Monthly Archives: août 2010

Le sommeil

Ecrit d’après un tableau de Gustave Courbet que vous pouvez voir en tapant sur Google le nom du peintre et celui du tableau.

Le sommeil

Sur un lit dévêtu de satin bouillonnant

Deux corps entremêlés au sortir d’une fête

La blonde vers la brune à demi se tournant

Ont fait don à Morphée de leurs formes replètes.

.

La pose est alanguie, la lourdeur des paupières

Et les bras étendus témoignent du repos

Succédant aux ébats d’amantes coutumières

Des plaisirs souverains tant chantés par Sappho.

.

La grande aux cheveux noirs a renversé la tête,

La blonde appuie sa joue sur son sein, doucement.

Ces modèles parfaits pour un tableau d’esthète

Sont bien attendrissants dans leur dépouillement.

.

Rondeurs épanouies, fins poignets et chevilles,

Quelques bijoux épars sur fond de liliacée,

Parfum de liberté auréolant ces filles

Et discrète impudeur habilement tracée.

.

Grincheux, de Cupidon ne détournez les flèches,

Pour ma part je ne vois que jeunesse ravie,

Délaissez vos tabous et vos mines revêches,

Rare est la tolérance et trop courte la vie !

.

Hommage à toi, Courbet, pour l’amour, la tendresse,

Que tu mis à l’honneur sur cette couche rose,

Peignant, cheveux défaits, ces deux belles maîtresses.

Merci de l’avoir fait, avant qu’un autre l’ose.

Frangine

Le jour avait trainé

Le jour avait trainé comme traine la vie

Sur les sentiers battus de l’aube au désespoir

De la fleur  de juillet à la feuille pâlie

Vaste mélancolie déversée sur un soir

 .

Les brumes étaient ruinées et la mer apaisée

L’horizon rougeoyait et le vent braconnait

Fruit blanchissant la lune au firmament rêvait

Une barque cherchait la passe malaisée

 .

De son pinceau de craie le phare frôlait la mer

Il glissait ardemment sur  des courbes divines

Décorée de couleurs chryséléphantines

La volupté des hommes partait pour l’univers

Il pleuvait des soleils sur les ventres des femmes

Offrandes dénudées couchées sur des autels

La nuit s’enveloppait dans de vastes pastels

Et saupoudrait de l’or sur les reflets des flammes

.

 

Pommes Rouges, poème en prose, par LNAHO21

Poème en prose, par LNAHO21

Pommes rouges.

Elle est là, comme toujours.
Debout dans sa cuisine, forme chétive perdue au milieu de ses ustensiles et de ses vieux meubles.
Elle ignore que je l’observe, elle pense que personne ne voit ses mains osseuses trembler en craquant l’allumette.
Odeur de soufre, fumée bleutée.
Lentement, elle se penche vers son  poêle usé et allume le brûleur de gauche.
Elle ignore que la bouteille de gaz est presque vide et qu’il faudra bientôt la changer.
Sa grande table en chêne nettoyée, elle y verse un cône de farine immaculée. Ses doigts se blanchissent, elle apprécie le contact de cet élément doux comme de la soie.
Elle ignore le chat qui passe et repasse entre ses jambes fragiles et amaigries.
Des œufs et de l’eau coulent sur son plan de travail pour y former une pâte informe et malléable, ses mains y plongent goulûment et la pétrissent comme on masse une chair molle et fatiguée.
Elle ignore la fin de journée, le soleil de cet d’après-midi laissant place au plafond étoilé de la nuit.
Une à une, elle pèle ces pommes rouges, juteuses et brillantes à souhait. Ces gestes sont précis, répétés depuis des années, transmis de mère en fille. Une fois les morceaux alignés sur la pâte, elle prend son vieux plat en terre et l’enfourne d’un geste mal assuré.
Elle ignore que cette tarte aux pommes sera son dernier repas.

LNAHO21 – 2008 –

Les chants de Maldoror – Lautréamont

Chant I Strophe 8

Au clair de la lune, près de la mer, dans les endroits isolés des campagnes, l’on voit, plongé dans d’amères réflexions, toutes les choses revêtir des formes jaunes, indécises, fantastiques. L’ombre des arbres, tantôt vite, tantôt lentement, court, vient, revient, par diverses formes, en s’aplatissant, en se collant contre la terre. Dans le temps, lorsque j’étais emporté sur les ailes de la jeunesse, cela me faisait rêver, me paraissait étrange; maintenant, j’y suis habitué. Le vent gémit à travers les feuilles ses notes langoureuses, et le hibou chante sa grave complainte, qui fait dresser les cheveux à ceux qui l’entendent. Alors, les chiens, rendus furieux, brisent leurs chaînes, s’échappent des fermes lointaines; ils courent dans la campagne, ça et là, en proie à la folie. Tout à coup, ils s’arrêtent, regardent de tous les côtés avec une inquiétude farouche, l’oeil en feu; et, de même que les éléphants, avant de mourir, jettent dans le désert un dernier regard au ciel, élevant désespérément leur trompe, laissant leurs oreilles inertes, de même les chiens laissent leurs oreilles inertes, élèvent la tête, gonflent le cou terrible, et se mettent à aboyer, tour à tour, soit comme un enfant qui crie de faim, soit comme un chat blessé au ventre au-dessus d’un toit, soit comme une femme qui va enfanter, soit comme un moribond atteint de la peste à l’hôpital, soit comme une jeune fille qui chante un air sublime, contre les étoiles au nord, contre les étoiles au sud, contre les étoiles à l’ouest; contre la lune; contre les montagnes, semblables au loin à des roches géantes, gisantes dans l’obscurité; contre l’air froid qu’ils aspirent à pleins poumons, qui rend l’intérieur de leur narine, rouge, brûlant; contre le silence de la nuit, contre les chouettes, dont le vol oblique leur rase le museau, emportant un rat ou une grenouille dans le bec, nourriture vivante, douce pour les petits; contre les lièvres, qui disparaissent en un clin d’oeil; contre le voleur, qui s’enfuit au galop de son cheval après avoir commis un crime; contre les serpents, remuant les bruyères, qui leur font trembler la peau, grincer des dents; contre leurs propres aboiements, qui leur font peur à eux-mêmes; contre les crapauds, qu’ils broient d’un coup sec de mâchoire (pourquoi se sont-ils éloignés du marais?); contre les arbres, dont les feuilles, mollement bercées, sont autant de mystères qu’ils ne comprennent pas, qu’ils veulent découvrir avec leurs yeux fixes, intelligents; contre les araignées, suspendues entre leurs longues pattes, qui grimpent sur les arbres pour se sauver; contre les corbeaux, qui n’ont pas trouvé de quoi manger pendant la journée, et qui s’en reviennent au gîte l’aile fatiguée; contre les rochers du rivage; contre les feux, qui paraissent aux mâts des navires invisibles; contre le bruit sourd des vagues; contre les grands poissons, qui, nageant, montrent leur dos noir, puis s’enfoncent dans l’abîme; et contre l’homme qui les rend esclaves. Après quoi, ils se mettent de nouveau à courir dans la campagne, en sautant, de leurs pattes sanglantes par dessus les fossés, les chemins, les champs, les herbes et les pierres escarpées. On les dirait atteints de la rage, cherchant un vaste étang pour apaiser leur soif. Leurs hurlements prolongés épouvantent la nature.

Canapé des Hauteurs

Canapé des hauteurs

Poème à cinq voix

.

Des cercles décorent l’herbe

Les prés sont liminaires

Le vent couche les pierres

Comme des amulettes

.

Le violon cède à l’oliphant

Caprice d’évents contre les cordes

La croix celtique est enceinte

Stonehenge est étonnée

.

Au paradis des orages brûlés

Les ruisseaux font la loi

Les élans du cœur y boivent

Des bonds dans la poitrine

.

Il y a tant de cauchemars

Je voudrais des nuits fériées

Où les rêves seraient interdits

Sous peine d’ostracisme

.

La lune se voile pour le grand jour

Coquette libertine, elle retire ses bretelles

Les colibris posés sur des chapeaux d’organza

Frétillent à la vue des sirènes

Toute une effervescence s’installe sous le vieux porche

Hannetons et cloportes jouent encore à la belote

Leurs femmes emperruquées les poursuivent

Outrées qu’ils ne soient pas encore dans leur tenue d’officier

La reine des mandragores déambule dans son cabinet noir

Ecrasant de ses doigts quelques braises encore rouges

Elle rage de n’avoir trouvé un hérisson

Pour lui tenir ses gants lors de son explosion

Enfin l’aube se lève les stores vénitiens filent à l’anglaise

Un arbre ou deux s’esquivent , le laissant apparaître

Et comme les enfants je crie un deux trois soleil!

.

L’oignon est pris de vertige au quarantième étage

Lui qui ne savait que remonter le temps

Le voilà entrainé dans une descente de petits fours

Pour accompagner le thé des géants herbivores

Ceux que l’on a privés de toboggan

Au prétexte que l’ivresse de la vitesse

Ne parvenait jamais jusqu’à leur crâne

Et que l’engin était boudé des enfants

Les nurses devaient leur servir de monture

De cerceaux ou de trottinette loin des messieurs à chapeaux

Dans le parc au pied du gratte-ciel chatouilleux

Alors que les ascenseurs se lamentent d’être déserts

.

La sauce épicée

Danse le tango

Avec huit bouchées de canard à la pékinoise

Sous une pluie de crêpes jambon-fromage

L’amour tourmente la quiche lorraine

Que le hachis parmentier trompe

Avec un nougat glacé

Dont les cent queues de crevettes tropicales cuites

Chantent les mérites

Dans nos campagnes fleuries

Où maints pavés de saumon argentés du Pacifique

Se déplacent à dos de merlu blanc

Excités par des écrasées de pommes de terre à l’huile d’olive

A peine sorties du théâtre.

.

Depuis le bouillon d’yeux hagards et séduisants

Jusqu’aux pantoufles d’hiver de nos grands prédateurs

On peut voir le vieux lapin rouge sur les pistes de saison

Sautillant de chausses en trappe un panier sur la tête

Mieux vaut être endormi qu’éveillé pour le suivre

Il arpente les troncs à la façon des chenilles

Ne craint ni les becs ni les lèvres même sulfureuses

Qui s’opposent à son chant d’orfèvre noir des étangs

C’était ainsi hier dans un futur envisagé

Ce sera demain l’heure du loir ou du divin krill

Nageant dans les baignoires de pierre de vos longues soirées

Ont participé :

4Z2A84

Eclaircie

Elisa-R

Héliomel

Téquila

Les framboises – Bolansky

Ce n’est que concassées en surgelés douteux

ou lorsque éparses elles tapissent certains dimanches

quelque pâtisserie chichement édulcorée

que les framboises échappent à aspirer

la fleur de mon âme

vers leur carénage,

complexe imbrication

de finesse, grondements, et émois humides.

 

Je m’étais épris à mon insu autant qu’au sien

lorsque pris au piège d’un grondement arrosé d’orage

annoncé seulement par une appréhension imperceptible

je l’avais régalée

mes mains formant écuelle de fortune

 débordante pour l’occasion

de l’immédiate cueillette

en plein aveu d’arômes divins

à force de pluie soudaine  tiédie d’été.

 

Elle s’était ri de cette récolte

effectuée au péril nigaud

d’une chute, probablement effroyable

à flan de coteau des voies ferrées

jouxtant l’insondable forêt,

hantée sans doute de l’instantané

d’une éradication fulgurante

sanction d’orgueil infantile

appelant la culbute

par les rafles de ronce

uniquement au nom

de la chimère d’une baie

dont l’érubescence

rendait insurmontable

qu’elle fût hors d’atteinte.

 Bolansky

Vive La Poésie Libre-Frangine

Vive la Libre Poésie !

Vive la libre poésie, et que les mots claquent au vent !
Des pieds, des rimes, à quoi bon ?
La sincérité « chaud devant ! »
Foin des contraintes étriquées, retenues et obligations…
Moi, quand il me vient une idée, je veux la dire sans façons.
Il me suffit que les mots chantent,
peu m’importe s’ils chantent faux,
s’ils savent donner la cadence, pour ma part, c’est plus qu’il n’en faut.
D’ailleurs les mots font ce qu’ils veulent.
Laissez-les s’accoupler gaiement.
Sous votre plume,
en accouchant,
ils vous feront de beaux enfants :
des images à foison,
pamphlets, essais, romans, nouvelles,
en ribambelle…
Parfois, devenant polissons,
iront danser la ribouldingue
et jouer à saute-mouton,
ou rédiger leur inventaire,
comme chez mon ami Prévert.
Vous voyez bien, faut laisser faire,
c’est question de tempérament…
Vive la libre poésie, et que les mots claquent au vent !

Frangine

Fenêtre Morte

Fenêtre Morte

Le ciel est sur la ville,
Ni bleu ni gris :
Jaune livresque, scénique.
Aux visages urbains,
Des sourires crispés
Comme baignés de lutéine.

Seuls,
L’orage d’une improbable parousie,
La chair malade,
Les murs moqueurs,
Offrent dans l’écartèlement
Pareille nuance.

C’est, à la fois,
Un moment de plane morbidité,
Et de haute jouissance.
Le bon repas des fauves.
Sur leur costume de convives :
Aucune tache.

Peut-être faudrait-il
Quelque lecture pieuse,
Musique de motet
Ou même une chanson paillarde
Pour saisir toute l’orfèvrerie,
D’un tel instinct de vie.

Depuis mon studio en attique,
La main écartant le rideau,
D’un oeil badaud,
J’observe un peuple magnifique.

Quelqu’un m’a vu et dit d’une voix forte :
« Encore une fenêtre morte ».

HENRIPIERRE

Foucades de 4Z2A84

  Foucades

 
 
Allant peu souvent
Au bout de son rêve
Il n’est vie plus brève
Que celle du vent
 
Voyez comme il trotte
Vers le firmament
L’air froid qui s’y frotte
Dira-t-il comment
 
Son pas se soutient
Sans l’effort d’une aile
Lors d’un entretien
Presque solennel
 
Parmi les gravats
Il cherche une plume
A qui souffler  Va
Haussant le volume
 
Aussitôt lancée
La proie en profite
Pour tout effacer
Et courir plus vite
 
Sur la page blanche
D’où sortent des mots
Qui semblent normaux
Au ciel qui se penche
 
Vers eux pour les lire
Mais rien ne les porte
Qu’une vieille lyre
Lors le vent s’emporte
 
Et l’oiseau s’envole
Au loin vers la mer
Dont les fariboles
Trompent les commères
 
Et l’écueil s’installe
A l’entrée du port
Sur l’aéroport
Construit en cristal
 
 
 Et les baromètres
Font ce que veut l’eau
Sur des kilomètres
Franchis à vélo
 

Autopsie d’une taupe sans tripes

Elle porte une petite ritournelle
Au bout de ses dix doigts pliés
On dirait cette ombre à l’ombrelle
Froissée de ne pas colorier

Sa petitesse sans espérance
Menue dedans les yeux éteints
Elle se tait faute d’appétence
Pour les mots creux derrière le tain

Nul ne la plaint son vide lunaire
Crevette froide protège ses pas
Fourrés sur la route ordinaire
Des crevaisons qu’on ne répare pas

Familiers ses tours de nombrils
Etoiles éteintes au ventre mou
Tracé roulé qu’elle suit docile
Enterrent sa vie par en dessous

Tu sais bien toi qui lui ressembles
Combien sonder le noir nous perd
Descendre seule ou bien ensemble
Se sert du rien qui nous dessert

Phoenixs