Historique de la catégorie : oulRa

Pattes de mouche

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Si je les considère une à une :

La première parle labiale, obnubilée par le déploiement des ailes.
La deuxième zézaie d’aise en sifflant tout sans un souffle d’air.
La troisième se tapote l’œil et la joue.
La quatrième tapote là où l’autre s’en tamponne.
La cinquième est un peu… Coucou, elle suit les longs cortèges ombreux.
Et la sixième ?
C’est elle dont le cri résonne dans les couloirs de la mort

C’est pour obtenir son silence que les ciseaux craquent.
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Des idées iodées

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Si je te croise émeu
à la démarche lente et pas peu sûr,
tu as sur l’épaule un autre oiseau tout en boa :
c’est celui qui te fait bouillir la marmite,
le chauffeur de terrine…
Et moi qui suis le petit animal soluble,
je regarde ton temps flotter comme un cadavre exquis,

Ophélie, sur une eau qui n’est jamais la même.

Un bruit et
je me terre dans la joue où les dedans grondent,
métropolitain de sous la peau,
sur le rebord de ma soupe aux très petites lettres…

Je suis le boitillement de la Gymnopédie qui s’égraine à l’étage
aussi imprévisible que la course du canard sans tête.

Longitudinal,
de ma petite poigne je boxe dans le vent qu’ignorante
tu déplace en passant.
L’étang de mes idées iodées
vague à lame et s’agrippe
à la chair bien rouge des mammifères marins,

on y vit dans ce carnage.
On se tapote du doigt la tempe, roulette rosse,
on gratte où ça fait mal

comme si c’était une fin en soi…

La marée fait bouger les lignes,
insolubles.

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Grues et rouilles

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De vieux rafiots limassent,
Dans l’eau pétrolifère
C’est d’où pendent ces lignes.

Des cornes et leurs cocus
De brume encore geignant
S’en vont de bars en bars,
Chaotiques ballots.
Sur diables, pauvres diables,
Suivant les « kenavo »…

Toujours entre deux eaux
Ils vont dans la mouillure
Où les grues et les rouilles
S’articulent et déploient
Leur art de l’équilibre
Pour y trembler la nouille.

Et puis en rentrant tard
De brume encore geignant
À la main d’un vieux clop
Ils se tiennent aux bittes
De l’aube aux goélands
Où des boutres s’enlacent.

De vieux rafiots limassent,
Dans l’eau pétrolifère
C’est d’où pendent ces lignes.
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Pour léviter

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Prendre son temps délicatement,
le conduire,
l’accompagner,
à l’intérieur d’un carafon sans bouchon.
Quand il est dedans,
poser sur le goulot un papier blanc buvard
pour que, dans le silence retrouvé,
il se calme. Laissez-le macérer,
méditer,
chantonner tout son saoul
son « quelque chose à faire ».

Une fois assoupi
(compter quelques heures,
quelques jours ou quelques mois,
selon la gravité du cas…
),
retourner la carafe comme une boule
où la neige tombe sur votre sacré cœur.

Et,
si votre terre à terre de « quelque chose à faire »
est suffisamment endormi,
vous pourrez constater que votre main qui touche
repousse le petit souffle rationnel
qui vous empêche d’être votre propre plume,
d’être détaché du sol de votre pensée.

Alors,
si tout va bien,
vous lévitez !
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Posologie pour éviter la procrastination

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Briser la brisure et faire jouer la serrure
extraire le trombone
souffler dedans pour voir son son
sermonner la truite de Schubert
déboucher le bouché
verser lentement dans la folie
rectifier la saison
déguster

Briquer la calembredaine
boire l’Amour dans son lit
faire s’accoupler loup et phoque
se soulager la lanterne

Mordre à la joue la poussière
hacher menue sa face
farcir le chou du fâcheux
savater par Ipon sa caillasse
cravater sa surface de pruneaux bien sentis
cracher au drageoir
garder sa dépouille pour le chien
(pour léviter voir plus tard)

Voter Clodomir
compter les vôtres au compte-goutte
en verser six en retenir deux
et devenir Shintoïste
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Diptyque matutinal

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Piqûre
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Ce matin je sens,
dans la mollesse molle
et à ma fesse gauche,
la piqûre d’une piqûre kleptomane
des rêveries d’entre deux aubes
(… comme si un corps mourant à grand bec
piétinait dans le nid de mes gadoues
au pied du caoutchouc).

Je n’aime pas ma petitesse
et moins encore
le développé géant des ailes
du moustique qui
zigzaguait à l’oreille de mon sommeil.
Son écho me poursuit encore,
me poursuit encore,
suit encore…
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Matutinalement
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Aux heures du petit jour
La nuit lacère d’écharpes
Les fenêtres s’éclairent en vacillant
Dans la tour en face
En se grattant la tête
Des rêves vaguent encore
De vagues rêves encore
D’érection matinale
Tu ne ressembles à rien pâleur et vase de nuit
Le satané réveil dépiaute ses secondes
En chips de sommeil

Premier métro
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Chère voisine

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Ma voisine nuitamment
Dans son évier, son lavabelle,
Se transforme en je ne sais pas,
En éléphante sans doute
Car elle barrit en s’ébrouant,
En hypopobrame peut être ?..

Et je l’entends en déclinante,
Je la devine dodelinante,
Comme un chien de plage arrière.
Quand ses ablutions sont séchées
Elle prépare un p’tit bouillon,
Pour son mari m’onsieur Gédéon…

(Il est onze heures docteur Schweitzer)
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Rebords

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C’est si petit chez eux
que la vie reste dans les chaussures,

posée sur le rebord.

C’est si petit chez eux
qu’on y dort pas ensemble,
pas côte à côte.

C’est si petit chez eux
qu’on n’y va pas, ou le plus tard possible
après les derniers déraillements du bar,
les pièces, l’arabe du coin
et les chambrées en boîtes dégluties sur le seuil.

C’est si petit chez eux
que tout se touche : le corps, le lit, l’armoire
la valise du retour dessus et le plafond.
La valise et la fenêtre,
le réchaud sur le tabouret,
le tabouret, le lit,
le lit et le feu qui,

en une flamme, consume
le sommeil loué à prix d’or.

C’est si petit chez eux
que la vie reste dans les chaussures
posées sur le rebord où,
à la limite, à la limaille,

des cartons dorment, avec chien, avec puces,
sous le pont,
dans la pisse des piles.

C’est si petit chez eux,
qu’ensemble dorment bêtes et hommes,
posés sur le rebord en cendre
du sang et lumière.
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Un serpent

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Relax,
avachi dans la canopée, il sort
sa moiteur de lubrique,
laissant tiédir la bière,
et son serpent s’ébranle d’une petite-main.
Sons du karaoké.

Corpulent, roux,
binoclard sourit, dit « Allons-y ».

Dans les couloirs du dos,
sa paluche descend aux fesses.
Sur la fille et la moquette de la chambre
constellée de brûlures
il referme la porte.

Et sous lui en sourdine,
pour quelque billet vert,
alors qu’étouffe
le jouet résigné qui abandonne,
cerclé de bras velus,
de sifflantes nasales,
il écrase le geindre.
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Il reprend son visage en partant,
dans Jakarta relax.
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Une vie de patachon j’vous dis !

(de Madame Michu, logeuse)
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Le poète a fait ses bagages,
avec le soleil tout bien plié dedans
avec sa mer aussi,
toute la collection de coquillages.

Il n’a laissé
que les bateaux blancs affalés comme des canettes vides,
les brouillons, les ratures
et ses petits tas de vieux mégots partout…

C’est pas très propre un poète !
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