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Permanence

 

Indifférent

le fleuve submerge

les humeurs humaines

leurs espoirs leur sueur.

C’est un pays de rocs

et de schistes

un pays d’ombres bleues

où le vent délire.

Un pays au cœur

si vieux

qu’il a oublié le bercement

de la mer reculée.

C’est un pays pudique

taiseux de naissance

saturé d’éclats de fer et de scories

un pays de plaies et de bosses

de larmes et de rires.

Un pays de rêves rougis.

Indifférent

le fleuve serpente

et ravage les rêves.

Ses eaux musardent

ou se pressent

loin des heures naufragées…

C’est un pays au cœur tendre

celé

qui ne s’offre qu’au marcheur entêté.

sans titre…

L’inattendu d’un rêve

moussu comme pierre.

 ..

En nos ravins et gravats

en nos lisières floues

la voix jaillissait

et berçante      dominait.

.

Elle était conteuse de brumes

fragments maternels

forêts où le songe nous possédait.

.

Nuit divisée

fil d’Ariane en vain dévidé,

on fléchit sans prendre garde

on cherche d’obscures cavités

pour se cacher pour se terrer…

.

Nous sommes soudain hors de

excentrés destitués absents

sans regrets tels des insectes évidés

un  jour de pierre humide

un jour d’enfance éteinte.

Silence

Silence

Hier à l’heure la plus silencieuse le sol m’a manqué : le rêve commença. L’aiguille s’avançait, l’horloge de ma vie respirait, jamais je n’ai entendu un tel silence autour de moi : en sorte que mon cœur s’en effrayait […] 

F. NIETZSCHE : « Ainsi parlait Zarathoustra »

.

.

On n’y résiste pas.

On craint son départ

son absence.

..

On est aux aguets

le bruit des autres n’atteint plus,

la voix des autres ne porte plus.

 .

Chambre close sur les pensées

ou rue désertée

espace boisé ou infini marin

matin triomphant ou soir ultime,

ni le temps ni le lieu n’ont d’importance.

On est au-delà du quotidien  

à l’écoute.

 .

 Il se lève alors en nous

il se déploie          il enveloppe

il domine.

Nous sommes le berger et la brebis

le passant et l’enraciné

le mot et son ombre.

 ..

Lui, par vagues nous submerge

il est l’harmonie intime

l’oasis qui  accueille

la frontière qui protège

le tout profond imposant.

 .

Il est le secret             l’essentiel

le rien que pour soi

la musique intime

du cœur           des artères

de la mémoire…

Réveil

 

Réveil

dans la douceur d’un rêve…

 .

Rythme de piétinements

craquement du bois mort

des odeurs surtout

celle de la pierre éclatée

de la glèbe humide

celle plus mouvante de l’amour

et puis ce goût d’un baiser de fruit

d’enfant          de femme peut-être…

..

Réveil un peu mou

dans le coton de l’aurore.

Le moindre bruit relie.

Quelques mesures de pluie

ou ce cri nu d’une gorge inconnue

tout est prétexte à la rêverie.

 ..

Lourdeur des membres.

On reste captif des lambeaux de nuit.

Il pleut.

.

Courte rupture d’avec le monde.

Révolte contre l’inachevé

d’hier et d’ailleurs

révolte contre le temps et ses corrosions

révolte contre les égarements de l’absente.

.

Un matin doux

où l’âme se repose encore

et tarde à s’attacher.

Temporel

 

Temporel

 

 

Parfois on aimerait

déchirer le temps

comme on déchire un poème…

 

On avait bien tenté

de l’ignorer          de le dompter

de le maudire.

On rêvait d’un temps lénifiant

tout en rondeurs dans la paume.

.     

On cherchait un temps

à pétrir avec des mots

un temps lumineux

qui éclairerait l’enfance

et les abeilles

un temps à odeur de lavande

et de linge frais.

.

On désirait un temps

bousculé         penché

comme un arbre

un temps qui effacerait

rouilles et ornières

qui déclinerait en arpèges

tous les mots perdus.

.

On espérait un temps

de mains fermées

sur la poussière du vent

sur le frileux de l’oiseau.

Un temps pour attendre

la maturité des fruits

et des choses              et des voix

un temps pour attendre

la venue lente de l’autre…

.

On voulait un autre temps

pour écouter son âme

criblée de trous

ses élans qui sourdent

telle une eau secrète.