettres

Forment des mots comme aujourd’hui

Demain autrefois ou naguère

Le temps les roule et les conduit

Au large – le temps les fait taire

Et la vague trop endormie

Ne dévoile pas leur mystère

La voix que l’on entend sous terre

Appartient à une momie

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Sur le bout de son nez pousse une noisette

C’est un quai de bois clair assoupi près d’une lune

Ronde et rouge amoureuse d’un voyou

Elle l’aime de tout son cœur elle qui n’en a pas

Depuis août qui le déposa essoufflé et si las

Sous son beau regard de jeune fille émotive

Lui c’est le vent de novembre qui voyage dans le monde

Et choisit un beau soir la douceur de son halo

Pour dormir et rêver tout au long d’un été

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Par les archéologues visionnaires :

Elisa, Héliomel, 4Z2A84 et moi-même