Category Archives: Orgue-rouge

Ombre

Ombre par les pieds
qui me dévore
debout
va-t’en rejoindre un autre cœur

à l’œil comme au doigt
le soleil aujourd’hui m’obéit

il y a des ronces à mes genoux
j’ai cherché le chemin de l’enfance
toute ma jeunesse

parvenu jusqu’à l’âge voisin
les cloches se sont mises à chanter
à la place d’oiseaux malsonnants

si je sors des moutons de ma poche
c’est pour compter mes vieux jours

mais je sens bien qu’un convoi se prépare
et je décline
avec armes et bagages
le grand voyage que le ciel m’offre

Les moineaux

les moineaux de nos vertèbres

s’éclairent aux flambeaux

 

quoi qu’on en pense

leur peur du noir

est pareille à celle

des écrevisses

 

alors sous nos draps sans haleine

poussent des amandiers

mais allez

ce n’est pas que le temps  dise

il fait nuit

 

nuit à s’évaporer

à n’être qu’un mot au bord d’une oreille

oreille

pouvant être celui-là

nuit à s’attacher au vide

de l’autre rive

là où les voix perdues se signent

avant  de s’engouffrer

dans le vent

Il ne restait que la pluie

mère que manges-tu la terre

nos jambes flageolent a dit père

le ciel adipeux

n’exhausse aucune prière

 

oh mes amis où êtes-vous

boulant dans la pauvre infortune

le temps est une batte grise

qui sans surprise nous abat

 

où sont les bêtes et mon amour

qui entre l’arum et la lune

me rendaient chaque jour

chaque jour un peu plus homme

 

que dire du haut-le coeur

délétère de la pluie

 

oh mes amis

elle nous retire ses fils clairs

qui nous reliaient encore

à la nuit

Nous n’étions plus là

 

On les a porté ces bourgeons qui fleurissent à l’intérieur

On l’a refait cent fois ce petit lit de feuilles au-dedans

où venait boire son sang l’innocente bête

 

Puis tout prit le grain de l’ombre

 

S’éclairant d’abeilles la lumière nous chercha

parmi les venins et les corolles

parmi les grands silences terribles

 

Nous n’étions plus là

mais dans des maisons de cendre

habitées par de bienveillantes fumées

Elles seules savaient nous dire

la branche à rajeunir

l’œuf à dépoussiérer

et l’étoile à polir

 

Car oui

nous étions enfants des flamboiements

Et l’émerveillement fut toujours le même

de voir à l’aube l’océan jeté ses coquilles

sur la motte écarlate du jour

sortant de terre

Poème à la mouche

 

 

Une carpe au grand air

brillante et surdouée

commençait d’écrire un livre

Elle s’était amourachée du vent

qui lui tournait les pages

et qui par quelques remous

quelques courants légers sur les flancs

lui rappelait le bon temps

Elle écrivait ainsi toute la journée

affublée d’un pince-nez

préférant encore au parfum des fleurs

celui des vases

Après avoir lu tout ce qui s’était dit

elle entendait écrire tout ce qui n’avait pas été vu

la petite peau morte à l’aube

au coin de l’œil du grillon

les grands gestes clairs de la lumière

coulant entre les pierres

la pluie qui fait son nid

dans la haie de nuages

Cela lui demanderait de longs jours

de longues nuits hors de l’eau

L’eau dilue les sens disait-elle

Et les herbes riaient

Départ

 

L’herbe scie le vent

 

On entend de grands bruits

Sûrement les arbres qui s’en vont

 

Entre elles les fenêtres se regardent

Les portes frappent pour qu’on les ouvre

 

La pluie repart d’où elle venait

 

Il n’y a pas si longtemps

la lumière fit un geste

à toute chose

 

Les ombres les premières

nous quittèrent

On ne sut jamais rien

 

 

On ne sut  jamais rien

de l’enfant sous la lune

errant sur les chemins

une ortie à la bouche

 

Comme on prend une mouche

le soleil dans son poing

grésillait chaque nuit

du couchant au matin

 

C’est quand l’aube arrivait

pour lui prendre la main

qu’il ouvrait un à un

lentement chaque doigt

 

Sous les morceaux d’étoiles

qu’il mit devant nos portes

le vent vint déposer

un lit de feuilles mortes

Etat majeur

Les cartographies ne tiennent pas compte
du pays où je vis
Les mots montent à cru des langues tordues
La moue faussée par le fardeau
les poulpes s’entichent de vilebrequins
Pays de mollusques et de trous
où les flaques édentées suçotent des soleils mort-nés
où les talus de lumière rôtis
s’offrent à la gueule avide du vent
On applaudit le soir la pureté du bouton
que le ciel dégrafe
On pense au fouillis des meules
au pavois des acanthes
On pense à l’encrier où les guêpes
viennent tremper leurs anneaux
Et puis on dort
à l’écart des murs
On se berce
sur des traversins feutrés d’averses
que perce le son des flûtes traversières
Les cartographies ne tiennent pas compte
du pays où je vis

L’inconnu

Il y a bien sûr l’absurdité des acacias
la sentence froide des pâquerettes
Il y a les non-dits du clocher
le cillement des faïences
Il y a la commémoration des tue-mouches
les séquelles du mérite
Il y a la fumée des silos
toujours
toujours l’oisillon des feuillées
Il y a toujours ma pendule somnambule
toujours ma pendule
toujours
Il y a surtout
dans le berceau que font mes os
l’enfant qui tète le ciel
sous son masque de houx

Numéro

 

Le moucheron des parlottes gobé

loin des entresols

sous les petits greffons blancs du ciel

au bout des croisillons que font les chemins

parmi les champs

nous écouterons dans la dernière citadelle

au bord de son lutrin

le vent

.

Des paons

l’œuvre centrale

l’éventualité noire fera trembler

.

Seulement le jour applaudira

court lampion