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La maison tremble

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Soutenu par des murs le ciel pèse moins lourd

Mais les nuages restent sourds

A nos prières

La clé du cœur n’est plus sur le clou avec d’autres

Qui n’ouvrent rien pas même un coquillage

On la perd en aimant car l’amour s’attribue

Les dents

La chair en vain tourne des pages

Pour s’y trouver mais tous les livres

Partent en fumée

Une issue de secours une âme

S’introduit dans la cheminée

Pour apparaître en cendres devant nous

Qui avons enfin chaud

Devant des pierres froides

Les faibles tombent à genoux

Lèvent les bras atteignent le plafond

Un plafond malade

Où se multiplient les lézardes

Bientôt nous toucherons le fond

Du ciel

Il suffira d’un doigt léger

D’effleurer le premier bouton

Celui autour duquel on lit le mot Danger

La maison tremble

Et la porte se cache

Quand les fenêtres sont ailleurs que dans leur cadre

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Sans la femme la terre agonise

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Sans la femme la terre agonise

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Sans la femme la terre agonise – le feu

Ne se contente plus de couver sous la cendre

Il détruit ce qu’il faut à tout prix préserver

Il sévit sur le faîte et n’en veut plus descendre

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Ses flammes sans repos font des repas copieux

On signale au zénith frugal leur arrivée

Sans la femme au timon du monde les cheveux

Tombent avec les dents et les yeux sont crevés

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Avec la femme l’eau désaltère les gorges

On chante dans les champs où rayonne le blé

Un exemple aussitôt suivi par les champs d’orge

Avec elle la ville optimise comblée

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Sans la femme les rues perdent leurs perspectives

Avec elle flotter devient un jeu d’enfant

Les ailes des moulins cessent d’être rétives

Les vitrines refont la ronde en s’échauffant

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Avec la femme s’ouvre un volet dans l’espace

L’ombre des chambres cède et l’aube s’insinue

Par le trou de serrure où la clé se déplace

Et délivre sans bruit le fanal de la nue

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Avec la femme l’herbe a toute latitude

Pour pousser sur les murs des maisons caressées

Par des lueurs et l’onde acquiert la certitude

De sa propagation parmi les Fiancées

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THRILLER

Thriller

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Pour refroidir l’amant de ta femme une balle

De revolver suffit qui lui troua le front

Là siégeaient ses pensées coupables à l’abri

De ta justice : un coup de feu sauve l’honneur

D’un homme. Et tout le reste appartient à la nuit.

Tu roules depuis trop longtemps avec ce corps

Dans le coffre de ta voiture maternelle

Qui vous berce entraînée par un moteur – diesel ? –

Non. Le bruit de ton cœur couvre toutes les voix.

Même les hurlements ne troublent pas un mort

Quand plein du carburant qui le préserve il ronfle.

La douceur du volant est celle d’un clavier

Sur lequel il suffit d’appuyer pour que naissent

Des arbres sur le bord de la route ou des bornes

Dont les indications aveuglées par les phares

Tourbillonnent lettres et chiffres se mêlant

Puis c’est un hérisson écrasé – on l’écrase

A nouveau – le goudron l’amalgame à son jus

Les lueurs et le sang se disputent l’espace

Que la nuit leur consent pour éviter le pire.

L’homme s’il regardait la lune à cet instant

S’y verrait comme en son miroir elle s’étonne

D’avoir les traits tirés – sur le nez trop de poudre

Et le rimmel vanté par des vedettes fond.

La voiture poussée dans l’étang s’y enfonce

A des hululements répondent ses glouglous

La femme sort de l’ombre avec toutes ses perles

Nul flash pour l’accueillir mais au loin une étoile

Lui fait de l’œil comme à sa cadette un gamin

La fourrure restée dans le coffre s’humecte

Bientôt des renards bleus viendront la réclamer

Il ne fera ni nuit ni jour. Pour l’éclairage

On battra le briquet et suivant l’étincelle

Des yeux chacun verra le visage caché

Derrière un livre noir vidé de ses organes.

Tu marchais sous la pluie le revolver au poing.

Quand ta bouche s’ouvrit le canon s’y logea.

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L’eau l’heure et le jour

L’eau l’heure et le jour

Ont toutes licences

Hantés par l’amour

Ils troublent les sens

 

Et si l’on pardonne

Aux fées leurs erreurs

N’être plus personne

Agrandit mon cœur

 

Je vous aimais bien

Qui me le reproche

Le vent sait combien

Nos fronts furent proches

 

Quels yeux quel regard

Pour défier le monde

On me criait gare

Mais la terre est ronde

 

Mais l’herbe est sonore

Le torrent trop bref

Le teint se colore

Sans un couvre-chef

 

Si tu vagabondes

Rien ne sera plus

Pareil sur les ondes

Le diable évolue

 

Les trains les distances

La grange où l’on dort

Le drakkar qui danse

Et d’autres décors

 

Passent par ma tête

Je ne retiens rien

L’âne qui s’entête

Finit galérien

 

Les efforts de l’arbre

Pour s’acclimater

Transforment en marbre

Ce roi des étés

 

Si je reste en rade

A me tourmenter

L’oiseau vert s’évade

Et je suis sauvé

 

 

 

 

 

VERBIAGE

Dans le cadre de « Cour de récréation
bavardages… »
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VERBIAGE
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Je dédie ce poème à la brise…ou à la bise…ou à la braise.
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La mer nous cache des secrets
On l’explore
On y creuse des tunnels
On la fouille au corps
On torture les tourterelles
Dont elle encombre le décor
Dans lequel joue de la prunelle
Celle qui tient son rôle sur les planches
Je suis la mer dit-elle
J’en sais trop je me tais
Mais le chant des sirènes !
Mais les poissons volants !
Mais les dauphins savants !
Mais les algues jalouses
Des danses des almées !…
Les dents en enfilade !
Le sourire des vagues !
Les haies infranchissables !
Les repas que l’on saute
Faute de bifteck frites !
Cuite à point la mer sort du four
Et le théâtre désemplit
Ainsi la première est un four
On y testait la mise en plis
De la houle mais rien ne tient
Et les coiffeurs le doigt se fourrent
Dans l’œil au lieu de s’appliquer
A éloigner d’un chef chrétien
Les poux engeance éradiquée
Qui ne meurt jamais semble-t-il
Malgré nos manœuvres subtiles
Pour les défaire et nous flatter
De tenir à la saleté
Et plus encor à la vermine
La dragée haute et d’être utile
A la société qu’elles minent
Et dont nous défendons la cause
Toujours tu m’intéresses…
Dans nos tresses
Jamais plus de poux !
Mais la mer
Comme si elle naissait sous les doigts
De l’artiste…

A tire-d’aile

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A lui tout seul le peintre espère-t-il
Réchauffer le paysage
Marcher de ville en ville
Avec tout son avoir sur le dos
On renonce à cette entreprise
Comme à traverser le ciel
Quand on est privé d’ailes
Quand le cœur manque quand s’estompe l’espoir
De vivre assez longtemps pour se voir mourir
Après avoir dicté son testament
Aux plus avides des vautours
Quand les arbres en ont assez
De filtrer l’averse
De nous protéger contre nous-mêmes
De tirer sur leurs racines
De déterrer leurs enfants morts
A peine des fœtus
Mais l’avenir appartient aux plus démunis
Et les constructeurs ne les démembreront pas
Pour enrichir des collections d’osselets
Ni ne se tailleront des gants dans leur peau
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Nous tournons en rond
Autour de ce qui fut un monument
Ou un clocher ou un phare
Un réverbère habillé de noir
Le jour tarde à naître
L’accoucheuse s’impatiente
Le futur papa n’attend pas
Il allume son cigare et explose
Le bruit réveille dans leur berceau les bébés
Dont la nurse refuse sa langue à son amoureux
Il pleuvra longuement sur le jardin public
Et dans le kiosque s’effacera peu à peu le petit orchestre
Sur une décision du peintre
De ne représenter que ce qu’il imagine
Sa fuite en troïka sur les collines onduleuses
La fille du pasteur enlevée titrent les journaux
Mais elle est consentante sa sœur le sait
Sa sœur l’approuve sa sœur lui offre ses économies
Tout se passe de nuit sur les canaux
Le gondolier s’impatiente sous lui la gondole danse
La pirogue emportée de force par la rivière fougueuse
Bondit gifle l’eau s’arrache manque de verser plonge surgit surnage
Et le tam-tam avertit le roi
D’un pays situé à des milliers de kilomètres de là
– Mais d’où ? –
De la fugue du prince avec la première fée venue
Avec la dernière des sorcières
Et leurs chevaux ont été aperçus
Par Argus entre deux étoiles
Dont l’une débute sur scène ce soir
On l’encourage mais danser la mort du cygne
Devant des hommes qui par ennui mangent leur barbe
Devant des femmes dont la poudre forme des plaques sur les bajoues
Pourquoi
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Pourquoi se lever risquer de perdre sa place au lit ou au premier rang à l’école
Pourquoi porter un nom qui jure avec l’expression de son visage
Pourquoi ne pas posséder autant de mains que de poches
Autant de têtes que de cheveux
Et pour les chauves craignez l’extinction de leur conscience
Craignez d’entamer une âme au moment de mordre dans votre sandwich
Fermez la porte
Non pas celle-ci l’autre
Celle dont on cherche la clé dans un lac
On examine au microscope chaque goutte d’eau
Toutes sont des mondes dans lesquels
Une chaise longue t’invite à t’allonger
Tu choisiras d’y être à l’ombre ou au soleil
Et pour les boissons fais-nous confiance
Entre deux hoquets l’eau te montre son visage
Les yeux plissés elle sourit
Avant de s’élancer vers l’arbre
Dont la cime repeint les nuages d’un seul coup de pinceau
Le parfum de fleurs anonymes flotte
Au-dessus de la nappe maculée de vin violet
Il ne fait plus froid ni sous le crâne
Ni autour du livre fermé qui malgré l’absence de lecteurs
Rêve.
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Volte-face.

 

Rien ne distingue des autres survivants ce personnage qui construit dans ta tête un grand mur. S’il cherchait son semblable sans doute entendrait-il l’écho lui répéter le nom sous lequel les hommes se cachent. Tous travaillent à l’écart et au cœur d’une montagne dans laquelle le vent s’introduit par des oléoducs. Aussi faut-il, pour revoir le soleil, s’en extraire avec des passeports étudiés de très près sinon à la loupe. Mais parmi les curieux nul ne se plaint de prendre ainsi congé du ventre maternel – au contraire.
Le long du flanc toujours ciré des éminences, une luge glisse lorsque le téléphérique toujours en retard (à croire que son câble a des nœuds) use la patience et les nerfs. Ou bien le train où l’on a à l’avance réservé sa place sort d’un tunnel et se faufile à travers des sapins fiers ou indifférents vers la vallée. Wagon, luge et téléphérique vous emportent loin de votre tiroir et de vos précieux instruments. Ici le soleil luit comme un œil grand ouvert, ou comme un jaune d’œuf collé sur un tableau d’école, et le vent est si pur que personne ne réclame un tamis avant de le boire.
L’orage cabotine en montrant à tous sa gueule. Abrités, nous l’encourageons, répondant par des mots dont le poids varierait sur une balance, à ses coups de boutoir, lesquels font trembler le ciel. Fraîches bouches, n’hésitez pas à mordre dans les poèmes inédits et laissez la prière atteindre seule son but ! Si, en forêt, sont composées de lourdes symphonies, est-ce pour tenir à l’écart, voire pour éliminer les chants d’oiseaux ?
Le mur a changé de fenêtre – ou la fenêtre de mur. De là, regardons mourir l’averse tout en écoutant vibrer la crue des eaux comme un essaim de pneus sur l’autoroute. Qui sommes-nous pour tenir à l’azur de tels discours et pour nous souvenir d’avoir été une femme et un homme parmi des travailleurs nourris avec du son et la pelure des pommes de terre ? Ailleurs nous bâtissions des cathédrales ombreuses dans lesquelles les champignons proliféraient – dont certains vénéneux. Chassés par le jour des nuages y trouvaient refuge, et nous cherchions si dans l’eau condensée en fines gouttelettes, ne se cacherait pas une perle, à l’instar de celle qui mûrit dans l’huître, sécrétion dont nous aurions tiré profit en nous offrant un voyage autour du monde, en yacht – ou en rêve, sur Mars.

Le singe

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Les vagues se léchaient les babines Le linge
Le souffle de la mer le berçait sur les toits
Les villas pour répondre aux flots qui les tutoient
Leur faisaient don des fleurs qu’avait cueillies Solange
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Pacifique Sud 1979
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Où est-elle

Où est-elle m’a demandé la lune en parlant de toi
Et je n’ai pas su lui répondre
Tant j’étais étonné
Que la lune cette muette cette taciturne
Te cherchât
Et pour quelles raisons te cherchait-elle
Aurais-je dû lui dire que tu séjournais
Dans cette ville dont le nom
Me fait penser à un grenier ensoleillé
Dans lequel l’auteur de la chartreuse de Parme
Rêverait de ses voyages à travers l’Italie
Ainsi tu manquais à la lune
Et elle sortait enfin de sa réserve
Pour me tirer des informations
Des secrets peut-être
Je me suis abstenu de lui répondre
Mais en songe je l’ai vue se diriger vers ta maison
Elle y a trouvé dans un carnet l’adresse de ton séjour ailleurs
Et d’un bond s’est propulsée au-dessus des toits
Des toits de cette ville qui te retient un peu prisonnière
Son rayon se promenait sur toutes les fenêtres
Une à une et les fenêtres on le sait se multiplient
Comme les miroirs sur un lac quand l’eau s’agite
Puis il s’attardait sur un visage
Sans doute le tien épaté de voir la lune lui rendre visite
Ou incrédule et n’en croyant pas ses mirettes
Mais moi revenu de mes appréhensions
J’entendais distinctement le ruisseau murmurer éclaircie éclaircie éclaircie
Et les oiseaux à l’aube répèteraient le même mot dans leur langage
Et dans le chuchotement des feuilles de l’arbre bercé par la brise
Une oreille distinguerait les trois syllabes
E
Clair
Cie.

Dyspnée

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Mes montagnes et leur au-delà m’étouffent

Je cherche à respirer l’insipide

Des fleurs perdues de réputation

L’air quand il manque

Des haleines fades d’origine inconnue

A reprendre souffle puis à disparaître

Comme Virginia Woolf

Parce que le monde est trop beau trop riche

Parce que ni le cœur ni l’esprit

Ne sont en mesure d’accueillir

Un tel bonheur : vivre

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