Category Archives: éclaircie

Douze heures

 

J’ai prélevé la moelle du moindre de tes mots

J’ignore maintenant qui me guide la main

Le chemin vers le puits envahi de broussailles

Paraît me rejeter avant d’être comblé

J’ai trouvé la rivière alanguie sous la glace

Pas le moindre soleil pour redonner l’élan

À peine une ombre bleue gerçure au bord du ciel

N’osant laisser suinter le sang pour réchauffer

Midi dans ses appétits glauques et stériles

La couleur de mes yeux devra se délaver

Avant qu’enfin pénètre une image en relief

Et je pourrai t’offrir un éclat de mes nuits

 

 

 

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Fenêtre au mur aveugle

Les yeux perdus murés par le lierre

Qui toujours refuse le passage

À quiconque cherche la mer

Ou la source

Pour croître à nouveau

Se diluer lorsque la route n’offre plus de détours

Mais quand l’eau toujours porte plus loin plus haut

Les notes et les sons qu’elle place dans une bouche inerte

Ainsi le visage se bâtit autour de lèvres

Bien plus tard on remarque un regard émergeant

D’orbites ombrées que d’épais sourcils tenaient à l’abri

À l’abri de la laideur ou de la lumière si vive

Qu’elle brûle les rétines ne laissant plus d’alternative

Au sommeil agité et sans rêve

Parfois une main large et douce

Cherche une joue pour s’y réchauffer

Du pantin cette silhouette affiche encore le geste saccadé

Le déséquilibre indispensable au questionnement

Sur la dislocation esthétique de la folie

Celle que l’on retrouve après que l’aube est passée

Dans cette vie dessinée par les visiteurs intrépides

Où les contorsions des bras et des jambes

Ne mènent pas plus loin qu’à la surface de l’étang

Immobile pour ne point troubler la vase et la vue

Et l’homme se lève s’éloigne se tait    renaît

Matin

 

Attendre encore un peu
-La lune caresse le tilleul-
Attendre, fermer les yeux,

Ne pas guetter sa respiration.
Il n’est plus là.
Le chien-ce n’était qu’un chien

Demain déjà s’affiche
A contre temps, à contre sommeil
Je veille et vous dormez

La lune atteint le toit

Se lever
Tisonner le feu
C’est là, dans la chaleur
Que se dessinent les spirales
Où l’on peut lire
Tout ce que je n’adresse à personne
Mais bien à vous tous
Mes indispensables

Un jour de plus
Guetter l’écueil
Et les bourgeons

Ne pas penser
Ne pas penser aux murs
Ils reviendront

Un thé-le froid-dehors-le gel-vibrant
Les crocus bientôt

Demain commence

 

Parfois on avale les mots…

 

Parfois on avale les mots comme un tunnel avale les trains, sans les digérer.

 

Personne, pourtant, ne se trouve simultanément à l’entrée ni à la sortie des tunnels et ne peut dire ce qu’il advient des passagers dans l’intervalle.

 

Certains tricotent sans doute d’interminables écharpes de fumée qu’ils lanceront par les portières ouvertes des wagons, si le voyage se termine. D’autres se dessinent sur le visage des paysages bucoliques, car on sait bien que les trains recherchent les troupeaux pour parader et se faire applaudir.

Dans les compartiments, les bagages bâillent et réclament que l’on éteigne les lumières, tandis que les plus hardis des voyageurs, dans les couloirs, tentent de creuser le sol pour retrouver le fil de leurs pensées, les aiguilles de leur montre et le tracé originel des premières rivières.

 

On dit même qu’un astre factice éblouit les yeux des plus fous les entraînant à lire les petites lettres inscrites sur les paupières de la lune (mais eux sont des poètes et personne ne s’étonne de leurs bizarreries).

 

Et les chauves-souris désireuses de partir en croisière se cachent dans les chignons des plus belles femmes, se doutant bien qu’elles sont sirènes retournant à l’océan…

 

Un poème d’Eclaircie.

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On attend des arbres qu’ils retiennent le ciel
Comme on s’accroche au fil quand se découd la nuit
La rivière qui a vu naître le reflet de la lune
La poursuit dans sa course sans jamais se tarir
Mais déjà le matin abandonne le rose
Qu’il laisse aux nuages plongeant dans l’océan
On se retrouve seul dans ce cadre exigu
Avec la lumière écrasant tous les murs
On froisse le papier dont l’encre a disparu
Et l’on attend un chant pour tracer le chemin
.
Eclaircie MCB
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Chères ténèbres.

Un poème de MC.B.
.
«

J’ai coloré de noir ces instants qui devraient être bleus, venus de si loin.
Il me faudra prendre ma palette et tout repeindre.
Je choisirai la couleur de la nuit,
lorsque la lune lui donne cette teinte opaline,
lorsque les ombres des arbres frissonnent…
Quand la terre dort sous l’aile du moindre oiseau.
Quand les chevelures sur l’oreiller sont le refuge de toutes les vagues.
Quand l’eau suspend son souffle pour se délecter des reflets de l’astre lunaire.
Ne pas me retourner, savoir que les enfants n’ont pas d’âge,
que seules les pierres de ces murs élégants,
celles qui protègent, chantent à qui sait entendre.
Même si les jours diminuent désormais, les nuits sont à moi, le soleil n’y peut rien ! »
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MC.B.

Je n’aime pas le piano

Sur « La Gnossienne n°1 d’Erik Satie »

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Les oreilles envahies de sons. Je n’aime pas le piano. Pourtant, l’instrument est beau, la musique belle, l’artiste doué, oui, les doigts virtuoses, oui. Mais je n’aime pas le piano.
Ma psy l’explique par un traumatisme de l’enfance : Grand-mère m’a acheté un tel instrument, enfin presque. Cinquante centimètres de large, vingt de haut. Des cordes comme des baguettes de brasure pas même d’argent, non plus de cuivre; un clavier qui n’a pas résisté à ma première pulsion.

Comment leur dire ?

J’entends, j’écoute, j’entends à nouveau, réécoute…et encore…

L’eau ricoche sur les galets
La pluie en résonance
Digitales assoiffées
Les perles les désaltèrent.

Le noir, le blanc, la peau
Douceur de la lumière
Ancolies
Doigts de fée en calice
Cascade légère.

S’égrènent le temps, les notes
Les bribes.

Allongée sous la rosée
Les étoiles pour seul ciel
Se dire que l’on a aimé
Que l’on aimera peut-être encore…
Plus tard.

 

Ancrés-Vivants

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..

La poésie

 

Le plus grand des gouffres

capitonné de nuages

la lune toujours présente

le soleil pour la mettre en beauté

les croissants qui deviennent ellipses

les spirales qui traversent l’océan

le couloir sous cette mer

tunnel à ciel ouvert pour boire

se désaltérer des mots peints au mur

glissant sur les parois devenant teintes imaginaires

pointillé de points virgule

musique à la portée infinie

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Vertige des profondeurs

la vie en apesanteur

la solitude emplie de mille présences

la présence pour seule compagne silencieuse

comme une forêt sans arbre

quand ils sont ailleurs

plus profondément ancrés

dans nos avenirs

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La poésie

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Un gouffre

d’où l’on sort vivant

ou non

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L’homme seul

par l"Aquarelliste-Anartiste
L’homme seul
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Ciel rose bleu ou gris
l’homme marche face à la mer
l’écharpe au vent
à la main une canne
Le passé lui a offert quelques rides
un sourire envoûtant
et cette soif de liberté
qu’il savoure
les yeux tournés vers l’océan
qui s’y reflète
berçant sa solitude
.
L’aquarelle toujours
fidèle compagne de son chant
Sur une aquarelle de
Aquarelliste-Anartiste