Monthly Archives: décembre 2010

Le trèfle et l’encrier

La désignation du trèfle pour brouiller les perspectives

Fait la une des journaux

Seules s’en indignent les cocottes en papier de la veille

On sait qu’elles obstruent les bouches d’égout

En revanche on ignore que chaque caillou

Compte sur lui-même pour arrêter la progression des lentilles

Le chemin parcouru devient une voie qu’empruntent

Les ambassadrices chargées de repriser leurs bas

Tout en tirant des coups de feu

Contre les poteaux télégraphiques trop arrogants

Mais parmi ces rêveurs plusieurs trouvent vite dans la campagne

Des lits confortables dont ils n’ont aucun mal à ralentir les chevaux

Ils vont l’amble un jour ou deux

Puis disparaissent

Trop distraits pour se perpétuer

L’année s’est tant penchée

Sur l’épaule du poète guettant ses vers

Ses rimes et ses pâtés ratures et cicatrices

Prise de vertige elle vacille

Plonge dans l’encrier dans un tourbillon de bulles

À l’entresol les yeux pétillent d’entendre le soleil

Qui appelle le jour à grandir

Le hérisson se hâte de dormir

Imaginant déjà tous les mots qu’il tracera de ses piquants

Pour accompagner le vol des loirs et des poissons

Qui partagent son lit et son amour de la Poésie

Mais chut ! Une année nouvelle sortira de la page 2011

Crème fouettée par le vent

La neige sent le chocolat

Elle se dépose sournoisement

Pour faire monter la pièce

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Le cordonnier  nous  met

À l’abri des chausses trappes

Le vin chaud se répand sur le lac

Vernis de fin de règne

 .

D’écluses en cataractes

Nous plongeons indifférents

Nos voiles lourdes de l’année

Tournent leurs dernières spirales

Le voyage est fini

Les boucles sont fermées

On s’est mis sur son trente-et-un

Ultime décompte vers Janus

Ont participé: 4Z2A84 , Eclaircie, Heliomel

l’enfant malade

L’ENFANT MALADE.
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Regardez-le, là-bas, l’enfant du bac à sable
Il façonne un pâté, fabrique un château fort,
Il poursuit son destin sans hâte et sans effort
Sur la route du temps qui file impitoyable.
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Il avait hérité le jour de sa naissance
D’un cadeau pernicieux, d’un frauduleux présent
Maudit virus glissé dans un paquet de sang
Qui devait le soigner de son insuffisance.
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On espère aujourd’hui le progrès de la science
Qui pourrait le sauver avant le grand départ.
Il n’a plus que le droit de survivre au hasard,
De lutter sans merci pour garder son enfance.
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Malade, toi l’enfant, jouant dans le jardin
Tu passes ces moments, sans cesser de sourire
Ta maison est calèche au gré de tes fous rires
Tu  ne sais pas, tu vis, mais c’est déjà la fin.
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Je t’écris simplement cette douce ballade
Pour chasser cet intrus, pour conjurer le sort
De ton corps devenu l’otage de la mort
Qui tentera demain de porter l’estocade…
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jc blondel

j’ai dix ans

J’AI DIX ANS

Je suis né par hasard près de l’Adriatique
Mon père avait couvert mon lit blanc de bébé
D’une étoffe imprimée aux anneaux olympiques
Quand l’heure était encore à la fraternité.
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En ces temps mon pays propageait une flamme
Celle d’égalité, celle de l’amitié
Il avait, ce soir-là, su se donner une âme
Pour hisser dans le ciel le drapeau liberté.
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Hélas ! Depuis deux ans, c’est celui de l’horreur
Qui pavoise les murs de ma petite ville
Il est déjà bien loin ce moment de bonheur
Où l’allégresse était d’une force tranquille.
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Aujourd’hui j’ai dix ans et je pleure en silence
Je n’ai plus qu’un seul droit celui de me cacher
Des assassins le soir, comble de l’indécence,
Tireront dans mon dos sans honte sans regret.
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Je suis encore enfant, je n’ai plus d’avenir
Mon chemin est pavé de peine et de souffrance
Moi l’homme de demain j’aurai des souvenirs
Teintés par le sang pur qu’aura versé l’enfance.
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Je déteste la nuit et ses tristes cortèges
C’est le feu du canon qui nous dicte sa loi
Je survis simplement pour le calme des trêves
En goûtant ces instants marqués de désarroi.
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Que faire désormais? Je la tais, ma mémoire,
Je n’ai plus de pays, je n’ai plus de drapeau
Je ne suis qu’un enfant qui cherche son histoire
Sur un sentier perdu près de Sarajevo.
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Je ne suis qu’un enfant et je n’ai que dix ans
Je souhaite la paix  pour pouvoir à nouveau
Revivre comme hier, revivre comme avant
Du haut de mes dix ans, dans mon Sarajevo.
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jc blondel

Un poème de Marceline Desbordes-Valmore

  Un poème de Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859).« A la fin de novembre 1846, après avoir veillé quatorze nuits sa fille Inès  mourante, Marceline Desbordes-Valmore se jeta sur un canapé dans la chambre triste. Elle était épuisée et fiévreuse. Ces vers furent non pas composés, mais dictés à son coeur comme un soulagement divin » (Hyppolyte, fils de Marceline).« Rêve intermittent d’une nuit triste (extrait ).

………….

 
Vers vos nids chanteurs laissez-la donc aller :
L’enfant sait déjà qu’ils naissent pour voler.
 
Déjà son esprit, prenant goût au silence,
Monte où sans appui l’alouette s’élance,
 
Et s’isole et nage au fond du lac d’azur
Et puis redescend le gosier plein d’air pur.
 
Que de l’oiseau gris l’hymne haute et pieuse
Rende à tout jamais son âme harmonieuse ;
 
Que vos ruisseaux clairs, dont les bruits m’ont parlé,
Humectent sa voix d’un long rythme perlé !
 
Avant de gagner sa couche de fougère,
Laissez-la courir, curieuse et légère,
 
Au bois où la lune épanche ses lueurs
Dans l’arbre qui tremble inondé de ses pleurs,
 
Afin qu’en dormant sous vos images vertes
Ses grâces d’enfant en soient toutes couvertes.
 
Des rideaux mouvants la chaste profondeur
Maintiendra l’air pur alentour de son cœur,
 
Et, s’il n’est plus là, pour jouer avec elle,
De jeune Albertine à sa trace fidèle,
 
Vis-à-vis les fleurs qu’un rien fait tressaillir
Elle ira danser, sans jamais les cueillir,
 
Croyant que les fleurs ont aussi leurs familles
Et savent pleurer comme les jeunes filles.
 
Sans piquer son front, vos abeilles là-bas
L’instruiront, rêveuse, à mesurer ses pas ;
 
Car l’insecte armé d’une sourde cymbale
Donne à la pensée une césure égale.
 
Ainsi s’en ira, calme et libre et content,
Ce filet d’eau vive au bonheur qui l’attend ;
 
Et d’un chêne creux la Madone oubliée
La regardera dans l’herbe agenouillée.
 
Quand je la berçais, doux poids de mes genoux,
Mon chant, mes baisers, tout lui parlait de vous ;
 
Ô champs paternels, hérissés de charmilles
Où glissent le soir des flots de jeunes filles.
 
Que ma fille monte à vos flancs ronds et verts,
Et soyez béni, doux point de l’Univers ! »

MARCELINE DESBORDES-VALMORE

mon unique horizon

MON UNIQUE HORIZON

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Sous le grand sapin vert à la froide saison

Je viendrai déposer un monde de tendresse

Pour visiter ton corps d’une simple caresse

En faisant de ta peau mon unique horizon.

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Sur des notes, le soir, j’écrirai la chanson

Dans les vers langoureux des amours éternelles

Pour venir bousculer, dans le noir, tes dentelles

Sous le grand sapin vert à la froide saison.

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Je bâtirai les murs, pour ma belle princesse,

D’un beau château discret au royaume désir

Pour donner à ton cœur ce que je peux t’offrir

Je viendrai déposer un monde de tendresse.

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Sur cet ilot doré, ton île enchanteresse

Je te redis les mots de notre premier jour

Et depuis je refais chaque nuit le détour

Pour visiter ton corps d’une simple caresse.

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Sous l’abri du toit gris de la vieille maison

Nous nous sommes construits un bonheur sans censure

Je vogue à ma façon au fil de l’aventure

En faisant de ta peau mon unique horizon.

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Lorsque l’âge ouvrira la porte à la vieillesse

L’idylle aura grandi dans un bel unisson

En bravant la colère et son triste poison.

En amant je reviens repu de notre ivresse

Sous le grand sapin vert à la froide saison.

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jc blondel

MANBO SAPIN

L’hiver a accroché ses dentelles de froidure aux fenêtres des maisons.
Qu’elles sont belles ces forêts de dentelles, avec les grands êtres de cristal que l’aube a taillés de sa pointe mordante sur la buée des vitres du petit jour.
La neige a givré les verres de sa poésie et la montagne a conquis la plaine. L’espace d’une nuit, le gel a peint des glaciers sur la moire à glace des vitres de la chambre à coucher, il a posé des napperons d‘étoiles dans la salle à manger, il a feuilleté des pages toutes blanches dans le salon de lecture, il a gravé des estampes sur le vasistas des cabinets, ajouté de la fantaisie sur les baies vitrées de la perception, collé des papillons sur les pare-brises de la gendarmerie, gravé des sapins de garenne sur la porte des clapiers et projeté des images de cristal sur l’écran de terre de la réalité.
C’est le coup de charme que l’hiver offre aux pauvres,  en peignant des bouquets d’aiguilles sur les vitres, pour tenter de faire oublier celles qu’il plante sous leurs ongles.
Mais qu’ils sont beaux ces sapins de l’hiver, même s’ils sont caduques et si le premier soleil les abattra du tranchant de ses rayons.
Pôle de Glécy

Tout l’orchestre dans une citrouille

Tout l’orchestre dans une citrouille

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Quelques traits emplumés sur la neige fondant
Se perdirent en chemin dans la brume naissante
C’est le bruit d’une fête qui guida chaque boucle
Vers la droite puis la gauche vers le haut puis le bas
De forêts en chemins de longs champs en collines
Ils marchèrent dans la nuit en chantant eux aussi
Ils rirent de leurs chutes et glissèrent souvent
Firent tant de bruit que jamais ils ne trouvèrent
La maison de Noël chaleureuse et si gaie
Installée bien au fond de leurs poches béantes

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Sur les toits se sont rassemblés les orphelins

Qui n’ont plus rien à perdre

Pourtant rues et maisons disposent de tout le confort

Pour y vivre sans souci en parlant du temps

D’ailleurs des voix montent

Des rires réveillent les chiens endormis aux pieds de leurs maîtres

Assis sur des chaises devant les portes

Un chant traverse la campagne

C’est une rivière dit-on

Mais qui peut s’en porter garant

La mer aussi a sa chanson

Et de gros poissons par milliers

Dès qu’on détourne son regard du ciel

Y font la cabriole ou s’y poursuivent

…  Hors d’haleine

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La girafe  essuie le coup du lapin

à grands battements d’aile

Tu me rends sévices

assure  le léporidé ridé

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Le zèbre a ses rayures toutes froissées

Dans sa loge, le tapir est désespéré :

Et mon fer à repasser qui se trompe d’olifant

Il importe à l’Autruche de gouverner le monde

L’hyène a mauvaise haleine

Se dit la baleine lapis lazuli

En comptant les moutons

Que fait l’océan

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Bon on commence maugréa  le phacochère

Le ciel est bleu comme le rocher de Vincennes

Comment, tu coupes les chevaux en quatre ?

Tu me fends le cœur et les sabots

 .

 .

Du mouton ou de l’ours,

Les oreillers décousent les rêves

Pour en garder le fil et broder un feston

Que les moutons avant d’être aspirés par le vent

Peindront en rouge comme les poissons

Ceux dont les écailles servent à confectionner

Les manches des couteaux

Avec des lames de fond bien tranchantes

Dans le vif du froid polaire ou dans l’ours

Dont on ne vend pas la peau

Mais que l’on garde comme un trésor enfoui

Bavard à ses heures pour les absents

L’animal est doux comme un agneau

Il dort en son coffre sur lequel les invités sont assis

Et grogne de contentement lorsque tous sont partis

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Les Auteurs :

Eclaircie,

Elisa – R,

Héliomel

et moi-même.

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Bonnes Fêtes de Noël à toutes et tous !

Equilibre léger

Équilibre léger

Infiniment cousu le cri

Rauque chancelle dans les replis de la mémoire

Tout vibre de revoir le disparu

Tout s’émeut en vain.

Il me vient en marchant à pas comptés

Que nous sommes tissés croisés filés

De mille et une manières ordonnées

Dont notre chair tend l’écho endormi

Aujourd’hui c’est une mouette indifférente

Par laquelle tout chante d’être sans voix.

Me vient aussi dans les soubassements

Qu’une fois disparues nous serons sans

Ame

Définitivement privées du sens fabuleux

Qui fit notre intérêt.

HISTOIRE D’EAU

Pour passer une après midi au bord de l’eau, chez vous, c’est facile.

Il suffit de trouver une place libre dans votre maison.
Dégagez un endroit à proximité d’un robinet d’arrivée d’eau. Bouchez soigneusement l’évacuation et le trop plein du lavabo ou de la baignoire, faites couler l’eau et attendez que ça déborde. Si vous êtes plutôt guinguette, choisissez la cuisine, près du frigo, si vous êtes plutôt plage, optez pour la salle de bain, et si vous êtes carrément bronzette,  poussez le lit et étalez votre serviette dans la chambre. C’est un peu plus long, car l’eau met plus de temps à arriver mais, dites vous que c’est marée basse et attendez que la mer monte.
Ensuite il ne reste plus qu’à vous allonger  pour vous relaxer tranquillement, les doigts de pieds en éventail, et la tête au frais sur le bord de l’eau.
Certes, il est possible que votre conjoint tique un peu en rentrant du travail quand il verra l’état des moquettes, mais après tout, dites-lui que c’est les vacances, et s’il est vraiment en colère conseillez-lui de nager un peu, pour se détendre…
P2G

Noël de Bronze

Pour habiller la solitude, il suffit de peu de choses.
Une cloche qui vient se promener dans la clarté d’un dimanche, au petit matin, quand les choses de tous les jours dorment encore.
Ou alors, un break de famille qui klaxonne sa ribambelle de sacs à dos et de cousins…
Mais si on réfléchit un peu, où niche le bonheur ?
Dans l’attente des gens qu’on aime ou dans la présence des gens qu’on attend… Si vous ne savez pas, faites comme moi ; ouvrez la fenêtre et invitez cette voisine en robe de cuivre qui vient à la maison vous apporter son panier de psaumes, à l’abri des vents, entre deux murmures…
Et, au lieu de transpirer dans votre cuisine, prenez une feuille de papier bien propre, un crayon suffisamment taillé, versez vous un grand verre d’eau bien fraiche et écrivez aux cousins.
Vous savez ? Ceux  à qui on pense souvent et qu’on ne voit jamais…
Envoyez leur mon message, pour la Noël, par cloche interposée…

Bonnes fêtes à Tous

Paul