Archive mensuelle : février 2011

LETTRE D’AMOUR

Ma douce amie,

J’ai été peiné de ne pas avoir eu de réponse à ma dernière lettre… Je sais que mon empressement peut vous sembler exagéré, mais il est à la mesure des sentiments que je vous porte.
J’avais cueilli les pensées qui fleurissaient en mon âme, pour vous les offrir, ruisselantes de sève et d’amour.
Mais qu’importe, gardez le bouquet et oubliez le jardinier. Que peut-il attendre de vous quand un de vos sourires rend ses roses jalouses ?

Si votre silence m’afflige, je le préfère encore au refus ; car, depuis que je vous aime, le temps n’a fait que parfaire votre beauté mais il a rongé ma vie et le moindre choc pourrait la briser.
Vous êtes, ma Mie, ma force et ma fragilité, vous êtes toujours présente en moi, vous habillez mes jours, vous habitez mes nuits.
Malgré votre silence, j’ose encore espérer. On dit souvent que le regain est plus tendre que la première herbe.

Je sais au fond de moi, qu’un soir viendra où j’ouvrirai, pour vous, les draps d’un grand champ de blé. Quand la nuit sera mûre, quand nos flancs seront lourds, mes bras se feront ailes et mes doigts deviendront plumes.
Au petit matin, retenant l’aurore, pour vous vêtir, je tisserai la tendresse. Une fois le jour levé, pour vous, je ferai rire le soleil.

Mais ne vous choquez pas ma Mie, ne fermez pas votre cœur, j’ai su attendre et j’attendrai encore… Pour moi le temps n’a plus d’importance. Je ne suis que pour vous et n’aurai d’autres maîtresses que la mort.
J’espère avoir plus de chance cette fois et recevoir bientôt de vos nouvelles.

Tendrement.

L’homme signa, se relut et détacha la feuille du bloc.
Il l’inséra dans une enveloppe qu’il cacheta. Il se leva ensuite et se dirigea vers une grande armoire en noyer.
Là, il introduisit l’enveloppe dans une fente pratiquée au milieu de la porte.

La lettre tomba avec des centaines d’autres.

Paul de Glécy

La lisière mauve

Bon anniversaire à la princesse

Elisabeht, femme d’intérieur

Quand Elisabeth sortit de sa voiture, c’était une journée ordinaire qui se continuait, sans heurt, sans surprise.

Le mari au travail, les deux enfants à l’école, elle se retrouvait indépendante et libre. En réalité, comme tous les jours, c’était une liberté surveillée, découpée en tranches d’obligation, régentée par les besoins des autres.
Elle se dirigea vers la grande surface où elle faisait ses courses habituellement. Elle prit un chariot qui se trouvait devant son véhicule et entra dans le magasin, à la recherche de la matière première qui lui permettrait de faire vivre sa famille. La seule possibilité de création dont elle disposait était de donner une impression de nouveauté aux plats du repas du soir, alors que chacun des membres de son petit monde ne lui accordait que peu de choix quant à la composition du menu.
Autour d’elle, des femmes s’affairaient comme les ouvrières d’une ruche. Elles participaient toutes à la même course contre la montre, à la même chasse aux produits miracles, bon marché et pratiques. Il n’y avait pas la place pour le dialogue et la délicatesse. Seules quelques femmes toilettées comme le sont des animaux de concours, semblaient cueillir ça et là des produits de luxe superflus, sachant que des salariés achetaient le nécessaire à leur place.
En passant devant le rayon des surgelés, Elisabeth remarqua que la vitrine était convexe et surchargée de nourriture sous emballages plastiques. Elle n’y avait jamais prêté attention; il est vrai que les tâches ménagères ne laissent pas beaucoup de place aux observations gratuites.
Elle continua ses achats dans la partie réservée à la viande. Là, parmi les rôtis et les saucissons rangés minutieusement pour attirer la convoitise des carnivores civilisés, trônait un jambon de pays, fendu comme un fruit trop mûr, qui laissait saillir une chair rosé d’une façon obscène. Élisabeth s’étonna qu’on ait laissé à la vente une pièce de charcuterie aussi imparfaite.
Les clientes, comme d’habitude, évaluaient les morceaux, déchiffraient les étiquettes, pesaient les prix…
Elle fit un effort pour penser à ce qu’elle devait acheter et partit vers d’autres rayons.
Elle termina ses courses par les produits d’entretien. Dans la pile des paquets de lessives, des barils de poudre à laver étaient gonflés, comme s’ils avaient pris l’humidité et de l’un d’eux s’échappait une longue traînée blanche qui arrivait jusqu’au centre de l’allée. Les ménagères, affairées, continuaient leurs achats et on pouvait suivre les traces de leurs chariots jusqu’aux caisses.
Élisabeth prit un paquet au début du rayon et fit demi-tour pour ne pas emprunter l’allée souillée.
Alors qu’elle attendait pour payer, elle se sentit mal à l’aise. Ses consœurs autour d’elle étaient tellement prises par leurs obligations domestiques qu’elles en arrivaient à oublier totalement l’environnement extérieur. Elles étaient devenues totalement des femmes d’intérieur.

Quand elle quitta le magasin, elle fut heureuse de se retrouver au volant de sa voiture. Elle n’était pas loin de son domicile, mais les quelques minutes du trajet lui apportaient un goût d’autonomie qu’elle aimait savourer.
Elle se regarda furtivement dans le rétroviseur pour voir si les tâches ménagères n’avaient pas gommé son image de femme.
Alors qu’elle remontait le boulevard qui menait chez elle, elle remarqua quelque chose d’anormal au niveau des grands immeubles qui se trouvaient à une centaine de mètres de là. Elle ralentit son allure en serrant sur sa droite.
Devant le théâtre municipal, elle s’approcha n’en croyant pas ses yeux. La porte du bâtiment gisait par terre comme si elle avait été poussée de l’intérieur et des chaises s’enchevêtraient sur le trottoir. On aurait dit qu’une explosion avait projeté dehors une partie de ce qu’il y avait dans la pièce. Elle regarda autour d’elle. Elle ne vit ni pompiers, ni policiers, ni même les éternels badauds qu’on rencontre en pareil cas.
Un couple arrivait; la femme fit un détour pour passer et l’homme enjamba les chaises. Élisabeth resta perplexe. Ils n’avaient pas eu l’air surpris et avaient agi comme si tout avait été parfaitement normal. Elle attendit encore un peu et observa les autres passants. Pas un n’y prêta attention. Cela devait faire plusieurs jours que c’était ainsi et cela n’intriguait plus personne.
Élisabeth repartit sans demander d’explications. Elle avait honte de montrer qu’elle n’était pas au courant.
Ce qui la peinait, c’était de penser que sa famille n’avait pas jugé bon de la tenir informée des événements de la ville, comme si son univers était limité volontairement aux quatre murs de sa maison.
Elle se dépêcha de rentrer, sachant qu’elle devait encore trouver une place disponible dans la zone de stationnement réglementée où était situé son domicile.
En arrivant devant chez elle, elle vit un véhicule qui s’apprêtait à partir. Elle attendit quelques secondes et prit l’emplacement libre. Elle chercha des pièces de monnaie dans son sac à main, prit son panier et sortit.
Le parcmètre qu’elle devait nourrir en compensation, semblait gonflé comme un ballon d’enfant, à la limite de la rupture.
Elle se dit que sa journée était tellement dilatée par toutes ses occupations, qu’elle voyait tout à cette image.
Elle regarda le parcmètre suivant dans lequel un automobiliste introduisait de l’argent. Le devant était tout boursouflé et l’arrière avait crevé; des pièces de monnaie jonchaient le trottoir et personne ne les avait ramassées. Les deux francs du conducteur tombèrent bientôt dans un bruit métallique et après un long méandre sur le sol, allèrent s’immobiliser dans le caniveau.
Élisabeth fit quelques pas en arrière et s’appuya sur l’aile de sa voiture, en regardant l’homme qui s’éloignait le plus naturellement du monde.
Le froid de la carrosserie qu’elle ressentit à travers sa jupe légère lui prouva qu’elle ne rêvait pas. Il était impossible que l’homme ne se soit aperçu de rien… ou alors il n’avait rien voulu voir… Les objets craquaient comme si leur vie éclatait, et elle seule, habituée à oublier sa propre existence, pour être disponible aux désirs de ses proches, semblait s’en apercevoir.
Elle se pressa de regagner son appartement pour être à l’abri de ce monde qui était tout à coup malade.
Une fois chez elle, elle accomplit son travail de maîtresse de maison en essayant; de ne pas réfléchir.
elle s’arrêta,

Quand son mari rentra avec les enfants, elle terminait de brosser la moquette. Le sac de l’aspirateur avait explosé en nettoyant la salle de séjour. Les enfants partirent faire leurs devoirs, l’homme l’embrassa en enlevant son pardessus et partit s’asseoir dans un fauteuil dont le crin commençait à sortir d’un coussin.
Quand vint l’heure du souper, le repas dut être jugé bon car Élisabeth ne rapporta que des plats vides à la cuisine. Ils n’avaient délaissé que le dessert car la peau des bananes s’était
fendue dans la coupe et un magma blanchâtre recouvrait les autres fruits. Personne ne lui avait fait de remarque.
Le mari alla lire son journal sur une chaise car son fauteuil était impraticable, et les enfants jouèrent avec des cubes sur le tapis.
La télévision venait de s’ouvrir en laissant s’échapper un écheveau de fils électriques parsemés de composants électroniques.
A l’heure où le film se terminait habituellement, tout le monde alla dormir et la nuit s’écoula, à peine troublée par quelques craquements et quelques éternuements venant de la chambre des enfants, où un édredon bouffi crachait lentement son duvet.

Quand le réveil sonna, ce fut l’homme qui, contrairement aux habitudes, se leva le premier. II alla prendre une douche car un liquide poisseux lui collait à la peau. 11 réveilla les enfants et ils déjeunèrent à trois sans poser de question.
Au moment de partir, ils allèrent dire au revoir à la mère qui ne s’était toujours pas levée. Ils entrèrent dans la chambre et, se penchèrent pour embrasser Elisabeth dans un geste de tendresse naturel, en évitant toutefois de poser les mains sur elle.

Son ventre s’était ouvert et les viscères s’étaient répandu comme des serpents rouges et luisants sur les draps blancs du lit.
Une nouvelle journée commençait.

Paul de Glécy La Lisière Mauve

L’AGENT 213

Sur la place, devant l’église, un homme attendait discrètement la sortie de la messe.

Quand des enfants sortirent en courant par le porche, il avança, prit une poignée de cerises dans un sac de papier et leur tendit. Ils se les partagèrent bruyamment tandis que leurs mères, derrière eux, surprises, remerciaient ce monsieur charmant.

Il marcha alors lentement vers le parking tandis que d’autres personnes quittaient le parvis de l’église. Quand il eut rejoint son véhicule, un couple âgé s’apprêtait à monter dans une voiture. Il tendit son paquet. La femme, étonnée, prit une cerise, mais le mari gêné hésita. Il regarda l’homme quelques secondes en cherchant à comprendre, puis, un peu confus, accepta. Il y eut autant de sucre dans leur merci que dans le fruit.

Quand ils partirent, il s’assura que personne ne l’avait vu faire et fit pareil un peu plus loin.

Deux femmes qui allaient quitter la place hésitèrent également; elles craignaient que le geste ne fût suivi par d’autres propositions moins innocentes. Mais l’homme avait un tel sourire qu’elles acceptèrent le petit cadeau en lui disant: « il y a encore des gens gentils! »

Cet homme qui continuait à distribuer les premières cerises de la saison, en veillant à ce qu’il ne soit pas vu par la foule, pour que chacun croie être un privilégié, était en service commandé.

C’était l’agent matricule 213. Il faisait partie d’une brigade d’intervention psychologique mise en place par le Ministère de la Communication Sociale.

En haut lieu, on avait remarqué qu’il était possible d’enrayer les crises de dépressions collectives en multipliant volontairement des petites actions, d’apparence gratuites, qui recréaient un climat de confiance.

Avec les moyens modernes dont ils disposaient, des spécialistes avaient analysé tout ce qui faisait que la vie semblait belle. Ils avaient mis la gentillesse sur ordinateur avec les paramètres de la tendresse en mémoire. Ils avaient répertorié tous les petits gestes qui apportaient la chaleur humaine. Ils avaient dépensé une fortune pour décomposer les actes gratuits et étudié pendant des années, l’importance de leur spontanéité.

Dès qu’un observateur signalait des signes précurseurs d’angoisse dans un quartier, comme l’augmentation des ventes d’alcool et de tranquillisants, ou un afflux subit dans les agences de voyages, le Ministère envoyait un agent en mission. On avait ainsi constaté, depuis que ce service était en place, une nette amélioration dans la qualité de la vie, une baisse de  l’absentéisme  au  travail  et une diminution importante du nombre des pensionnaires des maisons de repos.

Ce matin, l’observateur du quartier G qui avait constaté une participation anormalement forte à l’office religieux, en avait informé la Centrale. Là, on avait jugé ce signe comme un symptôme possible d’inquiétude et on avait décidé de faire intervenir l’agent 213.

Il était fonctionnaire au service de la Communication Sociale depuis quelques années. Il avait été recruté à la lecture du dossier que l’administration qui l’employait précédemment avait fait sur lui.

On y mentionnait une nette inclination pour l’humour, une manière trop personnelle de s’habiller et un désintérêt total pour la presse sportive. De plus, on y signalait qu’il ne pouvait se limiter à des relations de travail avec ses collègues, et, pour comble d’originalité, il ne supportait pas le malheur des autres.

Faute de pouvoir le normaliser, on lui avait fait subir des stages, et on avait décidé de l’employer pour la bonne cause publique.

Dans sa nouvelle tâche, il s’était avéré être un fonctionnaire sérieux.

Ce que le Ministère de la Communication Sociale ignorait, c’est que, donnant tellement aux autres, l’agent 213 avait quelquefois du mal à vivre.

Quand la place de l’église fut vide, il regagna sa voiture en mangeant les dernières cerises du paquet.

Il partit à la recherche d’un  poste de communication, pour y investir, à son propre compte, les bribes d’amour qui lui restaient après sa mission.

Dans une des rues qui débouchaient sur la place, il en trouva un, rangea son véhicule contre le trottoir et descendit.

L’agent 213 entra dans la cabine, ferma la porte et s’assit dans le fauteuil de plastique. Il chercha une pièce de dix francs dans la poche de son veston et la glissa dans la fente de l’appareil.

Une disque brillant descendit derrière la vitre et une lampe rouge s’alluma, montrant que la machine était prête à fonctionner.

Il regarda sur le côté pour choisir une musique inspiratrice, puis se ravisa. Il n’était pas là pour faire un exercice de style; mais pour essayer de sauver ce qui était encore possible de sauver. Il appuya sur la touche « marche ».

Il vit la bande magnétique défiler, mais ses mots ne venaient pas, ses pensées n’étaient pas mûres. Il pressa aussitôt sur le bouton « stop ».

Il se redressa sur le siège et respira profondément.

Cette nuit, il s’était disputé avec la femme qu’il aimait et s’était retrouvé pris dans un tourbillon de démence.

Il avait frappé sur son passé comme un forgeron martèle un morceau de fer, pour vérifier qu’il est sans faille. Mais il avait frappé trop fort, sa vie chauffée à blanc avait explosé et il gardait au coeur des éclats douloureux.

Ce matin, il aurait voulu arrêter d’aimer, comme on arrête de fumer, pour retrouver son souffle, pour ne pas finir rongé par un mal d’amour incurable.

Quelques instants auparavant, alors qu’il accomplissait sa mission, elle était redevenue sang et sourire, mais là, au moment de lui parler, il en voyait une image abstraite faite de souvenirs amers et d’envie froide.

Il aurait voulu verser du baume sur ses mots mais ne pouvait que sécréter de l’acide.

Jamais l’agent 213 ne s’était senti aussi seul.

Comme il n’arrivait pas à parler, il se résigna à se servir d’une musique inspiratrice pour y greffer son état d’âme.

Il enfonça la touche 4, réservée à la musique classique et, par peur du ridicule, utilisa le petit écouteur prévu pour l’écoute personnelle. Il appuya sur la touche « marche ».

Au lieu des mots forts et denses qu’il voulait prononcer, vint une sorte de murmure, presque intérieur, qui sourdait du plus profond de lui-même. Il puisait dans la veine de sentiments la plus pure, la plus vraie; celle que l’on rencontre quand on a dépassé la couche de sédimentation que la vie a déposée au fil des jours, celle que l’on atteint, à la limite de soi.

Il parla ainsi jusqu’à ce qu’une lumière rouge clignote et qu’un petit claquement sec retentisse. La bande se rembobinait.

Il aurait voulu crier à cette femme toute sa foi en elle et n’avait fait que lui confier sa faiblesse et son incertitude.

Quand la bande magnétique fut revenue à son point de départ, un voyant marqué « écoute » s ‘alluma.

Il hésita; il était sûr que son message ne l’aurait pas satisfait. Il craignait que ses mots ne fussent encore souillés de haine.

II appuya sur la touche « éjection » et recueillit le CD. Il le garda un moment dans la main, en le soupesant, en sentant l’odeur du plastique chaud. Puis il prit le stylo feutre accroché à la tablette devant lui et écrivit l’adresse. Il posa ensuite l’enregistrement sur le bord de la fente de réexpédition. Dans quelques secondes, la boîte serait plastifiée et tomberait dans le ventre de l’appareil. Dans les heures qui suivraient, elle serait ramassée et finirait bientôt sur le lecteur de celle qu’il craignait de perdre.

L’agent 213, spécialiste de la communication, se sentait impuissant.

Brusquement, un signal sonore retentit dans la poche de son veston. Il posa le CD. Il sortit une petite boîte noire et appuya sur un bouton. Une voix nasillarde de femme en sortit ;     « Ilot de surveillance quartier D signale deux suicides. Mise en place Plan 24 E Agent 213 action immédiate »

II appuya à nouveau sur le bouton et répondit simplement: « Bien reçu. »

Il remit la boîte dans sa poche et reprit le disque. Il le serra fortement dans ses deux mains, la porta à ses lèvres et le glissa dans la fente de réexpédition. Il remonta dans sa voiture et démarra.

Pendant qu’il se dirigeait vers le quartier D, il sortit un petit livre broché de la boîte à gants et le posa sur le siège à côté de lui. Il l’ouvrit à la page du plan 24 et à la lettre E, il lut:

Cas : Signes de dépression collective.

Personnel : Un  agent  par  groupe de dix rues.

Action: Se promener dans les rues en chemise, manches retroussées, un journal sous le bras, en sifflotant un air connu.

But : Montrer la joie de vivre.

Durée : Indéterminée, attendre les signaux.

Consignes particulières: Marcher lentement. Ne pas siffler trop fort. Avoir le visage gai.

En arrivant aux abords du quartier D, il gara son véhicule.

Il posa sa veste sur le siège arrière, remonta les manches de sa chemise et mit un journal plié sous son bras.

L’agent 213 essuya  alors  les  larmes  qu’il avait dans les yeux, et partit en sifflotant.

Paul de Glécy  La lisière Mauve

Les couloirs du temps-MJM

L es larmes de furie ont asséché mon âme
E t les cris silencieux ont assourdi mon cœur
S euls restent devant moi des détritus infâmes

C oulant de tout leur fiel, exsudant mon malheur.
O ù es-tu, lendemain, qui pourtant doit chanter?
U ne erreur d’aiguillage a fait dévier ta route?
L e printemps, les oiseaux, le beau ciel de l’été
O nt aussi disparu, l’avenir est déroute.
I l ne reste que toi, que j’attends patiemment,
R eplié, résigné, dans les couloirs du temps,
S i le temps m’est donné, si le temps m’est offert

D e patienter encore à travers ce désert.
U n jour tu m’as dit oui, j’étais là à tes pieds

T imide, humble et anxieux, ton bonheur je voulais.
E t nous nous sommes mis à rêver de nouveau
M ille endroits, mille jours, mon Dieu que c’était beau.
P uis le mal t’a saisie, à l’aube du printemps.
S eul à présent je suis, dans les couloirs du temps.

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MJM, avec son aimable autorisation

Douce nuit.

Les oiseaux se taisent
De paisibles fumées planent
Et le jour s’endort.

Dans le vent léger
Le grand sapin se balance
Soupirs de la nuit.

Au loin la hulotte
Chante sa douce complainte
Et berce mes rêves.

Air-pur

Dix vers, dix vers…

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Le feutre sur la tête
En toi je me dégrise
Petite fraîcheur de l’aube,
Sourire de bienveillance,
Chambre capharnaüm…

Nos bras sont emmêlés
Comme chatons et leur mère
Si c’est toi qui gouvernes,
Petite chaleur de l’aube,
Viens par ici que je te perlimpimpine.

Quelque part dans la seringue
Le sable a gagné sur les murs,
En Madone des terrains vagues
Avec sourire de bienveillante,
Ta bulle d’air me rend dingue.

Nuages tirés à l’iodure
D’argent pour que l’orage saigne
La vie est belle
Il faut bien en convenir
Tout est possible.
.
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Des fleurs, des rivières et des volcans de tous sexes.

Des fleurs, des rivières et des volcans de tous sexes.

.

Aimer les fleurs

C’est aimer les femmes

Devant l’or des jonquilles

L’hiver agonisant rêve

De fleurs blanches et noires

Touches de piano délabrées

Aimer les femmes

C’est aimer les pleurs

Qui ne pleurerait l’été

Son sel et ses langueurs

On pourra cloner les hommes

Mais jamais les saisons

.

Dans les avenues où l’on va le chapeau sur la tête

Pour cacher le volcan en éruption fébrile

Maintenant le cheveu bien au-dessus du crâne

Les arbres s’inclinent jusqu’à toucher le sol

Baigné de la lave fertile écoulée des semelles

Buvant à la lumière ils caressent l’épaule

Des hommes tête nue qui oublient leurs pensées

Dans une entrée très sombre et jonchée des billets

Qu’ils ont écrits un jour et froissés aussitôt

Regagnant les rues basses qui conduisent au port

Où paradent des voiliers  aux gréements de cire et de rêves

.

Rivières je vous prends en photo souriez

Montrez-moi les lueurs dans vos yeux innombrables

Les herbes qui ondoient sur votre lit de sable

La boue et le limon au fond des encriers

Vos grottes vos secrets vos poissons électriques

Les bulles dont les mots chuchotés nous convient

A des bals où l’on danse un slow sans préavis

Avec une sirène aux mœurs énigmatiques

Venue de l’océan troubler vos auditeurs

Ceux qui se fient pour y répondre à vos murmures

Le chant n’est plus le même et les voix sont si mûres

Qu’on en fait la cueillette au grand large à toute heure

.

Ce poème a été composé par les trois mousses de terre qui étaient de quart :

Soit : (dans le désordre à droite direction Nord-Ouest en passant par la Lorraine avec arrêt à l’Auberge pour y trinquer à la santé de l’Ange Gardien et du Cheval Blanc) :

– Miss Eclaircie

– M. Héliomel

– M. 4Zetc.

.

On déplore l’absence de mesdemoiselles Elisa et Tequila retenues Dieu sait où.

L’homme étrange

Un trou noir au fond du regard .
Aveuglant.
L’homme, indéchiffrable, tourne le corps
A la place de la tête.
.
Le trou noir me dérange.
Ce singulier cyclope me voit, lui.
Son visage se tord en tableau coloré
Je reste paralysée sur mon siège.
.
Le monde bruyant s’éloigne
Je deviens sourde.
Et l’homme me questionne, encore
Sa voix me parvient en onde torturée.
.
Je m’ennuie.
D’un claquement sec de la bouche
Je prends congé .
L’homme étrange s’efface derrière la cloison.

Hallucination

On les sent là tapis dans l’ombre

Prêts à combattre le moindre souffle

Le moindre geste qui voudrait naitre

Qui devrait n’être que froissement de feuille

Lèvres qui s’entrouvrent paupière qui bat

Tandis qu’au loin une voix appelle

Seul le sang bat plus fort en la veine

Comme le ciel qu’on voudrait rouge

Plonge aux confins de nos vieux murs

Dans ce gris renforçant le ciment

.

Demain la chaise sera vide

Juste marquée d’un poids trop lourd

Et l’on aura passé ses heures

Sans que germe le moindre pleur

Au sillon infertile et tari