Historique de la catégorie : 4Z2A84

À ceux qui lisent – Jean-Claude Barbé

Interrogez le vent qu’il vous donne la preuve

Qu’une flamme est venue se baigner dans le fleuve

Des oiseaux l’auraient vue mais se taisent prudents

D’ailleurs le baobab est leur seul confident

.

Il ne vous dira pas comment naquit l’orage

Qui souleva jusqu’au clocher un attelage

Où il resta pendu ni pourquoi les bateaux

Dès qu’ils ont touché terre imitent les châteaux

Et se font visiter par de belles personnes

Dont plusieurs ont les pieds fourchus on le soupçonne

.

À la gare un convoi de neige est arrivé

Pour vêtir cet hiver nos toits et nos pavés

Éclairer nos maisons nos rues notre église

On confisque leurs vers luisants à ceux qui lisent

.

Le train repart Le sol tremble Tourne la roue

Du bateau Sur le pont est-ce un chien qui s’ébroue

Le mur se bouche un œil puis l’autre et ne voit plus

Que des lueurs le noir n’étant pas absolu

.

Si le ciel se laissait caresser comme un fleuve

Les mains les plus usées seraient de nouveau neuves

On apprivoiserait la foudre et les éclairs

L’avalanche et les pluies chercheraient à nous plaire

En attendant le vent sans laisser de sillage

Fonce tête baissée dans le jour qui voyage

***

Extrait du recueil « Dormir debout, Poésie 1970-1975 » édité en 2010

Les morts rêvent… Jean-Claude Barbé

Les morts rêvent ; ils ont alors le sentiment d’être toujours en vie.

Endormis les vivants se croient morts. À la tête du lit l’oreiller est notre confident – le réceptacle de nos créations miniaturisées, d’un univers infini placé dans un cadre à l’échelle humaine – la coquille vers laquelle se tournent les voix intérieures et les musiques des étoiles quand tourne la manivelle.

Ne cherchons pas, parmi les milliers de clés d’un immense trousseau, celle des songes. Inutile de contrarier les ombres dont l’apparition suscite trop souvent l’effroi : elles passent comme des plis sous la porte fermée.

***

Extrait de « Regards perdus » 2017.

Épistolaire-Jean-Claude Barbé

Vous m’écrivez je ne vis plus

Depuis que le vent périclite

Est-ce à dire qu’en mordant les doigts

À mesure qu’il se rapproche de ses escarpins

Soulagerait cotre cœur pourtant bien décoré

Vous m’écrivez l’inqualifiable embrasure

Me fait tourner la tête vers le sens perdu

Comme si vous retrouviez vos vingt ans et une scie

Dans la boîte aux lettres désopilante

Que l’on a jeté par la fenêtre

Sous prétexte qu’elle défendait sa portée

Contre un photographe devenu muet

À la suite d’un séjour prolongé dans du vinaigre

Vous m’écrivez j’aurais dû vous parler

De la galette qui tourne sur elle-même depuis sa déconfiture

Et du tas de préliminaires cloués au mur

Par l’ennui qui préside aux chutes en deux temps

Et que vous ai-je dit du pois

Qu’il grandissait cela ne suffit pas

Vous m’écrivez et rien de retentit

En moi qu’un fer à repasser

Que l’aumône du sol au pied

Que la citrouille vouée à la maternité radicale

Que l’eau dévissée qui court se cacher

Dans l’acidulé comme le dernier des derniers

Vous m’écrivez désormais

Je ne lirai plus vos lettres

Sont-elles des réponses aux miennes

Ou les miennes après un long périple

Sur une mer qui a perdu la clé de son ressort

Et de ce fait ne brasse plus rien

Hormis de minces rubans

***

extrait de « Hors du sens commun Poésie 1995-2005 » – 2010

L’amour avec des si- Jean-Claude Barbé

Si je tombais à genoux
Devant ton image
Irais-je plus vite à nous
Que par le langage
Deux bras étreignant une ombre
Suffiraient-ils
À tirer d’un regard sombre
Des projectiles

Si les mots pour un moment
Cessaient d’exister
Si tu prenais pour amant
Le plus entêté
Parmi les hommes qui tremblent
Quand tu souris
D’un sourire qui ressemble
À du mépris

Si sous un manteau de neige
Ton cœur est au chaud
Le mien même pris au piège
D’un profond cachot
Montera vers la lumière
Tiré d’en haut
Par une jolie fermière
Comme un seau d’eau

Si le soleil reste encore
À te regarder
Quand se dresse le décor
De la nuit fardée
Entre dans ma chambre et plonge
Au fond du lit
Là les chimères en songe
Se multiplient

***

extrait du recueil « Des vagues » – 2010

Jean-Claude Barbé- Éclairante

Moi Eclairante

Je suis

Fille de l’éclair et de la foudre

Par les nuits d’orage vous me verrez coudre

Mon linceul

Le ciel que je lessive est mon seul

Amour

Regardez-moi tordre les nuages

Pour en extraire le jus

Écoutez-moi chanter les louanges

De la mer qui se met au garde-à-vous

Pour saluer ma couronne et mon sceptre dérisoires

Respirez ma fourrure

dans laquelle se perdent et se heurtent

Les vaisseaux aux ailes de marbre

C’est vrai j’effraie les arbres

Ils se rétractent sous mon regard lubrique

Ils s’envolent à la vue de mes ongles sculptés

Ils deviennent des planches étroites

Entre lesquelles je m’allonge

Pendant l’éternité

Mais l’éternité ne dure que le temps

De presser un citron

Allons

Si l’on doit me voir traire la lune

Que pensera-t-on de moi

Je fais le ménage au paradis

Dieu n’a qu’à bien se tenir

S’il ne veut pas que je l’aspire

Avec la poussière des astres

…extrait du recueil « Des vagues » Poésie 1998-2008

Billevesées et plus

Billevesée :

Définition :

1- Propos, écrit vide de sens et souvent erroné.

Synonymes. baliverne, faribole, sornette.

2 – Par extension : Idée, comportement, occupation ou préoccupation frivole, sans fondement réel.

Synonyme. chimère, futilité, niaiserie.

 

Source : le site (très bien fait, quoiqu’un peu complexe) CNRTL.

 

Donc, il nous manquait ce lieu, du tout et du n’importe quoi, et même si je n’aime pas ce qui est trop institutionnalisé, je le crée -ce lieu-

 

Le principe :

Vous avez un « truc hyper important à dire », postez le en commentaire de ce sujet.

Vous avez un « truc hyper pas important à dire », postez le en commentaire de ce sujet.

Bonne visite à tous !

 

Lire sur les galets, dans les cheveux de la lune, du haut d’une tour, depuis les yeux d’un enfant, etc

Bonjour à tous,

Ici ne sera pas un poème mais un sujet où chacun pourra, s’il le désire, venir partager en commentaire, un poème personnel, un souvenir, une réflexion, un ressenti ou tout autre qu’il aura en souvenir de 4z2a84.

 

Les « PPV », classés dans la catégorie « Plusieurs mains » se poursuivent, le prochain à paraître : le 13 août, dans le même esprit que tous les autres.

Les poèmes de 4z qui y figureront auront été extraits de ci de là parmi l’impressionnante collection de textes que Jean-Claude Barbé a semée sur Poésie Fertile et qui ne demande qu’à germer.

 

Éclaircie

 

Ce sujet sera replacé en première page du site, à chaque nouveau commentaire, ceci afin que les passants sachent, que Poésie-fertile est né, a vécu, vit et vivra grâce à Jean-Claude Barbé, 4z2a84

Pour atteindre la lune

un poème de 4Z2A84

 

Pour atteindre la lune, suivez ce sentier ;
Les somnambules en connaissent tous les détours
Et les dangers, car des pièges s’y dissimulent :
Sous les fougères impériales le métal luit.
Du grenier au ciel le ruban s’allonge
Et tous les ponts n’enjambent pas des abîmes…
Peut-on se fier au flair du chien aveuglé
Par trop de ténèbres primitives
Pour nous guider vers le personnage que nous jouerons
Quand le rôle du clown sera enfin libre ?
Joyeuse la lune asexuée nous tend son costume ;
Fards, faux nez et cheveux postiches appartiennent
A ceux qui, venant de trop loin, ne comptent plus.


4Z, 21 juin 2013 « Il y a des poèmes ».

Il y a des poèmes sur lesquels on flotte, et c’est agréable, surtout lorsqu’un vent léger guide votre embarcation.
Il y a des poèmes dans lesquels on se noie, et c’est navrant pour ceux qui vous aiment de ne plus avoir à supporter votre mauvais caractère et vos sautes d’humeur.
Il y a des poèmes trop riches, des poèmes qui veulent tout dire à la fois et qui fatiguent leurs lecteurs comme ils ont pompé toute l’énergie de leur auteur.
Il y a des poèmes insignifiants. Reposants ? On les lit dans le train entre deux gares. Mais on n’oublie jamais de descendre à destination.
Il y a des poèmes que l’on jetterait comme des mouchoirs en papier si le poids d’un livre n’arrêtait pas notre geste.
Il y a des poèmes écrits avec le sang – d’un autre de préférence au sien car là où le sang apparaît quel ennui !
Il y a des poèmes dont les auteurs ne savent plus qu’ils les ont écrits – ou bien ils les attribuent à d’autres et en vantent les mérites tout en songeant qu’eux-mêmes feraient mieux.
Il y a des poèmes dans le café au lait ou le thé ou la chicorée du matin; on en trouve autant dans le beurre quand on l’étale sur une tranche de pain; le sucre aussi en contient quelques-uns, mais ceux-là fondent trop vite pour être récités jusqu’au bout.

Le satellite

 

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A mes amis virtuels : Eclaircie, Elisa, Héliomel et Phoenixs.

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Je suis un satellite et je gravite autour

D’un cœur qui s’est perdu dans l’espace où le coup

De pied d’un footballeur l’a envoyé. Nos rêves

De retourner sur terre et d’y rire avec d’autres

Victimes d’un exil passager, se confondent.

Ce cœur sous un visage étonnamment gracieux

Me transmet par la voie des ondes sa surprise

De me voir lui sourire alors que dépourvu

De traits humains je n’offre à ses yeux qu’une sorte

D’enveloppe ; elle est faite en métaux résistants

Dont la fonction n’est pas a priori de plaire.

Mais en orbite autour d’un organe tout change

Pour un engin construit par l’homme dans le but

De s’espionner lui-même…Avec les mers prend-il

Assez de précautions pour éviter leurs crues ?

On sait déjà qu’il manque à l’égard de ses frères

Les singes, d’affection ; mais pour le bien des ours

Mettra-t-il à l’abri des trappeurs la fourrure ?

Si le réchauffement de la planète oblige

L’individu, afin d’y surseoir, à souffler

Dans des cornes un air glacé, je l’encourage

En le bipant dès l’aube. Il se dresse et se dit :

« Si je me lève tôt c’est pour ma sauvegarde. »…

Une orbite elliptique assure mes pulsions.

Le cœur dont j’ai parlé, le cœur aux joues trop pleines

Pour se priver longtemps d’une pluie de baisers,

Je le courtise avec de tristes arguments

Mais il a deviné, sous ma carlingue, un être

Fait de chair et de sang, comme lui, un pilote

Placé dans un cockpit démodé d’opérette

Par une association d’ingénieurs facétieux.

Nous descendrons du ciel. Une échelle de corde

Flotte au-dessus des mers ; nous nous y agrippons

Et pas à pas, barreau après barreau, nos corps

Transformés et pourvus de nageoires atteignent

La surface d’une eau souriante et docile.

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