Monthly Archives: mars 2011

Réveil

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On s’est levé tant de fois

Comptant les pas pour franchir le jour

Les lèvres closes par les mots perdus

Le geste étroit pour ne pas briser la vague


En attente que le ciel épouse le ventre de la terre

Qu’il entraîne l’éclair à illuminer tous les enfants

Que la voix du temps parvienne aux oreilles sourdes

Que les couleurs renaissent dans les yeux éteints


Les arbres s’inclinent pour saluer l’exploit

La pluie de l’orage gonflant leurs racines

Pour faire naître l’envie de caresser la nue

Aux branches lasses des veilles sombres

L’eau prisonnière au fond du puits

Rejoint l’océan guidée par le souffle du vent

Pour s’étaler se dissoudre dans cette liberté nouvelle

Peu lui importe qu’elle se noie au bout du voyage

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Je suis le
puits et l’eau

Vous êtes
l’éclair
le souffle et l’océan

pourquoi les pommes tombent elles au sol?

Au commencement, il y avait en effet deux espèces de pommiers : ceux dont les pommes tombaient, et ceux dont les pommes montaient. Les pommes qui tombaient purent arriver jusqu’au sol, et ainsi germer en engendrant un nouvel arbre dont les pommes tombaient. Mais les pommes qui montaient n’atteignirent jamais le sol, et l’espèce des pommiers aux pommes qui montaient s’éteignit rapidement, parce qu’ils ne pouvaient pas se reproduire. Comme ils n’étaient pas adaptés, la nature les a donc éliminés. C’est ça la sélection naturelle. Si les pommes tombent, c’est donc grâce à la sélection naturelle ! Mais je vois déjà les malins qui m’objecteront que les cailloux eux aussi, tombent. Or ce ne sont pas des êtres vivants, donc ils ne sont pas soumis à la sélection naturelle, c’est évident. Donc l’explication précédente n’explique pas ce qui arrive aux cailloux. En fait, pour les cailloux, c’est encore plus simple :

Au commencement, il y avait en effet deux sortes de cailloux : ceux qui tombaient, et ceux qui montaient. Mais ceux qui montaient se sont envolés, ils sont donc partis très loin. C’est pour ça que tous les cailloux qui restent sur terre font la même chose : ils tombent.

Le poids du monde- de 4Z2A84

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Le poids du monde
Sur les épaules
On tourne autour de son cercueil
Et l’on se perd
Et l’on franchit le seuil
De la forêt où les arbres en deuil
Finiront par se taire
Déjà le vent les abandonne
Au lieu d’allonger le pas les nuages traînent
Et dans les caves le vin sonne
Le clocher ne se tient plus droit
Ni les fidèles
Ni les écoliers sur leurs jambes
Que personne ne voit sauter la haie
L’examen des cieux effraie
Les plus courageux d’entre nous
Les visages s’étirent
Quelqu’un se mord les joues
Pour ne pas rire
Et la pluie entame sa valse
Au bras de l’ombre projetée
Par sa propre détermination
A rafraîchir l’asphalte
On avance son pion un peu trop tard
Le couvercle est fermé
Le bois n’oppose pas de résistance aux clous
Ni le chemin de lacets au camion
Privée d’arbres la forêt pleure
Mais les passagers restent sourds
A des plaintes sans partition
A des murmures monotones
Le coq claironne
Indifférent aux sarcasmes du jour

la ballade des mots

LA BALLADE DES MOTS

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La ballade des mots dans sa course insouciante

S’entoure d’un sonnet, du quintil d’un rondeau,

Par un coup de maillet déchirant le rideau

Elle laisse entrevoir une rime naissante.

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Son blason redoré flottant comme un drapeau

Découvre les secrets de cette bergerette

Dans le fatras d’un vers qui vogue au fil de l’eau

A l’ombre d’un muzain qui nous conte fleurette.

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Une ode nous revient par ta chanson, fillette,

Laissant le triolet s’endormir en trivers

Où le zegel, le lai déclinés à l’envers

Font à la villanelle un décor d’odelette.

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Le rimailleur d’un soir avait dans un quadrille

Rimé tous les espoirs de son cœur en guenille

En glosant quelquefois des couplets sans façon.

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Le rondel empêtré dans une shaltinienne

Laissera sa terza renvoyer la rengaine

D’un bel alexandrin qui change d’horizon.

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Sa complainte pourra devenir prière

Dans ce monde indécent où tout est éphémère.

Délaissant la sextine, il fait un carillon.

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jc blondel

Vertige et confidences

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Il y a loin de la coupe aux lèvres

Pour l’apprenti sorcier

On tout essayé, folie non maîtrisée

Les vapeurs délétères voyagent

Torticolissimo, frais de porc

Envois recommandés

Avec avis de déception

Timbres sans voix

Les spaghettis s’allongent

Comme le nez de Pinocchio

Le serpent aboie

Dans la nuit qui s’engouffre

Mais il fait un peu froid

Insère la cheminée

Le bois porte déjà

Les  traces de nos délires

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La terre s’ébroue dans son cocon

Comme le poussin dans l’œuf

Les toits grandissent leur œil de bœuf

Et chacun avale son poison

La lune sautille à cloche-pied

De tuile et tuile évitant de tomber

Dans les greniers jaloux de sa beauté

Du grain de sa peau qu’ils rêvent d’engranger

Les murs encore muets alors hallucinent

Les  maisons dansent depuis leurs tréfonds

Réveillant les locataires et les charançons

Que les nouveaux paysages fascinent

Tandis qu’au fond de tous les puits

L’eau entonne le chant de la pluie

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L’édredon se rendort installé dans son nid

Le soleil s’éveille encore hébété de ses rêves

La maison ouvre les volets et babille gentiment

Cinq oiseaux se posent sur le rebord d’une fenêtre

Ils déroulent un parchemin et soufflent dans un pipeau

Une musique nouvelle qu’ils dédient au printemps

C’est le moment idéal pour s’étirer et sortir

Pense le vieux chat de la chaise affamé et joyeux

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Ne part pas en voyage sans ses malles

Ni n’assiste à la croissance des antennes

Sur les toits où s’enrouent les girouettes

Comme à la prolifération des affiches

Le long des murs pisseux

Ni n’élabore le moindre plan

Pour échapper aux tomates

Que lui lancerait le public

S’il n’arpentait la scène

Qu’en barboteuse

Ni même ne salue à la fin après sa mort

Tourné vers leur loge

Les princesses sculptées dans le pâté en croûte

Le comédien

Chacune de ses répliques

Se laisse porter par une bulle

Dont les haleines tracent le parcours

Au-dessus des têtes bien vissées

Des spectateurs en bouteille

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Émanant des vertigineux cerveaux de

Élisa-Héliomel-4Z2A84-et moi

La musique de l’eau

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L’eau glisse entre les doigts du temps

Creuse des gorges profondes

Où se terre la parole malhabile

De peur d’égratigner les vagues

Servant de berceau aux rêveurs

Les lèvres retiennent leur souffle

Jusqu’aux prémices du jour

A l’heure où la lune bercée par l’aurore

Abandonne sa place à la clarté impatiente

C’est l’instant où Elle songe

A l’onde accueillante dans sa fraicheur limpide

Là où la musique émane des gouffres

Ricoche sur les voûtes

S’amplifie au sortir des cratères

Et se mêle aux rires des arbres et des oiseaux

Invitant son chant à se marier au destin du vent


L’archer

 

Ovale est l’éconduit

sous le vent des prairies

des cubes dans les yeux

des yeux qu’il tient en laisse

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Deux faons se dressant dans

ses mocassins rayés

l’obligent à marcher

avec hésitation

Sur ses joues des goujons

mâchouillent les bouchons

que lance le chagrin

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En chemin ses mains sèches

dans une meule taillent

une flèche de foin

dont la pointe fendra

la mouche de son cœur

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Comme une gaze grise

que nul ne vit venir

un percheron hélas

sauveteur maladroit

aux boulets savonneux

viendra tout saboter

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Verdissant d’embarras

les hautes belladones

empotées et pimbêches

donnèrent au printemps

des boutons que des nonnes

savantes mais fantasques

soignèrent à l’onguent

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Le ciel fit peine à voir

frottant sa lourde panse

au bout des émondoirs

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Soleil levant

L’eau est lourde et les carpes crient

La voix émane du plus profond du ventre

Tandis que le vertige s’accroche aux arbres

Dont les bourgeons hésitent à naître

Dans la fluorescence de la palette verte

La sphère bleue rêvait d’or

Elle devra choisir la pierre

Dont le gris inerte marque la route

Que les colonnes empruntent

Pour trouver à étancher leur soif

Le soleil indifférent marque le jour

Son chant régulier parcourt les déserts

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Chimère fabuleuse

Une forme ébauchée

Parcourt le monde

Caresse le souffle d’une perle

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Ses mains sculptent un cérémonial

Des édifices magiques

Des palais sans fenêtres

Elle a tellement d’envies

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Elle hurle sous le vent

Vole de criques en baies

S’affale sur la grève

Drap fantasmagorique

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La caresse d’un soir

Le mouvement du jusant

De courbes en torsades

La spirale se dilue dans la nuit

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Que vous vous déplaciez à vélo

Ou en brodequins délacés sur les traces de la camomille

Méfiez-vous du biceps

Dont la contraction engendre un jour férié

Ne fermez pas le gaz avant de l’avoir épluché

Dans le sens de la longueur

Au théâtre ou entre 1870 et 1900

Car tous les instruments à cordes ne se digèrent pas

Aussi bien que le style flamboyant

C’est ce qu’affirme la soupe quand vous l’écoutez

Au lieu de la boire comme on vide un chargeur

Sur le système de Copernic

Pour lui apprendre à vivre

Ailleurs que dans un fauteuil vacciné

Contre le haut-fourneau et sa sœur napoléon

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L’enchanteur a perdu les couleurs qui paraient son manteau

Un vent lourd soufflant sur la colline des fleurs

le force à plisser les yeux et à s’incliner pour rester droit

les oiseaux immobiles sur le sol  dorment dans d’étranges positions

Des nuages grisâtres bâillonnent peu à peu les murmures du ciel

L’enchanteur a perdu la douceur qui réchauffait sa voix rauque

Dans un élan désespéré il écarte les bras et envoie vers le monde

Un long et inaudible cri d’agonie  qui le consume lentement

Gravure

Gravure

Sur la pierre du temps éclairée de lune

Est gravé en creux un homme qui marche

Sous chacun de ses pas la poussière danse

Et se repose en lettres ordonnées

L’oreille attentive perçoit une musique

Le gazouillis de l’enfant ou celui du ruisseau

A moins que ce ne soit

Le chant qu’il faut entendre

Pour permettre à la graine de germer dans l’esprit

La roche est immobile

Cependant que le feu l’entoure

Les flammes sont des ailes frôlant le pardessus

De celui qui avance les yeux dans les étoiles

Des grains de sable s’échappent du socle

Que les oiseaux hardis picorent comme le blé

L’empreinte de la roche sur la feuille

Dessine les racines de l’arbre protégeant l’homme

Il n’est pas seul il est en vie.