Historique de la catégorie : Orgue-rouge

Chant clair

 

Nos yeux posés

comme des cautères

sur des fenêtres qui

au soir

s’ouvrent les veines

Le jour naît des lampes

puis rampe vers les ombres

qu’il tète

Une jambe trop courte

on écoute tout bas

la pendule qui boîte

qui regarde nos têtes

qui les compte et s’en va

Combien de nuits perdues

ont frappé à nos portes

Les arbres au dehors

parlent une langue morte

Est-ce bien le ciel

sous une aile

qui dort

La peau des mares craquelle

Toutes les mains tombent

Peu d’espoir à la ronde

sinon l’aube

derrière un rideau

qui porte la moitié du monde

sur son dos

Destitution

 

Un miroir à la nage remontait le courant

Dans sa barque le ciel pêchait des ortolans

amorçant l’eau avec du vent

le vent monté contre le ciel

tenu sur un ajonc

de remiser ses coccinelles

 .

Sous un pont qui passait une ombre qui pendait

haussa les épaules

Bien disposé le miroir fit de même

en tout point

 .

Difformes et violettes

des torches de bonne grâce

imitaient sur les rives des iris

Des torches entendez-vous

qu’aucune pluie ne soufflerait

Ah la pluie sous la coupe d’un tricycle

Dessus filait par les chemins de hallage

l’aigrefin siphonnant les nuages

le nez en l’air humant l’orage

 .

A bout de force et sur le dos

le miroir lui

fit la planche

C’est ainsi qu’il aperçut sans fenêtres ni portes

le bois ne trompe pas une maison ramper

A son pignon collés deux cyprès souples et délicats

comme deux cornes la guidaient

Le sentier qui la suivait éternel angoissé

interrogeait les pierres qui lui tournaient le dos

Bien incapable d’autre chose

le toit fumait l’automne roulé dans une feuille morte

 .

J’étais là sur la berge

dévasant un héron devisant sur le temps

En bataillon serré vous passiez devant moi

vos mains gigantesques en œillères

Mais ce nain chauve en bleu de chauffe

avec sur des rails invisibles

ce petit train tournant tout autour de sa tête

ce petit train sifflant

bien que vous dépassant tous

était-il des vôtres

 .

Au sommet de son crâne un voyageur égaré

la ligne  alourdie par un curieux bagage

un terrier vermillon sous un fatras de ronces

pointait d’un doigt sans fin tristement l’horizon

Un grand noyer brûlait aux confins de son ongle

je m’en suis approché les écureuils grouillaient

Je leur ai dit

                          Le Roi

Ils m’ont jeté des noix

L’archer

 

Ovale est l’éconduit

sous le vent des prairies

des cubes dans les yeux

des yeux qu’il tient en laisse

.

Deux faons se dressant dans

ses mocassins rayés

l’obligent à marcher

avec hésitation

Sur ses joues des goujons

mâchouillent les bouchons

que lance le chagrin

.

En chemin ses mains sèches

dans une meule taillent

une flèche de foin

dont la pointe fendra

la mouche de son cœur

.

Comme une gaze grise

que nul ne vit venir

un percheron hélas

sauveteur maladroit

aux boulets savonneux

viendra tout saboter

.

Verdissant d’embarras

les hautes belladones

empotées et pimbêches

donnèrent au printemps

des boutons que des nonnes

savantes mais fantasques

soignèrent à l’onguent

.

Le ciel fit peine à voir

frottant sa lourde panse

au bout des émondoirs

.

.

Contre-fugue

 

Tenue en laisse grise

tressée par des chaussées

la paroisse remue

le bout de son clocher

.

Est-ce le jarret de la grand-rue

que mord le jour bourru

Est-ce tordu l’orgue du vent

qui joue dans ce vallon

.

L’eau m’a-t-on dit dévore les ombrelles

M’attend sous l’ombre celle

qu’éteint mon regard sombre

.

Où est-elle

.

Les marteaux gloussent dans les resserres

Les poules qu’ils ferrent sabotent la menthe

Assurément les saisons mentent

N’y venez pas ou à pas lents

.

Alors à la faveur des fièvres

nous nous croiserons peut-être

un ballet sur les lèvres

de poussières pénitentes

.

Sur l’herbe haute et myope

qui tisse ses collets

traquant deux ou trois lièvres

pour de vieilles querelles

aussi vrai que possible

agitez vos oreilles

.

Entendrez-vous peut-être

l’étang polyglotte

raconter les fritures d’antan

l’huile fabuleuse des cinq noix

N’écoutez pas la rivière vous dire

que les arbres s’ennuient

bien qu’ils s’y noient

la nuit

De ce temps là

 

Les passoires fumaient à l’aplomb des siphons

Des murs les cadres tombaient

Plus un clou ne jouait le jeu

Mais rien n’effrayait davantage que ces limaces

faisant craquer à l’aube leurs vertèbres

Afin de les éviter les laitues lévitaient

Le vertige les prenait parfois à hauteur des toits

.

J’étais ce chien rêvant la nuit d’anciennes plaines

et qui mordait le jour éperdument sa chaîne

Fûtes-vous celle prisonnière d’un châssis

croquant une luciole à l’ombre des persils

 .

Et puis d’humeur le temps changea

provoquant portes et fenêtres en duel

Les champs de blé ondulèrent alors dans les armoires

où pendait sans faux plis le complet bleu du jour

Hormis là

partout il fit noir

Le tic-tac des pendules devint râle

On eu beau se frotter à leur remontoir

l’œil tendre d’un coucou en sautoir

l’intervalle des plaintes s’allongea peu

 .

Des murets les murènes sortaient

un chapeau de paille sur la tête

craignant la lune et l’eau par dessus tout

Sur le bord d’un cratère elles volaient au concert

que donnaient les marins las des marées et des mâts

Sensibles comme visqueuses le son des violoncelles

traçaient sur leurs joues ternes d’étroits chemins de sel

On croisait alentour d’étranges élégantes

au sourire d’hortensia

Le rêve figé

privés d’hiver

des enfants blêmes au loin

lançaient des boules de pluie

sur un bonhomme de vent

La forge verte

 

Je garderai pour moi l’errance des bois

les billets doux de l’eau qu’on écaille sur l’évier

Comment me faire entendre alors que dans sa forge

le printemps en cadence emboutit ses bourgeons

Écoutez sous l’aubier le vacarme des sèves

A peine peut-on suivre la course des loirs

comme un lancé de dés au creux de nos gouttières

Je voulais vous parler de toutes ces lumières

sur les grains d’une treille épinglées par le jour

qui guide le soleil aveugle dans nos cours

vous dire le vertige de l’étoile qui boite

qu’un rêve à ras de terre a versé en chemin

Me reste à soulever la fonte de ces heures

à étayer de lampes la table où j’écris

poser sur un feuillet la romance des lauzes

chantant l’éternité en boucle à nos oreilles

Avez-vous vu la nuit debout sur une chouette

poussée par une main sur l’argile des toits

et toutes ces abeilles ardentes et muettes

qui butinent nos yeux quand elle ouvre ses bras

J’écrirai quelques mots sur cette ruche immense

Mais je vous laisse là car les lavandes ont froid

Le bleu de leurs longs doigts jamais ne me trompa

Amis qui jusqu’au bout lirez avec raison

qu’aurais-je donc perdu que je ne cherche pas

J’ai dessiné au bas de ce brouillon

un trou

Tirez-en

et bien à vous

le ver rampant des conclusions

Rechute

 

Je suivais l’étreinte moussue des tuiles

frôlant les pliures du ciel

J’écoutais la foudre des roseaux

blâmant un lierre qui par le col

tenait un grillage essoufflé

J’avais oublié les derniers points du jour

sur un canevas de résédas

oublié le vitrail que la lumière

assemblait au travers des feuillages

J’avais oublié le vent sans gêne

se gorgeant à genoux d’un genêt

que la neige en biais farinait

J’avais oublié la neige et le vent

J’avais oublié l’hiver qui comptait

sur les longs doigts gercés des prêles

le temps qu’il restait à l’étang

pour retrouver l’eau claire d’un sourire

Et je vous vis mon père

silencieux toujours et tranquille

au chevet du soleil hémophile

Vous lui tendiez pour coton l’horizon

qu’il vous prenait je crois avec quelques frissons

Mais qu’avions-nous fait de si étrange

pour que le sol refuse nos ombres

Avez-vous comme moi penché la tête

vers ces cris d’enfants lointains

Leurs yeux étaient les vôtres

leurs yeux étaient les miens

Et sur ma langue de givre blanche

s’émiettait le souvenir du pain

qu’ils tenaient entre leurs mains

Qu’avions-nous fait de si étrange