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la malade

 
L’expression de la malade était simple

Juste un frémissement de la lèvre supérieure

Suivi d’un e expiration nasale

La grenouille verte dont le cœur bat

Trois fois plus vite que le sien

La regarde sans ses paupières

Il n’y a pas de prince sous sa peau luisante

J’observe sa patte arrière et pense

Au nerf sciatique et son excitation électrique

A son muscle blanc qui se contracte

Et qui dégoute tant les anglais

La malade reprend une inspiration profonde

Toujours par le nez

Sa narine se dilate puis se relâche

Ses mains s’ouvrent en même temps

De la droite s’envole un papillon

De la gauche , la chrysalide ne s’est pas ouverte

Elle n’a pas vu s’envoler le diptère

Sa tête penche vers le cocon mort

Je crois qu’elle a envie de pleurer

Ou bien …. Ses yeux sont secs

Je me souviens du bistouri qui fend la peau

Des souris blanches

Pour mettre a nu ces petits organes crème

La malade me regarde maintenant

Elle voit l’envers de mes yeux

Elle voit les étincelles qui filent dans mon cerveau

L’activité fébrile de mes neurones épuisés

Est-ce un sourire ou rictus qui se dessine

Sur ses lèvres?

Les mandibules de la blatte arrachés à la pince

Sont disposés sur la feuille blanche

Mon dégout est passé

Il ne reste plus qu’a les dessiner sur mon cahier

Et les identifier correctement

Alors ses yeux deviennent opaques

Et disparait le faux sourire

Le papillon s’en est allé parla fenêtre entrouverte

 

 

 

 

 

Un pot d’échappement

Un pot d’échappement
A quoi sert de le tenir si serré entre ses doigts

Il ne s’échappera pas

Bien que son nom indique le contraire

C’est bien lui qui favorise la fuite de toutes les fuites

Ainsi dans ce wagon envahit de bruits sourds

Il tient lieu de secours

De roue de secours bien qu’il soit un tuyau

Le hasard du langage ou le hasard des mots

T’ont conduit cher tuyau

Bien des années après 20 ou même 30

En position centrale

D’une conversation nonchalante entamée

Entre deux verres d’une boisson pimpante

pleine de bulles et de vie

Alors parfois l’existence se résume

A ces souvenirs anodins

Et ces objets inutiles

Mais qui se trouvaient là un certain soir de blues

Ou toute notre vie se focalise soudain

Sur un tuyau chromé

Ridicule….

Il y a ces vingt ans que tout le monde chante

Il ya cette peau si douce

Et ses dents éclatantes

Il y a cette fougue

Il ya donc la vie

Et aujourd’hui

On sent qu’elle est partie bien loin

Trop tard…. Pour lui courir après

Mais qu’importe les tuyaux et la vie

Le chrome et l’énergie

Qu’importe

La fin des chemins et des routes

Des sentiers incertains

La fin de tout ce train

Qui file surement

Nous connaissons le bout

N’est-ce pas l’essentiel?

Marguerite ma vache

Marguerite ma vache

Le clocher de l’église sonne
Il est en avance
De quelques secondes
La jolie vache rouquine
S’en fiche
Marguerite a un fil à  la patte
Marguerite a le béguin
Pour la petite aiguille
De l’horloge de l’église
Elle lui fait tourner la tête
Et parfois son lait
Mais la rouquine s’en tape
De son lait
Du fermier
De son veau
Du taureau du voisin
Qui la mate à la terrasse du café
En buvant une vodka orange
La rouquine est une rêveuse
Et sur le parvis de l’église
Parfois elle tend son oreille
Pour écouter le tic tac de son aiguille chérie
C’est cloche qu’elle soit si haut
Là-haut dans ce clocher
C’est moche d’empêcher
Les amants de vivre leur passion
Pense Marguerite en mâchonnant
Son pissenlit par la racine
Et quand tous les jours
Elle voit s’accoupler petite et grande aiguille
L’instant d’une seconde
Elle souffre la rouquine
Elle souffre
Et tous les malheurs bovins
Tombent sur ses épaules
Elle rêve d’électronique
De pendule à quartz
De réveil à cristaux liquide
De clocher silencieux
De mosquée
De synagogue
D’athéisme
Pour ne plus soupirer devant sa petite aiguille

Mais voilà le fermier
Adieu aiguille
Envolés doux rêves
Il va falloir se laisser caresser
Avec brutalité
Par cet obsédé
Qui lui tire sur les pis!
 

Tequila

Un poème de Tequila – Aujourd’hui…

Un poème de Tequila

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Aujourd’hui à minuit

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Aujourd’hui à minuit
J’ai quatre vingt douze ans
Mais qu’ai-je donc appris?
J’ai appris les nuages
Qui se déplacent si vite
Les jours où souffle le vent
J’ai appris les champs de blé si dorés
Que mes cheveux les jalousaient
J’ai appris la rosée le matin sur mon nez
Mais qu’ai-je donc appris?
J’ai suivi des fourmis
Des milliers sans les comprendre
J’ai mis sur mon doigt
Des centaines de coccinelles
Pour qu’elles s’envolent
Vers le bon dieu?
Ou le mauvais…
Elles ne s’envolaient pas
Et faisaient marche arrière
J’ai appris la sueur
Des chevaux au galop
J’ai vu des vagues
D’une extrême violence
Se fracasser sur des rochers
Et me suis reconnue
Dans leur acharnement
A exister un peu
Aujourd’hui à minuit
J’ai quatre vingt douze ans
Je n’ai plus d’amoureux
Et je n’ai plus d’enfants
Juste un chat arthritique
Qui ronronne encore
Comme si l’amour
Dont on m’avait parlé
Toute ma vie durant
Se trouvait concentré
Dans la gorge serrée
De ce chat vieillissant
Qui ne sait même pas
Que son temps est fini

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Tequila – 2010

La tribu des collectionneurs de petits riens

 

Tribu, très difficile à comprendre si vous n’avez jamais fait d’introspection et si vous tombez amoureux de fleurs, de pierres, de photos, de tableaux, de poèmes, de femmes, de vêtements de stylos, de vases, de brosses à dents, de tubes de vaseline

Que sais je encore? De tout ce qui vous entourent, chiens, enfants, dents, jambes de bois!

Les membres de cette tribu ont le don de collectionner l’insignifiant

C’est-à-dire l’invisible, le méprisable, le « sans importance », le rien.

Les plus doués sont les petits enfants car pour eux rien n’est important hormis la tendresse de leurs parents et de leurs petites mains agiles ils dégottent tout ce qui est inutile:

Une capsule de bière rouillée, une épingle à cheveux tordue, une vis usée, une demi épingle à linge

Tous ces trésors, comme des reliques sont exposés dans de petites vitrines construites spécialement à cette intention par un artisan de la tribu dont c’est le seul travail.

Ces vitrines sont la fierté de chaque famille, quand des invités les visitent le trente septième jour du mois (car les invitations n’ont lieu que ce jour) ils les illuminent avec des guirlandes clignotantes composées de lucioles et vers luisants.

Certains enfants, mal éduqués certainement, ne trouvent aucun de ces petits riens, souvent ils sont  soit  gourmands attirés par le garde manger, soit  capricieux  tapant des pieds le sol toute la journée en hurlant.

Chez ces parents, la vitrine est vide et le trente septième jour du mois, nul ne pénètre chez eux car c’est un jour de honte ; ils vivent alors rideaux et volets clos et enfermant dans la cave leurs rejetons inaptes.

Le jour de la fête des « petits riens », une élection est organisée, celle du « petit rien » le plus insignifiant

Un jury d’experts « en rien » est présent, parfois ces femmes et ces hommes ont voyagé des jours et des nuits pour arriver à la tribu.

Chaque famille apporte le « petit rien » qu’ils ont choisi, et le jury délibère pendant des heures parfois

Il y eu une année ou la délibération dura un mois entier, pour que cela finisse le chef de la tribu, à l’époque, les avait enfermés dans une petite chaumière, sans vivres et sans boissons pour qu’enfin ils se décident.

Les « petits riens » couronnés partent dans un musée et sont exposés dans une vitrine, le musée en compte 45689!

Cette année, l’objet couronné fut : un ongle incarné dans un bigoudi!

Les parents et le bambin furent longuement applaudit!

C’est ainsi que l’on vit dans la tribu des collectionneurs de petits riens

a la vitesse du mur du son

 
 

A toute vitesse la voiture fonce
Et je la course en pédalant
Mon dérailleur cherche la septième dimension
La voila tout au bout du bouchon
La radio hurle « I can’t get no »
C’est un peu vieux
Mais mes pédales accélèrent
Un froid sournois bloque mes vertèbres
Mais pas mes jambes
Elles sont en béton
La voiture gronde
Combien de chevaux fous lâche t-elle?
Dans l’au-delà
Pas de ticket de péage
l’autoroute me dit: tout droit
Mon vélo se tord de douleur
On passe le mur du son
J’ai perdu une pédale
Maintenant je vois la voiture
Un point lumineux devant moi
Elle ne m’attendra pas
Sous la pression céleste
La voila qui explose
Macabre feu d’artifices
Tu es parti sans moi
Je suis tombée si bas
Accrochée au guidon
Comme à un parachute
Je suis tombée là bas
Sur une terre inconnue
Ou comme une incongrue
Je rôde jour et nuit
Et parfois je ramasse
Un bout de carrosserie
Les billes du roulement
Un carbu aplati
Un joint et un rétro
Mais jamais rien de toi
Parfois si, une odeur
Une chaleur, une caresse
Et enfin là je pleure