Historique du mois : mars 2011

je suis gourmand

JE SUIS GOURMAND

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Madame, dans votre regard,

Je vois le bleu de l’océan

Il brille sur mon firmament

Estompant un peu le brouillard

Qui met dans mon cœur le tourment,

Dans vos yeux, moi, j’erre au hasard

Madame.

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Au rendez vous, en cher amant

Je ne serai plus en retard

Sans plus rien remettre à plus tard

De votre amour je suis gourmand

Madame.

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jc blondel

Sous le grand camembert

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Sous le grand camembert tout dévoré de nuit,
La patte est par-dessus l’oreille, et ma mémoire,
En chaussettes à trous, fait sa grande toilette
De Raminagrobis…

Sous le grand camembert troué de petits jours
Bien peu m’importe si votre main m’abandonne
Au détour d’un chemin où pousse la misère,
J’oublie ma rotte au chat :

Comme un petit soleil, picoré de mésanges,
Pousse entre les pavés de ma cour intérieure.
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Les champs inconnus.

Éviter les sentiers battus,
Explorer des champs inconnus.

Fouler les hautes herbes
Qui crissent sous les pas
Se piquer aux chardons
Affronter la vipère
Oser la faim, la soif.

Chercher, chercher toujours.

La sueur va sécher
À ton front fatigué
Le rythme de ton cœur
Soudain va s’apaiser
Et le violent soleil
Doucement va baisser.

Alors tu sentiras
L’humidité venir
Comme en ces soirs d’été
Où la brise fraîchit,
Apporte le repos
Et prépare la nuit.
C’est en ce moment-là
Que tu pourras sentir
Qu’il est temps de mourir…

Une pensée pour le Japon

Pour marquer mon émotion face à ce que vit le Japon depuis hier, je vous propose de découvrir (un peu de) sa poésie, avec cet extrait (relevé sur Poezibao) du poète Japonais Gôzô Yoshimasu :

Ciel est une feuille d’annonce, les oreilles limpides s’éveillent, silence, résonne, lorsque la porte s’ouvre
les enfants de l’esprit se dressent en uniforme blanc, sur les deux rives, pareils aux saules
Mère du soleil, où fait-elle sa lessive au bord de la route
Versant l’eau, brûlant l’air, touchant la terre de ses lèvres

Ressentant la gravitation des étoiles, j’étends mon antenne, je suis licorne
Contempler les pots de plantes à l’intérieur, jusqu’à mes yeux teints en vert
Commence la chute, au fond du cœur apparaît le monde extérieur, commence la chute
Fils du métier à tisser, roseaux au bord de l’eau, dont la pointe est comme la goutte de verre qui murmure, je suis licorne

Bête, sauvage, filant le sentier, a passé l’embouchure de la rivière, fini de jouer avec l’eau
Août fini, l’ombre du corps projeté sur la couture du cœur, devient un croc
Descendants du peuple de la terre, le ruisseau coule au fin fond de l’imagination, murmure,
Même le combiné se brise, le poème est un croc pointu, et sa résonance, une goutte, une autre, encore une autre

Le bruit de l’eau résonnera pour toujours, jusqu’au cimetière des planètes, des vers changés en troupes d’éléphants
Il faut tisser de nos mains une chemise blanche, ce fil du métier à tisser
Le cosmos est une grande roue, pareil au rouet qu’on fait tourner l’esprit concentré
Fin août, étincelle la queue spirituelle de l’avion

Le cerf-volant de la contrée des ténèbres, les vieilles dames, envoient des signaux de l’autre côté de la porte-fenêtre en papier
Comme des cailloux en ricochet, c’est la résonance de la T.S.F., du poste à galène
Fini août, M. Kakueï arrêté en 1976, mars est la rivière en flamme,
Après la mort, tu ne recevras plus d’appel téléphonique, même le matin

Ressentant la gravitation des étoiles, j’étends mon antenne, je suis licorne
Contempler l’îlot de sable qui émerge, mes yeux mêmes sont mon îlot de sable
Commence la chute, au fond du cœur apparaît le monde extérieur, commence la chute
De l’autre côté de la porte-fenêtre, j’envoie des signaux, comme la goutte de verre qui murmure, je suis licorne

Ici se trouve une porte, de la poste locale à la poste cosmique, j’envoie un télégramme ouvert
Sur le détail de nos vies quotidiennes, la situation politique, le prix de la chicorée
C’est la fin août, les enfants se mettent tous à rédiger le journal illustré de leurs vacances
Alors le circuit d’émissions s’encombre, l’été, l’air sur la rive des roseaux
[…]

Gôzô Yoshimasu, « Crépuscule d’août, à la licorne », Ex-voto, a thousand steps and more, traduction du japonais et postface de Ryoko Sekiguchi, Les Petits Matins, 2009, p. 63 et 64.

extrait du site Poezibao

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2010/10/anthologie-permanente-g%C3%B4z%C3%B4-yoshimasu.html

Les serments.

Sous un porche, des amants
S’embrassent, font des serments
De cœur.
Serrements de cœur.
Brûlés comme des sarments
De vigne quelques instants
Plus tard. Et au firmament,
Des cœurs déchirés tentant
De survivre comme tant
D’autres étoiles pourtant!

Les Amours…

LES AMOURS DU CAMELEON ET DE LA TORPILLE

SOUS UN TILLEUL

PAR UN PETIT MATIN FRAIS

DU DEBUT DE JUILLET

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Une patte devant

Une patte derrière

Un œil devant

Un œil derrière

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Un jeune caméléon

Cherchait le grand amour

Et ne trouvait que des kleenex

Au lieu du drap de lin rêvé

.

Les mouches sur le dos

Faisaient des ronds bruyants

Sa langue était râpeuse

Elle devint inutile

.

Il prit un quartier de lune

Faucha toutes les étoiles

Et quand la nuit fut d’encre

Il trouva les soleils fades

.

La lune gourmande termine sa barbe à papa
Quelques filaments sucrés lui collent encore
Au nez aux contours de la bouche même sur les joues
Le tilleul l’attire à lui protecteur et paternel
De ses branches maigres et nues il caresse la peau laiteuse
Lui  rendant tout son éclat enfantin
Les rires pourront fuser au bord de la nuit
Même au bord du toit dont elle n’est pas tombée
Posée délicatement dans la dernière flaque d’eau 
Du petit matin frissonnant elle se repose un instant
Avant de reprendre sa course avec le vent

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Dans la salle de cinéma submergée

La torpille a le choix entre mille fauteuils

Mais elle ne cherche pas une place

Ni de quoi recharger ses batteries

Ne nui offrez pas un séjour sur l’écran

Ni votre cœur enveloppé dans un chiffon

Car les décharges électriques

Qu’elle produit dès qu’on l’approche

L’ont rendue insensible

Mais avec le temps tout s’arrangeant

Je garde espoir

De lui donner en mariage mon fils aîné

Celui qui charme rats et serpents

Un joueur de flûte aux longs doigts

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Les candidats s’avancent vers la ligne d’arrivée
Les soupières et les pommes valsent dans les vers
Petit matin frais du début de juillet
Le public affamé noue une serviette sous son large et gras menton
Les lames de couteaux affûtées capturent chaque rayon de soleil
Les tambours réguliers et rapides donnent aux poèmes un rythme
Que seuls les plus légers suivent sans trépasser
La chair des spectateurs s’effondre dans les strophes
Tandis que la première tête coupée est roulée dans sa serviette

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Se sont compromis dans cette « suite » :

Eclaircie,

Elisa R.,

Héliomel,

4Z2A84.

Les hurlements de la Bête-suite-MJM

(Pour mémoire, la première partie se trouve ici : http://www.poesie-fertile.fr/?p=1542 la seconde là : http://www.poesie-fertile.fr/?p=1713 ) puis http://www.poesie-fertile.fr/?p=2155 et http://www.poesie-fertile.fr/?p=2213)

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– Nous t’avons retrouvé sur le chemin, tu as dû perdre connaissance à cause de ta blessure. Le sorcier s’en est occupé. Il a dit que tu t’étais trompé de buisson-à-guérir. Tu as encore bien des choses à apprendre, mon fils.
Je le regardai. Il avait maintenant l’air soucieux. Son long visage s’était creusé de rides profondes, son regard pétillait pourtant, mais je devinai que quelque-chose le tracassait.
J’avais l’esprit confus.
Ma tête semblait sur le point d’éclater. Il me semblait entendre une voix, très lointaine. Mais je ne comprenais pas ce qu’elle me disait. Par-dessus l’épaule de mon père, je vis l’entrée de la hutte et, au-delà, l’enceinte de sécurité qui protégeait le village.Le sorcier passa sa tête dans l’ouverture et s’approcha de moi.
Il arborait un pagne sombre, teinté par le bois que l’on fait brûler. Des marques sur ses joues témoignaient de l’enseignement qu’il avait suivi. On reconnaissait toujours un sorcier à ces signes distinctifs. Il apportait avec lui un bol de bois au contenu fumant.
– Bois, me dit-il, ceci va te rendre tes forces.
Je m’exécutai promptement, on ne discute pas les ordres d’un sorcier.
Personne ne parla pendant que j’ingurgitai la potion, au goût d’ailleurs assez agréable.
Je finissais mon bol lorsque la voix dans ma tête se remit à parler, plus fort cette fois.
Le trouble sur mon visage dut être apparent, car le sorcier et le chef, mon père, me regardèrent soudain avec insistance.
– Que t’arrive-t-il, chasseur? s’enquit le sorcier. Comme j’hésitai à répondre, il s’approcha de moi et me regarda droit dans les yeux:
– Réponds-moi! Que t’arrive-t-il?
Je lui dis alors ce que je ressentais.
– Il faut absolument réunir les Sages pour leur demander de lui faire passer l’épreuve des Esprits, dit le sorcier d’une voix tranchante, s’adressant à mon père.
– Ne crois-tu pas qu’il est encore un peu faible, après l’épreuve de la Bête, sorcier?
– La potion que je lui ai donnée le remettra sur pied en moins de temps qu’il n’en faut au soleil pour sécher un pagne, répondit l’intéressé. Tu sais comme moi que nous attendons cela depuis longtemps. D’autres signes sont venus avant celui-ci, et, à chaque fois, le courage a manqué. Cette fois ton fils est prêt.
– Comment sais-tu que d’autres sont déjà venus? demanda mon père.
– Il est des choses que les sorciers savent, et que les hommes ignorent.
Mon père ouvrit la bouche, comme sur le point d’argumenter qu’un chef devait tout savoir de ce qui se passait dans son clan, mais il se résigna au silence, et aquiesca, il savait le sorcier très puissant, et en même temps, il ne le craignait pas, il respectait son savoir, qui s’était si souvent prouvé utile au clan.
Les Sages seraient réunis ce soir.
Je ne comprenais pas ce qu’il était en train de se passer.
Avant qu’ils ne quittent la hutte, je racontai au chef et au sorcier ce que j’avais vu, la veille au soir. Et surtout que la Bête n’était pas seule. Je leur montrai les coquilles brisées que j’avais ramassées. Le chef parla d’abord:
– Nous nous en doutions, mon fils. Une Bête n’est pas une force de la Nature. Elle ne peut être immortelle. Nous n’en avions pas la preuve. Tu nous l’amènes, et c’est très bien.
Le sorcier ajouta:
– Des clans de l’autre côté de la rivière avaient aussi parlé d’une Bête, et personne ici ne les croyait. Maintenant nous savons que notre ennemi est multiple et qu’il nous faudra en tenir compte.
C’est pour cela que la réunion des Sages est indispensable et urgente. Viens, chef, nous avons beaucoup à faire. Il faut que tu envoies des messagers aux clans voisins. Je dois, moi, préparer l’épreuve et les potions. Ils sortirent.
Des craintes et des doutes s’emparèrent de moi et ne me quittèrent pas jusqu’au repas du soir.

***

L’épreuve des Esprits avait lieu dans une grotte protégée par la même enceinte que celle qui entourait le village de huttes.
Ses murs étaient peints de nombreuses scènes de chasse, où figuraient les animaux qui tombaient sous nos lances ou nos flèches.
Des chasseurs avaient aussi déposé l’empreinte qui de sa main, qui de son pied.
La voûte de la grotte était si vaste que l’on ne pouvait distinguer le plafond de l’obscurité. Des petites lumières scintillaient dans cette obscurité, comme pour ressembler au ciel nocturne.
Au fond se trouvait une grande salle déjà éclairée par des torches. Les Sages venus des clans de la vallée étaient déjà assis en cercle autour d’une table naturelle en calcaire. Mon père, le chef, et le sorcier étaient tous deux debout à côté de cet autel dont je devinai qu’il m’était destiné.
Je marchai, accompagné des encouragements de mère vers le centre de la salle. Je m’arrêtai devant le sorcier. Il me tendit un bol contenant un liquide assez épais.
– Bois, me dit-il, la vérité tant attendue doit enfin être révélée.
– Bois, mon fils, renchérit mon père, et ne crains point pour ta vie.
Toujours hébété, je bus d’un trait le liquide contenu dans le bol. Il était d’un goût âcre, mais j’avalai tout.
La voix dans ma tête était toujours là, bien que plus discrète depuis les soins que m’avait prodigués le sorcier dans la matinée.
– Allonge-toi sur l’autel des Esprits, m’ordonna le sorcier.
J’obéis mécaniquement.
La tête commença à me tourner, et je sus alors que j’allais bientôt perdre connaissance. Les Sages avaient commencé à entonner un chant très ancien. Une mélopée lancinante.
La voix dans ma tête revint à l’assaut. La lourdeur de l’atmosphère dans la salle sembla encore s’apesantir.
Je perdis connaissance.

***

Je rouvris les yeux et cherchai à me redresser, mais j’étais allongé sur le dos, entravé, et une surface dure avait remplacé la moquette de la chambre d’hôtel. J’entendais comme une voix lointaine dans ma tête. Je réalisai alors que je n’étais pas dans ma chambre mais dans une grotte.
Et, autour de moi, je voyais un cercle de vieillards qui me regardaient avec attention.
Deux sauvages étaient debout à mes côtés.
L’un d’eux, un homme portant un pagne sombre et au visage marqué de cicatrices, s’adressa alors à moi, d’une voix posée, grave, profonde, dans une langue inconnue de moi jusqu’alors, mais que je compris instantanément.
– Nous t’attendions, Esprit. L’assemblée des Sages désire te parler.
Je crus que j’allais devenir fou, et la panique s’empara de moi.

Jean-Michel, avec son aimable autorisation.

Le Vau de Bouche.

Je connais un vallon au creux de mon enfance
Un petit bout de terre, un petit coin de France,
Un chemin caillouteux qui sent le champignon,
Où poussent des orchis et le grand laiteron.
Au plus fort de Juillet, dans la fraîcheur de l’ombre
Je craignais cet endroit où tout était trop sombre.
Je m’y aventurais, pourtant, car tout au bout
Se trouvait un ruisseau. J’aimais rester debout.
J’observais le courant nonchalant et tranquille.
J’oubliais un instant ma vie en grande ville.
J’ignorais à quel point, en regardant cette eau,
Je m’imprégnais de vie, je m’imprégnais de beau,
Et je ne savais pas que je suivrais son cours,
Malgré bien des détours, jusqu’à mes derniers jours.

L’écho des absences

Les doigts brûlants de cette fièvre de mots

laisser la lave glisser sur les parois du silence

et regarder toutes les arabesques dessinées

comme une pyrogravure dans l’écorce de nos vies

plonger dans l’eau translucide et voir les volutes

les vapeurs engendrées par le feu à peine éteint

le brouillard se lève il révèle la folie sage

de tous les yeux ouverts à chaque page

sur chaque feuille sur chaque brin d’herbe

grillé par l’été sans merci pourtant fécond

l’écho n’a pas besoin de mur il ricoche de nuage en nuage

gonflant ses voiles jusqu’à devenir cri

hurle l’enfant sentant sa naissance venir

crache l’adulte se libérant des carcans

l’espace modelé des rêves et des rimes

en courbes lascives vous attire dans le lit

où vous vous étendez à mes cotés

moi l’onde que vous poursuivez en nos jeux

le fleuve menant toujours à l’océan de nos absences.