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Composition!

Composition!

A chaque vers, une couleur,

A chaque vers, pour la nuance un ton de plus,

A chaque vers, un état d’âme pour définir le mot pensé
Qui se retourne éberlué face au suivant
Qui l’interpelle croyant parfaire l’idée d’après…

A chaque vers une découverte de mots ennemis qui se parlent
Et saisissent l’utilité de cet échange à consommer,
En inventant l’idéale manière de converser…

A chaque vers une vérité,
A chaque vers l’essentiel,
Et pour finir en beauté,
Comme, me le soufflerait ma muse,
Une timide morale à réviser.

A cette fin, l’idée m’enchante de repartir du présent,
Vers le temps de ma franche jeunesse auréolée des libertés,
De versifier sans que j’y pense
En mots impromptus du temps passé.

Toni Cervantès Martinez

Mon amour, mon ailleurs

Où es-tu quand le soir est une chambre noire
Mon amour, mon ailleurs, il est des heures creuses
Tant de vaines passions. Je sais ces promenoirs
Où s’attardent l’ennui et ses ombres pleureuses

L’humeur peut inspirer des choses monotones
À ceux qui ont fermé leur cœur à tout bonheur
Sais-tu les airs nouveaux que la brise fredonne
Et qui donnent aux fleurs d’immortelles odeurs

Tout peut être futile à l’être qui sommeille
Dans ses puits intérieurs où la chimère danse
Vois. Les gouttes de pluie autant que le soleil
Font naître du néant la fertile espérance

Mon amour, mon ailleurs, qu’importent les saisons
Le temps fait bien son œuvre, il chasse les tourments
Ton rire étincelant offre à tout horizon
L’intense volupté des levants rubescents

Corsaire

De puits

De puits

Je marche le long du fleuve noir
Un singe me braque, sur de lui, à triangle
Les abeilles tombent. Sans ailes…

Des embryons accrochés à des tubes mous
Nourrissent…
Des panses pauvres d’émotions. Numéro

Multiples sucres lepéniens
Pas pillés nucléaires
Champs, pignon de l’horreur

J’ai repris, zélée
Rires et pleurs
Muscles de l’ âme

Je marche le long d’un fleuve noir
Ton sourire est blanc
Je ne savais pas le sourire de la mort

Si douloureux
maintenant, je cultive le chagrin
Au purin des larmes

Il y a des rires sanglants
Des larmes fleurissantes
Les saisons ont des rides épineuses

Emellejie (avec son aimable autorisation)

 

Île

.Le feuillage me manque,

Avec sa mémoire de terre
Son langage de vent
Murmure sorcier

Au souffle des arbres
Silence d’oiseaux,
L’ombre entraîne la lumière
Dans un labyrinthe boisé

La maison me manque
Forteresse cosmique,
Quand au bout du ciel
On voit la mer rêver

Les sentiers d’étoiles
Mènent aux secrets de lune,
Maquisard, le soleil s’enflamme
Dans les parfums indomptés

Brindille

Venise

Je regarde ta lettre qui gondole, se plisse et tes mots dilués qui doucement rejoignent des milliers d’autres mots jetés par-dessus bord, dans ces canaux putrides, près des palais-mémoire que la mer a rongés comme le temps notre histoire.

La marée vient lécher le vieil embarcadère aux pontons vermoulus laissant nonchalamment les amarres flotter au milieu des déchets.

L’absence n’est qu’un retard pour qui sait être heureux, disais-tu rayonnant lorsque nous étions deux, quand nous nous confondions aux passants-passerelles sous l’œil goguenard des pigeons de Saint Marc qui délaissant la place s’en retournaient nicher aux creux des doges austères en maculant les toges de fiente délétère.

Au cœur de la Cité, les lions affamés réclament leur pitance, ces viles calomnies que l’on glisse, perfides, dans leurs gueules béantes.

Les boutiquiers exhibent des masques impavides sans regard et sans âme comme peut l’être la mort.Des ombres sibyllines effleurent le décor Dans Venise sanguine la lagune s’endort.

 

Kali

viaPoeme Petit poème cherche camarades de jeu.

Chevet d’ange – Marine Laurent

 

Un visage de chevet
Qui hurle en silence
Et porte plus de peine
Que le monde n’en peut porter
Et le clou du tableau
Planté dans mon cerveau

Des orchidées aux suaveurs lentes
Au petit gel qui luit dehors
Et la prairie qui suit sa pente
Cette beauté me fait si peur

Le rideau de perles du saule
Sur l’ouverture du passé
Il l’immortalise et le tue.

Miruna
23 février 2013

avec son aimable autorisation.

Perspectives

pâlissant sous la lune
il nota sur son carnet
l’étrange blondeur
de certaines maladies

quand le vent lui disait
il allait par les prés
à la rencontre des lièvres
qui rongeaient en quinconce
l’herbe hautement décatie

il leur parlait de l’aberration verticale des arbres
des mobiliers marins à inventer
des grumeaux dans l’eau que sont les alevins
et qui ne sont supportables pour personne

il avait une tendresse particulière pour le ciel
qui devant la surabondance des fenêtres
glissait dès l’aube en morceaux

lancettes blanches sous ses lèvres
ses dents rencognaient au fond de sa gorge
ce qui par dessus tout l’enflammait
l’ineffable image de végétaux magnifiques
dévorant les astres

c’est par un soir de triste fête
tandis qu’une horrible lampe
courait après la nuit
qu’il boucla ses valises
pour partir à la recherche
de petites pousses criminelles

Un poème d’Egfrild, avec son aimable autorisation.

Comment-Josy01

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Comment exprimer
la beauté?
celle qui n’a pas de courbes
ni de couleur
ni de paradis..

Comment exprimer
l’étreinte d’une aile
qui se pose sur le coeur
comme un doux nuage..

Comment écrire des mots
sur l’indicible
qui te broie..

des brasiers qui t’habitent
comme des brulûres d’étoiles..

Comme des parfums
qui titubent sur les plis
de soi(e)
et t’emportent
derrière la plus belle colline…

Comment la plus fine branche
du nid
d’indolence et de tendresses
se penche caline
sur tes espoirs..

sous ta plume d’oiseau.

Comment sous les splendides mousses
vient l’été
et l’intérieur d’un soupir?

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Les bijoux de la lettre

Les bijoux de la lettre

Un jour, on en ramasse un, par plaisir, comme une petite feuille de couleur  tombée de l’automne.

On le pose sur un coin de table, on le jette dans une boîte à l’abri des courants d’air, en attendant de le mettre avec d’autres, dans une enveloppe, comme chez lui, pour qu’il se retrouve en famille, entre timbres… Et on attend, pour classer tout ça, d’avoir un peu de temps.

Moi je les ordonnais quand j’étais malade, dans un grand album. C’était une occupation de luxe, réservée à ce temps mort, privé de vie scolaire. Ainsi je bâtissais, avec une ferveur fiévreuse, une vraie tour de Babel, où cohabitaient et exposaient les pays du monde entier.

J’ai gardé vivace le souvenir des premières vignettes postales collectées avec passion… Ah! ce Breton violet de Quimper, cette main baguée de la joaillerie française où mon enfance apprenait la vie des pauvres en admirant ces diamants dentelés. Sans parler de cet alpiniste qui est toujours suspendu, dans une faille de ma mémoire. Et que dire de l’émotion, à la limite du vertige, en recevant ce timbre de l’aviation française où un monoplan évoluait dans un ciel bleu de Prusse…

Je l’avais laissé en pleine lumière, sur mon bureau, pour le regarder et l’admirer à chaque fois que je faisais une traversée de ma chambre.

Que de pays lointains j’ai visités, que de langues j’ai entendues en lisant : « Magyar posta, Sverige » ou ce petit bout d’Amérique qui arborait fièrement :  « Rio Grande do Sul », ce vieux timbre sépia qui me fit ouvrir mon premier dictionnaire…

Et ces grands timbres, miniatures polychromes de la peinture classique dans leur cadre de papier dentelé, qui donc devaient coûter plus cher que la pauvre Marianne de Gandon…

Il y a bien longtemps, ma tante m’a donné une grosse enveloppe bourrée de timbres qu’une vielle religieuse avait soigneusement conservés, empilés lettre après lettre, messes après messes, jusqu’à l’offrande finale…  Une fois le trésor étalé sur mon lit d’enfant, j’en fus impressionné…  Les timbres venaient de partout, de tous les pays et de toutes les couleurs; cette masse me paraissait énorme… Quand je confiai ma surprise ravie à ma tante, elle m’affirma : « forcément entre religieuses les frontières n’existent pas! »

Une telle quantité de vignettes postales représentait sûrement une certaine valeur marchande, mais ça ne valait pas, à mes yeux, les timbres que ma mère avait arrachés, pour moi,  au facteur, à coup de sourires et de cafés.  Et pourtant, je sais, par expérience, combien la petite sœur avait dû intercéder quémander, solliciter, remboursant ses consoeurs en gentillesses… Et comme on ne peut pas donner que trois ou quatre timbres en cadeau, on continue de stocker, jusqu’au jour où l’enveloppe gonflée s’ouvre d’elle-même comme une valise usée… Alors, devant le trésor débordant, elle avait dû chercher un destinataire à son envoi. Et c’est moi qui fus choisi, par ricochet.

Je fus ainsi l’héritier de cette mousse chromatique et dentelée de cette grand-tante inconnue, que je remercie en ce jour, bien qu’elle fût morte depuis des lustres sans savoir combien son acte m’avait touché.

Le temps a passé, et, après la tante, c’est à moi qu’échoue la tâche d’offrir toutes ces petites taches de couleur qui représentent tant de jours de patience, de temps concentré, de vie mise en conserve reportant le plaisir à plus tard. Alors, on prend une autre enveloppe, on colle un timbre tout neuf et on envoie le magot en espérant que le plaisir donné sera à la hauteur de la fantaisie collectée. Des années de petites attentions concentrées dans ces petits tas de caresses ébauchées.

Aujourd’hui, aux portes de l’incertitude, que fais-je de mon enveloppe de rêves imprimés? Je l’envoie à mes petits-enfants que je n’ai jamais vus, au prix de l’oblitération et de la résignation… Je leur donne tous ces moments de bonheur arrachés à l’ennui et à l’indifférence… Ces enveloppes tâchées de jus d’orange et de honte que j’ai sorties de la poubelle. Ce timbre étranger que j’ai négocié à la machine à café pour le prix de la seule consommation que je pouvais m’offrir, cette heure de queue à la poste en échange de quelques millimètres de couleur en plus. Tout ça pour que mes sentiments ne restent pas Post-restants…

Si vous le savez, dites-le-moi, par courrier, et sur l’enveloppe, mettez-y un timbre de Marianne ou d’une autre dame, mais surtout, dessinez lui des moustaches, comme ça, juste pour rire, avant peut-être de pleurer…..

Paul de Glécy