Historique du mois : décembre 2010

Balancier

On claudique toujours au bord de notre vie

N’osant y pénétrer de peur de la froisser

Comme ce drap soyeux qui épouse le lit

Que d’un fer maladroit on risque de brûler

On marche dans les rues, notre frêle équilibre

Retient nos pas des bris de nos semelles torses

Tandis que le pavé résonne encore et vibre

Marche discordante que cependant on force

Et les volets fermés comme nos yeux éteints

Ne laissent pas filtrer le sourir d’un brasier

Nous ne traversons plus que les glaces sans tain

Mains portées en avant servant de balancier

les mots d’Aragon

LES MOTS D’ARAGON

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Que serai-je sans toi, résonne en ma mémoire

En ravivant les mots, pour Elsa, d’Aragon

Ils ont suivis mes pas au long de mon histoire

Où d’aimer c’est parfois y perdre la raison

Dans ce monde aujourd’hui je sais, c’est dérisoire.

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Sur la vieille platine un disque sans histoire

Entonne la chanson qui parle de raison

Il revient simplement dans son air dérisoire

Les rimes d’un poème à la sauce Aragon

Que serai-je sans toi résonne en ma mémoire.

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La musique d’un temps colore l’horizon

Elle est là chaque jour, dansant dans ma mémoire

Emplissant par ses vers mes restes de raison

En racontant un peu, toujours la même histoire

En ravivant les mots, pour Elsa, d’Aragon.

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Lorsqu’un amour d’hier nous parait dérisoire

Il est bon d’écouter les aveux d’Aragon

Les nôtres sont casés au bout de ma mémoire

Dans le grenier des ans où s’endort la raison,

Ils ont suivis mes pas au long de mon histoire.

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Le soir, j’entends Ferrat qui nous chante Aragon

Dans les rêves anciens qui peuplent ma mémoire

En promettant parfois un tout autre horizon

Quand le plaisir faisait un tour dans mon histoire

Où d’aimer c’est parfois y perdre la raison.

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En suivant les chemins que trace ma mémoire

J’y retrouve parfois le songe et la raison

Les princesses d’un jour vivant dans mon histoire

En valsant sur un air, sur des mots d’Aragon

Dans ce monde aujourd’hui, je sais, c’est dérisoire.

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Lorsque l’hiver blanchit nos pas sur l’horizon

Les souvenirs s’en vont dans l’éden dérisoire

Dans le fond de nos cœurs où règne la raison

En oubliant aussi des pans de mon histoire.

Quand je réveille ainsi la chanson d’Aragon

Que serai-je sans toi, résonne en ma mémoire.

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jc blondel

VAGABONDAGES.(Adopter une étoile)

Pour adopter une étoile c’est facile.  Il suffit de se promener au petit matin,  juste avant que le soleil ne se lève.

Le jour est encore tout froissé dans ses draps de nuit. Vous choisissez une étoile pas trop connue et vous lui parlez à voix basse. Le plus difficile c’est d’élever la voix suffisamment pour qu’elle atteigne la voix lactée sans réveiller les voisins du quartier. Il y a un nombre infini d’étoiles dans le ciel, mais beaucoup sont inaccessibles aux communs des mortels et si tout le monde voulait en adopter une, ça créerait des problèmes;  la démarche serait interdite. Quand vous l’avez choisie, vous lui donnez un prénom de femme ou le nom d’une jolie chose et le tour est joué.
Moi j’en ai une depuis tout petit et je suis le seul à le savoir. Peut-être qu’elle a des relations avec un autre, quelque part, de l’autre côté de la planète, mais  je ne veux pas le savoir…

Je me donne à elle et elle brille, pour moi, quand les nuages dorment encore.
C’est en voulant posséder, qu’on perd l’éclat du bonheur.

Vagabondages. (les oiseaux)

Pour passer un moment calme et studieux sans se fatiguer, c’est simple. Il suffit d’ouvrir le grand livre du ciel.
Vous cherchez la page blanche d’un nuage et vous lisez l’histoire des oiseaux.
Il ne faut pas faire d’effort de compréhension, juste un effort d’attention. Au début, on n’entre pas dans les paraphes des hirondelles qui brouillonnent dans les nuées. Il y a trop de sillages qui s’entremêlent pour notre vie habituée au sillon de la journée, et puis, petit à petit, vous vous familiariserez au stylet qui trace les phases de leur voyage. Quand votre œil sera habitué, vous comprendrez la métaphore fragile de l’alouette, vous entrerez de plein pieds dans la saga de la grive en quête d’aventure, dans le roman noir du merle, qui persiffle ses héros, votre âme survolera la tragédie humaine, vous toucherez l’éternel et les droits de hauteur, jusqu’à ce que le hibou mette ses points de suspensions au chapitre du jour et qu’il faille refermer la couverture noire de la nuit.
Et là, il vous faudra attendre le matin, que la lumière soit, pour commencer une autre histoire.

Sommets

Derrière la porte du grenier

Se trouvait un poème

 A demi caché replié sur lui-même

 Mais je le reconnus

Je l’avais abandonné inachevé dix ans plus tôt

 Pour me consacrer à l’étude du néant

Allons lui dis-je où en sommes-nous

 Te faut-il une rime une mesure Non

Pourquoi es-tu resté là à m’attendre

Quoique déplumées tes ailes ne manquent pas de force

 Elles t’auraient porté ailleurs

Il se taisait

Je le relus plusieurs fois

Peut-être avions-nous lui et moi – lui ou moi –

Définitivement perdu

…la foi.

Le ciel s’est posé sur le faîte du toit

 Comme un œil au sommet d’un crâne

 Fermé on croit que la maison dort

Pourtant tous les murs transpirent

Et se dessine sur les cloisons

 L’histoire de cette bâtisse

 Qui voulait être ronde comme le bocal du poisson

 Où la sirène fiévreuse viendrait se rafraîchir

 Attendant que ses cheveux lissent ses écailles

Et que l’océan tapi sous un bureau de bois clair

Libère le marin de son ancre pesante et amoureuse

L’œil s’entrouvre alors et seul l’iris

A ces reflets du feu vivant dans les cristaux enfouis

Sous les fondations des villes surgies comme flèches

 Ou flammèches embrasées puis figées par le gel

 De nouvelles pages se dessinaient

 Tout en haut des collines et au fond des prunelles

 Un buisson de couleurs embrasé par le soir

Un clocher accueillant en écharpe de maisons

Une route inconnue traversée de zébrures

Les animaux de l’hiver se posèrent sur la tranche

 Du beau livre enluminé

 Que des mains invisibles ouvriraient devant l’âtre

Le bar était tout vert

 J’ai repris du pollen sur le zinc, la télé affirmait que le fils de ma concierge refusait de devenir président, il préférait l’hydraule à l’harmonica et puis les seins de Vénus étaient si doux…

 Coincé entre un gratteur d’illusions et un humeur de havane, je n’ai pas vu arriver Mardisky. S’appuyant sur Décembrepardi, il jouait les impotents.

On a bu jusqu’au dernier centime. Après le verre ultime, une impérieuse nécessité m’a porté vers les toilettes, la porte franchie, je me suis aperçu qu’elles donnaient sur une dune ardente et les pieds me brûlaient tant que j’ai plongé vers d’autres cieux anisés et d’autres bars fiévreux où des millions de bicyclettes chantaient sous la pluie.

Ont participé, dans un ordre un tantinet bousculé par la neige : Eclaircie, Héliomel, 4Z et moi-même.

Voyage

C’est toujours portée par les autres, que votre tête est la plus belle. Détachez-la délicatement, et quelque soit le jour et le temps, lancez-la au hasard.
Vous la verrez rebondir sur le toit d’une grande bâtisse, sur le goûter d’un gamin gourmand, sur le museau d’un chien -frais le museau, le chien est en bonne santé- sur le dos d’une licorne et parfois se poser un instant sur la patte d’une abeille ou d’une araignée.
Elle deviendra dentelle ou miel, haleine chaude du sommeil tranquille, galop au cœur des bois nus, corne en spirale enroulée sur les livres, mur solide pour accueillir le lierre, aile translucide capturant l’éclat de l’eau, de la lune, du pain croustillant et tiède, débarrassée de tous les cris et manques, des vrombissements des avions et des engrenages hachant les chairs.
Surgissant de l’océan où elle se sera longuement baignée, dansant avec tous les poissons et les marées, les vagues et les algues et quelque nageur intrépide, elle embrassera le soleil qui marquera la taie de l’oreiller où elle viendra se coucher pour vous attendre, vous entendre et vous dire…

R.A.S.

Sous un porche entrouvert, un homme, une femme. Enlacés. Plus loin, au café, un homme seul affalé au le comptoir. Au feu rouge, une femme rajuste son foulard de soie. Sur la place, un gamin court en riant après les pigeons. Une vieille dame promène un vieux chien. A moins que ce soit l’inverse. Le vent agite doucement les feuilles des platanes et fait danser le soleil sur le trottoir. Un taxi engueule un cycliste. A moins que…
La sirène d’une ambulance s’arrête au carrefour. Comme toujours, des badauds sont là.
Doucement, le jour décline, comme un autre jour.
R.A.S.

Reflets

Les doigts un peu gourds
l’esprit qui épouse le ralenti de l’hiver
les lettres dansent toujours
dans tous vos champs fertiles

Mais comment dire les yeux assoiffés de tout voir
la main qui rêve de retenir le vent
l’éclair ne dure que pour cingler la cime
les branches calcinées tentent de revivre
dans la rivière des nuits
se fond la lune
sous l’asphalte trainent les cris
l’écho voyage en attente de la paroi lisse
verticale et brillante sous l’impact

Que serions nous sans ces signes
des appareils digestifs mordant la poussière
mais l’eau est là pour laver le miroir
et les reflets vivent et s’envolent.
11.01.2010

passager d’un nuit

PASSAGER D’UNE NUIT

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Passager d’une nuit qui s’invite le soir

Dans cet antre brûlant où ton corps étincelle

Sous les assauts piquants de l’archer de l’espoir

Qui viendra sans regret chahuter ta dentelle.

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Comme un amant d’hier dans sa course sauvage

Je brave sans souci tous les secrets du noir,

En amoureux transis je suis dans ce voyage

Passager d’une nuit qui s’invite le soir.

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Timide, je serai devant la nudité

Quand je glisse mes doigts sous la fine bretelle

Qui soutient les rondeurs de ta féminité

Dans cet antre brûlant où ton corps étincelle.

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Dans ses instants charmants lorsqu’offert aux caresses

Sous des draps blancs, défaits, au fond de ton boudoir

Tu deviens pour un temps une de ces princesses

Sous les assauts piquants de l’archer de l’espoir.

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Quand le désir revient errer sur ton chemin

Tu quittes tes habits de frêle demoiselle

Où l’amante saura toujours laisser la main

Qui viendra sans regret chahuter ta dentelle.

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Dans ces beaux rendez-vous au gré des aventures

Au placard, nous mettrons enfin le désespoir

Pour vivre nos frissons dans de folles luxures.

Je resterai pour toi, dans l’ombre du bougeoir

Passager d’une nuit…

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jc blondel