Monthly Archives: mars 2011

Opus

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Remballe
tes quatre restes qui chosent
gisant au caniveau,
ru de la rue,
du froid déjà des engelures,
tocantes Puces.

Brocantes
et hier d’étoiles,
puces des chiens pelés tondus
au boneto portes et périph’, chinent
mêm’ pour deux riens.

Camelots de sans pareil,
des esseulés de pas pareils,
tes pavés crânes…

Remballe tes à oublier
qui ne passent,
mêm’ pour deux riens,
en d’autres mains.

Demain même heure
et même envers
aux Puces.
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Jadis, quand tu m’aimais…

Vide en moi: tu vis sans moi. Émoi d’envies, tourment des mots du mélo de ma vie, dans l’eau de l’au-delà. Molle estime de soi déçoit. De la suie, de la cendre, descendre au fond de moi, dans ce troublant trou noir. Comment danser? C’est con, danser, dans cet espace sans vie. Dans ce tombeau.
Ce corps pourtant si beau, quand nous dansions, jadis, quand tu m’aimais…

Air-pur

Haïku de froid

À l’aube légère
Les brumes dorées se lèvent.
Les rêves se couchent.

Dans le clair matin
Gelée blanche sur la mousse.
Combien de soleils?

Toi qui es si triste
Observe bien les mésanges:
Prends-en de la graine…

Air-pur

Contre-fugue

 

Tenue en laisse grise

tressée par des chaussées

la paroisse remue

le bout de son clocher

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Est-ce le jarret de la grand-rue

que mord le jour bourru

Est-ce tordu l’orgue du vent

qui joue dans ce vallon

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L’eau m’a-t-on dit dévore les ombrelles

M’attend sous l’ombre celle

qu’éteint mon regard sombre

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Où est-elle

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Les marteaux gloussent dans les resserres

Les poules qu’ils ferrent sabotent la menthe

Assurément les saisons mentent

N’y venez pas ou à pas lents

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Alors à la faveur des fièvres

nous nous croiserons peut-être

un ballet sur les lèvres

de poussières pénitentes

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Sur l’herbe haute et myope

qui tisse ses collets

traquant deux ou trois lièvres

pour de vieilles querelles

aussi vrai que possible

agitez vos oreilles

.

Entendrez-vous peut-être

l’étang polyglotte

raconter les fritures d’antan

l’huile fabuleuse des cinq noix

N’écoutez pas la rivière vous dire

que les arbres s’ennuient

bien qu’ils s’y noient

la nuit

Les cercles de l’univers

Entre les locomotives électriques et celles à vapeur

Il balance hésite et se perd

S’il échappe aux ordinateurs

Son sauveur c’est l’hélicoptère

Les nuages grimacent

Sans distinction le mur renvoie ballon et cœur

De très haut notre ami regarde

La terre s’en aller en fumée se commettre

Avec les nuées

Rien n’entre sans ticket dans le tunnel

Rien n’en sort

Rien qui vaille la peine ou les atermoiements

Recommandez-lui de garder les pieds sur terre

Comme à tout locataire du firmament

Feignant la mort
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Les théières aux longs nez oubliées sur les nappes

Partiront vers le sel en montagnes roses ou blanches

Quelques loups hurleront à l’hiver dans leur nuit irréelle

Une main anonyme leur jettera certains restes

Os de mots non offerts de regrets ou d’aigreurs

Et puis le bois reprendra sa place retrouvera sa splendeur

Mille petites étoiles s’y poseront en offrande de lumière

Une vie minuscule fleurira invisible mais confiante
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Dans toutes les centrales du cerveau

Les idées se sont noyées depuis des lustres

Aveuglées par la lumière crue

Des jambons qui trainent leurs guêtres

Au pied de tous les gratte-ciels

Loin du ciel cependant les nouveaux bâtisseurs

D’empire creusent, creusent

Pour que les robes à crinoline remplacent

Le temps des incroyables seins offerts

A tous les balcons pas même fleuris

Les tulipes ont été réquisitionnés

Pour les fusils dans les lits des chiens

Ceux qui n’aboient plus par lassitude

Leurs laisses vous laissent les remords

De n’être que les bandoulières des vitrines

Du musée des cannes indispensable à l’avancée des muselières

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Tragi-comédie

Des yeux projecteurs

Fixés sur les étoiles

Alanguis par l’envie
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Rouge aux lèvres

Rideau rouge

Mise en scène

Passage a l’acte
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Côté cours toujours

Dans le jardin privé

Fosse ou fossettes

Applaudissements
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Le fauteuil porte encore

Les effets, le décor

Mais la lumière s’éteint

Et le silence revient
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Distribution :

Eclaircie;
4Z;
Héliomel ;
et moi-même .

LES OISEAUX DE CRAIE

Quand on commence à ressentir les irritations causées par le frottement du temps sur l’épiderme du quotidien, on se retourne souvent pour observer la trace de ses pas, dans l’argile du passé.
Pour regarder sereinement devant, il faut pouvoir chercher, dans sa tête, la pièce qui va donner du sens au puzzle du futur. Si l’on a été économe des Joies à venir, on peut trouver, dans le ciel de l’incertitude, des nuages qui ressemblent encore au bonheur. Les oiseaux de la félicité se poseront toujours dans les clairières des vieilles forêts, si le bûcheron des jours a su garder des graines de folie dans les poches de son existence.

Lorsque j’étais enfant, j’avais gardé sagement quelques espoirs pour la soif de vivre. Je franchissais ainsi allègrement la trentaine, dépensant les découvertes que J’avais épargnées.
J’en gardai pourtant deux prudemment : je n’avais jamais mangé de goyaves, ni goûté au charme caillouteux d’Etretat.
C’est dépassant la quarantaine de quelques langueurs, que je m’autorisai à croquer dans l’une de ces envies, avant que le temps ne vienne irrémédiablement me la gâter.
Par gourmandise, je souhaitai encore faire gonfler mon plaisir en trempant quelqu’un dans cette dégustation.   Une falaise et quarante ans d’attente, il y en avait largement pour deux : de la craie pour toute une vie, et vingt ans chacun pour l’écrire…

Bien sûr, j’aurais pu chercher quelqu’un ayant fait la même démarche que moi, mais je voulais multiplier mes joies sans diviser mon idée… Son plaisir à lui eût déteint sur le mien.
Certes, bien des gens doivent être aussi ignorants des blanches falaises que je le suis toujours du ciel du Sénégal, seulement voilà, jamais Je n’ai rêvé de ce pays, et surtout avec autant d’années d’arriéré.
Il me fallait un témoin neuf, sur qui mon bon-heur allait rebondir, qui refléterait mon plaisir quand mon idée perdrait de la force, comme un lac prolonge les ronds de la pierre qu’un enfant a lancée dans ses eaux.
Il me fallait pourtant quelqu’un de proche affectivement, au cœur assez fin pour apprécier pleinement les effluves sentimentaux de mon propre projet. Alors que j’hésitais, le choix fut fait à ma place par une compagne à qui J’en avais parlé, un Jour de grand vent, quand les confidences s’envolaient dans le tourbillon des souvenirs,..
Pouvais-je espérer mieux ? Elle allait ajouter son envie à la mienne, à l’abri de mon propre sillage. J’avais accepté sa présence avec enthousiasme, mais dans les jours qui suivirent, je commençai pourtant à me demander ce qui l’avait poussée exactement à s’inscrire pour mon voyage…
Etait-ce un sentiment de voyeurisme devant la virginité d’une idée nue, l’impression de participer à une première, à un rêve en version originale… ou tout simplement le privilège d’être l’unique témoin de la concrétisation d’une attente de quarante ans ? Je ne le savais pas, et ne le sais toujours pas aujourd’hui, mais c’est ainsi que mes sentiments du moment allèrent couronner mes délires d’enfant, comme une cerise sur une pâtisserie levée pendant bien longtemps…

Quand j’arrivai sur la place, la gare avait déjà laissé échapper quelques voyageurs. Je savais qu’elle ne serait pas dans les derniers, mais pas dans les premiers. C’est moi qui devais apporter l’enthousiasme, les minutes en avance, poser mes mains entre les fractures du temps pour ne pas glisser dans l’ennui spongieux.
Elle fut vite là, remontant le flot des transportés qui allaient au travail. Le jour était bien choisi, j’étais déjà à contre-courant. Tenant un petit sac de cuir dans les mains, elle arborait un sourire complet ; moitié fierté d’être conviée, moitié plaisir d’être présente.
Elle entra sans perdre de temps dans la voiture et, s’acquittant rapidement du baiser réglementaire, s’installa confortablement pour le voyage. D’un geste rapide sur la manette du clignotant du véhicule, je tournai fébrilement la première page de mon aventure.
Pendant quelques minutes, nous ne parlâmes pas. Elle lissait sa jupe et moi je redoublais de prudence sur la chaussée, en bon chauffeur qui ménage sa monture pour une longue course.
Le fruit de l’imagination était là, posé dans la lumière du matin, dans son écorce d’inattendu : personne n’osait y planter les dents. Par pudeur et par facilité, elle évoqua les embouteillages de la ville, la foule du train et tous les soucis que lui imposait cette escapade. Acceptant de rester dans les faubourgs de mon histoire, je répondis sur le même ton, narrant ma précipitation et les préparatifs de la journée,
Je ne sortis de ma réserve qu’au moment où ses arguments tendaient à me faire croire que c’était moi le privilégié à qui l’autre accordait une sublime faveur.
Voyant le fanion du plaisir s’effilocher au vent du discours, je caressai sa joue d’un revers de main, pour essuyer la poussière d’humeur qui s’y était déposée.
Elle accepta l’offrande et regarda les magasins par la fenêtre.
Ce fut la première halte dans la course. Je m’étais peut-être laissé emporter ; j’invitais, avec joie, une amie à déjeuner et j’insistais lourdement sur le fait que c’est moi qui apportais la brioche.   Comment pouvait-elle être détendue ?
Je me promis de prendre garde à mes élans d’orgueil et la route qui serpentait dans les villes connues était une bonne transition entre la vie courante et le grand moment à venir.
Cependant, si elle avait accordé une trêve aux deux oiseaux migrateurs, elle n’avait pas accordé son pardon. Il fallait que je me rende à l’évidence, elle n’était pas décidée à me remercier pour mon  » invitation au voyage « .
J’étais pris entre le désir de penser qu’elle ne s’imaginait pas à quel point ce périple était important pour moi, et la peur de croire que j’avais quelque peu surévalué la portée de mon idée.  Etait-elle heureuse d’être associée à un rêve dans toute sa superbe enfin réalisé, ou voulait-elle éviter qu’une autre soit invitée à cette première, une autre qui aurait pu y trouver plus d’intérêt ? De toute façon, je n’emmenais pas quelqu’un à Btretat pour lui faire signe du haut de la Falaise, je le voulais à mes côtés… Osant une question, je fus satisfait.
A partir de la petite ville où nous étions, elle ne connaissait plus la région. Enfin, après une bonne centaine de kilomètres, nous étions vierges. Nous allions pouvoir commencer à vivre mon aventure.
Nous décidâmes, d’un commun accord, de baptiser cette nouvelle enfance avec un café bien noir.
Quittant la voiture pour nous rendre dans un bistro, nous nous sentions étrangers au paysage, enfin habitant la môme histoire.
Dehors, l’air était humide, tout chargé de sel. La mer devait être proche, mais j’évitai de regarder au loin, de peur qu’une toute petite falaise ne profitât de mon hésitation pour venir s’insinuer dans mon paysage.
Dans la salle, un couple un peu plus âgé que nous déjeunait. Je saluai poliment et l’homme avec un fort accent me répondit aussitôt.
J’eus tout de suite envie d’engager la conversation. Des étrangers, hors saison, de passage dans un café perdu, vivaient certainement une aventure particulière. C’était peut-être l’occasion de raviver un peu, auprès de ma compagne, l’originalité de mon voyage.
Au bout de quelques minutes, les frontières étaient abolies. Les cafés étaient brûlants et amers, mais pas autant que les pensées qui naissaient en moi.
Le mouvement était lancé, et alors que mon plaisir était encore entier, il me sembla que mon amie en était déjà revenue. Au lieu de tenter d’expliquer le pourquoi de notre présence, elle s’enquérait de savoir ce qui amenait ces braves gens ici. Elle subodorait des raisons passionnantes, des causes poignantes, et moi, je restais avec ma falaise sur le cœur, aussi insignifiante qu’une carte postale qu’on relit. Prétextant la route qui restait à faire, je levai le siège, avant de déclarer la guerre, en demandant si elle ne préférait pas partir avec eux.
Je peux avouer aujourd’hui que, si je n’avais pas craint que l’homme ne me sorte un débarquement de derrière les souvenirs, ou que la femme ne me fasse parachuter une histoire d’amour entre les barbelés, je serais monté au front, défendant mon délire devant l’invasion des rêveurs immigrés…
Nous repartîmes ainsi, devisant sur les raisons qui poussent les gens à fréquenter les côtes de la Manche, en dehors des guerres… bien évidemment…
Roulant à nouveau, je regardais furtivement ma passagère. Cette rencontre l’avait épanouie ; essayant de ravaler ma jalousie, je me demandais pourquoi une incertitude pouvait être plus sédusante qu’une idée connue. Puisque je ne lui avais pas encore confié le bonheur que je ressentais à l’emmener dans mon caprice d’enfant, elle me promenait dans ses souvenirs de femme, évoquant les rencontres qu’elle avait faites dans les villages du parcours, me montrant les auberges où elle avait connu des moments forts.
Il était temps de faire quelque chose, car chemin faisant, elle collait tranquillement sa carte du tendre sur mes plans d’Etretat.
La route m’étant familière, la situation n’était pas critique, mais en arrivant dans l’inconnu des premières collines de Normandie, il devint urgent d’intervenir. Passant devant le jardinet d’une maison préfabriquée, je freinai brutalement. Les mains sur le pare-brise, les fesses en l’air, elle n’eut pas le temps de crier ; j’étais déjà revenu, lui apportant trois jonquilles et une touffe de terre.
Je ne sais si mes fleurs mouillées l’impressionnèrent plus que mes fleurs de rhétorique, ou si le cahot brutal l’avait fait sauter de son sillon du quotidien, mais j’eus droit à un sourire, et à sa première vraie parole :  » T’exagères !  »
C’est alors qu’apparut le premier panneau indicateur mentionnant l’existence physique d’Etretat. Un peu par défi, je m’arrêtai et le regardai longue-ment. La réaction agressive attendue ne vint pas. Finalement», elle était satisfaite, le cirque commençait…Il allait enfin se passer des choses !
Je ne sais toujours pas aujourd’hui si elle avait compris que le site même n’avait pas d’importance, que je venais voir mon enfance, une idée plus qu’une falaise.

Quand nous arrivâmes à proximité de la côte tant attendue, je changeai brusquement de direction et empruntai un chemin de terre qui menait à un petit bois. La surprise du virage passée, elle me regarda. Elle allait se retrouver dans un terrain de connaissance et de certitude.
Ce rapprochement était nécessaire, l’idée devait être étayée, il fallait qu’on se refasse coïncider. Et puis c’était peut-être l’occasion de se retrouver ou de se séparer devant les falaises d’Etretat comme devant les murailles de nos forts intérieurs.
Quand elle descendit de la voiture, le vent souleva un peu sa jupe. A ma surprise, j’aperçus qu’elle portait des bas. Si curieux que ça puisse paraître, j’en fus ému ; mais pas d’un émoi sensuel, je fus touché de voir qu’elle aussi avait un cadeau.
On avait chacun apporté de la dentelle, moi dans ma tête et elle sur son corps, et parce que chacun voulait donner, on était prêts à se battre.
Je la serrai contre moi et, lui prenant la main, la fit tourner pour étaler sa corolle de fleur noire dans l’air du sous-bois. Elle retint sa jupe pudiquement. Elle acceptait que je la prenne du regard, s’offrait au souffle du hasard, mais était réticente à se montrer d’elle-même.
Je n’en cherchai pas plus, les galets d’Etretat ne sont-ils pas aussi réputés que ses falaises ?

Et c’est ainsi qu’à quelques brassées d’herbe de la mer, nous traçâmes un trait d’union entre deux mondes, ajoutant aux vibrations de l’air un tremblement qui fit s’envoler deux oiseaux des bois à la rencontre des oiseaux de mer.

Quand nous repartîmes, elle était devenue gentille, douce ; depuis ce matin, mon hésitation, mes propos circonstanciés et analytiques n’avaient été que des platitudes… Etait-il possible qu’on puisse préférer mes mains de tous les jours à une idée de toute une vie ? Fallait-il simplement un choc pour briser l’importance d’elle-même, cette gangue d’individualisme qui l’empêchait de s’associer entièrement à moi ?
Enfin, après bien des heurts et des tâtonnements, nous étions deux pour affronter le moment.
Arrivés sur la place d’Btretat, il est clair qu’elle eût trouvé merveilleux de se précipiter main dans la main vers l’objet de mes délires ! Mais je n’étais pas encore tout à fait mûr. Le roulement infernal des galets aurait écrasé le bourgeon fragile de ma folie.
Tant que je n’avais pas franchi le pas, je demeurais du côté de ma jeunesse, avec cette virginité attirante, avec mon paquet-cadeau dans son emballage d’émotion.

L’après-midi était bien avancé, quelques rares touristes déambulaient dans la ville. Je me sentais fort de ma différence et pourtant anxieux.
C’étaient à la fois un couronnement et une fin. J’avais artificiellement donné de la valeur à un détail, et j’en étais le bénéficiaire et la victime. J’étais prêt à regretter ma démarche. J’avais moi-même mis une barrière à mon âge ; d’une falaise j’avais fait un cap et j’avais soudain peur de le franchir.
Il fallait que je m’appuie sur quelqu’un, non plus pour magnifier, mais pour oser. Je décidai de faire une autre pause dans un café. Ce recul pouvait redonner de la matière à ce petit fait qui allait pourtant me faire vieillir prématurément… Ma compagne accepta ; le cirque continuait.
Dans le restaurant, des praticiens des nourritures terrestres s’appliquaient., C’était à celui qui en rajouterait. Ça sentait la cuisine au beurre et le compliment de gargote.
Nous avalâmes nos cafés et j’emmenai mon amie avant que ma falaise ne lui paraisse indigeste et que ses oiseaux de craie ne viennent picorer dans l’assiette de ces gallinacés.

Le soir allait tomber, Je ne pouvais plus différer l’entrevue sans que mon conte de fées ne prenne des allures de farce. J’avançais lentement vers la mer, les yeux à moitié fermés, comme un adolescent qui s’attend à voir une femme nue pour la première fois.
Quand je mis pied sur la plage, j’hésitai encore. De quel côté al lais-je tourner la tête ? Ma compagne, plus impatiente ou moins concernée, dut s’extasier devant le spectacle, mais le bruit de l’eau sur les galets avait couvert ses cris. Je regardai vers la gauche… Les fameuses falaises n’y étaient pas, mais un chemin de terre menait en haut des rochers.
Je décidai sur-le-champ l’ascension. Je les voulais face à moi. Cette fois, l’amie, plus modeste dans ses désirs, tiqua. Il me fallut faire preuve de conviction, et quelques allusions à la forme physique emportèrent le  » marcher « …
Arrivés au milieu du chemin, nous avions fait face au péril des rondins glissants, nous avions essuyé la vulgarité d’un nez coulant dans le froid qui tombait, sans parler du vertige qui s’emparait petit à petit de ma compagne.
Elle commençait à moins apprécier mes fadaises
d’Etretat.
Quand nous atteignîmes le sommet, je devinai le joyau derrière moi, serti dans quarante ans d’attente. Je saisis la main de ma voisine de cœur, et plongeai en son regard pour trouver la force de me précipiter dans le gouffre de l’âge.
J’y rencontrai les vagues de la mer, entre deux tempêtes, quand elles hésitent à rendre les marins, les voyageurs partis à la limite du vent, pour les îles de l’errance. Il était clair que je ne pouvais plus reculer, il fallait que je saute, dans le vide ou dans l’avenir.
Je respirai profondément et me retournai…

Le brouillard s’était levé, cachant entièrement, de ses voiles de brume opaque, les Falaises d’Etretat…

Deux oiseaux couleur de craie crevèrent le ciel et nous frôlèrent de très près, comme le bonheur, échoué ce jour-là sur les murailles de l’enfance.

Paul de Glécy Si les oiseaux s’étaient trompés. . .

La musique

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Et si le fourmillement était indolore
ne pas dormir
ne pas avoir sommeil
même si l’océan attire
attendre
encore un peu
une heure
une vie
que les nuages se déchirent
dans ce craquement de feu
que les couleurs éclaboussent
même les yeux
la muse
lointaine
entendra le cri
et les enfants
toujours à cloche-pieds
iront à demain
grandir les troupeaux
rebelles ou soumis
ce n’est pas la badine
ni le badin qui les conduit

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Mais alors
d’où vient la musique ?