Category Archives: Air-pur

Les champs inconnus.

Éviter les sentiers battus,
Explorer des champs inconnus.

Fouler les hautes herbes
Qui crissent sous les pas
Se piquer aux chardons
Affronter la vipère
Oser la faim, la soif.

Chercher, chercher toujours.

La sueur va sécher
À ton front fatigué
Le rythme de ton cœur
Soudain va s’apaiser
Et le violent soleil
Doucement va baisser.

Alors tu sentiras
L’humidité venir
Comme en ces soirs d’été
Où la brise fraîchit,
Apporte le repos
Et prépare la nuit.
C’est en ce moment-là
Que tu pourras sentir
Qu’il est temps de mourir…

Les serments.

Sous un porche, des amants
S’embrassent, font des serments
De cœur.
Serrements de cœur.
Brûlés comme des sarments
De vigne quelques instants
Plus tard. Et au firmament,
Des cœurs déchirés tentant
De survivre comme tant
D’autres étoiles pourtant!

Le Vau de Bouche.

Je connais un vallon au creux de mon enfance
Un petit bout de terre, un petit coin de France,
Un chemin caillouteux qui sent le champignon,
Où poussent des orchis et le grand laiteron.
Au plus fort de Juillet, dans la fraîcheur de l’ombre
Je craignais cet endroit où tout était trop sombre.
Je m’y aventurais, pourtant, car tout au bout
Se trouvait un ruisseau. J’aimais rester debout.
J’observais le courant nonchalant et tranquille.
J’oubliais un instant ma vie en grande ville.
J’ignorais à quel point, en regardant cette eau,
Je m’imprégnais de vie, je m’imprégnais de beau,
Et je ne savais pas que je suivrais son cours,
Malgré bien des détours, jusqu’à mes derniers jours.

Jadis, quand tu m’aimais…

Vide en moi: tu vis sans moi. Émoi d’envies, tourment des mots du mélo de ma vie, dans l’eau de l’au-delà. Molle estime de soi déçoit. De la suie, de la cendre, descendre au fond de moi, dans ce troublant trou noir. Comment danser? C’est con, danser, dans cet espace sans vie. Dans ce tombeau.
Ce corps pourtant si beau, quand nous dansions, jadis, quand tu m’aimais…

Haïku de froid

À l’aube légère
Les brumes dorées se lèvent.
Les rêves se couchent.

Dans le clair matin
Gelée blanche sur la mousse.
Combien de soleils?

Toi qui es si triste
Observe bien les mésanges:
Prends-en de la graine…

La femme fatale.

Je l’ai croisée, un jour, au détour d’une rue.

Elle avait fière allure dans son manteau noir
longues bottes de cuir silhouette élancée
chapeau à larges bords je la voyais de dos
quelques mèches d’argent tombaient sur ses épaules
le soleil du couchant jouait dans cette soie.

Lorsque je fus près d’elle et me sentant venir
elle fit demi-tour et je poussai un cri.

Son visage était blême un sourire mauvais
ou plutôt un rictus découvrait ses dents jaunes
son haleine fétide évoquait un charnier
et le son de sa voix était rauque et glaçant.

C’est alors que je vis, cachée sous son manteau,
La forme d’une faux.

Je l’ai croisée un jour
Mais ce fut le dernier.

Haïku de blues.

Le vent est si aigre!
Les oiseaux voudraient chanter
Autour d’un bon feu.

Les arbres tout nus
Lancent leurs bras vers le ciel
Tels des sémaphores.

Un matin humide
Entre brouillard et mystère
Flottement de l’âme.

Douce nuit.

Les oiseaux se taisent
De paisibles fumées planent
Et le jour s’endort.

Dans le vent léger
Le grand sapin se balance
Soupirs de la nuit.

Au loin la hulotte
Chante sa douce complainte
Et berce mes rêves.