Monthly Archives: novembre 2010

Comme un vol de poissons

Nourrissez-vous sans compter d’énergie solaire

Belles feuilles de mon parc aérien velours et strass

D’où j’aperçois les eaux lentes du fleuve

Qui voudrait courir mais que la pente trop faible dompte

Ses muscles jouent ses os s’adaptent

Sous un autre nom il empêcha la montagne de dormir

Et je me retournai sur mon lit d’herbe

Creusant sous moi des tombes

Dans lesquelles respirer à pleins poumons

Eût été considéré comme un manque de savoir vivre

Par les oiseaux

Et les autres coquins qui se suspendent aux branches

De sa position assise

Elle tire toute la hauteur de son rang

Les animaux la jalousent de rouler si vite

Même les poissons volants n’atteignent jamais le vent

Qui parcourt son échine et la pousse en avant

Lorsque le carrelage dessine les arabesques du serpent

Toujours elle se faufile à travers les bâtiments

Se cachant à l’ombre de la lune pour attraper le temps

Et vous surprendre dans vos délits de fuite

A moins que ce soit elle qui souhaite se fondre à l’océan

Tandis que la harpe égrène les notes d’un chant

Qui tournerait comme roue de printemps

Des montagnes bleues ont poussé au bout de l’horizon

Quelques silhouettes d’arbres se tiennent immobiles

Elles contemplent le paysage au delà du regard

Des passants insouciants traversent le fleuve

Au nez du grand navire qui emporte  tout au loin

Un oiseau silencieux coupe la page en deux parties identiques

Et les cartes postales se décorent de lumière et de nuit

De petits personnages allument les fenêtres joyeuses

La neige habille le sombre de clair velours

Dans la grosse boule de verre posée sur la cheminée

Il était saugrenu

À bayer aux corneilles

Elle était habillée

À pâlir les étoiles

Ils se sont rencontrés

Lui ne disait rien

Ils se sont regardés

Elle souriait à peine

Pour éviter les courants d’air

Ils ont voyagé en s’engouffrant

Vers le cœur de la Terre

Lave fertile et pourpre

Il lui offrit un perce-neige

Elle, un pyjama en accordéon

Qu’il ne porta jamais

De crainte de l’user

Ont participé :

4Z2A84

Eclaircie

Elisa-R

Heliomel

Une fin de vie sous ma mansarde-Juloin

Une fin de vie sous ma mansarde.
De tristes volutes séparaient ma chambre de leur rue
Cette rue sale en croisade qui ne voyait jamais de lumière
Tant les remparts étaient élevés
Droits, érigés vers les cieux absents.
La lumière de la lampe tempête créait des ombres fantomatiques
La peur au ventre me gonflait de courage
Et tandis que la maladie gagnait chaque jour son terrain
Je me terrai recroquevillé dans la pièce unique de mon salut.
Quelques chats venaient me rendre visite par les toits
Errant sans misère, traînant leur liberté
Et stigmatisant ainsi bien leur nom
De chats de gouttières…
Les livres partageaient mes journées
La Belladone mes nuits, ainsi que mes écrits.
Le médecin tout comme les chats me rendait visite
Trois fois par jour pour effectuer les saignées.
Je m’étais tant de fois saigné moi-même
Avec l’inextricable besoin de disparaître
Et tant de fois avorté le processus
Par une peur inexplicable de me perdre!
De tristes volutes séparaient ma chambre de leur rue
Cette rue sale en croisade qui ne voyait jamais de lumière
Tant les remparts étaient élevés
Droits, érigés vers les cieux absents.
Ma mansarde était celle d’une bonne
Dans les rues sales de Paris la putain
C’est ici que je consommais ce mauvais vin de table
Et disparaissais petit à petit de manière lamentable.
Dès le matin, fourbu de ma nuit blanche
Lautréamont ou Ducasse en main
L’Absinthe verdoyante me rendait cintré
Accablé par tant de démence…
Ainsi, grisé du matin au soir et derechef
Du soir au matin, clairvoyant de tristesse
Triste comme des menhirs érigés à plat
Le delirium tremens remonté à bloc
Je décidai de sauter le pas, m’anéantir
M’envolant par la meurtrière de ma geôle.

Juloin

(à qui je n’ai pas demandé, mais que je voulais si fort, ici, dites-le-lui)

Le grand cru.

Cris, rires, tumulte.
Mal aux doigts.
Mal au dos.
Le raisin s’accumule
Vite, pressons!

Le jus doré rosé emplit la cuve.
Ferments, levures.
Bouillonnement.

Repos, silence, la nuit.

C’est au plus profond de la cave
Que s’élabore le grand cru:
Souvenir du soleil, des rires, des raisins mûrs.

Buvons le nectar
De la pensée.

Bouillonnant

.

Magma bouillonnant sous boîte crânienne

trop étroite et pourtant ronde

que l’on expose au vent de nuit

pour que décante l’idée

liquide jusqu’à la transparence

torrent assagi qui érode la pierre


Les galets s’amoncellent sans se heurter

leur éclat reflète la lune

charmante dans son habit de brume


Le clocher muet pour la nuit attend son heure

le chien qui rôde sait qu’il doit se taire

les chemins guettent les premiers passants

rêvant de retenir l’empreinte indélébile

.

Une lettre un signe canalise le regard

le puits se referme pour une heure ou deux

les volutes apaisées dansent autour des branches mortes

.

La couleur émanera du gris

et avec elle la vibration

.

24.11.2010






Lire écouter

Lire écouter

.

On ne devrait lire le monde

Qu’avec des yeux d’enfant  Le nom

Des rivières reste caché

Mais leur chant s’entend à la ronde

Et les sources sortent de l’ombre

Pour leur apprendre à composer

.

On saute d’une étoile à l’autre

Comme une puce versatile

Dans chaque port un nouvel hôte

Nous reçoit comme un projectile

Et nous offre table et couvert

Quoi que nous fassions de travers

.

L’espace a-t-il une frontière

Le rêve se heurte au plafond

Chez un esprit trop terre à terre

Mais à ceux qui font le plongeon

Dans l’abîme d’en haut le ciel

Prédit mieux qu’un vol de pigeon

.

Quand même nous retrouverions

Après avoir gravi les marches

D’un escalier monumental

Nos sabots et notre horizon

Nous aurions franchi assez d’arches

Pour déboussoler la raison

.

Qu’à nos pieds coule le ruisseau

Qu’au-dessus de nous le nuage

Avance ou cache son museau

Nous l’acceptons comme un hommage

Rendu aux poètes soucieux

De correspondre avec les cieux

.

D’où vient la voix qui nous invite

A l’écouter parler de tout

Et de rien sans la moindre suite

Dans les idées  Chacun secoue

La tête approuvant son discours

Que déjà le vent se récite

.

Silence

Silence

Hier à l’heure la plus silencieuse le sol m’a manqué : le rêve commença. L’aiguille s’avançait, l’horloge de ma vie respirait, jamais je n’ai entendu un tel silence autour de moi : en sorte que mon cœur s’en effrayait […] 

F. NIETZSCHE : « Ainsi parlait Zarathoustra »

.

.

On n’y résiste pas.

On craint son départ

son absence.

..

On est aux aguets

le bruit des autres n’atteint plus,

la voix des autres ne porte plus.

 .

Chambre close sur les pensées

ou rue désertée

espace boisé ou infini marin

matin triomphant ou soir ultime,

ni le temps ni le lieu n’ont d’importance.

On est au-delà du quotidien  

à l’écoute.

 .

 Il se lève alors en nous

il se déploie          il enveloppe

il domine.

Nous sommes le berger et la brebis

le passant et l’enraciné

le mot et son ombre.

 ..

Lui, par vagues nous submerge

il est l’harmonie intime

l’oasis qui  accueille

la frontière qui protège

le tout profond imposant.

 .

Il est le secret             l’essentiel

le rien que pour soi

la musique intime

du cœur           des artères

de la mémoire…

Mémoires

Il fait chaud
La femme marmonne des souvenirs
Le père est parti
Quel père ?
Un jeune homme de quinze ans
Beau
Comme aucune photo ne peut le montrer
Est allé dans un jardin
Un autre jardin
Les corps se disloquent
Ou les mots peut-être

Les souvenirs s’entrechoquent
La guerre
Les bombes
Les repas
La belle-fille
Le petit fils
La maison de campagne

Les mains se tordent, se fanent, s’agrippent
L’une à l’autre
Il est revenu hier
Il doit avoir cent ans
Il a cherché le fils
D’un autre lit
Il fait chaud
C’est dimanche aujourd’hui
Veille de mercredi

Je suis bien. Assise près d’elle qui apprivoise ma peur et la fait sortir de ma gorge. Les mots sortent, de la sienne, en rafales mesurées et en partie inaudibles. Il fait chaud. Je suis bien. Je vais de sa cuisine à ce jardin, sans bouger de mon siège confortable. Je vois la maison de campagne et l’évier, simple et blanc, qui a fait renoncer à l’héritage. Elle me regarde mais qui voit-elle ? Elle ne me répond pas, je pense que mes paroles ne parviennent pas jusqu’à elle. Elles doivent se perdre dans le flot de mots qui flotte, comme la fumée bleue, au dessus de nos têtes. Je la laisse avec Louis. Je reviendrai plus tard.
Plus loin, il y a cette petite femme dans les bras de son fauteuil. Il l’enlace pour qu’elle ne glisse pas. Elle a un vieux visage qui ressemble à tous les autres vieux visages. Elle ne dit rien. On dirait qu’elle est triste. Soudain, elle me voit et un merveilleux sourire lui redonne une identité. Ce sourire me rend heureuse, je ne sais pas pourquoi. Je ne cherche pas à le savoir, je prends, je donne. Elle commence plusieurs phrases. S’arrête avant la fin. J’aime assez ce genre de conversation mais je ne sais que répondre. Comment lui offrir quelque chose d’aussi chaud que son sourire ? Je lui dis que le goûter arrive, qu’elle va être servie dans une quinzaine de secondes. Je la vouvoie, évidemment. Son visage se fige de nouveau dans la vieillesse.
– C’est moi ! C’est moi !
Je ne sais plus ce qu’il faut penser. Elle est désespérée de n’être pas reconnue, par moi. Mais qui est ce moi. Le sien, le mien…Suis-je ce qu’elle fut ? Est-elle ce que je serai ?
Elle m’accueille dans sa vie, passée. Elle héberge ma mémoire transie. Comble mes vides avec les siens. L’oubli perd de son importance. Il y a une autre vie, plus intérieure, qui repousse sur les détritus d’alzheimer.
Avant de partir, je rejoins la maman de Louis, qui a refusé l’héritage. Elle évoque, encore une fois, le beau jeune homme.
– Il était beau ! Comment peut-on être aussi beau à quinze ans !
Elle raconte le départ à la guerre et je tremble à l’idée que sa jeunesse et sa beauté aient pu être détruites par cette guerre.
– Il est parti dans un autre jardin que le mien. Comment peut-on être aussi beau à quinze ans ?
Je lui dis, sans trop espérer une réponse, qu’il aurait été agréable de le voir en photo.
– Je dois en avoir, à la maison. Il y a des cartons pleins de photos.
La sensation est étrange. Elle m’entend, donc. J’ai aimé l’écouter et j’ai l’impression, tout à coup, que le plaisir a été partagé.

Je n’ai entendu que des femmes. Pourtant, cet après-midi là, j’ai marché tranquillement, à l’ombre d’une belle allée de tilleuls, au bras de mon père.

Le silence.

Un jardin japonais
Au cœur de la cité
Est un havre de paix
Et de félicité.

Lorsque tout est fébrile
Et que la vie déraille,
Il est parfois utile
De dresser la muraille…

.

Du silence.

Pierre Reverdy 1889-1960

Pierre Reverdy

Une poésie aux aguets

 

 

 

reverdy

le monde comme une pendule s’est arrêté

les gens sont suspendus pour l’éternité.

**

Alors

je prie le ciel

Que nul ne me regarde

Si ce n’est au travers d’un verre d’illusion

Retenant seulement

sur l’écran glacé d’un horizon qui boude

ce fin profil de fil de fer amer

si délicatement délavé

par l’eau qui coule

les larmes de rosée

les gouttes de soleil

les embruns de la mer.

Pris dans les rafales du temps, glissement lent des plis du jour sur les plis des jours, la poésie de Reverdy s’éloigne pour les lecteurs négligents.

Pierre Reverdy, l’ermite de Solesmes, est un poète passé de mode, lui qui fut longtemps considéré comme le plus grand. On préfère maintenant des liqueurs plus fortes comme les éclats de silex de René Char, ou les jongleries verbales de Gherasim Luca ou Jacques Roubaud. Mais il est tant de poèmes de Reverdy pour lesquels je donnerai les œuvres complètes de ceux-là.

Notre narbonnais aux sourcils noirs, à la mèche combattante et à l’accent épais et râpeux comme le vin lourd de la Clape, est décrété trop monotone. Certes bien sûr il a écrit des centaines de poèmes, mais en fait toujours les mêmes vous dit-on, comme ce pauvre Vivaldi avec ses concertis. C’est ne rien vouloir comprendre aux mouvements imperceptibles de l’infini.

Oui, on ne peut mettre en chansons ses poèmes qui sont une musique en équilibre sur les toits du silence. Oui, il fut tellement adulé par ses amis peintres ou surréalistes que la vague ne pouvait que retomber. Oui sa lecture demande la complicité des nuits haletantes où tout est suspendu.

Oui, il est sombre.

L’éther qui nous entoure aussi le savez-vous ? Et toutes les fenêtres vous regardent.

Un homme est tombé

Quelqu’un est sorti et n’est pas rentré

Au cinquième la lampe est toujours allumée.

Mais qui encore écrit comme cela de nos jours, qui va aussi loin dans la réalité du silence, de l’attente ?

haut de la page

 

Une poésie d’ombres entrevues

 

Une suite de mots infiniment simples, d’objets familiers, de sensations connues, et leur mise en ligne dans le poème conduit aux grands mystères. En se mélangeant ces morceaux de briques élémentaires font un château hanté. Sa poésie semble se refermer hautaine sur de l’ombre entrevue, elle nous ignore nous de l’autre côté de la feuille blanche, elle nous résiste, nous sourit comme un sphinx. À vous de voir et de savoir nous dit-elle, chat noir parmi les chats noirs.

Une voix sans timbre qui nous hèle et le vent se renverse, et sa poésie couverte de sueur, de peur, bat en plein en nous.

Un de ses plus beaux poèmes dit ceci :

ESPACE

 

L’ÉTOILE échappée

 

L’astre est dans la lampe

 

La main

tient la nuit

par un fil

 

Le ciel

s’est couché

contre les épines

Des gouttes de sang claquent sur les épines

 

Et le vent du soir

sort d’une poitrine.

reverdy

Un alphabet perdu quelque part dans un vent des origines nous interdit d’entrer dans l’espace de ces courts poèmes. Ce « cubisme » consistant à prendre des formes élémentaires pour en déduire une construction dangereuse et infinie, Reverdy l’a côtoyé avec ses amis peintres, Braque, Picasso…

Il a fait partie de l’équipage du Bateau-Lavoir, jusqu’en devenir l’astrolabe. Il est le théoricien de la poésie et du cubisme.

Il donne cette lumineuse définition: « La poésie est à la vie ce qu’est le feu de bois. Elle en émane et la transforme. »  

Reverdy aura été ce charbonnier au fond des forêts des fougères d’images et des arbres sombres, il aura allumé bien des feux où le quotidien a fait naufrage. Il a traqué « Cette émotion appelée poésie ». Il lui a fait rendre gorge.

On veut tendre les mains pour saisir les sens du texte, celui-ci se dérobe, se replie, s’enfuit de l’autre côté de la page. Oui chez Reverdy tout est dans les replis.

Mais ils semblent tissés de rosée et d’inquiétude, alors on n’ose les dérouler. Il procède par replis, lentes énumérations, lisières des choses. Mais contrairement aux surréalistes il refuse le hasard non contrôlé des images :

« L’image est une création pure de l’esprit. Elle ne peut naître d’une comparaison mais du rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées.

Plus les rapports des deux réalités rapprochées seront lointains et justes, plus l’image sera forte – plus elle aura de puissance émotive et de réalité poétique ».
Et il refuse d’être un simple médium passif du monde. Lui l’ascétique, le converti au catholicisme en 1926, et très vite désillusionné, refuse le jeu. Il met toujours son existence balance dans ses mots. Ces poèmes « ne sont qu’entre les lignes ». Il faut les deviner, passer par leur ambiguïté, leurs flaques de silence et de verre, leurs tourbillons d’ombre, leur musique d’ombre. L’univers de Reverdy est un univers mouvant, incertain. Il faut savoir s’y perdre, se chercher dans ces déchirures, ces signes énigmatiques. Il met les mots à la suite « comme un tas de pierres ». Ils continuent à tenir debout malgré tous les vents du temps.

Pourtant des appels sont là qui osent à peine monter vers nous.

Homme assis

 

Le tapis vert couché sous l’âtre c’est un piège.

L’homme au profil perdu s’écarte du mur blanc.

Est-ce le ciel qui pèse aux bras du fauteuil ou une

aile. L’espace devient noir. Les murs sortent des

lignes et coupent l’horizon. Après la course au

faîte des maisons. Après l’espoir de revenir au signe

on tombe dans un trou qui creuse le plafond.

Les mains sortent à l’air. Le visage s’affine et tout

rentre dans l’ordre, le cadre, le repos aux reflets

d’encre et d’or.

haut de la page

 

Flaques de mots, flaques de silence

 

Pourtant il nous faut lentement déplier les strates d’émotions, faire sécher sur la table des sentiments les draps humides de ses dérobades. Ses poèmes refusent de fournir la moindre aspérité où s’accrocher, pas de prise, le vertige plus bas, il faut escalader à mains nues en créant ses propres voies. Et nul ne vous assure, vous tomberez tout au fond, sans rappel aucun.

Pas de chemin, pas de balise, une zone proche de celle que décrivait Tarkovski dans Stalker, on sait que s’y trouve une source d’éternité, d’apaisement, mais on ne la voit qu’avec un cœur pur, donc jamais. La poésie de Reverdy se situe dans une autre échelle de temps, qui paraît immobile pour nous, qui vit à l’intérieur de lui-même. Inquiet, il regardait vivre le monde et ne voulait pas le suivre.

Les racines du monde

pendent par-delà la terre.

Comment les retrouver ?

Reverdy est un monde perdu qui affleure à peine vers nous. Ce monde a ses propres lois, son propre sablier, son propre langage.

C’est d’ailleurs lui qui disait « il ne pleut plus que sur les arbres et sur ma tête ».

Figure

 

Contre le mur des places vides. On risque de

glisser sur ce plan qui remue. L’ombre soutient le

poids, les doigts percent le nombre.

 

Il y a un

temps pareil à l’autre, au bout du monde. On

pense à quelqu’un d’autre et, sur le marbre, on

laisse un simple nom, sans préface ni point. Le

portrait de sa vie. Mémoire. Il est content – Tout

ce qui reste encore à faire en attendant.

Il se fait grand silence dans les poèmes de Pierre Reverdy.

Les mots sont inquiets ils font le guet, les chemins tournent vers le rien, le temps est suspendu mais cela doit être un piège, il va nous tomber dessus, au-delà du toit.

Les catastrophes sont tapies, elles ne se montrent même pas; on voit leurs ombres à contre-lune. Une porte craque, et en se refermant sur elle-même elle tombe dans le vide. Les choses lentement s’effacent, tombent au ralenti dans ce drôle d’espace-temps que sont les poèmes de Reverdy.

Je pense à l’univers de la musique de Sibelius, particulièrement Tapiola.

Quelque chose de grave se joue, nous le pressentons, mais quoi ?

Reverdy nous dit que l’on n’est pas poète par occasion, mais pour tout l’être tendu, vers la fixation en traits concrets, la résolution en gouttes limpides d’un état diffus et d’un trouble intérieur.

Toujours m’a frappé l’écart entre sa voix roulante de Narbonnais et le volatil de ses mots. Sa glèbe et sa tramontane se sublimaient dans l’écriture.

Toute en impression fugitive, sa poésie restée la patte en l’air, figée par ce qu’elle seule a vu, et que nous ne voyons pas encore. Ce descendant d’une lignée de tailleurs de pierre savait ce que voulait dire le geste juste, le geste sobre, le geste d’éternité. Son père lui avait appris le vent dans la montagne, la lecture et l’écriture. Il connaissait le poids du pain, le poids des choses, la difficulté de l’amour.

Sa fameuse phrase, « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. », aura servi à certains à tuer l’amour, à d’autres à l’éprouver.

C’est dans un texte comme celui qui suit que l’on peut saisir la poésie de Reverdy.

Une inquiétude qui sourd, un climat de suspension ave le terrible tapis devant la porte. Quelque chose est passé ou va passer, et le simple frémissement du vent est peut-être notre heure dernière. Des mots élémentaires, des phrases courtes, simples à pleurer. Des ombres furtives de mots. La poésie de Reverdy ne dit pas, elle chuchote. L’angoisse est aux aguets. Le temps s’immobilise. L’invisible marche de long en large. Ses pas craquent jusqu’à nous.

Reverdy est le chaman du mystère immédiat, du réel devenu lyrique.

La lampe

 

Le vent noir qui tordait les rideaux ne pouvait

soulever le papier ni éteindre la lampe.

Dans un courant de peur, il semblait que quelqu’un pût entrer.

Entre la porte ouverte et le

volet qui bat – personne !

Et pourtant sur la table

ébranlée une clarté remue dans cette chambre

vide.

 

La douce lucidité de l’effacement

 

Pudique il parlait peu de sa vie, aussi il sera simplement mentionné qu’il est né 13 septembre 1889 à Narbonne, qu’il aura été imprégné des odeurs de la Montagne noire et de la mer, qu’il aura connu Paris et ses artistes dés octobre 1910.

Là il débarque dans les brumes de la ville et des locomotives. Il aura froid, il aura faim.

« En ce temps-là le charbon était devenu aussi précieux et rare que des pépites d’or et j’écrivais dans un grenier où la neige, en tombant par les fentes du toit, devenait bleue. » Il survivra en faisant des livres, des revues, encore des livres.

Il parlera peinture comme ses amis peintres, Juan Gris, Picasso, Braque.

reverdy

Il parlera poésie comme ses amis poètes, Apollinaire, Max Jacob. Ses premiers poèmes en prose sont de 1915. Sa revue emblématique « Nord-Sud » est lancée début 1917. Avoir quasiment instauré sur terre la religion du surréalisme ne lui suffira pas. L’immensité de ses manques ne pouvait se résoudre dans la traque de l’invisible et du surréel.

Ses doutes et son cheminement spirituel le conduisent à rompre avec le brillant littéraire et s’installer à Solesmes en 1926, aux portes de l’abbaye. Il n’a même pas 37 ans.

Il ne trouvera jamais la clé de la porte, et comme dans un conte de Kafka, restera dans l’antichambre où le gardien lui dira que cette porte n’était que pour lui. Veilleur isolé, il n’aura pas vu l’ennemi venir car « la prière est inconnue aux habitants de l’ombre ».

Le 17 juin 1960 il meurt à 71 ans, et à Solesmes, dans « cet affreux petit village où il fait toujours froid ». Dans la solitude et l’exigence. Il voulait vivre et mourir dans la même tempête, ce fut une tempête de silence et de questions. Il écrira peu en ce lieu, toujours tendu vers Paris.

Il dit « prier le ciel que nul ne le regarde pour aller mourir au creux de la nuit ».

Il fut exaucé au centuple, et même au-delà.

« Tuer ou devenir meilleur », disait-il, il est devenu meilleur.

« Je veux affirmer que la vie est d’abord et toujours tout ».

Nulle part son accent roulant les pierres de Narbonne ne s’entend dans la blancheur coupante de ses mots.

Des chouettes clouées aux mots nous regardent, le vent se cache dans ses mouchoirs. Les cœurs des hommes se sont lavés dans sa rivière.

Faire le gros dos jusqu’à ce que le poème soit passé sera notre ressource. Nous n’en sortirons pas indemne, nous le savons.

Reverdy nous a dit le nom de l’ombre.

« Je suis un témoignage fendu de la tête aux pieds, une indication précise mais fugitive de ce qu’a voulu dire la création en remontant de nos jours jusqu’au commencement des termes » (Étoile filante)

Reverdy ne violente pas le lecteur, il ne construit pas des étangs dans ses poèmes où se contempler.

René Char dit de lui que « c’est un poète sans fouet ni miroir ».

Reverdy n’est que suggestions qui montent de la brume des jours, qu’allusions, que frôlement d’ailes. Il parle sans bruit, il murmure du fond du puits de sa solitude. Il se veut effacé, modeste, éteint :

De ma vie, je n’aurai jamais rien su faire de particulièrement remarquable pour la gagner, ni pour la perdre.

Lucide avant tout, lucide jusqu’au foudroiement :

Si les glaces de verre sont flatteuses pour toi, supprime-les. Ne te regarde pas en dehors mais en dedans, il y a là un sombre miroir sans complaisance. (Le gant de crin).

Sa poésie est traces de passage, avertissement des feuilles qui craquent, de la nuit qui rôde. Il est totalement limpide, dangereusement limpide, aux frontières de la transparence et de la disparition. Nous ne sommes plus sur la terre ferme, mais dans l’infini volatil. Pierre Reverdy est le cristal de l’attente, il sait rendre le flottement dans les flaques des jours, et ses mots en marge sont « une lutte contre le réel tel qu’il est ». Il rend palpable ce qui ne peut être retenu, ce qui se dissout dans une angoisse tapie, et dans la déchirure des nuits froissées. Il retisse l’invisible dans la couture de l’incertain. Il fait de la poésie « un réel humanisé » en transformant par sa création le quotidien en l’énergie de drames intérieurs qui nous ne pouvons que deviner. Un grand mystère passe sur la poésie de Reverdy. Grande est sa fascination.

Un souffle obscur où il est question de lui, question de nous. Tous ces manques, ces absences, ces trous de mots, sont emplis de cette vie qui nous cristallise. La poésie de Reverdy est lourde, lourde de sens, et lucide, secrètement aimantée par les rêves des pierres. Une flamme sourde. Mouvants reflets d’un monde proche et étranger à la fois.

Dans la poésie de Reverdy une étrange partie se joue. Nous ne voyons pas les cartes. Et c’est pourtant notre destin qui se joue face à nous et sans nous.

Le vent se tait, la voix se tait. Sans bruit, la neige de ses mots tombe sur nous.

Quelqu’un vient. Et c’est quelqu’un qu’on n’aura vu qu’une seule fois dans sa vie.

C’est Reverdy.

Lui « l’aveugle dont les yeux sont au bout des doigts ».

Gil Pressnitzer


 

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Choix de textes

 

Tard dans la vie

Je suis dur

je suis tendre

Et j’ai perdu mon temps

À rêver sans dormir

À dormir en marchant

Partout où j’ai passé

J’ai trouvé mon absence

je ne suis nulle part

Excepté le néant

je porte accroché au plus haut des entrailles

À la place où la foudre a frappé trop souvent

Un cœur où chaque mot a laissé son entaille

Et d’où ma vie s’égoutte au moindre mouvement

© Gallimard

La Saveur du réel

Il marchait sur un pied sans savoir où il poserait l’autre. Au tournant de la rue le vent balayait la poussière et sa bouche avide engouffrait tout l’espace.

Il se mit à courir espérant s’envoler d’un moment à l’autre, mais au bord du ruisseau les pavés étaient humides et ses bras battant l’air n’ont pu le retenir. Dans sa chute il comprit qu’il était plus lourd que son rêve et il aima, depuis, le poids qui l’avait fait tomber.

© Gallimard

Orage

La fenêtre

un trou vivant où l’éclair bat

Plein d’impatience

Le bruit a percé le silence

On ne sait plus si c’est la nuit

La maison tremble

Quel mystère

La voix qui chante va se taire

Nous étions plus près

Au-dessous

Celui qui cherche

Plus grand que ce qu’il cherche

Et c’est tout

Soi

Sous le ciel ouvert

Fendu

Un éclair où le souffle est resté

Suspendu.

© Gallimard

Outre mesure

Le monde est ma prison

Si je suis loin de ce que j’aime

Vous n’êtes pas trop loin barreaux de l’horizon

L’amour la liberté dans le ciel trop vide

Sur la terre gercée de douleurs

Un visage éclaire et réchauffe les choses dures

Qui faisaient partie de la mort

À partir de cette figure

De ces gestes de cette voix

Ce n’est que moi-même qui parle

Mon cœur qui résonne et qui bat

Un écran de feu abat-jour tendre

Entre les murs familiers de la nuit

Cercle enchanté des fausses solitudes

Faisceaux de reflets lumineux

Regrets

Tous ces débris du temps crépitent au foyer

Encore un plan qui se déchire

Un acte qui manque à l’appel

Il reste peu de chose à prendre

Dans un homme qui va mourir

 

© Gallimard

Chemin tournant

Il y a un terrible gris de poussière dans le temps

Un vent du sud avec de fortes ailes

Les échos sourds de l’eau dans le soir chavirant

Et dans la nuit mouillée qui jaillit du tournant

des voix rugueuses qui se plaignent

Un goût de cendre sur la langue

Un bruit d’orgue dans les sentiers

Le navire du cœur qui tangue

Tous les désastres du métier

Quand les feux du désert s’éteignent un à un

Quand les yeux sont mouillés comme

des brins d’herbe

Quand la rosée descend les pieds nus sur les feuilles

Le matin à peine levé

Il y a quelqu’un qui cherche

Une adresse perdue dans le chemin caché

Les astres dérouillés et les fleurs dégringolent

À travers les branches cassées

Et le ruisseau obscur essuie ses lèvres molles à peine décollées

Quand le pas du marcheur sur le cadran qui compte

règle le mouvement et pousse l’horizon

Tous les cris sont passés tous les temps se rencontrent

Et moi je marche au ciel les yeux dans les rayons

Il y a du bruit pour rien et des noms dans ma tête

Des visages vivants

Tout ce qui s’est passé au monde

Et cette fête

Où j’ai perdu mon temps

© Gallimard

À double tour

je suis si loin des voix

Des rumeurs de la fête

Le moulin d’écume tourne à rebours

Le sanglot des sources s’arrête

L’heure a glissé péniblement

Sur les grandes plages de lune

Et dans l’espace tiède étroit sans une faille

je dors la tête au coude

Sur le désert placide du cercle de la lampe

Temps terrible temps inhumain

Chassé sur les trottoirs de boue

Loin du cirque limpide qui décline des verres

Loin du chant décanté naissant de la paresse

Dans une âpre mêlée de rites entre les dents

Une douleur fanée qui tremble à tes racines

je préfère la mort l’oubli l’a dignité

je suis si loin quand je compte tout ce que j’aime

© Gallimard

Temps couvert

Je suis au milieu d’un nuage

de neige

ou de fumée

L’éclat du jour fait son tapage

la fenêtre en battant

ouvre le mur du coin

la paupière assoupie

et l’œil déjà baissé

Plus loin

sur le détour où aurait dû tomber

le grand vent qui passait

en roulant l’atmosphère

la neige et la fumée

Quelques grains de soleil

et le poids de la terre

à peine soulevée

© Gallimard


Lucarnes

Le timbre et la pensée sous le battant énorme

retentissent dans la voûte, en marche vers le seul

point lumineux qui tremble, au bout du bras, des

branches, entre les feuilles.

Un coin de soleil entre les deux rochers, où la

bouche est ouverte, quand le vent se met à souffler.

Toutes les vitrines s’allument

Les fleurs qui bordent la prairie se baignent

Le soir

La même nuit sans lune.

© Gallimard

Le temps et moi

Dans le sous-sol le plus secret de ma détresse

Où le vice a reçu la trempe de la mort

je redonne le ton au disque

Le refrain à la vie

Un terme à mon remords

Dans le cercle sans horizon où se lamente la nature

Si la chaleur qui passe du sang à ton esprit

Tu pouvais suivre la mesure

En te hâtant sans bruit au tournant de la peur

Tout ce qu’on m’a repris des roues de la poitrine

Cette montre qui sonne l’heure sans arrêt

Et l’amère lueur qui coulait goutte à goutte

Entre la main et l’œil

Le chemin de la peau

La débâcle au bruit sec de la glace légère qui se brise au réveil

Je vais plus loin la main tendue au mouvement inconscient de la pendule

Une curiosité perçante au fond du cœur

Et pour toi dans la tempe le bruit sourd qui ondule

Des lièvres du péché à l’haleine des fleurs

Va-et-vient lumineux

Ressac de la fatigue

Goutte à goutte le temps creuse ta pierre nue

Poitrine ravinée par l’acier des minutes

Et la main dans le dos qui pousse à l’inconnu

© Gallimard

Cœur à cœur

Enfin me voilà debout

Je suis passé par là

Quelqu’un passe aussi par là maintenant

Comme moi

Sans savoir où il va

Je tremblais

Au fond de la chambre le mur était noir

Et il tremblait aussi

Comment avais-je pu franchir le seuil de cette porte

On pourrait crier

Personne n’entend

On pourrait pleurer

Personne ne comprend

J’ai trouvé ton ombre dans l’obscurité

Elle était plus douce que toi-même

Autrefois

Elle était triste dans un coin

La mort t’a apporté cette tranquillité

Mais tu parles tu parles encore

Je voudrais te laisser

S’il venait seulement un peu d’air

Si le dehors nous permettait encore d’y voir clair

On étouffe

Le plafond pèse sur ma tête et me repousse

Où vais-je me mettre où partir

Je n’ai pas assez de place pour mourir

Où vont les pas qui s’éloignent de moi et que j’entends

Là-bas très loin

Nous sommes seuls mon ombre et moi

La nuit descend

(La lucarne ovale) © Gallimard

Reflux

Quand le sourire éclatant des façades déchire le décor fragile du matin ; quand l’horizon est encore plein du sommeil qui s’attarde, les rêves murmurant dans les ruisseaux des haies ; quand la nuit rassemble ses haillons pendus aux basses branches, je sors, je me prépare, je suis plus pâle et plus tremblant que cette page où aucun mot du sort n’était encore inscrit. Toute la distance de vous à moi – de la vie qui tressaille à la surface de la main au sourire mortel de l’amour sur sa fin – chancelle, déchirée.

La distance parcourue d’une seule traite sans arrêt, dans les jours sans clarté et les nuits sans sommeil. Et, ce soir, je voudrais, d’un effort surhumain, secouer toute cette épaisseur de rouille – cette rouille affamée qui déforme mon cœur et me ronge les mains. Pourquoi rester si longtemps enseveli sous les décombres des jours et de la nuit, la poussière des ombres.

Et pourquoi tant d’amour et pourquoi tant de haine. Un sang léger bouillonne à grandes vagues dans des vases de prix. Il court dans les fleuves du corps, donnant à la santé toutes les illusions de la victoire. Mais le voyageur exténué, ébloui, hypnotisé par les lueurs fascinantes des phares, dort debout, il ne résiste plus aux passes magnétiques de la mort.

Ce soir je voudrais dépenser tout l’or de ma mémoire, déposer mes bagages trop lourds. Il n’y a plus devant mes yeux que le ciel nu, les murs de la prison qui enserrait ma tête, les pavés de la rue. Il faut remonter du plus bas de la mine, de la terre épaissie par l’humus du malheur, reprendre l’air dans les recoins les plus obscurs de la poitrine, pousser vers les hauteurs – où la glace étincelle de tous les feux croisés de l’incendie – où la neige ruisselle, le caractère dur, dans les tempêtes sans tendresse de l’égoïsme et les dérisions tranchantes de l’esprit.

(Ferraille).

La repasseuse

Autrefois ses mains faisaient des taches roses sur le linge éclatant qu’elle repassait. Mais dans la boutique où le poêle est trop rouge son sang s’est peu à peu évaporé. Elle devient de plus en plus blanche et dans la vapeur qui monte on la distingue à peine au milieu des vagues luisantes des dentelles.

Ses cheveux blonds forment dans l’air des boucles de rayons et le fer continue sa route en soulevant du linge des nuages – et autour de la table son âme qui résiste encore, son âme de repasseuse court et plie le linge en fredonnant une chanson – sans que personne y prenne garde.

Un homme fini

Le soir, il promène, à travers la pluie et le danger nocturne, son ombre informe et tout ce qui l’a fait amer.

À la première rencontre, il tremble — où se réfugier contre le désespoir ?

Une foule rôde dans le vent qui torture les branches, et le Maître du ciel le suit d’un œil terrible.

Une enseigne grince — la peur. Une porte bouge et le volet d’en haut claque contre le mur ; il court et les ailes qui emportaient l’ange noir l’abandonnent.

Et puis, dans les couloirs sans fin, dans les champs désolés de la nuit, dans les limites sombres où se heurte l’esprit, les voix imprévues traversent les cloisons, les idées mal bâties chancellent, les cloches de la mort équivoque résonnent.

© Mercure de France


 

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Bibliographie

 

Tout ce qu’il faut lire  se trouve :

soit  en Poésie-Gallimard

Main d’œuvre 1913-1949

Plupart du temps 1915-1922

Sable mouvant – Au soleil du plafond

Sources du vent

En vrac

Le livre de mon bord

Ferraille – Plein verre – Le Chant des mots – Bois vert – Pierres.

 Soit chez Flammarion :

Flaques de verre, poèmes en prose

Le gant de crin. Notes

reverdy

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Date de mise à jour : 19/10/2008