Monthly Archives: août 2010

Le Poulpe

Le Poulpe

Le poulpe a toujours raison
disait le dromadaire en pleine défloraison
lui qui blatère plus qu’en toute autre saison
les tentacules en funiculaire
n’en finissent de grimper l’estuaire
à la recherche d’un quelconque suaire
pour enterrer les traditions

La méduse en colère
attendait l’ovation
l’ovule et sa lisière
une fécondation

La fée clochette
teint le mouton
dans la charrette
du mirliton

Ne réveillez jamais un fou en dehors des heures de chasse aux papillons
Il vous ferait avaler la pâleur du temps et la langueur des auvents

les chevaux du temps Jules SUPERVIELLE

 

 Quand les chevaux du Temps s’arrêtent à ma porte

J’hésite un peu toujours à les regarder boire

Puisque c’est de mon sang qu’ils étanchent leur soif.

Ils tournent vers ma face un œil reconnaissant

Pendant que leurs longs traits m’emplissent de faiblesse

Et me laissent si las, si seul et décevant

Qu’une nuit passagère envahit mes paupières

Et qu’il me faut soudain refaire en moi des forces

Pour qu’un jour où viendrait l’attelage assoiffé

Je puisse encore vivre et les désaltérer.

 

Jules SUPERVIELLE

Le rêve de la seringue amarrée au quai

Des photos compromettantes le prouvent

La seringue est bien la mère du canari

Celui qui use ses coudes prétend le contraire

Celui qui nie la présence de la foudre

Intermittente le long de son thermomètre

Se trompe et fuit sur place

Celui dont le nom circule comme un boomerang

Dans l’espace démodé

Ne possède même pas le premier sou

Indispensable aux anachorètes qui envisagent

Sans augmenter la température

De consommer leur ruine

Une paupière qui batifole avec la lune

La marée se terre au fond des golfes clairs

Le sac à main jeté perd sa carte bleue

Venu des profondeurs un requin s’en  empare

Le vol des pélicans chauves rase les flots

De leurs plongeons désespérés

Ils ne retirent qu’un peigne en écaille

Poignante ironie de la magie des ombres

Dans la salle aux secrets les miroirs harassés

Entretiennent  le mythe du deuil et des images

Au hasard des étals, la brocante sidérale est ouverte

On y voit les armures  bosselées de la dernière défaite

Des anges au visage d’hommes oiseaux

Il n’ ya pas d’incendie chez le tailleur

Sa femme a suivi la broderie

Le long des quais elle l’a menée

Des enfants jonglaient avec leurs mères

Des pastèques inquiètes prenaient la fuite

Sur une péniche à bout de souffle

Qui voulait voir Venise

Et pourquoi ne pas mourir

Deux lampadaires s’enlaçaient

Non loin des tuileries

C’est l’endroit adéquat

Pour filer la soie en douce

Les derniers pavés voulaient

Sortir de terre pour faire des barricades

Comme au bon vieux temps

Quand Jeanne n’était qu’une enfant

Mais un tramway avide leur a coupé la route

Il n’y a plus de thé là bas sous les grands chênes

Juste quelques perdrix qui prisent du tabac

Venu des Caraïbes dans un vol de braisières

L’homme n’a pas fini de tourner en rond dans son chaudron

Les yeux de tous les légumes avides des visions vertes

De petits dessous de flamme légère fondante comme sucre

Déposé sur la marée humaine d’un quinze août d’hiver austral

Lorsque l’appétit vous dit bonjour sur la banquise aux coussins bleus

Avant de voleter au pas de l’amble dans une odeur de musc

Les repas sont rendus avec tasse et sous tasse

Pour éviter les asphyxies que les branchies oubliées dans l’escalier

Laissent parfois négligemment tomber sur le tapis d’aiguilles sèches

Le temps se retourne dans un songe aux pieds palmés

Comme si l’huile refusait de figer la photo du dernier né

Sous prétexte que braillant trop fort il gâte la sauce

Nappée dans un silence austère de religieuse de la veille

Le levain aura gonflé seul la voile de nos écrans de fumée

Et dans l’écorce opaque coule le flot de sève

C’est un cycle allongé qui charrie tous les rêves

L’un circule sur un fil de soie recouvert

Assis dans une brouette à guidon retourné

L’autre court sur une balle de glace aux reflets chatoyants

Plus loin deux étoiles se faufilent juste sous la toile épaisse

Du très grand chapiteau qui flotte sur la ville

Et puis enfin le dernier court derrière les autres

Trois poissons dans chaque main

Un coquelicot bleu à la place du cœur

Ont participé :

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Eclaircie

Elisa-R

Heliomel

Tequila

Je ne suis

Je ne suis


Je ne suis que le reflet de vos mains

De vos yeux posés sur la lande

Sur l’onde ou ses frissons

Vague moi-même qui attends le vent

Souffle guettant le blé pour le plier

Feuille ancrée à la brindille

Tremblant au premier froid

Je ne suis que le murmure de la terre

Lorsque le soleil l’inonde

Le sable rêvant la fin du désert

Et les dunes alanguies

Le gel de froide nuit

La note jetée dans la poussière

Les chants de la lyre et de la harpe

S’élèvent sans musicien autre

Que le désir des absents

LE RUISSEAU-J.C.BLONDEL

LE RUISSEAU

C’est comme le ruisseau qui s’écoule limpide
Dans sa fuite en avant vers le bas du versant
Pour aller se jeter dans le cours du courant
D’un fleuve qui s’en va vers l’océan placide.

J’ai quitté mon sommet à la fonte des neiges
Sautant sur les cailloux comme un petit cabri
Escaladant un tronc qui s’était endormi
Lorsque le froid jouait ses affreux sortilèges.

L’onde de mon eau claire a pris son bel envol
Glissant sur les rochers et les brins d’herbes vertes
Profitant d’un soleil qui fit portes ouvertes
Sur la glace là-haut qu’abandonnait le sol.

Je suis né par hasard dans ma blanche montagne
Dans la douceur d’avril aux premières chaleurs
Je vis tous mes instants, ces intenses bonheurs
Avant de m’assoupir dans ma douce campagne.

Je ne suis qu’un ruisseau, ce petit filet d’eau
Mon temps reste compté je suis un solitaire
Qui promène parfois dans sa course éphémère
Sur son dos, trop fragile, un étrange fardeau.

jc blondel

emily dickinson

On apprend l’eau – par la soif La terre – par les mers qu’on passe L’exaltation – par l’angoisse –

La paix – en comptant ses batailles –

L’amour – par une image qu’on garde

Et les oiseaux – par la neige

Water is taught by thirst Land – by the ocean passed Transport – by throe –

Peace -by it’s battle told –

Love, by Memorial Mold

Birds, by the snow

Voyage

J’ai perdu la notion des heures
Quelque part, entre Albi et Chambord
J’ai dormi, les yeux ouverts
Allongée sur un soleil coupé en deux
Orange sanguine charmeuse

Dangereuse

J’ai oublié mes pensées
Quelque part, entre le rouge d’une ville
Touristique
Pathétique
Et le gris d’une vie
Ordinaire

Unique

J’ai marché, les bras ballants, les mains pendues au bout. Inutiles, sèches. Incapables de tracer la moindre étoile. J’ai erré dans les paysages des autres, arides. J’ai écouté le silence des mots, l’ai laissé me remplir, me vider. Puis, posée sur la roche chauffée, aux côtés des racines de la terre, parfumées de lavande, j’ai offert ma présence à ce pays magnifique qui n’en avait nul besoin. Et me voilà, ètrangère chez moi. Dépaysée.

Les herbes occupent les allées
La nature dissimule nos traces
Sous de lourdes couleurs

L’autre moitié du soleil est froide

balade – Shorja

Egarement du coeur qui s’envole
Au delà des non sens exprimés
La vie dans sa course folle
Eloigne au loin à tout jamais

La chienne renifle la charogne
Dans le souvenir de ce qui a été
Elle sent l’odeur sans vergogne
Se roule dedans pour s’en imprégner

Au tocsin qui sonne dans la vallée
Elle lève la truffe au vent ouvert
Regarde sa prise déchiquetée
Et file à l’approche du tonnerre

Peut importe à moi qui marche
Sac à doc dans le chemin escarpé
La futaille peut me faire une arche
Les ronces sans remord me déchirer

Je m’enfonce dans les prés
D’un pas vaillant sous l’averse
Je vais passer de l’autre coté
De la colline ou le ciel perce

L’animal ne pourra pas s’éloigner
Rappelé sans cesse par l’odeur
Il rêve de savoir un jour oser
Mais il aura toujours cette peur

Ainsi va la vie de ceux qui passent
Ils ont en leur chemin rencontré
Ceux et celles qui y trépassent
Parce qu’ils n’ont pas su y arriver

Le chien sait-il ou le maître va
Alors que ce dernier n’en sait rien
Fidèle à ses cotés s’il y croit
Mais peut-il vraiment y être bien

Chacun pense que la course est sienne
Pour être deux en marche commune
Il faut que l’on se souvienne
Avoir dansé et ri sous la lune

Las les aiguilles tournent le temps
Et à chaque rotation traître
Un Simple constat pour ces amants
Ils ont cru qu’il suffisait d’être

La chienne est à présent partie
Le marcheur bien sûr lui aussi
Si Leur présence encore les suit
Leurs jeux sont probablement finis

Elle n’a pas vu ce qui était
Ramenant sans cesse à elle
Les certitudes de son passé
N’osant pas s’envoler à l’appel

La chienne est dans la campagne
Mais à la tombée de la nuit
Le chasseur qui l’accompagne
Ne saura plus la faire rêver

Shorja

Distanciation – Bolanski

Distanciation


Ma lassitude est grande au terme de l’été
à ne cueillir au corps que l’ultime poussière
de mots tant affadis qu’ils deviennent barrière
à faire naître en nous la moindre volupté.

Je nous revois ravis, tels que l’étions hier,
tes mèches et ton âme par la brise emportées.
Le ru des matins clairs en cours s’est arrêté
jouet d’opacité en ton corset trop fier.

J’irai d’un télescope dedans ses fondations
vivre sédentaire la marine illusion
cueillie aux feux d’étoiles interrompus de palmes.

L’on ne mérite d’âme pour naviguer si l’on
veut se clore d’emblée à cette invitation
vers l’incommensurable au-delà des eaux calmes.

Bolanski

Les lavandières

Entre nuages et rivière, des  mains expertes

Brassent sans trêve vêtements inertes

Chemises gonflées de désespoir

Délacées l’espace d’un soir

Austères lingères du tissu détendu

Hautaines mégères du fruit défendu

Elles regardent  passer sans la voir

L’eau porteuse des secrets du lavoir

Un bouton qui cède, une impression d’éternité

Elles imaginent des bruissements de satin,

Des dentelles froissées  jusqu’au petit matin

Bonheur déshabillé jubilation fébrilité

Torsades dans des paniers d’osier

Tornades pour leurs sens éveillés

Sur la margelle du temps de l’ennui

Sombrent leurs rêves évanouis