Monthly Archives: septembre 2010

Pointillés

Pointillés

.

En pointillé je pose les couleurs

Sur cette toile blanchie

Meurtrie par le silence

Et les ans passés

Par cette vie en dehors de la vie

Le vide enfin vivifié

Ne plus écouter la sentence

Humer au gré de son humeur

Les belles pages de ce livre jauni

Tant d’yeux qui n’ont vu

Que la saison finissante

S’ouvrent encore au matin

Afin de porter le rouge

Au firmament de nos rêves

Enluminé du bleu de nos troubles

Pointe de rose comme souffle

Palette toujours humide

Le bras levé hésitant

Devine l’arc-en-ciel

Du lit touffu de nos attentes.

.

octobre 2008

L’ombre du soleil sur l’oiseau

C’était, loin des chaussons, une mule charmante
Sorte d’ange doré à peau sombre de zèbre
Les humains résidents s’y baignaient tous en songe
Dans cet antre des rêves surmontant les sabots
Il fallait du courage tous les autres jours
Quand l’énorme sous fifre jouait de la flûte
Quand son sbire aux dents longues léchait leurs chevilles
Le soleil, lui-même, ne brillait plus souvent
Sauf les jours de grand vent ou les nuits de lune pleine
Pour aimer l’animal qui dormait en chacun

L’ombre était pressée et se mit à courir
Pour rejoindre midi avant d’être écrasée
Laissant des taches brunes sur les murs endormis
Que les oiseaux cueillaient comme cerises mûres

Onze heures sonnèrent et l’homme sursauta
Surpris de ne plus voir son reflet sur le sol
Quelques voyelles se trainaient à ses pieds
Implorant qu’on leur amène une ou deux consonnes

Un peu de couleur ou juste une portée
Mais rien ne bougeait plus et le ciel incertain
Notre homme enfin comprit qu’il lui fallait voler

Le chien voyait sans plaisir aucun
Pousser des pointes sur son front
Il se surprenait parfois à beloter bêtement
Pourtant la mer était blême et le vent figé

Un jour, il se cassa une corne contre un palmier
Il n’avait rien contre l’asymétrie
Seulement peur du regard des hommes
Pourtant la mer était livide et le sable sali

En le montrant du doigt les parents riaient
Et lui lançaient des pierres et des harengs
Ses aboiements lui restaient dans la gorge
Pourtant la mer était pleine et la lune nouvelle

On le voyait souvent affalé sur la grève
Prenant du poids, perdant ses poils
Il devint narval puis licorne acariâtre
Car la mer était lisse mais désordonnée

Je n’ai pas le temps de choisir les mots
Je pioche au hasard parmi ceux qui passent
Dans le ciel étroit d’où plusieurs s’échappent
Pour des évadés ils manquent d’audace
Leurs gestes trop lents bientôt les condamnent
A rester en place sur le premier fil
Que leur abandonne un oiseau distrait
Par d’autres spectacles quand le jour commence
Et que le journal titre que les mots
Seront retenus prisonniers des plumes
Jusqu’à l’arrivée du pâle écrivain
Qui les trempera dans un encrier
Pour qu’après ce bain paraissent leurs lettres
Sur la page où naître me tire des larmes

Ont participé :

4Z2A84
Eclaircie
Elisa-R
Heliomel

mis en forme par Héliomel.

Quand il aura grandi…

Veiller l’enfant qui dort tout  au bout de la nuit

Ecouter son sommeil sans faire le moindre bruit

Et l’aurore venue penchée sur son éveil

Admirer son regard briller tel un soleil

.

Un enfant qui s’éveille, promesse de bon mot

Il court dans le jardin, tombe dans le préau

Il a besoin de soins et se tourne  vers vous

Sa mère bien-aimée  tendant ses bras si doux

.

Il a croisé ses mains autour de votre cou

Vous avez caressé ce cheveu un peu fou

Il a tout oublié, ne songe qu’à ses jeux

Il vous faut profiter de ces moments heureux

.

C’est vous qui rêverez, quand il aura grandi

Au souvenir lointain de cet élan brandi

Qui le faisait presser sa tête vagabonde

Avant de s’en aller pour découvrir le monde

A cheval sur mon piquet,

Je berce ma petite peine
Comme une poupée muette
Dans mes bras raides
Si peu vivants en cercle.

Que croyez-vous qu’elle pleure
Cette petite maquillée de cire ?
Rien d’autre que l’époque dorée
Des soirs en berceau.

De l’anse de nos cœurs
Au lit couché de nos erreurs
L’enfant tranche en peinant
Les cheveux de sa vie

Et danse dans la nuit
Sur une tresse dénouée.

Cauchemar – Verlaine

Cauchemar

J’ai vu passer dans mon rêve
– Tel l’ouragan sur la grève, –
D’une main tenant un glaive
Et de l’autre un sablier,
Ce cavalier

Des ballades d’Allemagne
Qu’à travers ville et campagne,
Et du fleuve à la montagne,
Et des forêts au vallon,
Un étalon

Rouge-flamme et noir d’ébène,
Sans bride, ni mors, ni rêne,
Ni hop ! ni cravache, entraîne
Parmi des râlements sourds
Toujours ! toujours !

Un grand feutre à longue plume
Ombrait son oeil qui s’allume
Et s’éteint. Tel, dans la brume,
Éclate et meurt l’éclair bleu
D’une arme à feu.

Comme l’aile d’une orfraie
Qu’un subit orage effraie,
Par l’air que la neige raie,
Son manteau se soulevant
Claquait au vent,

Et montrait d’un air de gloire
Un torse d’ombre et d’ivoire,
Tandis que dans la nuit noire
Luisaient en des cris stridents
Trente-deux dents.

Eaux troubles

Je reviens du néant
Zone froide dépourvue d’artifices .

J’ai marché loin des guerres, des éclats et des mines
Sur un fil .

J’ai souffert de ne pas souffrir
J’ai bu l’eau des étangs, trouble, malodorante .

J’ai nagé, dos contre terre, dans le bleu délavé
De l’été qui s’étiole en brouillards silencieux .

J’ai cessé de parler
Pour entendre les sons des vivants quotidiens .

Je reviens
En cette zone fertile dans laquelle vous vivez .

Je reviens
En cette zone fertile dans laquelle nous vivons.

Rêverie…

On a soif, Elisa sois sympa

Trouve un bar à tapa

Du champagne en Ardenne

Avec ou sans Brésilienne

On s’fera des lignes de Métro

Pour partir au plus tôt

Pour prendre un raccourci

Suffit d’une éclaircie

 Si on a besoin d’aide

On appellera 4Z

Dis-moi que tu es là

Reviens ma Téquila

Le ventriloque à molette

Poème à plusieurs voix

.

Loin du vilebrequin maudit Ferme le gaz à l’arraché

L’ai-je dit l’ai-je dit Où sont mes sandales sur l’azur

Ce que veulent mes joues La semaine prochaine ô avenir

Mon crâne le cuit On ne glisse pas un cake dans une lime

…Fatiguée la pistache Quel scandale le thermomètre

Résume ses volants Oh pardon dit-il à son ombre

Quelque part le tremble erre Des tonnes d’Orphées

Sans diligence aucune Un sucre un seul et trois cercueils

…La courbature invente Punaises je vous aime

Une suite à la pastille Portez le chignon en sautoir

Qui ordonne qu’on puise A six heures la carafe explosa

Dans la gomme un fakir Un œil dans un mouchoir

…Mais l’aube outre son pot Ta voiture a de l’acné

Ne possède qu’un œil On l’a déjà vu dans le mouchoir

Dont la roue se dilapide Les rhumes constipent

Comme un os nostalgique Ses impôts en vers rimés

Si par hasard vous la voyez courir en face du maraîcher

Arrêtez-la, la blonde épine qui me lacère les doigts de pied

Dans un champ Parmentier

Les olifants sonnaient et elle a débarqué en bas de soie

Tout le monde affolé a gloussé de gêne

Si par hasard vous l‘arrêtez

Dites-lui bien que ce matin

Je suis partie dans un kayak qui file sous le rouet

Dites lui bien que toute ma peine

S’en est allée au minotaure

Et que la vie si elle me veut

N’a qu’à me perdre dans d’autres bras

Les sillons de ma terre sont assez profonds

Pour cacher mes peines

Les tentures dansent devant les fenêtres

Pour attirer les passants égarés

Lassés de compter leurs pas les séparant des plages

Qui s’éloignent de peur d’être piétinées

Seuls les trains sont admis sur le sable

Ainsi que les persiennes laissant filtrer le café

Les gares se perdent dans les oreillers

Rembourrés d’écailles multicolores

Pour entendre les vagues dans les nuits sans lune

Les poissons nus entonnent un chant plaintif

Les rues envoûtées se précipitent dans les aquariums

Les portes jalouses refusent de se fermer

Le chef de quai se retourne dans son sommeil

Une sirène au loin annonce le retour de la marée

Les auteurs :

Eclaircie

Tequila

4Z…

On ne sait à qui attribuer quoi.

Mis en page par 4Z

vendanges

Vendanges

Aube rose comme un sorbet.
Frileux dans les espadrilles
Les pieds flirtent avec la rosée.
Les doigts gourds sur le sécateur,
Malhabiles,
Timidement commencent leur danse
Autour des grains couverts de pruine.

Clic et clac et tombent les grappes
Dans le seau encore léger.

Un premier oiseau lance vers le ciel
Son appel au soleil qui monte ;
Une fille alors se met à chanter.
Brumes matinales vite dissipées,
Les violoneuses cigales, de leur crin-crin
Lancinant
Viendront bientôt scier le temps.

Cric et crac et croque la grappe
Coule son jus rafraîchissant.

Midi repos, repas partagé
Sous le chêne denteluré,
Dans les senteurs de la garrigue.
On voit au loin la route ondoyer.

Clic et clac retour vers les grappes
Et le seau de plus en plus lourd.

Dur labeur, penché vers le sol.
La chaleur aidant, le rythme faiblit.
Pour tenir le coup
On plaisante, on rit.
Les garçons de grains barbouillent les filles.
Un essaim d’abeilles au cœur d’une souche :
Récré opportune, cris effarouchés.
Un orvet s’enfuit, chassé par le bruit,
Puis les corps fourbus recourbent l’échine.

Clic et clac les dernières grappes
Rendent le seau vraiment trop lourd.

L’éclairage public-Bolanski

l’éclairage public

.

On prend la nuit en cours de route…

elle n’est plus même obscurité.

Elle n’est que blafarde blancheur,

qui bien immune des candeurs

– rue de linéarité  –

en dissipe les moindres doutes.

.

La blanche lune ne l’est guère

devant tant d’impeccable blanc.

Les esprits, par ponction de sève,

Les gnomes, les faiseurs de rêves,

sont ankylosés, nonchalants,

fossiles d’une archaïque ère.

.

Amarré à chaque poteau

– par contrainte, logiquement –

rivé là, un fantôme mort,

n’est que luisance de dehors

et morne néant de dedans

trop électriquement nigaud.

.

Dieu, toi, nos rêves et nos cœurs

compris depuis la seule cime,

pourquoi cette fadeur infâme ?

Point donc de salut pour mon âme

fût-ce par réconfort infime

aux rues où pleut cette blancheur.

.

Bolanski