Monthly Archives: mai 2011

UN POEME DE MAX JACOB

Un poème de MAX JACOB

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« Il se peut qu’un rêve étrange
Vous ait occupée ce soir
Vous avez cru voir un ange
Et c’était votre miroir
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Dans sa fuite Eléonore
A défait ses longs cheveux
Pour dérober à l’aurore
Le doux objet de mes vœux
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A quelque mari fidèle
Il ne faudra plus penser.
Je suis amant, j ai des ailes
Je vous apprends à voler
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Que la muse du mensonge
Apporte au bout de vos doigts
Ce dédain qui n’est qu’un songe

Du berger plus fier qu’un roi. »

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Max Jacob 1876- 1944

Le Laboratoire Central (1921).

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Le 24 février 1944, à la sortie de la messe du matin qu’il venait de servir,

la Gestapo arrête Max Jacob. Il meurt le 5 mars au camp de Drancy.

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L’oeil au bord noir-JD Lemarié

L’œil
Sourd aux appels
De la vie sombre et
Tombe au creux
De l’abime en
Rugissant comme un lion
Blessé
Le silence est la nuit
Qui pèse au creux des langues
Et le jour est tapi
Au fond de l’oeil on
Massacre on
décapite on
Tranchons la gorge et
Le mot rouge est
Vivons comme on gicle et
L’œil
Au bord
Des lèvres

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JD Lemarié , avec son aimable autorisation

Targus -une nouvelle d’Elisa-R

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L’eau a envahi les terres. Seuls quelques arbres émergent de la surface liquide, boueuse. Un homme, debout dans sa barque, rame. Ses efforts sont vains, il reste sur place.

– Voilà des semaines que tu erres derrière moi comme une ombre malfaisante. Ta puanteur est insupportable et tes râles déplaisants. Cherche toi quelqu’un d’autre, moi, je veux rester seul.

– Aucun son n’est sorti de ma gorge et je n’ai pas d’odeur…Interroge toi. Si ça ne vient pas de moi, puisque nous sommes deux…Tu vois ce que je veux dire ?

– Fiche moi la paix !

– As-tu remarqué mon arbre ? Il est enraciné là depuis des siècles, et moi avec lui. Comment pourrais-je errer derrière toi, je ne descends jamais de là. Mes jours et mes nuits sont semblables, depuis si longtemps…Parfois, je rêve, je me vois petit garçon sautant dans les flaques. Je vide mon regard et j’essaye d’imaginer la chaleur d’une mère qui me dirait, en me serrant contre elle : ne t’inquiète de rien ,mon petit, maman est là qui veille sur toi. Ferme les yeux et dors, tout va bien.
Mais je ne perçois pas grand chose, une vague sensation de douceur, peut-être…
Tout est humide depuis que l’eau a recouvert la plaine…Si j’avais encore des os…

– Tu me casses les pieds ! Si je devais choisir un compagnon de solitude, franchement, ce ne serait pas toi.

– Tu transpires ! Tes aisselles sont trempées…ou peut-être es-tu tombé dans l’eau ?

– Idiot ! Tu ne me quittes pas du regard, tu l’aurais vu ! J’en ai assez !

Il jette ses rames dans la barque et s’asseoit. L’autre, assis paisiblement sur une branche de saule, tout en haut de l’arbre, l’observe.

– Je m’appelle Targus, et toi ?

– Qu’est-ce que ça peut bien te faire ? Je n’ai pas de nom, je n’en ai plus. On m’appelle l’assassin.

– Dis-moi, l’assassin, où comptes-tu aller ? On ne voit aucune terre à des kilomètres.

– J’en trouverai une, n’importe laquelle. Et je tuerai, parce que je ne sais faire que cela et parce que c’est ce que l’on attend de moi.

– C’est ce que l’on attend de toi ? Tu en es certain ?

– Oui. On m’appelle l’assassin. Je n’ai plus de nom.

– Si tu veux, je te donne le mien.

– Le tien ? Il tourne son visage vers Targus. Pourquoi ferais-tu cela ?

– Pour que tu aies un nom et pour que les gens cessent de t’appeler l’assassin. Pour que tu ne sois plus obligé de tuer … Et puis, je ne connais personne d’autre que toi. Un nom ne sert à rien quand on est seul…

L’assassin reste silencieux un long moment. Il semble rêveur.

-Targus ! C’est un drôle de nom… C’est un beau nom !

– Tu le prends ?

– Non…

– Pourquoi ?

-… Je suis l’assassin, depuis si longtemps que je ne sais plus ce que j’étais avant.

– Tu as été un enfant, abandonné par sa mère.

– Comment le sais-tu ? Je ne le sais pas moi-même !

– Si elle ne t’avait pas abandonné, tu porterais encore l’odeur de son parfum. Tu serais imprégné de sa douceur. Tu ne pourrais pas te servir de tes mains pour tuer.

– Toutes les mères ne sentent pas bon.

– Si !

– Tu dis n’importe quoi. J’ai vu des mères vêtues de haillons. Elles sentaient mauvais !

– Tu n’étais pas leur enfant. Si tu l’avais été, tu aurais su qu’elles sentaient bon et que nulle autre odeur n’était plus merveilleuse que la leur.

– Mais qui es-tu ?

– Je suis Targus. Sauf si tu prends mon nom. Alors, je ne serai plus personne.

– Tu es étrange. Maintenant que je te regarde, je vois que tu ne ressembles pas à un humain. Tu es… grotesque !

Il se lève et reprend ses rames. La barque reste toujours sur place, malgré ses efforts. Targus soupire et l’assassin , épuisé, décide de s’asseoir.

– Pfff ! C’est fatigant ! La nuit approche, je vais dormir là.

– Comme les autres nuits. Mais celle-ci est la dernière.

– Ah ? Comment le sais-tu ?

– Je le sais.

– Je ne me souviens pas des autres nuits… Je regardais droit devant…Comment le sais-tu ?

– Je suis las de tout savoir de toi. Je suis ici, j’attends.

– Je ne comprends rien.

-Tu ne cherches pas à comprendre.

– Tu t’appelles Targus. Je suis l’assassin. Tu vis sur un arbre et moi sur ma barque. Ma mère m’a abandonné et… je ne me souviens pas de son parfum…

– Tu progresses.

– Est-ce moi qui porte cette odeur de charogne ?

– Oui.

– Pourquoi ?

– Ce sont les souvenirs qui pourrissent dans ta mémoire.

– Ca ne se peut pas !

– Si, tu vois ! Ce ne sont pas de beaux souvenirs. Pas ceux du dessus. Il te faudra épeler le nom de chacune de tes victimes pour arriver aux bons souvenirs, ceux qui ont une odeur de mère.

– Elle m’a abandonné.

– Tu peux la retrouver.

– Je… je ne connais pas le nom de mes victimes. J’ai tué au hasard. Je n’ai jamais entendu leur nom.

-Ce n’était pas nécessaire. Tu as pris leur vie et leur nom s’est gravé dans ta mémoire. Ils sont tous là, pourrissant d’oubli, dans ton cerveau. Les gémissements que tu entends viennent de là, aussi.

– Ainsi, je suis l’assassin, encombré de ses victimes. La mort m’entoure, m’alourdit. Elle me couvre d’odeurs…Si elles n’étaient pas putrides, ce pourrait être une mère…

– Une mère sent bon.

– Je vis dans cette odeur depuis toutes ces années…Peut-être est-ce une bonne odeur pour moi ? Tu ne le sais pas toi, tu n’es pas son enfant. Il sourit, regarde ses mains, renifle son bras. Maman !

– Cherche encore, tu t’égares.

– Qu’en sais-tu ?

– Je sais tout de toi. Tu n’es pas le fils de la mort. Tu es né un quinze avril de l’an mille. Ta mère était cuisinière. Elle t’a abandonné.

– Pourquoi ? Pourquoi m’a -t-elle abandonné ?

– Oh, l’histoire n’est pas originale. Tu es un enfant douloureux, l’enfant d’un viol. C’est tout.

– Mais, j’étais son enfant. Elle ne devait pas m’abandonner ! M’a -t-elle aimé au moins ?

– Non.

– Alors…

– Alors ?

– Alors, tout est comme cela devait être et je repartirai demain.

– Non.

– Pourquoi ?

– Ton errance est terminée. Cette nuit, tu sauras.

– Quoi ?

– Tout.

-…Targus…

– Oui ?

– J’ai froid.

– Tu as peur. Tu n’as pas froid.

– Qui es-tu ?

– Commence à épeler, la nuit est là.

– Je ne me souviens pas… Je n’ai jamais su…Ou alors…

– Oui ?

– Il y avait un « p »…

– C’est bien.

– Ou un « d »…

– Continues.

– D’abord, un « p », puis un « i », un « e », …, un « r », non, deux, et un « e ».

– Voilà, tu as ouvert la liste. Laisse la se dérouler.

Toute une partie de la nuit, il épelle des noms, des prénoms. Ceux-ci semblent surgir de sa bouche malgré lui. Après la dernière lettre du dernier prénom, il ferme les yeux et respire profondément.

– Tu sens cette odeur ?

– Oui.

– Qu’est-ce que c’est ?

– Elle.

– Elle ! Tu veux dire…

– Oui.

– Elle est merveilleuse. Quelle douceur !

– Regarde moi.

Il le regarde.

– Que vois-tu ?

– Je me vois.

– Comment t’appelles-tu ?

– Je m’appelle…Targus.

– Qui es-tu ?

– Je fus un enfant, puis un assassin, à présent, je suis mort.

– Regarde moi.

– Je te regarde.

– Que vois-tu ?

– Je vois un arbre, au milieu de l’eau… C’est le tombeau de Targus, dit l’assassin.

avec ou sans son aimable autorisation -clin d’oeil….

Midnight Détress

Une ombre saigne sur la barbe d’ébène d’un piano.
Un fantôme de skaï aux yeux embués de poèmes caresse sa soif et se pend sur un décolleté
Déchirant…
Plus loin, naufragé du comptoir, un désir fou étincelle sur un homme linceul;
Dans un coin de table, un éclat de tristesse rétrécit à l’infini sous les pupilles violentes de gens heureux…
Les bougies tremblent et se confondent de solitude,
J’avance à pas de miel, comme un orage apprivoisé,
Je crève de lune
Une musique, comme un bas invisible grésille, étrangle l’air,
Glisse sur un sol de paillettes et de cendres mouillées.
Une panthère écarlate et cloutée ronge une croix de bois, de fer ou de courage, qui lui donne l’air d’exister.
De l’autre côté du mur, un buvard se répand en voluptés de rimmel.
Et au fond du couloir, coule une larme obscure, un train de vie déraille…
Dans ce brouillard de gueules d’amours fracassés,
Une chape de souffre vient se coller à mon corsage
Et déteint sur les tresses d’une amazone religieuse.

Et soudain, entre deux cris infirmes,
Claudiquant sur un vacarme de savonnette,
Je te reconnais
Je retiens ta couleur sur ma peau
Flamme blessée d’abondance
Jus de pinède sur l’horizon
Minuit siffle sur le quai
Et d’un bout de ton regard de fer
Je me jette enfin du Midnight Detress

S’IL SUFFISAIT

S’IL SUFFISAIT

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S’il suffisait d’un vers pour partir en voyage

Sur les décors feutrés d’un rêve, une chanson,

Pour colorer de bleu le feu de ma passion.

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S’il suffisait d’un mot que ma plume raisonne.

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En changeant les couleurs qui teintent l’horizon

Je peins de mes reflets le bord de mon rivage

En laissant les regrets d’une muse sauvage

Ajouter des refrains à ma douce oraison.

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S’il suffisait d’un nom  que ma plume foisonne.

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Aubade d’un printemps lorsque mon cœur bourdonne

Devinant des couplets dans le petit matin

Une belle à ravir c’est l’amour qui frissonne

En ouvrant le chemin d’un corps qui s’abandonne

A ces plaisirs secrets que lui donne ma main.

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JC BLONDEL

QUAND TON OEIL S’ALLUME

QUAND TON ŒIL S’ALLUME

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J’irai me baigner dans un petit ruisseau

Pour sentir son eau s’écouler sur ma peau

Elle effacera la trace d’un sanglot

Par sa blanche écume.

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Ce soir, j’oserai ciseler ce rondeau

En usant des mots pour faire ce tableau

En les déposants par touche de pinceau,

Par un trait de plume.

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Sur le mat, là-haut, de mon frêle bateau

Ton corsage blanc servira de drapeau

Pour filer au vent, il vogue mon vaisseau

A fond, dans la brume.

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A l’amour fringuant dans un beau concerto

Ma chanson sera comme un coup de chapeau.

Tous mes vers auront la beauté d’un lingot

Quand ton œil s’allume.

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JC BLONDEL

Oufff

Le vent ne gémit plus sous ma ceinture
Ma peau est tendue dans un ressac de caïmans
vendus comme hachoirs à des chasseurs d’hématomes furibonds.
J’avance comme un écrou et tombe sur le nez sirotant
D’un comptoir aux alouettes
Ou Mozart s’affale
Dans sa musique de nuit
En poussant des cris de chaises vides.
J’ai la lettre entrouverte
Frisottée d’une romance à l’eau de pluie
Le petit prince rumine sa guimauve
Pendant ce temps, je réverbère
L’absence de cendre sur ton front…
Des colères momifiées se réveillent
Et me prennent pour leur mère.
Je repère une mémoire
Volant un chien de fusil
J’ai balancé la mienne, depuis belle prunelle
Au premier roman de gare sur ton quai…
Et soudain des voix m’assaillent :
« Qu’est ce que tu fous si tard
A balayer des franges de gens heureux
Retourne dans tes chaussures
Va réviser tes bonheurs dans le pré ! »
Alors je tremble pour ne pas plier,
J’enfile un « peinoir » tout trempé
Qui m’ampoule, hystérique, j’électrogène mais pas trop…
« Démarre l’autre chapitre
En bas de l’escalier… ! »
Me hurlent-ils,
Je déraille mais j’suis pas sourde…
Alors je dévale et dévale
Des tonnes de marches funèbres
Colimaçon en bandoulière,
Surprise par le brouillard
Et par cette injonction sans compassion
Je gérondif à mort
Je claque des contre-danses
Je remets illico mes pinceaux au bourreau des cœurs de pierre
Et je m’éclipse sous verre
Au dessus de la cheminée

J’ai troué ma mémoire à coups de silencieux
Echappée d’air des normes iso thermiques
Réacteur numéro 3 surchauffé
Qu’on m’endorme
Qu’on me plaque sur le bitume avec les mains de Marylin
Qu’on m’embaume aux plaies des brumes
Qu’on mâche mon papier peint

Quelle heure est-il ?
A quel soleil levant ?
C’est quand qu’on arrive ?

Oufff

Et si on se présentait ?

Une idée, encore, mais pas de moi, et très bonne, je trouve.

J’attaque !

je me présente à vous, je suis faite de mots, certains enfouis depuis longtemps, et que je débusque petit à petit, aidée par la lune, vos poèmes et le vent du matin (le soir, je dors).

Une nette préférence pour la poésie surréaliste et intimiste moderne, mais curieuse de tout. En cours de formation pour connaitre et écrire.

Très, très bavarde.

(vous pouvez en bavardage faire votre propre présentation, si le clavier vous chatouille de le faire)

Le fil

Neuve sous blister
L’hélice est lisse
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L’hélice aux délices est là
Ellis Island
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Climatisation
Acclimatation
Langues rocailleuses
Des Carpates ou de Dublin
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La statue des privautés
Porte le flambeau des abusés
Adeptes du bonheur prêt à porter
Une heure de gloire, une vie d’enfer
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Catacombes pour un navire épuisé
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Les quais des futurs laquais
S’effritent au soleil et à la pluie
Des premiers jours de liberté
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A l’est de ce jour le temps hésite attend
Le coucou ne peut rien que chanter l’abandon
La coquille est brisée le bleu est inutile
Tandis que la terre ouverte accueille le nid
Le sommeil en sourdine étanche la soif
L’heure est rose encor le pas attend le vent
Sous l’assiette au mur l’engrenage soupire
L’aiguille ne sait plus quelle sera la saison
Et les doigts égrenant un chapelet absent
Invitent le souffle parfumé de l’enfant
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.Quand la lune à lunette astronomique
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Penche la tête vers l’univers
La musique emplit les verres d’un liquide
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Conducteur
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Les chars fleuris les mamelons de fruits
Se gorgent de petits signes ronds
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Noirs blancs silencieux ou sonores
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Et la terre tressaille jusqu’au fond de nos entrailles
Roses et fraîches à souhait
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Nous travaillons avec la mer sur un tricot
Dont chaque vague aura pour mission d’abriter
Les animaux frileux chassés par des moussons
Loin de leur nid mais de ce nid rien ne s’envole
Car les oiseaux trop lourds digèrent les poissons
Qu’ils ont ingurgités comme on déleste un bol
Du lait trait sous la lampe à l’intention de celle
A qui sourit puis s’offre en guise de croissant
La lune malicieuse une corne trempée
Dans un café brûlant dont le parfum réveille
Le vieux chien il dormait ronflant comme un moteur
Et rêvait d’une vague en chair et de pelote
De laine ayant pour fil infini l’horizon
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Le fil n’était pas fourni par Ariane mais par Eclaircie, Héliomel, 4Z et moi-même.

Robert Marteau.1925-2011

Robert Marteau est né le 8 février 1925 en Poitou. Il est mort à Paris le 15 mai 2011. Il a longtemps vécu au Canada, dont il a pris la nationalité. Il a reçu en 2005 le Grand Prix de Poésie de l’Académie Française.

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Dans l’ombre puis dans la clarté, le rouge-gorge

Apparaît, avant-courrier de l’hiver, merveille

Qui surprend la vue à chaque apparition.

Abréviation du feu, il ne consume

Pas le bois dont il fait son bref abri. La forge

Qu’il allume, le fer qu’il forge, ont habité

La mémoire depuis si longtemps que la braise

Là-bas dans l’huis par où passe le froid nous reste

Une surprise immémoriale. Regarde

Comment il offre à l’air encore teint de roses

De l’automne son plastron : il annonce ainsi

La neige, lui qui en aime les fleurs, qui marque

De son passage la nappe cristallisée,

Puis se tient en haut avec la dernière pomme.

(jeudi  4 décembre 1997)

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Le houx est coupé. La symphorine a fleuri.

La valériane épanouit ses corymbes

Dans la haie où le ciel tombe en ajours, en voiles

Qui se déchirent dès que le soleil en armes

Miraculeusement inaugure un nouveau

Règne. C’est aussitôt que de leur bec armé

Les pics en tribus vous aident à déchiffrer

La mythologie au secret entre l’écorce

Et le liber. Clameur en forêt. À la porte

On crie : au parlement des oiseaux on n’est plus

D’accord. La chevêche est cachée au fond de l’arbre.

Sans elle on ne peut rien décider. La hulotte

S’est retirée avant l’aube. La buse tourne

Où la lune était. On a des soucis nouveaux.

(vendredi 28 août 1998)

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Robert Marteau, Rites et offrandes (Liturgies IV, 1996-1998), Champ Vallon, 2002, p. 147 et 229.

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Grenouilles vertes, vous chantez comme la Chine

Et le piano hongrois, tantôt sous la pluie,

Tantôt dans l’ombre du cerisier. Vos discours

S’accordent mieux que le miel aux temps qu’ils déchirent ;

Vos accrocs disent mieux le temps qui nous a faits

Ce que nous sommes. Chez vous les oiseaux qui volent

Viennent rafraîchir leur plumage et boire au ciel

Où vous nagez comme à l’envers et suspendues.

Interrompre l’éclat, instaurer le silence

Exercices qui vous sont coutumiers, dont tire

Profit la faune volatile habituée

À la musique. Muet, l’iris d’eau vient-il

À fleurir, que bruyamment vous en saluez

Le soufre jaune, vous assurant l’empli du temps.

(mardi 28 avril 2009)

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Robert Marteau, extrait de 7 Sonnets de printemps, revue Rehauts, n° 24, octobre 2009, p. 30

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