Monthly Archives: novembre 2010

Jour de neige au Conrieux.

Il a neigé aujourd’hui:
La vie est au ralenti.
Depuis ma fenêtre ronde,
J’observe mon petit monde.

Une pie sur un piquet,
Au sol, un moineau friquet,
Sur le rosier, des mésanges.
Alors, je souris aux anges.

Dans la pénombre diffuse,
Je vois planer une buse.
Le silence est émouvant.
C’est l’hiver sur le Morvan.

Un poème de Victor Hugo

– Va-t’en, me dit la bise,
C’est mon tour de chanter. –
Et tremblante, surprise,
N’osant pas résister,

Fort décontenancée
Devant un Quos ego,
Ma chanson est chassée
Par cette Virago.

Pluie. On me congédie
Partout, sur tous les tons.
Fin de la comédie.
Hirondelles, partons.

Grêle et vent. La ramée
Tord ses bras rabougris ;
Là-bas fuit la fumée
Blanche sur le ciel gris.

Une pâle dorure
Jaunit les coteaux froids.
Le trou de ma serrure
Me souffle sur les doigts.

3  octobre 1865

Victor Hugo (« Nivôse » dans « Les Chansons des Rues et des Bois »)

Exercice de style: l’hiver.

HUMOUR:
Faut-il manger gras
Dans l’hiver ingrat?
Mon foie crie <<de grâce
La chocolat lasse
La matière grasse
Est une menace:
Ça passe ou ça casse!>>

PANNE DE RIME:
Entre neige et verglas
L’hiver sonne son glas:
A-gla-gla, a-gla-gla!

MIRLITON:
As-tu vu l’éclair blanc
Sur le tapis de neige?
Un démon malfaisant
Nous jette un sortilège.

PÉDANT:
Les cieux sont plombés.
Sur la dernière rose
Des flocons sont tombés.
Nous sommes en Nivôse.

HAÏKU:
Au loin, dans la neige
La cloche égrène le glas.
Infinie lenteur.

Le Passage

Au fond de la grotte une lumière d’abord faible est apparue
ses reflets dansent
envahissent les parois rugueuses
jusqu’à les rendre de soie
puis les dissoudre dans une pluie de couleur pastel
le sol encore gris se dérobe sous le pied nu
laissant place au vide qui transporte
dans un espace dont on ne peut faire le tour
sans vertiges
ceux que l’on guette recherchent
la tête posée sur la pierre
dont le cœur vibre au rythme du sang sous les tempes
et on ne sait plus si le cerveau est au centre de la roche ou dans le crâne
saisissant un caillou on sort alors
le monde au creux de la paume
la chaleur née de la vague lumineuse
invite la main à dessiner la ville
ses rues bien droites et ses façades bedonnantes
rieuses dont les fenêtres ouvertes
laissent échapper les notes
d’une musique inconnue
tandis que derrière soi les arbres
masquent le passage vers la nuit et son abri

janvier 2010

Le fanal s’effaçait

Comme un soleil déchu, le fanal s’effaçait

Laissant la place aux ombres que la mer enlaçait

J’ai vu le grand navire essuyer l’océan

Les abîmes s’ouvraient accueillant ce géant

.

J’ai survécu pourtant couché sur une planche

Buvant de l’eau  salée pour que ma soif s’étanche

Je  respirai les îles avant que de les voir

Car les arbres mouillés formaient un encensoir

Des volutes de thym, effluves de garrigue

Prophétisaient la côte formant comme une ligue

Où mes sens apaisés semblaient trouver secours

Je me sentis léger oublieux du parcours

 .

La forme tourmentée d’une calanque voisine

Forteresse élancée de couleur  grenadine

Rappelait par son port l’éclat de ce château

Qui vit partir un jour mon séduisant bateau

 .

L’écume servait de lit au rocher silencieux

Qui brillait calme et pur sur le flot harmonieux

Comme l’horizon mourait, le sable m’accueillit

Et je sus que j’avais découvert mon pays

Miam Miam Monster

.

Eux,

Eux

noués aux coutumes satisfécites

de classe B, catacomblés sur rails

Eux

dont les claquettes sifflent Sisyphe

dans la lie de leur épouse en paille

Eux

et leur dépendance spotique

à crocs tombés dans le foirail

Eux

Poussent ! Poussent !

Pouce dans leur poing

Poussent dans un coin

.

Toi,

Toi

anima XX domino-pulpe

aux ondes de fresques virevoltées

Toi

dont le sugar s’extase Rubylux

dans une pépie de jouvence colossée

Toi

et tes stupéfiances de ciel-suce

au therme absolu de plasma flamboyé

Toi

Danse ! Danse !

Danse le délice carmin

Danse Vénus en mon sein

.

la neige

LA NEIGE

La neige avait envahi le village

En colorant de blanc le paysage

Sans regret elle avait accompagné

Ce vieil hiver et son souffle glacé

Qui venait, tout gelé sur son passage.

.

Même l’océan bleu n’était plus sage

Quand il cognait ses flots sur le rivage

Le sable, elle l’avait bien camouflé,

La neige.

.

La belle met un pull sur ton corsage

Contre le froid préserve ton visage

La saison n’est pas au déshabillé.

Notre monde assoupi s’est arrêté

Car elle a blanchi, même la plage

La neige…

ta folle ballade

TA FOLLE BALLADE

Il est de ces moments où tout parait fini

Quand pointe à l’horizon le terme du voyage

Il nous faut poser là notre ultime bagage

Avant de regagner le gris de l’infini.

.

Entrant dans un trou noir pavé d’incertitude

Quand nous gagne parfois ce trop de lassitude

Notre corps fatigué déserte le chemin

En mettant une croix sur un autre demain

Ils s’arrêtent, nos pas, dans un triste interlude.

.

Il faut se résigner à ce coquin de sort

Qui trace un point final provoquant notre absence

Pour nous plonger d’un coup dans un profond silence

Dans les bras d’un démon qu’on surnomme la mort.

.

Quand l’orage s’est tu tous les maux en salade

Rappellent cet instant qui te faisait malade

En mettant tes espoirs au rang du souvenir.

Quand sonne le réveil, tu vois avec plaisir

Que tu peux poursuivre un peu ta folle ballade.

Pour vous mettre en appétit

 

Pour vous mettre en appétit

Quand vous n’avez pas faim

Ne vous croyez pas obligé de manger votre voisine

Ni de tondre le gazon sur Mars

Pendant que les martiens jouent à saute-mouton dans votre salon

Un salon Louis XIV acheté les doigts de pied en éventail

Pour la modique somme de soixante pompes

Et d’un verre à dents certifié d’origine

Si vous préférez le mercredi au chancre mou

Votre psy dissimulera une perceuse électrique

Parmi les cigarettes offertes par le groom

Aux passagers de l’ascenseur que l’on farcit avec des marrons

Pour alléger la dinde

Celle qui se tient depuis deux ans sur une seule patte

Je l’ai rencontrée ce matin

Entre mon petit déjeuner et un iceberg désinvolte

Il pleuvait au compte-gouttes dans les foyers

Même ceux qui préfèrent marcher sur leur langue

Que sur la rougeole en pots

Refusaient de lire le journal

Alors on y ajoutait du poivre

Et toutes les chaises debout sur le seuil saluaient l’arrivée

Du chaland tiré à quatre épingles

Et de sa copine la cabine immunisée

Contre l’attaque en soirée du soliveau

Chacun se souvient de son sourire

Quand il opérait en caleçon le long de la gouttière

Dont l’éloquence fusait avec force lueurs

C’est ainsi que parfois nos regards se rechargent

En minerai pour le bien du coulis

Et dans une optique intéressée je l’avoue et vous aussi

Quoique l’ébullition ne soit qu’une étape

Sur le chemin qui se trompe toujours d’itinéraire

Les hurlements de la bête.suite- MJM

Les hurlements de la bête-suite

Je n’osai plus respirer.

La Bête semblait écouter le vent. Comme pour y déceler des traces de ma présence.

Je ne puis décrire autrement la manière qu’elle avait de sentir. Ses naseaux s’ouvraient largement, elle expulsait d’abord un peu de son souffle puis penchait la tête sur le côté, tout en inspirant, comme pour mieux entendre…

Etrange comportement. La peur m’avait quitté et, bien que la conscience d’être en grand danger ne me quittât point,  la curiosité me  poussa à écarter légèrement les feuilles d’araucaria qui me masquaient à sa vue pour mieux l’observer à mon tour.

Elle était bien telle que me l’avait décrite mon père. D’après lui, elle n’avait jamais été vaincue et ne pourrait sans doute jamais l’être. Mais il fallait que je prouve ma bravoure et l’affronter toute une nuit, revenir sain et sauf comme l’avait fait mon père, son père et avant eux, les pères de leurs pères.

Ma mère m’avait encouragé par son amour et la fierté qu’elle montrait en parlant de moi. Je ne pouvais reculer. Je me retrouvai donc là, au bord d’une clairière, par une nuit faiblement éclairée. A cent pas de la Bête.

La Bête. Hôte immémorial de cette forêt. Certains clans d’au-delà de la rivière disent qu’ils l’ont aussi vue à bien des jours de marche dans d’autres forêts. J’ai du mal à croire à ces histoires car le monde ne peut être aussi vaste que ça. Peut-être veulent-ils s’approprier la Bête pour accroire leur valeur et leur bravoure. Mais la Bête est bien ici, devant moi, et non dans une forêt de l’autre côté de la rivière.

A ce moment de mes pensées, plusieurs choses se produisirent.

La Bête s’était tournée dans la direction opposée, j’entendis du bruit derrière moi et une autre Bête passa à quelques pas de moi, sans me voir, semblant concentrée sur la vue de celle que j’étais venue chercher.

J’étais pétrifié.

Déjà accroupi, je ne pouvais guère me faire plus petit.

La Bête n’était donc pas unique. Etais-je le seul à le savoir, ou d’autres avant moi avaient-ils eu cette connaissance ?

Peut-être que le clan de l’autre côté de la rivière avait raison, alors ?

Avec deux Bêtes, le danger était double. Plus que jamais je me tins coi.

Les Bêtes étaient maintenant face à face. Elles avaient entamé une sorte de ballet, se tournant à tour de rôle. La nouvelle arrivée était bien plus grande que la première et semblait quelque peu différente par certains aspects. Des bras plus longs terminés par des mains griffues. La taille de ces dernières était à même de découper un adulte sans effort.

Elles semblaient tellement absorbées par leur danse que je songeai que j’aurais pu partir sans qu’elles s’en rendissent compte. Mais je ne pouvais revenir au clan sans avoir affronté  la Bête. Je savais que du haut de la colline, j’étais observé avec attention.

Tiraillé entre la peur et le désir d’un haut fait, je tirai doucement une flèche de mon carquois.

Je la plaçai sur mon arc et visai soigneusement la plus imposante des deux Bêtes.

Le sifflement que fit la flèche, pour bref qu’il fût, sembla arrêter net la danse des deux animaux.

Le projectile se ficha dans l’épaule de l’animal qui poussa un cri de douleur qui ébranla la forêt. Je me rendis soudain compte de ma stupidité.

L’autre Bête regarda dans ma direction en poussant des grognements tandis que son compagnon essayait de retirer la flèche avec l’aide de ses dents et d’une patte avant.

La Bête me regarda. Je sus intimement qu’elle m’avait vu. Peut-être même savait-elle où j’étais depuis longtemps. Elle avait décidé de m’épargner parce qu’elle attendait l’autre Bête. J’étais arrivé au mauvais endroit, au mauvais moment.

Elle se mit à avancer en penchant la tête en avant, lentement, et se dirigea droit dans ma direction.

*********

Mon souffle s’accéléra. Mon cœur battait la chamade.

La Bête m’avait vu, c’était certain. Depuis le début elle savait où j’étais mais ne s’était pas préoccupée de moi. Pauvre fou que j’étais, d’avoir pensé que la Bête était aussi stupide.

Ma situation était critique.

Je me remémorai les paroles de mon père, proférées alors même que je m’apprêtais à partir en fin d’après-midi.

« Si tu es en difficulté et que la Bête t’a repéré, n’essaie pas de fuir en courant. Grimpe le plus vite possible à l’arbre le plus proche aussi haut que tu le pourras. La Bête ne peut pas sauter plus haut que deux fois ta taille. Bien des inconscients ont tenté de fuir et ils ne sont jamais revenus vivants. Voilà, mon fils, le dernier conseil que je puisse te donner. Que les forces de la forêt guident tes pas et que l’Eclair de feu qui déchire le ciel guide ton bras.»

J’avisai un arbre à quelques pas de moi. Ma jeunesse et ma vigueur me permettaient sans doute de l’atteindre et de m’y réfugier avant que la Bête ne fût sur moi.

Pourtant, le comportement de l’animal ne cessait de m’étonner. Il ne se ruait pas sur moi mais avançait lentement, grondant, assuré sans doute de pouvoir me tuer sans que je pusse faire un mouvement.

Et cette deuxième bête, d’où sortait-elle ? Nul n’a jamais rapporté en avoir vu une autre.

Tout en réfléchissant, je surveillai l’approche  de mon ennemi.

Un cri la fit se retourner. Sa tête avait bougé avec une telle rapidité que je crus avoir rêvé. J’en profitai pour me rapprocher de l’arbre.

A ma grande surprise, elle fut sur moi d’un seul bond prodigieux. Elle me renversa sur le dos et me regarda droit dans les yeux. Je lus la mort, ma mort, imminente, impitoyable. J’aurai échoué là où tant de mes ancêtres avaient réussi. Je me reprochai cette curiosité qui avait provoqué cette situation. Je sentais l’haleine fétide du carnassier penché sur moi. Une des pattes arrière me maintenait cloué au sol. Mes bras étaient libres, mais j’étais incapable de bouger, tétanisé par la peur. La dernière peur de ma vie. Le cri retentit de nouveau. La bête releva la tête et regarda dans la direction d’où il était provenu. Elle se tourna de nouveau vers moi et je sentis que l’indécision avait pris place en elle.

D’un mouvement si vif qu’il en fut quasiment imperceptible, elle releva sa patte et m’entailla le torse à l’aide d’une de ses griffes. Je devais par la suite garder de cette blessure un souvenir cuisant.

D’un bond elle rejoignit l’autre Bête.

Je me mis sur mes pieds et escaladai l’arbre avec une vitesse dont je ne me savais pas capable.

A l’abri, maintenant, je pouvais observer l’étrange couple. La deuxième Bête avait fini par retirer la flèche de son épaule et c’est en y parvenant qu’elle avait poussé ces cris de douleur.

Je regardai mon torse. Le mince vêtement de peau que je portais n’avait offert aucune résistance à la griffe et ma poitrine arborait une estafilade sanglante qui allait de mon cou à mon nombril. Elle ne m’avait pas tué alors qu’elle aurait pu le faire et je ne comprenais pas ce qui m’avait valu ce geste de clémence.

L’émotion m’avait épuisé.

Je regardai au-dessus de moi, examinant les branches afin de trouver une fourche susceptible de m’accueillir. J’en repérai bientôt une et entrepris de m’installer jusqu’au lever du jour.

La fatigue vint bientôt à bout de mes forces. J’avais remarqué que la Bête me regardait. Ce fut cette image que je gardai en tête en fermant les yeux. Je m’endormis.

A suivre…

MJM, avec son aimable autorisation.