Monthly Archives: mai 2011

Un poème de Pierre Emmanuel

Un poème de PIERRE EMMANUEL

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Les plaines sous le joug comme des bêtes lasses

Tirent aiguillonnées par les vents vers la mer.

Asie, tes horizons d’ivoire ! Tes royaumes

Cousus, momies, dans les déserts parcheminés !

Tes échos hennissant ça et là dans les âges

– Poulains perdus pleurant les montagnes rasées !

Où est Palmyre, d’or et de jais sous les palmes ?

Où sont les cèdres bleus des Libans consumés ?

Sous l’éperon des soleils fous, j’ai vu des villes

Ruer des quatre fers sous un ciel de silex,

Faisant grêler des nuées d’astres, sauterelles

Broyeuses de feuillage et de marbre : une nuit

Passait. L’aube en ruine avait mille ans. La terre,

Noire, portait le deuil de vingt peuples poudreux.

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Pierre Emmanuel « Babel » (1951).

Madame Noue

( sorte de suite à Monsieur Bâille )
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Après le noir du « N’nuit »,
Madame noue
Ses quatre coins pour en faire
Un chapeau contre le soleil,
Un bonnet pour la nuit.
Et la voilà partie
Pour où Monsieur rêve d’elle en Amazone,
Mamelue à demi, fessue des ondes lentes.
Et là ça…

Madame est toute
Quand Madame est toucan.
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L’échiquier à la fenêtre

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La forêt se déplace elle entre dans la mer

Comme les fruits confits dans le cake elle explore

L’âme de l’univers quand il daigne parler

Pour dire quelque chose – elle insuffle à sa flore

Le goût de l’aventure elle repeint le ciel

Redonne des couleurs aux nuages exsangues

Et du tonus à l’eau qui croupit dans les mares

On trouve sous ses poils des plis confidentiels

Les arbres qu’elle abrite ébruitent ses secrets

Son nom l’appariteur le prononce à voix basse

Lorsqu’elle s’introduit dans des salons glacés

Où privées de moulin ses feuilles se rétractent

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Contraste saisissant entre les mains du joueur

L’une s’ouvre sur le mont de vénus

L’autre reste fermée à toute idée de voyage

Elles s’agitent cependant et s’emparent de la reine

Ou du fou quand il s’agit d’un enjeu plus sérieux

Cahin-caha elles s’élèvent puis se posent

Loin des plages de mars assoupies sous les étoiles

Le vieux roi encerclé laisse choir son épée

Dans un bruit métallique de fin de partie

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C’est un haut-parleur

Un beau parleur

À peine hâbleur

Qui grésille à toute heure

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Son maitre l’ampli l’épate

Avec son fil à la patte

Son jumeau perd sa broche

C’est le son qui décroche

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Le haut-parleur s’en fiche

Le haut-parleur s’affiche

Sur le toit d’une auto

C’est  le cirque  bientôt

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Sagement posé sur son cul

Parmi les graves et les aigus

Le babouin joue du hautbois

Pour l’enceinte à trois voies

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L’inspiration s’est absentée de la fenêtre

Elle a laissé quelques lignes à peine lisibles

Recommandé de prendre l’escalier

Celui qui ne monte ni ne descend

Mais toujours en spirale pour maintenir le vertige

Et ne sortir du contexte sous aucun prétexte

Attendre deux lunes ou quatre soleils

Les regarder dans les yeux sans fléchir ni frémir

Croquer une fleur de fraise anticiper le goût du fruit

Dans la goutte de rosée entendre le torrent

Ne pas compter sur ses doigts qui ont tout oublié

Ou sur ses pieds qui ne mènent nulle part

Et espérer des passants qu’ils prêtent un sens

Une voix une ligne une porte avec maison autour

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Les auteurs :

Elisa-R

Héliomel

4Z2A84

et Eclaircie

La poulie

Quand aux nuits d’euphorie

succèdent les jours de puits

elle regarde le seau descendre

vide

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Elle hésite à jeter la pierre

à mesurer la corde

le bruit sur le métal

ou le plongeon sourd

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La paroi sèche

la pierre ocre

attendent la vague

ou le geste

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Un jour la margelle

usée

s’effondrera

sous l’attraction du vide

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Une poulie rouillée

posée sur l’herbe

un lien effiloché

et la lune baignant la scène

Du fond de l’eau

Feuilles au fond de l’eau parcourues de notes sombres
Recouvertes de mousse, d’algues vertes et douces
Déposées pour l’oubli, destinées au silence
Remontent du bleu nuit d’un passé assoupi.

Les gouttes huileuses glissent sans rien effacer
Quelques traces humides, peut-être, modifient certains mots
Leur offrant, longtemps après, la fraîcheur de l’instant .

Rien ne bouge sur les berges que les frères animaux
Aux humains gémellaires le lieu reste interdit
Et les sons de la gorge sont ceux des gorges d’ici .

Le soleil et la pluie donnent à l’endroit
La protection des brumes et des zones trop humides
Qui repoussent les bottes et les fusils
Qui gomment de la mémoire les souvenirs fantômes .

Le chien rit jaune dans l’oasis

Animaux malheureux

Sur le seuil de ma porte

On nouera mes cheveux

Si je vous réconforte

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La foule se rassemble

Autour de notre nid

L’arbre des greniers tremble

L’ombre des lacs brunit

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On arpente l’azur

Sans réveiller le sable

Sans rouvrir de blessure

Sans trouver son semblable

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L’oasis se balance

Et vous asperge d’eau

Vous qui voulez qu’on danse

Par couples dos à dos

La journée lui appartient mais il ne sait qu’en faire

Et la donne à son chien

Retourne s’asseoir dans un fauteuil fané

Dont les bras l’enserrent

Auxquels il abandonne son corps et sa mémoire

Devenu bois et velours

Il remonte la forêt revivre ce temps d’arbre

S’enferme dans le cocon avant qu’on ne lui arrache la soie

Toute la maison retient son souffle

Le laisse à son voyage

Attend demain et l’animal revenu

Pour s’ouvrir au matin et que la main fourrage la fourrure

Le chien contera les caprices du soleil

Lui écrira la sève qui nourrit la feuille et berce le papillon

Ils attendent quelque chose

 Le vert en profite pour s’épanouir sur les larges feuilles

 Qui plus tard jaunissent et puis tombent

 Les assis regardent les nuages rassemblés dans le ciel

 se préparant à la grande migration

 Vers un ailleurs invisible ou lointain

 la lune aimable sourit au soleil qui se couche

 le soleil reposé s’étire éveillant ceux qui attendent

 Quelque chose qui ressemblerait au nid d’un nuage

 Posé sur la cime d’un tilleul centenaire

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 Il faut savoir traverser le lit du fleuve

Prendre son courage à deux mains

Refuser d’être le passeur des trépassés

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 Laisser ses berges sur la rive aux erres

Oublier les oripeaux des préjugés sur le gué

Changer ce sillon si sage en soyeux sillage 

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 Perdre pied la tête haute

Respirer le trouble et l’émoi

Saisir l’herbe qui devient fleur

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 Pousser un cri d’amour devant le  tableau inédit

Croire jusqu’à la folie  au tabou interdit

Penser que minuit devient midi

Ont participé:

4Z2A84

Eclaircie

Elisa-R

Heliomel

(le tout avec un peu de retard!)

l’estocade

L’ESTOCADE

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Elle est là, je le sais, me guettant dans le noir

Attendant le moment pour porter l’estocade.

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Lorsque mon corps blessé s’enhardit dans le soir

Pour oser quelque part une longue ballade

Je risque sans délai de me trouver en rade

Ne gardant pour demain qu’un bien minime espoir.

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Elle est là, je le sais, me guettant dans le noir

Attendant le moment pour porter l’estocade.

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Pour contrer son vouloir, bloquer son escalade

J’efface mon regard du reflet du miroir

Pour ne pas divaguer, ne pas apercevoir

La ride de ce temps et son estafilade.

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Elle est là, je le sais, me guettant dans le noir

Attendant le moment pour porter l’estocade.

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Vieux monstre de salon, caché dans le couloir

Tu n’es plus pour l’instant dans cette mascarade

Le copain de mes nuits, mon trop vieux camarade

Qui savait m’envouter des contes du boudoir.

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Elle est là, je le sais, me guettant dans le noir

Attendant le moment pour porter l’estocade.

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Un médecin, un jour, trouvera la parade

Pour te ranger enfin dans le fond d’un tiroir

Pour repousser plus loin les tampons du butoir

Qui met un point final à ma route malade.

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Elle est là, je le sais, me guettant dans le noir

Attendant le moment pour porter l’estocade.

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jc blondel

Monsieur Bâille

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Monsieur bâille,
Replie les branches
Et pose ses yeux de verres sur le bois.
Il table sur son brouillard de myope
Pour lui momifier la nuit,
Pour qu’un à un ses neurones s’éteignent
Comme autant d’étoiles déjà au cœur du paradoxe.
– Bonne nuit.
– N’nuit.
Et là ça…

Monsieur rêve.
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Boite à malices

Mon crâne est trop petit pour toutes les idées qui bouillent, aussi j’ouvre ce « fil » (j’adore les fils, dans une autre vie, j’ai dû être araignée ou vers à soie) pour déposer toutes les remarques suggestions questions à débattre, ….etc.

Je commence:

1, je sais que certains ont des difficultés d’accès ou de manipulation pour publier ici, cependant, peut-on chacun soigner un maximum cet aspect (soin de mise en page) pour le confort de tous. Ne pas hésiter à appeler au secours-mail, téléphone, …etc.

2. Pour la question des sauts de lignes, un ami m’a conseillé d’essayer de mettre les points qui les marquent en blanc, puisqu’on peut choisir la couleur des lettres et signes. Si quelqu’un veut essayer….on les aura..on les aura…(je ne trouve pas parfait le système des points noirs et cherche à l’améliorer )

3. Que les timides soient rassurés, pour oser commenter, je ferme les yeux et  fonce. Bien sûr parfois vous pouvez être déçu du résultat. Je ne connais pas beaucoup les règles de la poésie (aïe, le mot est lâché,-les règles-) mais alors, j’écris ce que me dicte ma tête.

4.Si l’un de vous veut inviter un nouvel auteur à se joindre à nous, écrivez le moi sur mon mail, vous l’avez tous.

5. Merci de votre attention, vous pouvez retourner rêver…..et/ou poursuivre sur ce fil de barbe à papa.

Deux poèmes de Georges Mogin dit Norge

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LA FAUNE

Et toi, que manges-tu, grouillant ?
– Je mange le velu qui digère le
pulpeux qui ronge le rampant.

Et toi, rampant, que manges-tu ?
– Je dévore le trottinant, qui bâfre
l’ailé qui croque le flottant.

Et toi, flottant, que manges-tu ?
– J’engloutis le vulveux qui suce
le ventru qui mâche le sautillant.

Et toi, sautillant, que manges-tu ?
– Je happe le gazouillant qui gobe
le bigarré qui égorge le galopant.

Est-il bon, chers mangeurs, est-il
bon le goût du sang ?
– Doux, doux ! tu ne sauras jamais
comme il est doux, herbivore !
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ŒIL POUR ŒIL

Aime-toi bien, hirondelle,
Aime-toi bien, haridelle,
Tu n’as que toi pour cervelle
Tu n’as que toi pour ancelle.

Tes petits cris dans l’azur,
Tes craquements de fémur,
Sont tes amours les plus sûrs
Passés, présents et futurs.

Bouvreuil, chevreuil, écureuil
Le monde est là, sur ton seuil
Tu n’as que toi pour accueuil,
Tu n’as que ton œil pour œil.

Vie à plume, vie à laine,
À coquille, à poil, à graine,
Tu n’as que toi pour haleinel,
Pour nuit, pour jour, pour semaine.

Frissonnant dans ton pelage,
Foisonnant dans ton ramage
Bête qui voles, qui nages
Bête d’eau, de bois, de plages.

Regarde d’un œil cuisant,
Hume d’un museau luisant
Le songe vert et flottant
Qui passe avec ses printemps.

Serre-toi dans ta hantise,
Goûte-toi dans ta betise,
Tu n’as que toi pour chemise
Pour jeu, pour cœur et pour guise.

Bêtes et gens, gens et bêtes,
Hirondelles, mauviettes,
Vaches, veaux, corbeaux, poètes,
Aimez fort ce que vous êtes.
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