Historique du mois : juin 2011

Drôle de cadeau

Depuis trois plombes, Colin cherchait les murs de la chambre, un tableau à la main, à moins que ce ne fut la chambre qui cherchait Colin.

Pourtant dans l’ombre, une surface palpitait, cloison ? paravent ? Nul ne savait. D’ailleurs nul n’était là. Ou Nul était là. La ville bien présente s’appuyait à tous les réverbères pour entrer dans les interstices des vies assoupies sur les sofas et les banquettes.

Pourquoi Colin avait-il immortalisé Chloé (qu’il écrivait toujours Cloé, non qu’il fut illettré, mais que les H ne l’inspiraient point) sur une toile noire. Elle dont c’était la couleur fétiche, le Tout disait-elle, lorsqu’enfin elle parlait.
Ses amis l’entouraient inquiets de le voir se pâmer d’amour pour une ombre, dont le corps épousait trop bien rideaux et tentures, les idées le néant, et la vie le vide.

Cloé avait dû être fillette rieuse, riante, « aimeuse », aimante. Qui avait profité de ces élans ? Une rivière sans doute, un fleuve peut-être, ou même l’océan, de nuit, lorsque seules les vagues semblent vivantes, par le grondement qui s’échappe de l’écume- de « l’écume des jours ».
Colin s’enivrait d’iode en plein Paris, ou Rome ou Londres. Il espérait encore pouvoir présenter l’huile à peine sèche, que la térébenthine avait épargnée. Accrocher comme une auréole au-dessus du siège de celle qui sourirait alors.

Que vaut un sourire lorsque la bouche est absente ?
-« Chloé, Chloé ! Ton parfum voyage au ras du parquet comme les embruns au-dessus du Lac de Serre-Ponçon ».
On ne peut rêver, si l’objet du rêve s’enfuit toujours dans la pénombre, se cache sous le moindre escalier, se drape dans un linceul pour nouveau-né, ou se tapit sous la cendre après que le charbon fut consumé.
-« Chloé, Chloé !
Ne regarde pas la toile, tu ne verras que mon propre gouffre, avec nos peurs qui se tordent comme sorcière sur un bûcher ».

-« Cloé, Cloé ! Jamais plus je n’écrirais fragrances que je rêve de transformer en fragances, tellement plus doux à ta peau, à la mienne, à nos langues et nos tympans afin que nous dormions, calmes et rassurés au chevalet de nos couleurs retrouvées ».

Nuit de ventriloquie

( sorte de suite à Monsieur Bâille, Madame Noue et Alors… )
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Toucan rêveuse d’être Sirène
Madame chante :

C’est en nuit,
Grande nuit de ventriloquie,
Dans sa forêt des âmes, dégarnie, qu’elle plonge,
Perce jusqu’à l’eau mystérieuse,
Ô si envoûtante…
Ô si énervante ronchopathie chronique aux mille trillions buveurs à trompes,
À cornes…
( Infinitésimaux braillards chevaliers de pas grand chose.
– T’es tu vu Monsieur Rêve gris !? )

– Tu dors?
– Hein quoi? … Piqué du Drâa, rends en moi !
– ‘Effroi… Ceci dit
Du presque de son verre
D’eau pour une fois.
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Réveil-Loïc

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Réveil

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C’est un matin d’eaux claires

Et les virgas de l’ombre mangées par les ruisseaux s’étirent sous les monts

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Un orangé de laudes caresse les essarts, que des hommes hirsutes jardinent en maugréant.

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Une cloche au matin, résonnantes vallées, le jappement des chiens

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Des fumées chandelières aux cheminées de forges, un immobile été

Les fragrances du coke, petit bassin houiller, confins de Margeride

Le chemin de Marsanges, les camions de Lebrat

……………L’étoupe du travail jointoyant la misère.

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C’est un matin d’eaux claires où nagent les farios que d’anciens ouvriers capturent sous les roches

Ils cheminent affairés sous chape de silence, en se hélant parfois aux détours des sentiers

Une simple  journée qui s’en revient encore, d’amples années d’usines bercées par les sirènes.

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Les fournées de pain blanc parfument de levure les ruelles étroites

Et les chats s’en retournent de leurs pas imbriqués

Danseuses fatiguées.

Arriveront l’azur, la chape de Juillet, le parfum des légumes alignés sur l’étal

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Des femmes en fichus, sous leur vies monotones viendront un peu plus tard.

Historiettes infimes, allant à l’avenant picorées de tristesses …

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La farine des jours recouvre les horloges d’une gare aux aguets, institution notoire dispendieuse de rêves

La cime des forêts flamboie sur les adrets, les volets que l’on ouvre…

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Un cristal de silence précède la torpeur

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C’est un matin d’eaux claires, encombré de massifs que les hommes trépanent.

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Loïc, avec son aimable autorisation

Le masque de la civelle

Les civelles du ciel

 Ondulent lentes et légères

 Sous les nuages d’orage qui promettent

 L’eau

 Un arbre aux longues branches

 Souples et sages

 S’éprend d’amitié pour elles

 Et pleure

 Des larmes en forme de barques

 Qui glissent le long des failles

 Jusqu’à l’estuaire

le plus proche

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Je tiens mon rôle dans la pièce

Où nous place ta cruauté

Le public me mettrait en pièces

Si j’étais moi le masque ôté

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– Ce n’est pas moi que tu réclames

C’est toujours l’autre un malheureux

Pour lui tu franchirais des flammes

Le contemplant d’un œil vitreux

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– Le désespoir cela t’excite

Cela te monte vite au nez

Comme des parfums illicites

Ou des acides condamnés

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–  Et me voilà flanqué par terre

Sur les planches au ras du sol

Pour n’avoir pas voulu me taire

– D’un coup de pied tu me consoles

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Fraises et canneberges mêlées

Discutent ferme dans la tasse en parapluie

Du  bien fondé d’invité le poil à gratter

Au festival des nuits perdues

Tandis que le tabac dans la rouleuse

Se tord de plaisir comme un pubis aimé

Et rêve d’être ce petit brin d’herbe

Que le jeune adolescent élégamment

Porte aux lèvres tout en souriant

Alors que les hommes

Courent à la poursuite de leurs têtes

Plutôt que de dormir enfin sans ronflement

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Sur ses bobines incandescentes

Le crin file dans la suie

Les tissus de secours

Portent encore les traces

Des doigts émerveillés

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On lit les noms d’égards

Au travers de la buée

Et l’on franchit des ponts

Qui supportent des rails

Aux rubans d’acier doux

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Poussés par les rochers

Les cerceaux fatigués

Bordent  la mer éteinte

En robe de mariée

Le soleil apparait

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Ont participé:

4Z2A84

Eclaircie

Elisa—R

Heliomel

Ma life

Losque mon lit me rejette, le seuil de ma fenêtre m’accueille dans son nord giron rassurant.

Je découvre alors parfois, la merveille d’un matin ou la magie d’un soir. Toujours Chauve-souris passe me voir.

J’aurais voulu l’inviter dans ma cuisine où les mouches, si nombreuses nous chassaient. Un vrai cauchemar.

Chat Mallow passe, hautain, cependant que vexé de ne pas avoir attrapé le moindre grillon ou lézard. Le premier dort encore, le deuxième est déjà couché.

Le lilas, le sureau et le lierre tombent de sommeil au coin du mur.

Patoche se demande si encore cette nuit, elle devra me suivre au bout de ma folie.

Silences

Le long du soir plongeant la nuit geint de sueur
Pourtant dans ces yeux pers l’océan toujours brille
On ne sait que trop bien de qui elle est la fille
Quand émane au matin un parfum de tueur

Le soleil n’en finit de chasser l’artilleur
Que les arbres vaincus recouvrent d’une grille
Alors que le ruisseau dans son lit trop babille
La mémoire en éveil devient terne lueur

La corde au tilleul clair tente la fugitive
Mais la voix de demain voudrait être furtive
Et ne courir le chant qu’au milieu des genêts

La main rejoint la voie et couche en son repaire
Ce qu’hier trop chargé dans la rue se fanait
Déjà sur la côte Est la rose enfin éclaire

Extrait de « Quatorzième poésie verticale » Roberto Juarroz

L’abîme n’admet pas l’ordre,

le désordre non plus.

Et nous savons que tout est un abîme.

Pourtant,

le jeu de la feuille et du vent

s’achève toujours à l’endroit le plus exact.

Et aucune feuille ne souille le lieu où elle tombe.

Il se peut qu’une feuille ordonne

ou peut-être désordonne

une autre face de l’univers.

Quatorzième poésie verticale – José Corti – 1997

(Trad. de S. Baron Supervielle – Préface L Cerrato – Édition bilingue)

Cas de conscience-Untelll

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Des milliards d’êtres
d’étoiles et d’univers
s’étirant pour disparaître
et renaître
dans une tête de linotte.

De la poussière
des atomes et des cellules
s’agglomérant pour être moi
Mémoire
vivante et mourante aux Mondes.

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Untelll,

avec son autorisation anticipée.

De l’âne au coq

01.07

Heure ordinaire, cependant que remarquable. Voilà déjà 16 minutes que le réveil a sonné dans ces méninges.

etc

L’idée : l’improvisation. Le sujet improvisé par le passant. La lecture, improvisée par le passant. Qui peut être le même un autre ou un autre même improvisé

Ce matin pour moi, les romans que je vais écrire. J’ai déjà les titres :

Angèle et Lucie,

Le champ de soja

écrire la nuit

Et caetera

1.11 heure remarquable autant que banale.

première retouche à 01.13

Alors…

(Sorte de suite à Monsieur Bâille et Madame Noue…)
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Alors,
Le ciel est dos
(Tout en vertèbres)
Quand Monsieur Bâille est Rêve…

Qu’avec son bicorne de rhinocéros il s’ébroue,
Nu presque,
Dans un verre d’eau,
Zone où Madame Noue,
Rêve et trempe aussi la lèvre,

Car tout,
Tout quand elle y songe,
A le goût d’aventure :

Héron dans l’eau
Et ogre nouille

Alors…
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