Historique du mois : septembre 2010

LES VENTS M’ONT RACONTE

LES VENTS M’ONT RACONTE

Les vents m’ont raconté des refrains,d’ une histoire

Qui viennent habiter les coins de ma mémoire

Ce n’est qu’une chanson un rien de dérisoire

Qui sommeille en mon cœur en hymnes disparus.

Les vents m’ont raconté leurs sordides colères

Quand ils ont ravagés les plaines et les terres

Les humains sont courbés dans leurs pâles prières

Quand l’ouragan soufflait sur leurs édens perdus.

Les vents m’ont raconté leurs plus jolis voyages

Chahutant quelquefois les plus beaux paysages

Ils fomentent déjà de funestes outrages

Provoquant de l’effroi dans les esprits tordus.

Les vents m’ont raconté leurs mornes habitudes

Leurs courses dans le temps pleines de certitudes

Ils pleurent quelque part leurs longues solitudes

Sur les océans bleus de mondes éperdus.

JC BLONDEL

LA BALLADE DES MOTS

LA BALLADE DES MOTS

La ballade des mots dans sa course insouciante

S’entoure d’un sonnet, du quintil d’un rondeau,

Par un coup de maillet déchirant le rideau

Elle laisse entrevoir une rime naissante.

Son blason redoré flottant comme un drapeau

Découvre les secrets de cette bergerette

Dans le fatras d’un vers qui vogue au fil de l’eau

A l’ombre d’un muzain qui nous conte fleurette.

Une ode nous revient par ta chanson, fillette,

Laissant le triolet s’endormir en trivers

Où le zegel, le lai déclinés à l’envers

Font à la villanelle un décor d’odelette.

Le rimailleur d’un soir avait dans un quadrille

Rimé tous les espoirs de son cœur en guenille

En glosant quelquefois des couplets sans façon.

Le rondel empêtré dans une shaltinienne

Laissera sa terza renvoyer la rengaine

D’un bel alexandrin qui change d’horizon.

Sa complainte pourra devenir prière

Dans ce monde indécent où tout est éphémère.

Délaissant la sextine, il fait un carillon.

JC BLONDEL

La tribu des collectionneurs de petits riens

 

Tribu, très difficile à comprendre si vous n’avez jamais fait d’introspection et si vous tombez amoureux de fleurs, de pierres, de photos, de tableaux, de poèmes, de femmes, de vêtements de stylos, de vases, de brosses à dents, de tubes de vaseline

Que sais je encore? De tout ce qui vous entourent, chiens, enfants, dents, jambes de bois!

Les membres de cette tribu ont le don de collectionner l’insignifiant

C’est-à-dire l’invisible, le méprisable, le « sans importance », le rien.

Les plus doués sont les petits enfants car pour eux rien n’est important hormis la tendresse de leurs parents et de leurs petites mains agiles ils dégottent tout ce qui est inutile:

Une capsule de bière rouillée, une épingle à cheveux tordue, une vis usée, une demi épingle à linge

Tous ces trésors, comme des reliques sont exposés dans de petites vitrines construites spécialement à cette intention par un artisan de la tribu dont c’est le seul travail.

Ces vitrines sont la fierté de chaque famille, quand des invités les visitent le trente septième jour du mois (car les invitations n’ont lieu que ce jour) ils les illuminent avec des guirlandes clignotantes composées de lucioles et vers luisants.

Certains enfants, mal éduqués certainement, ne trouvent aucun de ces petits riens, souvent ils sont  soit  gourmands attirés par le garde manger, soit  capricieux  tapant des pieds le sol toute la journée en hurlant.

Chez ces parents, la vitrine est vide et le trente septième jour du mois, nul ne pénètre chez eux car c’est un jour de honte ; ils vivent alors rideaux et volets clos et enfermant dans la cave leurs rejetons inaptes.

Le jour de la fête des « petits riens », une élection est organisée, celle du « petit rien » le plus insignifiant

Un jury d’experts « en rien » est présent, parfois ces femmes et ces hommes ont voyagé des jours et des nuits pour arriver à la tribu.

Chaque famille apporte le « petit rien » qu’ils ont choisi, et le jury délibère pendant des heures parfois

Il y eu une année ou la délibération dura un mois entier, pour que cela finisse le chef de la tribu, à l’époque, les avait enfermés dans une petite chaumière, sans vivres et sans boissons pour qu’enfin ils se décident.

Les « petits riens » couronnés partent dans un musée et sont exposés dans une vitrine, le musée en compte 45689!

Cette année, l’objet couronné fut : un ongle incarné dans un bigoudi!

Les parents et le bambin furent longuement applaudit!

C’est ainsi que l’on vit dans la tribu des collectionneurs de petits riens

Héros désenchantés

Ici je suis venu à l’heure des criées
Entendre les récits des grands aventuriers
Des étendues de sel. Pèlerins des marées
Du nadir au zénith vous cherchiez l’empyrée

Mais qu’avez-vous trouvé à part ces océans
Combien de méridiens, combien de parallèles
À craindre l’ouragan sans vaincre les tourments
Avides conquérants de sombres archipels

Ici j’ai vu partir les héritiers du vent
Qui n’ont jamais atteint malgré leurs odyssées
La passe qui menait à l’autre firmament
Héros désenchantés des illusions noyées

Sous quelle latitude et dans quel hémisphère
Avez-vous succombé aux chants des égrégores
Crédules impulsifs, deviez-vous voir l’enfer
Soulever contre vous ses vaisseaux hydrophores

Et dire qu’un regard irradie tout un ciel

Les matins difficiles-Paenia

Il y des matins qui ne nous inspirent rien,
 mais rien de rien,
 le réveil sonne,
 il est 7h20,
 les enfants dorment,
à elle seule la pensée de devoir les sortir du lit
me pompe toute mon énergie,
 sans elle que reste-t-il
 une espèce d’enveloppe guidée par un esprit,
qui se demande chaque matin ce qu’il fuit,
et ils sont là, 
petits anges sans défense 
au menton couvert de bave,
 ils en prennent de la place dans le lit,
 je m’assieds à côté d’eux

mais je ne les trouble pas
 ni la sonnerie du réveil
 qui ne cesse de résonner,
 ils savent que ma main sur leur tête ébouriffée
 est là, seule à pouvoir indiquer
 qu’il est temps de se lever,
 mais ma main ce matin,
 ne répond plus à rien,
 il me reste 10 minutes
comme chaque matin
 pour secouer mes pensées,
 les remettre au travail,
les sortir de l’inertie
 dans laquelle je suis
 à la fin de chaque nuit,
il me faut remuer la vie
 que je vois endormie,
 que mon sang a nourrie,
 que mon coeur a chérie,
 mais mes mots aujourd’hui
 sont pauvres et  petits,
 et ne veulent rien dire ;

mais demain

que diront-ils de plus

et que dois-je faire

pour qu’ils bondissent

telle une balle porteuse

de mille et un désirs…

Les amygdales de la montgolfière

 

 

 
 
 
 
 
 
 

 

Méfie-toi du rat
Que ta tante conserve
A l’ombre des culottes courtes
Pour l’offrir
Quand la marmelade en branches sera velue
Au dromadaire instruit
Qui fait le malheur des tuyaux d’échappement
Reste sur le ventre
Même si le pain mord
La cornemuse de ton voisin
Ne pars pas dans la purée
Surtout sans avirons
En été ne quitte pas ta pampa joyeuse
Pour te mêler aux stupeurs
Dont le linge est de la tête aux pieds le fruit
Comme le timbre est la créature du goudron

 

Surtout pas d’artichaut! surtout pas d’artichaut !crie mon grand père
T’aimes pas la soupe au choux! hurle ma grand mère c’est nouveau ça!
Ma sœur comme un grand légume moitié courgette moitié asperge
Descend le long de la rampe en oubliant ses étriers
Elle,-il’est certain -déteste la soupe , elle dérape sur la queue du chien
Qui bien évidemment n’était pas à sa place
Le sourire de ma mère en dit long sur le rangement de la maison
Moi je ne bouge pas je choisis des tomates pour décorer le sapin
Certaines refusent obstinément de participer à cette mascarade
Et préfèrent se jeter à terre quitte à exploser aux pieds du chien sans queue
Soudain mon père apparait en sautillant sur sa seule patte arrière
(L’autre avait filé en douce un soir avec un unijambiste dépressif)
Son œil épie l’artichaut qui fait la toupie autour du lorgnon de l’ancêtre
D’une main il le saisit et fait battre son cœur pour la dernière fois
Ma sœur est médusée , ma grand-mère en ferait volontiers une friture
Mais quand le chien aboie nous passons tous à table

   

La révolte des réverbères commença aux premières heures de la nuit
Ils s’étaient lassés de n’illuminer que les papillons
Servant de pâture aux chauves-souris déjà trop grasses
Qui faisaient de l’ombre à tous les trottoirs
Alors incapables de sortir des caniveaux
Tous les passants cherchant le jour
Glissaient entre les pavés avec des cris de hibou
Tandis que la forêt se morfondait dans le silence absolu
Et l’on vit la lumière hanter les chemins de traverse
Des chiens désorientés ne poursuivre que leur ombre invisible
Les façades des immeubles jalouses des fenêtres borgnes
Des portes cochères qui n’avaient plus rien à cacher
Les meilleurs allumeurs rendirent leur tablier
Tandis que la lune solidaire n’éclaira plus que les ponts

 

le syndrome de Stendahl

« J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. »

Stendahl

Le syndrome de Stendhal est une maladie psychosomatique qui provoque des accélérations du rythme cardiaque, des vertiges, des suffocations voire des hallucinations chez certains individus exposés à une surcharge d’œuvres d’art. Cette perturbation est assez rare et touche principalement des personnes trop sensibles. Ce syndrome fait partie de ce qu’on peut appeler les troubles du voyage ou syndromes du voyageur

Jalousie

Jalousie 

 

Dans ses cheveux le vent s’affole.

Ensorceleur, le soleil l’enveloppe d’une auréole

dorée.

Ses longues jambes fuselées

tricotent sous la mini-jupe,

allègrement, à vos côtés.

Ses mains, telles deux hirondelles,

autour de ses propos voltigent,

rangent une mèche rebelle.

Peau d’ambre, ongles nacrés…

.

Ne lui dites pas qu’elle est belle !

.

Avez-vous vu ses reins cambrés,

sa démarche de souveraine,

son allure affranchie, sereine,

quand sous le top de dentelle

un sein

pointe vers vous son arrogance,

vous faisant perdre contenance ?

Avez-vous vu son frais sourire,

ses dents

à croquer le printemps,

son regard

faussement candide

voilant une âme torride

où se sont brûlés ses amants ?

.

Quelques œillades, en passant,

vous montrent l’envie de certains.

Votre vanité vous harcèle.

.

Je vous hais.

.

Ne lui dites pas qu’elle est belle…

Elle le sait !

Frangine

Don Juan (à Maurice Nadeau) – André Fréderique

J’ai connu la décervelée d’Étampes
qui savait compter jusqu’à trois
la borgne de Paimpol
et la boiteuse de Pithiviers
qui a renoncé à la marche à pied

la bleue du Chili
qui déteint à l’eau de pluie

J’ai eu la femme tire-lire
la femme tronc la femme chien

la femme aux mains d’ébène
la femme en fer qui ne rouille pas

Lolita perroquet des îles
moitié oiseau moitié renard

la femme pendule
qui mourut par la femme canon
de sa bouche issaient les obus
qui renversèrent notre amour

la reine de Broadway
avec ses deux bouches peintes
l’orthopédiste aux dents d’alcool
qui crachait des fleurs de néant

l’amazone hagarde
qui traverse vingt centimètres de plomb

la femme aux yeux de porcelaine
qui pleurait des perles du japon
l’aveugle aux yeux de marcassite

femmes combien vous défilâtes
à mon gré

femme poisson aux seins coupés
femme aux seins superposés
femme aux seins remplacés
par des poignées
combien je vis des exotiques

et vous presque femmes
animaux équivoques
marchant dans vos traînes fragiles
sur des sabots d’argent
la salée du Portugal
dont la bouche est un miel
mais qui pique au réveil

la fripée de Rotterdam
qui sait si bien se cacher
sous les draps
qu’on la cherche dans les plis

la calcinée de Draguignan
qui brûle tous les plastrons
quand on l’embrasse

l’explosive des Dolomites
qui ne sert qu’à vous réveiller en sursaut

l’orpheline du Canada
qui enterre sa mère tous les jeudis

la femme aux crochets
et la femme viande abattue
qui pourrit dans votre lit
si on ne lui donne pas d’argent

la créancière la marginale
la petite sœur des morts
la noyée
des mers des mares et des bassins

la hollandaise flottante
la retournable
la fiduciaire
la en vrac
l’écorchée de Bagdad
la moribonde
la Souabe
la Souasse

mais c’est toi que j’aime
ô la suivante.

 

 

 

 

    

 

Tarie

Tarie

.

Le ciel pourtant bleu n’a pas su attirer le son

Plus loin que la gorge crispée

Le torrent indompté a déserté la ravine

Les roches blanchissent

Comme des poings serrés broyant l’inutile

.

Quelques notes d’accords anciens

Cherchent la paroi lisse ou rugueuse

Pour rebondir en écho

Plus riches de la lumière rasante

Que disperse le soleil surpris par le silence de l’heure

.

Les lits attendent les dormeurs somnambules

Revenus de leurs rêves d’océan

Les oreillers n’étoufferont que les cris

Des fantômes habillés de noir

Qu’ils se dissolvent enfin dans les encriers