Historique du mois : avril 2011

Phare des baleines

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46° 14’ 39’’ Nord
1° 33’ 40’’ Ouest
Quand vous posez la main sur la peau qui paraît si rugueuse, ne me dites pas que vous vous dites : “Tiens, un cétacé en érection muni d’un gyrophare !” et que du coup vous riez. Maintenant, si vous êtes côté mer, c’est tout autre chose. Vous quémandez son chiche balayage comme une nuiteuse la bave d’un lampadaire. Lacrima prête à jaillir. Dolorosa ensommeillée depuis que les dix centimètres de talon d’apparat sont suspendus à votre main. Revenons y. L’île est petite et pardonnez pauvres pêcheurs ces digressions de marin d’eau douce sous l’emprise du rosé du Bar des Phalènes.
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Le lézard et cie

LE LEZARD LA FOURMI L’ELEPHANT ET LE MANCHOT

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Le lézard

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S’il perd sa queue

Ça n’a pas d’importance

Car elle repoussera

QU’IL L’ARROSE OU NON

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La fourmi

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Petite et noire

La fourmi travaille

Sans arrêt

MEME LE DIMANCHE

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L’éléphant

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Il ne trouve pas de costume à sa taille

Voilà pourquoi

IL SE PROMENE TOUT NU

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Le manchot

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On l’appelle parfois le pingouin

Il est très fier

De savoir se tenir debout comme un homme

POURQUOI NE L’APPELLE-T-ON PAS MONSIEUR

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Aujourd’hui, Je n’ai plus envie de parler…

Aujourd’hui, je n’ai plus envie de parler…

J’ai peur de m’ouvrir et de me perdre.

Il est des sentiments fragiles qui ne supportent pas le voyage d’un cœur à un autre.

Quand on a la chance d’avoir une mésange qui se pose dans son jardin, il ne faut pas ouvrir la fenêtre pour la voir mieux. Elle reste un peu floue dans l’herbe, mais la vitre mouillée par la buée lui donne des irisations de conte de fée.

Le passereau devient un oiseau des Iles; un peu d’exigence et il ne serait plus qu’un moineau qui fuit.

Les mouvements brusques fissurent les joies d’un instant

C’est avec le temps qu’on apprivoise le bonheur.

Grain de fable

Un poème d’André Breton

Un poème d’André Breton

 .

Au beau demi-jour de 1934

L’air était une splendide rose couleur de rouget

Et la forêt quand je me préparais à y entrer

Commençait par un arbre à feuilles de papier à cigarettes

Parce que je t’attendais

Et que tu te promènes avec moi

N’importe où

Ta bouche est volontiers la nielle

D’où repart sans cesse la roue bleue diffuse et brisée qui monte

Blêmir dans l’ornière

Tous les prestiges se hâtaient à ma rencontre

Un écureuil était venu appliquer son ventre blanc sur mon cœur

Je ne sais comment il se tenait

Mais la terre était pleine de reflets plus profonds que ceux de l’eau

Comme si le métal eût enfin secoué sa coque

Et toi couchée sur l’effroyable mer de pierreries

Tu tournais

Nue

Dans un grand soleil de feu d’artifice

Je te voyais descendre lentement des radiolaires

Les coquilles même de l’oursin j’y étais

Pardon je n’y étais déjà plus

J’avais levé la tête car le vivant écrin de velours blanc m’avait quitté

Et j’étais triste

Le ciel entre les feuilles luisait hagard et dur comme une libellule

J’allais fermer les yeux

Quand les deux pans du bois qui s’étaient brusquement écartés s’abattirent

Sans bruit

Comme les deux feuilles centrales d’un muguet immense

D’une fleur capable de contenir toute la nuit

J’étais où tu me vois

Dans le parfum sonné à toute volée

Avant qu’elles ne revinssent comme chaque jour à la vie changeante

J’eus le temps de poser mes lèvres

Sur tes cuisses de verre

 .

André Breton (« L’air de l’eau » 1934 ).

Poème de Victor Hugo

Extraits d’un Poème de Victor Hugo

MAGNITUDO PARVI

(Grandeur de ce qui est petit)

(extraits)

…..

Lui, ce berger, ce passant frêle,
Ce pauvre gardeur de bétail
Que la cathédrale éternelle
Abrite sous son noir portail,

Cet homme qui ne sait pas lire,
Cet hôte des arbres mouvants,
Qui ne connaît pas d’autre lyre
Que les grands bois et les grands vent
…….
Seul, toujours seul, l’été, l’automne ;
Front sans remords et sans effroi
A qui le nuage qui tonne
Dit tout bas : Ce n’est pas pour toi !

Oubliant dans ces grandes choses
Les trous de ses pauvres habits,
Comparant la douceur des roses
A la douceur de la brebis,

Sondant l’être, la loi fatale ;
L’amour, la mort, la fleur, le fruit ;
Voyant l’auréole idéale
Sortir de toute cette nuit,

Il sent, faisant passer le monde
Par sa pensée à chaque instant,
Dans cette obscurité profonde
Son oeil devenir éclatant ;

Et, dépassant la créature,
Montant toujours, toujours accru,
Il regarde tant la nature,
Que la nature a disparu !

Car, des effets allant aux causes,
L’oeil perce et franchit le miroir,
Enfant ; et contempler les choses,
C’est finir par ne plus les voir.

La matière tombe détruite
Devant l’esprit aux yeux de lynx ;
Voir, c’est rejeter : la poursuite
De l’énigme est l’oubli du sphynx.
Il ne voit plus le ver qui rampe,
La feuille morte émue au vent,
Le pré, la source où l’oiseau trempe
Son petit pied rose en buvant ;

Ni l’araignée, hydre étoilée,
Au centre du mal se tenant,
Ni l’abeille, lumière ailée,
Ni la fleur, parfum rayonnant ;

Ni l’arbre où sur l’écorce dure
L’amant grave un chiffre d’un jour,
Que les ans font croître à mesure
Qu’ils font décroître son amour.

Il ne voit plus la vigne mûre,
La ville, large toit fumant,
Ni la campagne, ce murmure,
Ni la mer, ce rugissement ;

Ni l’aube dorant les prairies,
Ni le couchant aux longs rayons,
Ni tous ces tas de pierreries
Qu’on nomme constellations.

Que l’éther de son ombre couvre,
Et qu’entrevoit notre oeil terni
Quand la nuit curieuse entr’ouvre
Le sombre écrin de l’infini ;

Il ne voit plus Saturne pâle,
Mars écarlate, Arcturus bleu,
Sirius, couronne d’opale,
Aldebaran, turban de feu ;
Ni les mondes, esquifs sans voiles,
Ni, dans le grand ciel sans milieu,
Toute cette cendre d’étoiles ;
Il voit l’astre unique ; il voit Dieu !
….

Victor Hugo (« Les Contemplations »).

Vagabondages (dans l’échancrure du jour)

Quand on ouvre les volets de la maison, on ne sait jamais qui va entrer par l’échancrure des rideaux…

Ça peut être une odeur d’océan, qui viendra mouiller votre regard et vous emmènera courir sur le sable de votre imagination.

Ça peut être un chant d’oiseau qui percera le gris que le soleil boudeur a déposé sur votre jour.

Ça peut être une cigale échappée d’un souvenir qui vient chercher un peu de chaleur dans votre espoir.

Quelquefois, ce n’est que le vent qui vous rapporte le parfum que vous avez oublié sur le bas côté d’un rêve, quand vous aviez le coeur ailleurs…

Et, quand vous aurez fait le plein de vous-même, il faut vite refermer les volets, et garder prudemment toutes ses richesses,  au secret, avec les envies d’enfance.

Paul de Glécy ©Vagabondages

Spécial « traces »- HENRIPIERRE

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Ils ont perdu la trace,
La trace du temps.
Au début, pourtant, tout était simple.
On suivait, on suivait…
Sans hésiter.

C’était si bien tracé :
De désirs, prétentions, devoirs, forces innocentes et…
…Leur contraire.

Et tout s’est arrêté,
A la lucidité.

Alors ils ont dit :
« Le temps d’une vie est plus court qu’une vie ».
Mais ça sonnait faux.
Mais il restait quand même quelque chose ou peut-être quelqu’un.
Mais ils ne savaient quoi.
Mais ils ne savaient qui.

Alors ils ont dit :
« Il faut sortir du temps ».

Depuis, on a perdu leurs traces.

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HPB1604MMXI

(avec son aimable autorisation)

Destitution

 

Un miroir à la nage remontait le courant

Dans sa barque le ciel pêchait des ortolans

amorçant l’eau avec du vent

le vent monté contre le ciel

tenu sur un ajonc

de remiser ses coccinelles

 .

Sous un pont qui passait une ombre qui pendait

haussa les épaules

Bien disposé le miroir fit de même

en tout point

 .

Difformes et violettes

des torches de bonne grâce

imitaient sur les rives des iris

Des torches entendez-vous

qu’aucune pluie ne soufflerait

Ah la pluie sous la coupe d’un tricycle

Dessus filait par les chemins de hallage

l’aigrefin siphonnant les nuages

le nez en l’air humant l’orage

 .

A bout de force et sur le dos

le miroir lui

fit la planche

C’est ainsi qu’il aperçut sans fenêtres ni portes

le bois ne trompe pas une maison ramper

A son pignon collés deux cyprès souples et délicats

comme deux cornes la guidaient

Le sentier qui la suivait éternel angoissé

interrogeait les pierres qui lui tournaient le dos

Bien incapable d’autre chose

le toit fumait l’automne roulé dans une feuille morte

 .

J’étais là sur la berge

dévasant un héron devisant sur le temps

En bataillon serré vous passiez devant moi

vos mains gigantesques en œillères

Mais ce nain chauve en bleu de chauffe

avec sur des rails invisibles

ce petit train tournant tout autour de sa tête

ce petit train sifflant

bien que vous dépassant tous

était-il des vôtres

 .

Au sommet de son crâne un voyageur égaré

la ligne  alourdie par un curieux bagage

un terrier vermillon sous un fatras de ronces

pointait d’un doigt sans fin tristement l’horizon

Un grand noyer brûlait aux confins de son ongle

je m’en suis approché les écureuils grouillaient

Je leur ai dit

                          Le Roi

Ils m’ont jeté des noix

Coquelicot

 

Du haut de la falaise

Etendus sur les blés flamboyants

Ils regardent le ciel et l’océan

Adosser leurs outremers

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Leurs vêtements épars

Forment des îles accordéon

Des dentelles de sable blanc

De l’eau vive s’évade

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Le vent joue avec les mouettes

Et les cheveux de Marie

 Je vois l’ardoise des nuages

Dans le vert de ses yeux

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J’écoute le roulement obsédant

Des galets de marée basse

Et les gémissements capiteux

Du cœur de Marie

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Tout à la fois pesant et délicieux,

Le silence s’est s’installé

La plage en contrebas

S’est endormie sur ses draps de varech

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Dans la forêt d’épis

Où les ombres s’allongent

Coquelicot anéanti

Marie s’est assoupie

Des pensées sur les dunes

 

Quelques traces d’encre fraîche perforent le bois de la chair

Omniprésent ce bois des corps usurpe l’apparence fragile

Des peaux roses des veines claires

Une forêt humaine jadis lègue quelques larmes

Quelques lettres peut-être tracées à la hâte

Qui clameront des bribes de poèmes consacrés à l’amour

Et puis les feuilles légères dodelineront leurs couleurs

Oublieront tout cela pour le bleu de l’été

Pour la douceur d’une lune berçant leur sommeil

 .

Si les bocages n’étaient pas frais

Si les bagages n’étaient pas prêts

À quoi bon composter les légumes

Entre Rungis et Saint-Lazare

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Tu es partie demain

En disant je reviens

Trébizonde m’attire

Je veux fumer le narguilé

 .

Il y a andouille sous roche

Quelque chose qui cloche

Les heures s’endorment

Au milieu de l’ennui

 .

Une plombe calcinée

Une blonde platinée

Caspienne que pourra

Dans le transcaucasien

 .

Marions le canard et la fraise

Qu’ils aient des enfants qui leur ressemblent

Le lait s’étonne de son frère le bol

La laitue de sa sœur la vinaigrette

Et le cousin du chocolat s’appelle l’éclair

Mais on ne l’appelle jamais

Le lézard lui envie sa vivacité

Car filer n’est pas à la portée de tous

Surtout quand les flics pètent le feu

Ce feu né sous hypnose se porte en automne

Et de préférence avec une cravate à pois

Ainsi se font et se défont les couples

Sur scène comme dans les coulisses

 .

La cellule se grise au rose bonbon

Et carrées deviennent les bonbonnières

Déjà dans les lointaines jardinières

Sous les baobabs fleurit le mouron

Véronica n’en finit de tisser

Pour les oiseaux perdus sa chevelure

Les saisons s’épousent le froid perdure

Un pinson hardi de vert habillé

Siffle à tue-tête et confie à la lune

La douce liaison entre les mots

Qu’il aime susurrer pour être beau

Ses pensées bleues fleurissant dans les dunes

Ont participé:

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eclaircie

elisa

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