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Midnight Détress

Une ombre saigne sur la barbe d’ébène d’un piano.
Un fantôme de skaï aux yeux embués de poèmes caresse sa soif et se pend sur un décolleté
Déchirant…
Plus loin, naufragé du comptoir, un désir fou étincelle sur un homme linceul;
Dans un coin de table, un éclat de tristesse rétrécit à l’infini sous les pupilles violentes de gens heureux…
Les bougies tremblent et se confondent de solitude,
J’avance à pas de miel, comme un orage apprivoisé,
Je crève de lune
Une musique, comme un bas invisible grésille, étrangle l’air,
Glisse sur un sol de paillettes et de cendres mouillées.
Une panthère écarlate et cloutée ronge une croix de bois, de fer ou de courage, qui lui donne l’air d’exister.
De l’autre côté du mur, un buvard se répand en voluptés de rimmel.
Et au fond du couloir, coule une larme obscure, un train de vie déraille…
Dans ce brouillard de gueules d’amours fracassés,
Une chape de souffre vient se coller à mon corsage
Et déteint sur les tresses d’une amazone religieuse.

Et soudain, entre deux cris infirmes,
Claudiquant sur un vacarme de savonnette,
Je te reconnais
Je retiens ta couleur sur ma peau
Flamme blessée d’abondance
Jus de pinède sur l’horizon
Minuit siffle sur le quai
Et d’un bout de ton regard de fer
Je me jette enfin du Midnight Detress

Oufff

Le vent ne gémit plus sous ma ceinture
Ma peau est tendue dans un ressac de caïmans
vendus comme hachoirs à des chasseurs d’hématomes furibonds.
J’avance comme un écrou et tombe sur le nez sirotant
D’un comptoir aux alouettes
Ou Mozart s’affale
Dans sa musique de nuit
En poussant des cris de chaises vides.
J’ai la lettre entrouverte
Frisottée d’une romance à l’eau de pluie
Le petit prince rumine sa guimauve
Pendant ce temps, je réverbère
L’absence de cendre sur ton front…
Des colères momifiées se réveillent
Et me prennent pour leur mère.
Je repère une mémoire
Volant un chien de fusil
J’ai balancé la mienne, depuis belle prunelle
Au premier roman de gare sur ton quai…
Et soudain des voix m’assaillent :
« Qu’est ce que tu fous si tard
A balayer des franges de gens heureux
Retourne dans tes chaussures
Va réviser tes bonheurs dans le pré ! »
Alors je tremble pour ne pas plier,
J’enfile un « peinoir » tout trempé
Qui m’ampoule, hystérique, j’électrogène mais pas trop…
« Démarre l’autre chapitre
En bas de l’escalier… ! »
Me hurlent-ils,
Je déraille mais j’suis pas sourde…
Alors je dévale et dévale
Des tonnes de marches funèbres
Colimaçon en bandoulière,
Surprise par le brouillard
Et par cette injonction sans compassion
Je gérondif à mort
Je claque des contre-danses
Je remets illico mes pinceaux au bourreau des cœurs de pierre
Et je m’éclipse sous verre
Au dessus de la cheminée

J’ai troué ma mémoire à coups de silencieux
Echappée d’air des normes iso thermiques
Réacteur numéro 3 surchauffé
Qu’on m’endorme
Qu’on me plaque sur le bitume avec les mains de Marylin
Qu’on m’embaume aux plaies des brumes
Qu’on mâche mon papier peint

Quelle heure est-il ?
A quel soleil levant ?
C’est quand qu’on arrive ?

Oufff