Category Archives: Bavardages

Le monstre de Maurice Rollinat

.
.
Le monstre
.
.
En face d’un miroir est une femme étrange
Qui tire une perruque où l’or brille à foison,
Et son crâne apparaît jaune comme une orange
Et tout gras des parfums de sa fausse toison.
 
Sous des lampes jetant une clarté sévère
Elle sort de sa bouche un râtelier ducal,
Et de l’orbite gauche arrache un oeil de verre
Qu’elle met avec soin dans un petit bocal.
 
Elle ôte un nez de cire et deux gros seins d’ouate
Qu’elle jette en grinçant dans une riche boîte,
Et murmure : « Ce soir, je l’appelais mon chou ;
 
« Il me trouvait charmante à travers ma voilette !
« Et maintenant cette Ève, âpre et vivant squelette,
« Va désarticuler sa jambe en caoutchouc ! »
.
.

• Maurice Rollinat [ 1846-1903 ] •
• Les Névroses – 1883 •
.
.

Depuis que j’ai une tête de pied

.
.
.
Depuis que j’ai une tête de pied
je trouve que le monde a changé…

Je tire sur l’opercule de l’ouverture si facile,
mets la barquette au micro-onde à gigoter dix huit secondes.
Digne !
Je hume le fumet fossile qui s’en échappe gracile.
Du « Velouté de cœlacanthe et son écrasé d’
E quatre cent trente » à mélanger aux aromates
(trois goûts au choix).

Comme il y en avait bien pour deux
je t’en ai proposé un peu
tu m’as même dit « Persil plat ! »,
et dans la pièce d’à côté
il y a un petit qui n’a pas mué
qui chantonne dans son enclos
un air de rien de Claude Françoés.
.
.
.

VERBIAGE

Dans le cadre de « Cour de récréation
bavardages… »
.
VERBIAGE
.
Je dédie ce poème à la brise…ou à la bise…ou à la braise.
.
La mer nous cache des secrets
On l’explore
On y creuse des tunnels
On la fouille au corps
On torture les tourterelles
Dont elle encombre le décor
Dans lequel joue de la prunelle
Celle qui tient son rôle sur les planches
Je suis la mer dit-elle
J’en sais trop je me tais
Mais le chant des sirènes !
Mais les poissons volants !
Mais les dauphins savants !
Mais les algues jalouses
Des danses des almées !…
Les dents en enfilade !
Le sourire des vagues !
Les haies infranchissables !
Les repas que l’on saute
Faute de bifteck frites !
Cuite à point la mer sort du four
Et le théâtre désemplit
Ainsi la première est un four
On y testait la mise en plis
De la houle mais rien ne tient
Et les coiffeurs le doigt se fourrent
Dans l’œil au lieu de s’appliquer
A éloigner d’un chef chrétien
Les poux engeance éradiquée
Qui ne meurt jamais semble-t-il
Malgré nos manœuvres subtiles
Pour les défaire et nous flatter
De tenir à la saleté
Et plus encor à la vermine
La dragée haute et d’être utile
A la société qu’elles minent
Et dont nous défendons la cause
Toujours tu m’intéresses…
Dans nos tresses
Jamais plus de poux !
Mais la mer
Comme si elle naissait sous les doigts
De l’artiste…

Des bestioles (extrait)

.
.
.
Le charmant crabe lunaire

.
.

Le premier exemplaire jamais localisé du blanc crabe lunaire, était gros comme poing. L’avait bien ses six pattes velues comme cycliste. Également deux pinces comme la verte étrille, sa consœur terrienne.
Sa grande occupation -sa raison d’être même- est de serrer des pinces. S’il peut vous alpaguer un revers, un ourlet, une partie de votre anatomie, un nez, il ne vous lâchera -et on peut le comprendre- pas d’autant plus que la compagnie sur la Lune n’est pas guère nombreuse.
Son langage est basique -une glossolalie-, gestes de sémaphore, souffle de champignon quand va y avoir du sport…
Alors en un éclair il vous casse la noix, vous tord les nougats sans pousser le moindrouf.

Qu’il reste sur sa Lune !
.
.
.
Gracieuse, méduse d’Arcueil

.
.

La méduse dansotte, écoutant le Satie -qu’il compose à Arcueil- dans son piano cercueil. A fait sa gymnastique, blottie dans l’aquarium, du restaurant chinois qui est au coin du coin. Il s’appelle Rivière, aux six parfums têtus…
Ventrue et potelée -bien qu’elle n’ait point de ventre, malgré un estomac- elle se nourrit d’un rien, quelques vagues bacilles, du plancton égaré passé par l’écumoire aux petits trous laxistes. A parle pas non plus car elle n’a pas de bouche. Bizarrement fichu ce bizarre animal.
Sa gestuelle est gracieuse, fluide comme un voile -sous zéphyr coquin s’il vient à rafraîchir la fesse pyropyge- et sa lenteur exquise -démarche de marquise… Et hop!-.
.
.
.

La multiplication du chiendent (Paul Fournel)

.
.
« Ferme tes mains, ouvre les douas en même temps qu’moua et compte : nain, deuil, toit, carte, sein, scie, sexe, huître, veuf et disque. Avec les doigts d’pied on peut aller de bronze à vin, mais t’es trop saoûl pour ça ».

LA TABLE DE NAIN

NAIN FOIS NAIN = NAIN
NAIN FOIS DEUIL = DEUIL
NAIN FOIS TOIT = TOIT
NAIN FOIS CARTE = CARTE
NAIN FOIS SEIN = SEIN
NAIN FOIS SCIE = SCIE
NAIN FOIS SEXE = SEXE
NAIN FOIS HUITRE = HUITRE
NAIN FOIS ŒUF = OEUF
NAIN FOIS DISQUE = DISQUE

A jeûn, j’ai réussi enfin à quitter mes chaussettes pour faire la table de deuil (mon décompte est italique).

LA TABLE DE DEUIL.

DEUIL FOIS NAIN = DEUIL
DEUIL FOIS DEUIL = CARTE
DEUIL FOIS TOIT = SCIE
DEUIL FOIS CARTE = HUITRE
DEUIL FOIS SEIN = DISQUE
DEUIL FOIS SCIE = BOUSE
DEUIL FOIS SEXE = CAROSSE
DEUIL FOIS HUITRE = BAISE
DEUIL FOIS ŒUF = TRISTE HUITRE
DEUIL FOIS DISQUE = VIN
.
.

Matière première (Achille Chavée 1906-1969)

.
.
Mots
mots immortels
de cil de ficelle de poudre de sel et de fleur
humides mauves vermoulus pâles et carnivores
mots de cire rouge et de larmes
de baisers et de flambeaux de Judas
pointus têtus nerveux obtus ventrus et lourds
mots de la fin de mots de la rime
aux accouplements dangereux
aux liaisons faciles
aux maladies incurables
mots lapsus malades de la peste
monumentaux et orgueilleux
aux bijoux de fautes d’orthographe
mots criminels et purs
décapités sur l’échafaud de la censure
mots nus bons camarades d’orgie
des nuits de neige et de plume
mots torturés au lance-flammes
mots à la taille de gazelle
à l’épiderme de velours rouge
aux jambages de french cancan
à la silhouette fuyante de marlou
mots qui portez chapeau melon
cachés dans les pianos et les trompettes de jazz
mots tabourets
qui êtes une injure permanente et gratuite
mots de perdition et de déraillement
de Babel de carnaval et l’hiéroglyphe
mots qui faites à présent l’amour
stylets de la durée exacte
amulettes et chiffres d’or
maîtres magiques des objets
serpents de la dialectique
mots créateurs brûlants qui nous livrez le monde
croissez multipliez plus cruels et plus forts
.
.

Par là…

.
.
.
Au petit soir d’un coup de dé
Une nuage est entrée,
Par là,
Fenêtre ouverte,
A déambulé dans la pièce,
A goûté au moelleux des coussins,
Aux petits gâteaux.
Elle te ressemblait un peu.
.
.
.