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4Z, 21 juin 2013 « Il y a des poèmes ».

Il y a des poèmes sur lesquels on flotte, et c’est agréable, surtout lorsqu’un vent léger guide votre embarcation.
Il y a des poèmes dans lesquels on se noie, et c’est navrant pour ceux qui vous aiment de ne plus avoir à supporter votre mauvais caractère et vos sautes d’humeur.
Il y a des poèmes trop riches, des poèmes qui veulent tout dire à la fois et qui fatiguent leurs lecteurs comme ils ont pompé toute l’énergie de leur auteur.
Il y a des poèmes insignifiants. Reposants ? On les lit dans le train entre deux gares. Mais on n’oublie jamais de descendre à destination.
Il y a des poèmes que l’on jetterait comme des mouchoirs en papier si le poids d’un livre n’arrêtait pas notre geste.
Il y a des poèmes écrits avec le sang – d’un autre de préférence au sien car là où le sang apparaît quel ennui !
Il y a des poèmes dont les auteurs ne savent plus qu’ils les ont écrits – ou bien ils les attribuent à d’autres et en vantent les mérites tout en songeant qu’eux-mêmes feraient mieux.
Il y a des poèmes dans le café au lait ou le thé ou la chicorée du matin; on en trouve autant dans le beurre quand on l’étale sur une tranche de pain; le sucre aussi en contient quelques-uns, mais ceux-là fondent trop vite pour être récités jusqu’au bout.

Le satellite

 

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A mes amis virtuels : Eclaircie, Elisa, Héliomel et Phoenixs.

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Je suis un satellite et je gravite autour

D’un cœur qui s’est perdu dans l’espace où le coup

De pied d’un footballeur l’a envoyé. Nos rêves

De retourner sur terre et d’y rire avec d’autres

Victimes d’un exil passager, se confondent.

Ce cœur sous un visage étonnamment gracieux

Me transmet par la voie des ondes sa surprise

De me voir lui sourire alors que dépourvu

De traits humains je n’offre à ses yeux qu’une sorte

D’enveloppe ; elle est faite en métaux résistants

Dont la fonction n’est pas a priori de plaire.

Mais en orbite autour d’un organe tout change

Pour un engin construit par l’homme dans le but

De s’espionner lui-même…Avec les mers prend-il

Assez de précautions pour éviter leurs crues ?

On sait déjà qu’il manque à l’égard de ses frères

Les singes, d’affection ; mais pour le bien des ours

Mettra-t-il à l’abri des trappeurs la fourrure ?

Si le réchauffement de la planète oblige

L’individu, afin d’y surseoir, à souffler

Dans des cornes un air glacé, je l’encourage

En le bipant dès l’aube. Il se dresse et se dit :

« Si je me lève tôt c’est pour ma sauvegarde. »…

Une orbite elliptique assure mes pulsions.

Le cœur dont j’ai parlé, le cœur aux joues trop pleines

Pour se priver longtemps d’une pluie de baisers,

Je le courtise avec de tristes arguments

Mais il a deviné, sous ma carlingue, un être

Fait de chair et de sang, comme lui, un pilote

Placé dans un cockpit démodé d’opérette

Par une association d’ingénieurs facétieux.

Nous descendrons du ciel. Une échelle de corde

Flotte au-dessus des mers ; nous nous y agrippons

Et pas à pas, barreau après barreau, nos corps

Transformés et pourvus de nageoires atteignent

La surface d’une eau souriante et docile.

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Published by , in 4Z2A84.

 

Lire sur les galets, dans les cheveux de la lune, du haut d’une tour, depuis les yeux d’un enfant, etc

Bonjour à tous,

Ici ne sera pas un poème mais un sujet où chacun pourra, s’il le désire, venir partager en commentaire, un poème personnel, un souvenir, une réflexion, un ressenti ou tout autre qu’il aura en souvenir de 4z2a84.

 

Les « PPV », classés dans la catégorie « Plusieurs mains » se poursuivent, le prochain à paraître : le 13 août, dans le même esprit que tous les autres.

Les poèmes de 4z qui y figureront auront été extraits de ci de là parmi l’impressionnante collection de textes que Jean-Claude Barbé a semée sur Poésie Fertile et qui ne demande qu’à germer.

 

Éclaircie

 

Ce sujet sera replacé en première page du site, à chaque nouveau commentaire, ceci afin que les passants sachent, que Poésie-fertile est né, a vécu, vit et vivra grâce à Jean-Claude Barbé, 4z2a84

Billevesées et plus

Billevesée :

Définition :

1- Propos, écrit vide de sens et souvent erroné.

Synonymes. baliverne, faribole, sornette.

2 – Par extension : Idée, comportement, occupation ou préoccupation frivole, sans fondement réel.

Synonyme. chimère, futilité, niaiserie.

 

Source : le site (très bien fait, quoiqu’un peu complexe) CNRTL.

 

Donc, il nous manquait ce lieu, du tout et du n’importe quoi, et même si je n’aime pas ce qui est trop institutionnalisé, je le crée -ce lieu-

 

Le principe :

Vous avez un « truc hyper important à dire », postez le en commentaire de ce sujet.

Vous avez un « truc hyper pas important à dire », postez le en commentaire de ce sujet.

Bonne visite à tous !

 

Les voyageurs

Certains restent sur le quai

D’autres courent en vain

Et laissent leur valise à terre

A bout de souffle

Les plus rapides sautent dans la voiture

Penchent la tête et saluent de la main

La gare qui les a déposés

Il en est qui descendront en route

Sans se retourner

Quelques uns laisseront leur siège vide

Aux clandestins

Aux ombres qui ne manquent jamais le voyage

Assis près de vous

Familiers étrangers dont vous suivez le passage

Sur la vitre incassable

Paris Nice sans escale 6 août 2017

 

Même sans lire, la nuit et la lune

Appréhendent demain, limpide, lucide

Le vent, depuis trente jours, silencieux

Reprend au matin sa course

Poussant devant lui l’enfant frêle

Vers son destin incertainement dessiné

Les écailles des poissons frissonnent

Comme au meilleur temps des cris de joie

Dix, quinze ? Comment compter les pieds

Ecorchés au chemin des impossibles ?

Ou comment les rictus s’adouciront

À la première caresse de l’aube.

 

La pendule a cessé ses battements

Tout est tapissé de silence

Dehors

Dedans

 

Avouons nos secrets vidons nos sacs de cendre

Sur les crânes luisants des moines en prière

Le fleuve a des lenteurs dues à trop de méandres

Nous partageons ses jeux d’adulte et sa paresse

On suit d’un œil contraint le vol des perroquets

Un vol lourd illustré par des couleurs criardes.

De la rive nous font signe de jeter l’ancre

Des enfants au ventre gonflé

Et des mamans vêtues d’un pagne et d’un collier

Dont les dents d’animaux jouent leur rôle de perles.

 

Avec par ordre d’entrée en scène :

Phoenixs,  Éclaircie, Élisa.R,

Et

4z2a84 bien malgré lui, mais avec toute notre amitié.

Jean-Claude BARBÉ (24 avril 1944—14 juillet 2017)

D’un cahier d’hommage rendu par la femme, la fille et la petite fille du poète :

Faux départ

 

 

Je mourais. Je croyais mourir sous une étoile

Ma vie me chassait d’elle à coups de parapluie

Je vivais dans l’attente d’un jour très rare

Je regardais courir et se perdre mon sang

Sur les marches d’un escalier sonore

Vers la porte de communication avec la mer

Les flots sombres gargouillaient sur le seuil

Les chiens flairaient l’orage à travers la brume

Et j’étais mort depuis longtemps lorsque l’éclair

Réveillait les murs endormis la pierre usée

Les maisons sans mémoire et les puits dont l’eau pleure

Mais déjà le soleil prenait de la hauteur

Semblable à une fleur il éclairerait bientôt ma case

Je survivrais au pire et mon cœur réparé

Imposerait son rythme à l’éclosion du monde

 

 

Jean-Claude Barbé- 4Z2A84

Avides d’aventures nos yeux nous laissent les encourager à quitter leur nid.

Ils survolent la terre où tout rentre dans l’ordre

La vague y cesse enfin de se multiplier

Pour donner l’impression d’avoir le ventre plat

Et de ne faire qu’une avec ses sœurs de lait.

Du plancher les bovins saluent le train des fleuves

Dont les crues endiguées par devoir rétrogradent

Les gazons sont tondus les pavés alignés

Les rues débarrassées des algues et du lierre

On défroisse les draps de son lit on repasse

Avec un fer le linge où grimacent des plis

Il faut que tout soit net comme un ciel sans nuage

Sous le regard qui jauge et juge et nous effraie.

Quand nous songeons à fuir il l’apprend et nous fixe

Comme sur un tableau de liège un papillon

Epinglé. Dans l’évier une goutte de sang

S’écrase de seconde en seconde – on dirait

Le compte de nos jours passés. Sommes-nous vieux

Au point de retomber sans surprise en enfance

Avons-nous pour nous voir bourgeonner de bons yeux ?

Le vent ne revient pas de loin quand il conseille

Au toit d’être l’ami des murs de la maison

Aux murs de tenir tête à la tornade – aux tuiles

D’éviter de claquer des dents car la peur comme

Une maladie se transmet changeant un homme

Placide en un tremblant plateau de fruits de mer

La montagne arrosée d’alcool perd l’équilibre

On s’accroche à la queue des étoiles filantes

Mais le plafond sans porte ni lucarne

Reste l’obstacle

Auquel on se heurte toujours

Les bosses sur le front le prouvent

Il faut sortir autrement de sa tête

Trouver l’issue parmi pléthore d’oreillers

Dans ce grenier qui sert d’infirmerie

Je redoute en cherchant d’ouvrir une blessure

En riant fort je crains de réveiller des monstres

Si j’avais regardé par le trou de serrure

Je saurais avec qui je couche avec quel monstre

Puis en m’imaginant près d’une oasis mort

Je me serais peut-être vu dans mon cercueil

Ou humé dans une urne en dépit des atchoums

Je l’ai dit : le vent tourne il nous montre son dos

Il berce en espérant l’endormir le colosse

Dont la statue garde l’entrée du port

Comme un phare attentif

Ce phare le soupir d’Eve le déboulonne

Il tombe à l’eau dans un bruit d’explosion

Il entraîne le ciel avec lui dans sa chute

La voûte enfin trouée nous aspirons l’espace

Où rien de contraire à notre espoir ne circule

Où rien ne se décide où rien ne s’évalue

Où rien sans cesse essaie d’afficher son refus

D’être mais ne parvient qu’à perdre une virgule.

….

HISTOIRES

Histoires.

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On est libre d’aller à l’extrémité de la Terre

Là où le regard ne rencontre plus d’obstacle

Et se perd dans le vide

La fenêtre nous accompagne

Ses vitres sont des amies.

Tournez-vous du côté du lit

Quelqu’un que l’on ne connaît pas l’occupe

Est-ce un homme une femme ou une créature

Sans nom

Absente des plus gros dictionnaires ?

Nous lui jetons au visage toute la lumière

Dont nous disposons

Mais elle se tait

Comme un enfant qui boude…

Alors vous me faites signe de vous rejoindre au plafond

De haut on observe mieux le gazon

Consciencieusement tondu

Par un robot dont les qualités éclatent

Sur la pelouse à la cuisine et dans la salle de bain.

On ne le vend pas pour une bouchée de pain

Son prix monte à l’Argus

Nous l’avons obtenu après de rudes batailles

Contre un réseau d’esclavagistes.

Nous explorions – vous en souvenez-vous ? –

Le vide avec une vieille lanterne

Et n’y trouvions rien de comestible

On nous recommandait de changer d’église :

Ici les anges ne descendent jamais

Ils préfèrent les hôtels creusés dans la roche…

En montagne vous souffriez du vertige

Et moi je sautais à la corde.

Les arbres buvaient trop de vin

Ils titubaient en sortant des pages du livre

Où nous les dépossédions de leur ombre

Pour en faire des draps

Et des tapis.

Est-on libre de dormir debout

Quand la Terre en tournant trop vite sous les semelles

Produit des étincelles ?

Dans la chambre un autre visage occupe le même portrait

Il fut peint de loin par un artiste à bout

On peut le sortir de son cadre

Et le servir avec des marrons comme une dinde

Mais personne ne triche au point de perdre

Le Nord dans une forêt qui fut

Le refuge des licornes et des fées

On découvrit sous la fougère une piscine

Et autour de cette piscine des locomotives à vapeur

En état de marche sauf la plus fine

(Même les libellules enviaient ses antennes).

Le moineau trop serré dans votre poing

Demande grâce

Traduire en un mot son pépiement

Telle sera désormais la tâche de la flûte.

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Un rêve ?

…Et maintenant, laissez-moi vous raconter un de mes rêves. La dame du lac m’avait donné rendez-vous à huit heures du soir rue des Martyrs. Comme j’étais fermement décidé à m’y rendre en tilbury, et qu’il ne s’en trouve pas un dans la capitale, surtout en cette saison (c’était l’hiver), je pris la résolution de grimper sur le dos du premier passant venu. Une fois installé, je conduirais au trot ma monture…au trot si possible. J’utilisai d’abord une vieille femme sur laquelle je me serais tenu jusqu’à ma destination si la lenteur de son pas ne m’avait fait craindre d’arriver après l’heure dont nous étions convenus depuis toujours la dame du lac et moi. Aussi chassai-je la vieille avec des injures avant de me choisir une nouvelle monture parmi les attardés qui longeaient la rue de Clignancourt. J’avais bien remarqué un homme à forte carrure qui eût fait l’affaire, mais ne lui voyant qu’une oreille je me détournai de lui. Sur ce sujet en effet tous les manuels s’accordent : le porteur doit avoir ses deux oreilles, sinon pas moyen de le diriger. Un autre costaud se présenta, mais il paraissait aviné, et le temps me manquait pour faire des zigzags. Enfin d’une porte cochère surgit une femme. Une grosse. Sans attendre je la montai et nous atteignîmes ainsi le square d’Anvers où je crus voir, éclairés par un réverbère de style ancien, deux enfants se renvoyer un ballon. Comme nous approchions d’eux, quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’il ne s’agissait pas d’un ballon mais de la tête d’un autre enfant dont le reste du corps gisait tout près sur un banc de bois. Or j’étais trop pressé d’aller rejoindre la dame du lac rue des Martyrs pour perdre une minute auprès de ces galopins. Ma monture allait bon train et je me sentais heureux de vivre. Puis je remerciai la femme avec une tape sur les fesses, car nous étions arrivés à destination un peu avant l’heure prévue. Ainsi me restait-il le temps de fumer un dernier petit cigare.

Quand la lune…

Quand la lune glisse derrière les nuages comme la lame du couteau entre les pages d’un livre

Quand elle ne nous montre ni son sourire ni sur ses traits tirés la tristesse

On croit voir une taie sous laquelle mûrirait comme un fœtus l’œil énorme de la nuit

Mais que sait-on de ce regard voilé ? Un pressentiment nous avertit de sa présence au fond du ciel

Car le firmament n’est pas tout rose et les peintres l’étouffent sous le bleu par crainte,

S’ils laissaient aux ténèbres le champ libre, de leur permettre d’y construire des pièges

Tellement sophistiqués et tellement à l’abri des démineurs que le plus prudent parmi les anges

Et parmi ces créatures ailées dont le vol sous des voûtes musicales obéit à la mesure

Des poèmes dictés par les muses exigeantes aux bardes dont l’oreille ne faiblit pas avec l’âge,

Le plus prudent se laisserait prendre comme dans la toile ingénieuse de l’araignée le moucheron ;

Ainsi les ténèbres s’enrichissent et lutter contre elles nul ne l’ose

Excepté la lune quand le gardien de ce phare céleste ne s’endort pas sur le livre de bord

Dans lequel il consigne tout même ce qui à nos yeux paraît insignifiant ;

Avec nous apprendrons comment l’infini peut s’appréhender sans sextant ni boussole

Et pourquoi les étoiles usent entre elles d’un code où les lueurs jouent un rôle primordial

Afin de se transmettre des messages dont dépendent leur humeur et leur appétit.

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