Category Archives: Phoenixs

Lire sur les galets, dans les cheveux de la lune, du haut d’une tour, depuis les yeux d’un enfant, etc

Bonjour à tous,

Ici ne sera pas un poème mais un sujet où chacun pourra, s’il le désire, venir partager en commentaire, un poème personnel, un souvenir, une réflexion, un ressenti ou tout autre qu’il aura en souvenir de 4z2a84.

 

Les « PPV », classés dans la catégorie « Plusieurs mains » se poursuivent, le prochain à paraître : le 13 août, dans le même esprit que tous les autres.

Les poèmes de 4z qui y figureront auront été extraits de ci de là parmi l’impressionnante collection de textes que Jean-Claude Barbé a semée sur Poésie Fertile et qui ne demande qu’à germer.

 

Éclaircie

 

Ce sujet sera replacé en première page du site, à chaque nouveau commentaire, ceci afin que les passants sachent, que Poésie-fertile est né, a vécu, vit et vivra grâce à Jean-Claude Barbé, 4z2a84

Billevesées et plus

Billevesée :

Définition :

1- Propos, écrit vide de sens et souvent erroné.

Synonymes. baliverne, faribole, sornette.

2 – Par extension : Idée, comportement, occupation ou préoccupation frivole, sans fondement réel.

Synonyme. chimère, futilité, niaiserie.

 

Source : le site (très bien fait, quoiqu’un peu complexe) CNRTL.

 

Donc, il nous manquait ce lieu, du tout et du n’importe quoi, et même si je n’aime pas ce qui est trop institutionnalisé, je le crée -ce lieu-

 

Le principe :

Vous avez un « truc hyper important à dire », postez le en commentaire de ce sujet.

Vous avez un « truc hyper pas important à dire », postez le en commentaire de ce sujet.

Bonne visite à tous !

 

Les voyageurs

Certains restent sur le quai

D’autres courent en vain

Et laissent leur valise à terre

A bout de souffle

Les plus rapides sautent dans la voiture

Penchent la tête et saluent de la main

La gare qui les a déposés

Il en est qui descendront en route

Sans se retourner

Quelques uns laisseront leur siège vide

Aux clandestins

Aux ombres qui ne manquent jamais le voyage

Assis près de vous

Familiers étrangers dont vous suivez le passage

Sur la vitre incassable

Paris Nice sans escale 6 août 2017

 

Même sans lire, la nuit et la lune

Appréhendent demain, limpide, lucide

Le vent, depuis trente jours, silencieux

Reprend au matin sa course

Poussant devant lui l’enfant frêle

Vers son destin incertainement dessiné

Les écailles des poissons frissonnent

Comme au meilleur temps des cris de joie

Dix, quinze ? Comment compter les pieds

Ecorchés au chemin des impossibles ?

Ou comment les rictus s’adouciront

À la première caresse de l’aube.

 

La pendule a cessé ses battements

Tout est tapissé de silence

Dehors

Dedans

 

Avouons nos secrets vidons nos sacs de cendre

Sur les crânes luisants des moines en prière

Le fleuve a des lenteurs dues à trop de méandres

Nous partageons ses jeux d’adulte et sa paresse

On suit d’un œil contraint le vol des perroquets

Un vol lourd illustré par des couleurs criardes.

De la rive nous font signe de jeter l’ancre

Des enfants au ventre gonflé

Et des mamans vêtues d’un pagne et d’un collier

Dont les dents d’animaux jouent leur rôle de perles.

 

Avec par ordre d’entrée en scène :

Phoenixs,  Éclaircie, Élisa.R,

Et

4z2a84 bien malgré lui, mais avec toute notre amitié.

Fin des bégonias,

Les résidents retrouvèrent le petit monde, devenu familier, des touristes du macabre et des croque morts de la sensation forte. On déroula les circonvolutions causales, consécutives, butées et sourdes.
Certains y perdirent leur latin, d’autres leur cyrillique.
C’était Babel.
Anthelme naviguait accroché à son sourire public de bon aloi qui semblait en dire long.
– Je suis sur une piste
– Je vais trouver
– Je sens que ça vient
Chacun le félicitait pour son flegme, son élégance de lieutenant urbain, ce raffinement dans les supputations et les hypothèses verticales.
On hasarda Poirot sans la moustache.
On osa même Holmes.
Les plus hardis lui demandèrent un « orthographe ».
Mais le « bouc à mystère » prenait de l’ampleur mystique.
Pas l’ombre d’une solution.
Un voisin des « Palétuviers » en vint même à penser qu’il s’agissait d’un œil de bœuf déposé pour conjurer le mauvais sort. A quoi une voisine des « Magnolias » soutint qu’il s’agissait d’un œil de vers comme dans la pantoufle de Cendrillon.
Bref.
On faisait chou blanc, on pédalait sur une mer de sarcasmes.
Le parquet s’impatientait et le ministre de l’Intérieur grillait son forfait en vain.
Le Barbier, qui suivait la « découpe » depuis le début, interviewa le légiste perdu « L’œil était vidé de sa sclérotique et le cristallin muet, il semblait que le meurtrier s’était acharné sur l’iris en utilisant un couteau Suisse dont il ne pouvait citer la marque ».
Ce n’est pas Honorine, encore moins Germaine Epinard qui dénouèrent « l’Affaire », c’est le pur hasard malicieux…

Cette fois-ci les choses se compliquaient bougrement.
Le préfet déclencha un couvre-feu sur les résidences qui prirent l’allure de blocs fantômes dans une zone vague et troublante.
Plus personne ne descendit ses poubelles triées entre 18h00 et 7 heures du matin.
Les plus âgés s’enterrèrent dans leur appartement.
Mlle Millot acheta une machine à écrire électrique ce qui lui permit d’être plus opérationnelle dans le combat olympien du courrier envoyé à « qui de droit » dont elle n’obtint jamais de réponse.
Mr Poulit, à bout de force, fit piquer Folichon qui crevait de neurasthénie en l’absence de son réverbère.
Quant à Mme Vichnu, elle ne put jamais raconter la troisième affaire à sa fille, le fournisseur d’accès venait de lui couper la ligne en raison d’abonnement non payé.
Mais.
C’est oublier que les Parques, qui nous font toujours filer un mauvais coton quelle que soit l’aiguille dans le mort de foin que l’on cherche, aiment à nous engluer dans leur pelote de haine.
C’est pourquoi elles choisirent la veuve du troisième, Mme Augustin Fernande née Guillaumette, pour relancer « L’affaire » qui menaçait de ralentir le « buzz ».
En effet,

Mémé dans les bégonias.

« Pour le foutu ballon de ces crétins de gosses du quatrième ! Manque encore me casser la seringue à six plombes, tous les matins c’est la même histoire, nom de nom de nom de… » C’est en tâtonnant à la recherche de la minuterie qu’elle enfonça ses doigts épais parfumés à l’éther dans ce qui lui sembla être une peau de balle. Enfin, pas vraiment.
Le néon l’aveugla.
La surprise fit tomber sa mâchoire inférieure, côté bridge, et lâcher la tête parfaitement nettoyée qu’elle avait saisie entre le pouce droit et l’index près du garage de la famille Derby. Mr Poulit, tout en retenant un Folichon surexcité, découvrit la malheureuse, hagarde sous le saule miteux de l’allée qui menait aux « Palétuviers ». Quelqu’un entrebâilla son volet et lança à tout hasard « Vos gueules ! » dans leur direction.
On y serait encore si Mme Epinard, forte de sa première expérience n’avait, encore une fois, pris « L’affaire » en gant de fer.
Ce ne furent pas Jeannot et Jeannot qui débarquèrent, ils venaient d’être mutés à Cholet, mais l’inspecteur chef Anthelme Closerie, homme de terrain féru de crimes louches et de meurtres à la petite cuillère, secondé par un jeune stagiaire en « situation » Honoré Lilas, qui venait de rater son concours de vétérinaire.
Chacun répéta son antienne « Non, on ne connaissait pas cette tête »
« Oui, on en avait marre de voir tout ce monde dans la résidence, cela finirait par attirer la poisse, cette morveuse du malheur »
« Non, il n’y avait pas de cimetière à proximité qui expliquerait cette avalanche de macchabées ».
Le médecin légiste conclut à une ou deux heures près, que la mort se situait entre…et… Le crâne a semblait celui d’une adolescente entre…enfin rien de neuf.
Le quotidien local envoya son pigiste, tandis que le Barbier dépêchait un reporter de guerre afin de photographier la « chose ».
Mais, le crâne avait disparu.
Personne ne put remettre la main dessus.
Une stupeur incrédule se glissa dans l’ombre des résidents.
Anthelme Closerie eut beau fouiller la résidence de fond en comble il ne retrouva pas la tête.
Les enfants du quatrième se virent définitivement privés de parking où de fait le « jeu de ballon était interdit ».

Mémé dans les bégonias ( suite)

Melle Millot détestait en vrac : les boulistes de « l’amicale de la joyeuse testostérone » qui terminaient invariablement leur partie sous son balcon, les enfants qui déchiraient le silence à coups de hurlements incompréhensibles tous les mercredis après-midi, les jeunes du samedi soir épuisant leur « chichon » sous ses fenêtres, exprès, pour la voir surgir à sa croisée, bigoudis en rang d’oignons, chemise de nuit bouclée sous le menton en galoche, chicots tremblants sur ces mots terribles « C’est pas fini de réveiller les gens à cette heure nocturne ? » , l’apostrophe déclenchant illico la réplique cinglante : « Eh, la vioque, va te faire… » Le reste classé à jamais dans le claquement sec du volet. De même qu’elle détestait les chiens et leurs crottes sur son paillasson, les chats et leurs chaleurs violentes dans les nuits trop calmes, et les voisins du dessous qui n’arrêtaient pas de recevoir tous les week-ends leur famille décomposée, recomposée, surcomposée, qu’on ne savait plus qui couchait avec qui et de qui sortait cette marmaille gluante dans le rez- de- jardin exigu. Jardins, entre parenthèses, fiertés des résidents et belle promotion : « A vendre, superbe trois pièces exposé plein sud avec son jardin privatif au calme ».
Lettre sur lettre au syndic n’oblitérait nullement la montée crescendo des vies partagées dans un esprit fraternel et sur « gazons tondus » dont Honorine Millot était totalement dépourvu, d’esprit humaniste, bien sûr.
Le fameux soir de la découverte, Honorine, contrairement à ses habitudes réglées comme un papier tue-mouches, décida de trier ses pots de conserves bios et surtout de les jeter. Elle ne sortait jamais en pantoufles, pas comme cette « Germaine Vichnu » fille de boche, préférant en coquette qu’elle était restée dans les chevilles, sa jolie paire de ballerines noires, souvenir de cours de danse assidus et stériles à la salle municipale. Les ballerines, discrètes dans l’ascenseur, feutraient le fracas des pots heurtés sans pour autant en atténuer le désagréable contact sur le fémur.
Elle ne rencontra pas le tronc à la sortie de l’ascenseur, mais près du container « papiers journaux sauf courrier et annuaires ». Il avait été déposé discrètement sous l’affichette du gardien : « Merci de respecter la propreté de ces lieux ». Tout d’abord elle crut que c’était une de ces négligences propres à Mr Poulit, la « ficanasse » de la résidence, qui avait trop tendance à laisser ses ordures là où il pouvait. Mais ce n’était pas son genre d’oublier ce type d…
On ne peut pas dire qu’elle manqua s’évanouir, bien trop coriace pour ça, elle en resta simplement sur le cul ! Qui avait osé déposer une telle horreur dans son local poubelle ? Et pourquoi le corps était-il amputé de ses membres ? Elle n’alla pas plus loin dans le questionnement et préféra remonter « biche et cheval fouettés » écrire un courrier bien senti au syndic.
Ce ne fut pas Mr Poulit qui alerta la police, échaudé par la première affaire il avait préféré prendre sa retraite dans ses appartements, ne plus sortir Folichon à des heures indues et fermer les écoutilles sur un monde décidément trop agité pour lui.
Non, ce fut Mme Geneviève Epinard qui prit la patate froide en main en appelant les secours, la police et le voisinage.
On revit par les allées frissonnantes Jeannot et Jeannot égarés dans les témoignages vides, les supputations rocambolesques, et les menaces déguisées des résidents exaspérés par l’impuissance des forces de l’ordre.
Le légiste confirma, entre deux séries télévisuelles que le tronc avait été façonné entre 20h30 et 21heures moment sensible qui ouvrait la soirée sur une formidable enquête : « Que devenues sont nos belles années ? » soirée durant laquelle on attendait volée de SMS et coups de fil surfacturés pour recueillir des témoignages historiques, émus et authentiques de vieillards grelottants dans de « mornes » plaids.
Il ne pouvait préciser si la personne, dont l’âge oscillait entre 16 et 17 ans, était vêtue d’un pantalon, d’une robe ou de quelque chose d’approchant, si les doigts avaient été vernis ou non, tout ce qu’il pouvait noter c’est qu’elle portait un chemisier marron en polyester sans étiquette, un ras du cou avec un petit cœur imitation or traversé d’une flèche tordue sans doute quand elle s’était débattue lors de l’assaut fatal. Pas de langue et les orbites vides.
Une fois de plus les résidents jurèrent qu’ils ne l’avaient jamais vue ni entrer ni sortir d’un appartement ou d’un garage, encore moins d’une cave. Que tout le monde, sans se fréquenter, se connaissait de loin. Que le peu de jeunes qui habitaient ici étaient présents à ce jour. On venait de les compter et de les recompter dans les familles inquiètes qui leur interdirent désormais de sortir la nuit après 19h00 en arrière-saison.
Les journaux s’emparèrent de l’affaire qu’ils titrèrent « Macabres découvertes dans les Bégonias » ce qui déplut profondément aux résidents des « Magnolias » et des « Palétuviers » qui en avaient par-dessus la tête que les « Bégonias » prennent toute la place au journal régional.
Pour la première fois depuis 1960, date de l’érection des résidences, on vit apparaître un individu spécialisé dans ce genre d’affaires « ténébreuses » : le mentaliste.
Mlle Millot affirma qu’elle connaissait cette profession puisqu’elle suivait la série éponyme sur une chaîne privée que nous n’avons pas le droit de citer ici. Qu’elle n’était pas du tout impressionnée par ce type d’individu qui était loin de valoir Derrick !
Mme Vichnu préféra appeler sa fille pour lui narrer l’incroyable rencontre.
Mr Poulit dut contrôler son chien qui menaçait d’attaquer les mollets du spécialiste.
Quant à Jeannot et Jeannot ils s’essuyèrent le front, soulagés d’être enfin secondés par un tel personnage doté d’une aura incontestable outre-Atlantique.
L’ennui c’est que le mentaliste ne parlait pas un mot de français, venu directement de Californie rendre visite à sa tante Mildred qui logeait au cinquième dans la résidence les « Magnolias », il avait sonné dans l’ignorance du code, dérangé le gardien suspicieux qui avait demandé « C’est qui ? » dans l’interphone grésillant avant d’appuyer sur l’ouverture après avoir entendu comme réponse : « I’am going to my aunt Mildred who live at Magnolias » qu’il traduisit aussitôt par : « Je suis le mentaliste envoyé par le quai des Orfèvres ».
La nouvelle se propagea à la vitesse d’un « cheval au galop à marée haute » déborda des allées, se répandit par ondes courtes jusqu’au commissariat, à la mairie et dans les cabinets feutrés de la sous-préfecture.
En moins de deux heures les résidences étaient envahies par les officiels, les officieux, les curieux et la chaîne locale sur les dents. Tous voulaient voir et interviewer Patrick Jane.
De fil en anguille l’affaire se corsa. La nuit la plus épaisse posa son manteau sans étoiles cirées sur les protagonistes qui erraient de confusions en malentendus dans le labyrinthe particulier du meurtre anonyme, étrange et saisissant de mystère.
Les enquêteurs s’emmêlèrent les arceaux, brouillèrent les indices, usèrent des mouchoirs en vain. Sous les fronts moites le silence souriait.
On n’y comprenait rien, on n’y voyait goutte, et Patrick Jane en déçut plus d’un par l’air niais qu’il prenait à chaque question que lui posait un habitué du meurtre à sang froid.
On attendait que le gouvernement prenne le traineau et les rennes en main.
C’est à ce moment-là que Mme Robert, infirmière de nuit proche de la retraite, en rentrant au petit matin de son denier service de la semaine, buta dans quelque chose qu’elle prit tout d’abord…

Mémé dans les bégonias,

Répondre en citant

Message Ba le Sam 9 Oct – 17:22
Le premier corps fut découvert dans le hall de la résidence les « Bégonias » par Mme Vichnu.
Il devait être l’heure clairette de descendre la poubelle sélective : cartons, papier alu, bidons rincés, bouteilles recyclables en polaire et œuvre mamac ; l’autre poubelle : « verre et revers » se triant le soir pour le matin.
Donc, au moment où Germaine (prénom déclaré en souvenir de l’occupation allemande de 1870) Vichnu, chaussons délicats sur les marches de marbre, tâtait sa descente dans le petit matin frisquet des fins d’été pourries, le cadavre reposait déjà dans le renfoncement droit du couloir depuis quelques heures.
Pour quelle raison Germaine glissa-t-elle vers ce lieu, alors que rien ne l’y prédisposait ? Qu’elle était chargée jusqu’aux dents de ses deux sacs « recyclable pour le sourire de la nature » remplis à ras l’anse ? Les petites mains du sort, sans doute, pourraient répondre.
Mais la rencontre fut frontale ! Germaine buta sans détours dans le mou de la viande refroidie.
Le corps se déplaça sèchement dans la frêle lumière de l’ampoule plafonnée et se révéla sans pudeur aucune à une Germaine bouche bée les mains serrées sur les poignées de ses sacs. La vue d’une araignée pénélopienne ne l’aurait pas davantage tétanisée.
Elle ne put d’abord prendre toute la mesure de la situation extraordinaire qui la ferait entrer brutalement dans l’histoire de la résidence, elle manqua lâcher ses fardeaux pour tomber à côté de la forme, puis hésita entre tout laisser en plan, remonter fissa dans son « deux pièces cuisine traversant vue imprenable sur la station service » téléphoner à sa fille en instance de divorce récurrent et lui demander ce qu’elle comptait cuisiner ce midi-là gâché d’avance par la rencontre inattendue.
Elle ne fit rien de tout cela, simplement elle recula, demi-tour vers la porte d’entrée codée, appuyer sur la sonnerie ouverture de sas, traverser le parking bondé à cette heure matinale, ouvrir la porte du local poubelles, soulever le couvercle jaune et poisseux, glisser rapidement les décombres ordinaires de toutes les défaites emballées que vit un primate du XXIème siècle et remonter, en réajustant ses chaussons à chaque marche, dans sa tanière pour achever ses tâches indélébiles dans le plus grand silence stupéfait.
C’est monsieur Poulit qui alerta la police nationale grâce à son chihuahua, grand carnivore devant l’éternel, qui s’apprêtait à terminer joyeusement les restes du visage méconnaissable.
Bien entendu, deux inspecteurs stagiaires débarquèrent dans la résidence et mirent un sacré bordel, d’une part parce qu’ils n’étaient pas revêtus de l’imperméable colombophile et qu’on les confondit avec des huissiers, d’autre part parce qu’ils ne portaient pas le melon poirotien, ne fumaient pas la pipe maigriste et semblaient complètement dépassés par l’aventure.
C’est encore monsieur Poulit qui prit l’affaire en main, au point qu’il faillit conséquemment tant il montrait de bonne volonté à pister l’enquête, être suspecté, arrêté, et mis sous scellés provisoires pour diligence cadavérique.
Il conduisit Jeannot et Jeannot, surnom des inspecteurs, vers le lieu du crime et leur livra ses hypothèses : le cadavre devait être mort depuis la veille au soir après ou avant 22heures, heure à laquelle il sortait pour la dernière fois Folichon à son lampadaire pisseux. Comme il habitait au rez-de-chaussée, qu’il dormait profondément à partir de 22h30…Le reste de la supposition se perd dans des détails inutiles aux lecteurs en haleine.
Reste que cette morte était inconnue des résidents. Personne ne l’avait jamais vue ni entrer ni sortir d’un quelconque immeuble (Il y en avait trois, tout le monde connaissait tout le monde etc.).
Donc, cette morte venait d’ailleurs.
Jeannot et Jeannot essuyèrent leurs verres double foyer dans un mouchoir en papier douteux, opinèrent de leurs tempes déjà grisonnantes, se regardèrent en suant et rotèrent d’un commun accord qui en disait long sur leur relation extra professionnelle.
Bref.
L’enquête piétina les massifs de fleurs, les allées de gravier peignées au râteau.
Rien.
Le légiste, loin d’être un « expert », confirma l’heure : 20h45 pile au moment de la série sur Arte les « Tudor » qui le tenait éveillé passionnément, en particulier lors des décapitations, hélas reconstituées. La défunte avait entre 15 et 16 ans, il ne pouvait être plus précis dans la mesure où il ne connaissait ni sa date de naissance ni ses antécédents. Elle portait, le dernier jour de sa vie, une paire de caleçons de fille en viscose bon marché, un tee-shirt noir avec un « aigle » sur la poitrine serti de pierres, des tongs usées en similicuir et du vernis rose pétant aux doigts de pied.
Il manquait les deux gros orteils, les deux pouces et sa langue. Les yeux avaient été délicatement ôtés de leur orbite.
Les inspecteurs stagiaires, tous les résidents et la ville entière s’émurent de la jeunesse de la victime et de l’horrible crime commis sans mobile apparent. Était-ce l’œuvre d’un « serial killer » comme on en voit plein à la télévision numérique ? Ou bien un accident de la circulation maquillé en crime crapuleux sans crapule ? Ou alors un suicide déguisé, une prise d’otage ratée ?
Le pays se tortura la vox populi, et manqua crever de doute.
Car enfin, nom de dieu et des tibias, qui avait osé porter la main sur cette enfant ? Qui ?
Ne suffisait-il pas de l’enterrer dans un coin de jardin, un tiroir de congélateur famille nombreuse ? N’avait-on pas à sa disposition moult solutions de récupérations des restes ?
Était-il indispensable de venir la déposer telle une carte de visite sans raison sociale, dans ce quartier paisible qui interdisait tout « colportage, mendicité et représentant » ?
Autant de questions sans réponse.
Autant de réponses hasardeuses.
Jeannot et Jeannot firent chou blanc après avoir pédalé dans toutes sortes de plats consistants. Aucun indice pour éclairer leur réflexion dans les ténèbres. Monsieur Poulit lui-même s’avoua vaincu.
Le pays retenait le peu de souffle qui lui restait dans les bronches.
C’est alors que le deuxième corps fut trouvé, un soir de tri « bouteilles », par Mlle Millot…

Pour 4Z

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Hop, le cyclope !

Sur toutes les lèvres son nom
En lettres rouges comme au cirque
S’inscrivait avec un bâton
Le lire ou l’entendre crier
Provoquait son indignation
Il courtisait de loin la mer
Les flots montaient toujours trop haut
Les vagues offraient leur poitrine
Le vent les prenait en photo
Parfois l’eau se tenait debout
Et imitait le chant du cygne
Le ciel était riche en oiseaux
Mais les pauvres le croyaient vide
La lune était le numéro
Que sa mémoire retenait
Avec d’autres images pures
Comme un casino dans les glaces

****

Le compteur électrique est coupé
La chaudière arrêtée
Ouïes d’aération fermées
Plus d’air plus d’eau plus de gaz
Quelques mouches sur le parquet
Mais il fait encore bon
Il suffit d’ouvrir les persiennes
Et la lumière jaillit
Satisfait Protée se glisse dans le cadavre
Réarme le compteur
Descend l’escalier
Sans avoir fait craquer le moindre membre
****

L’encre n’est fluide que de vingt-neuf heures six
À trente heures soixante-douze
En dehors de cette plage
On peut la trouver sur le sable à faire des pâtés
Construire des murs interdits d’écriture
Couler à flot par crainte de s’évanouir dans le blanc
D’un œuf de préférence mollet
Ou monté en neige éternelle immaculée
Si haut qu’aucun oiseau même sachant lire
Ne se hasardera jamais sans voir ses plumes
Se faner s’évaporer se fondre s’engloutir se dissoudre
Et qu’elle soit noire verte ou bleue parfois rouge
Elle attend l’instant propice pour s’allonger
Docile et consentante dans le moindre carnet croisé

****

Quel âge a la mort ?

Tu voudrais bien le compter sur le temps
Ou les dix doigts de l’horizon
Celui que tu ne franchiras pas
A moins qu’il soit dans les plis de ton visage
Si près du miroir à silence
Quel âge a la mort ?
En passant un souffle vient de répondre
Mais tu l’as perdu sans le voir
Il n’y aura donc pas de date
Pas de frontière
Pas de sens à égrener
Tant pis pour ta nuit sans porte…
****
J’ai de l’eau dans la tête et les sons flottent gentiment
Entre mes deux oreilles qui débordent
Des passants croisés sur la route qui mène ici
Je retiens ce marin qui tenait en équilibre sur le nez
Un millier de verres vides ou pleins
Droit et fier il marchait se faufilant entre les gouttes
Certain que la pluie protégeait des regards
L’histoire qu’il portait sur le dos en guise de manteau
Et qui semblait si lourde qu’elle l’effaçait peu à peu
Comme buvard assoiffé

Merci à Heliomel pour le titre