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La foire volatile ou la folle traversée

La foire volatile,


Ici, on vend tout
Les oiseaux en cage, les pigeons voyageurs
Les migrateurs
Volés en plein ciel qui s’en allaient sans retour
Sans traîner leurs ailes de…
L’oubli
Ici, tout s’achète
Le présent sans avenir comme le passé desséché
Chacun crie sa marchandise
Égosillé du soir perdu
Pendant que le ciel abandonné
Joue de la flûte sans notes
Et se demande ce que sont devenus les  » merveilleux nuages »
Sans billet.
……………………
Dans l’intrigant voyage
Des grands migrateurs
Je serai l’aventurière
Curieuse
Et sans perdre le nord
Je verrai du pays
Battrai la campagne
Je traverserai les océans
Irai par monts et par vaux
Franchirai les montagnes
Pour toucher des yeux
Le détroit de Gibraltar
Et celui du Bosphore
Où s’auréole tout l’or du couchant

Sans fil à la patte
Je tiendrai ma boussole
Tendrement blottie
Sur l’édredon de plumes
Saluant les voyageurs du ciel
Croquant un morceau de soleil
Consolant l’oiseau qui déchante

Et de mon vol au long courrier

A dos de passereau
Peut-être fendre le vertige
Apprivoiser la nuit
Jusqu’au noir le plus profond
Avant que le jour s’écartèle
Et plante sa lumière
Sur un bout de ciel à emprunter

Revenant de l’exquis pèlerinage
Je rapporterai dans ma besace
Tous les secrets des chants ailés
La couleur douce des arcs-en-ciel
Le mystère du croissant de lune
Une parole à tous les vents
Pour cajoler l’âme inconsolée
Des grands départs dont on ne revient pas

…………………………………
Des heures et des heures que mes ailes
Éprouvées par ce long effort
Hésitent à s’immobiliser
Renoncer- renoncer au but
Ne plus souffrir dans chaque parcelle
Du moindre muscle
Quand la tête ne sait plus diriger l’ensemble
Soudain surplomber la mer
Apercevoir cette simple barque
Avec à son bord tant de fourmis apeurées
Se ressaisir alors et poursuivre
Poursuivre cette migration
Offrir le sourire du soulagement d’avoir traversé
Cueillir celui d’un accueil bienveillant
……………………………………

Attachez vos ceintures,
L’heure du Grand départ
a sonné.
C’est un voyage particulier
à la Nils Anderson qui va commencer.
Voyage d’une vie.
Tout le monde est de la traversée,
quel que soit le caractère des participants:
Mouette rieuse
Cormoran huppé
Sterne arctique ou de dougall
Macareux moine
ou encore Cygne chanteur

Ici M’sieurs Dames,
On est à la Croisée des chemins
Au carrefour des migrateurs
tout le monde est roi

Voyage difficile!
Il faut beaucoup d’entrainement

avant de prendre le Grand départ
mais ceux qui reviendront l’année prochaine rapporteront avec eux
tout l’or de l’Humanité, et dans un battement d’ailes, face aux éléments de la Nature,
Ce sentiment de liberté et de sérénité retrouvé.

Cette traversée: grand voyage de Noël existe bien grâce à Phoenixs, Plume Bleue, Éclaircie, Marjolaine, et Élisa qui veille à ce que tout se passe au mieux. 4Z est en lien direct avec le Père-Noël, alors tout est OK!
Merci à vous toutes pour tous nos partages, et que la Magie de Noël apportent tout le meilleur dans tous les foyers du Monde. Bien amicalement, Marjolaine


Sous la loupe du Martien,


***

La spirale s’étire et se distend

Se tord et se déforme

Jusqu’à son point de rupture

Pour s’enrouler sur elle-même à folle allure

Et devenir ce petit rond

À première vue anodin presque invisible

Pourtant sous la loupe du Martien hilare

De petits êtres s’agitent gesticulent

S’invectivent s’entre-déchirent

Ayant perdu la mesure et l’espoir

***

Suspension,

Tu tournes à la croisée des chemins fluorescent

Devant le brasero qui brûle sans chauffer

En rond les points abrègent les phrases trop longues

En plat tout prêt

Là-bas, au gynécée froid de la parole

Les gardiens raidis gardent et regardent

Les troupes hagardes de tes complices

Suer dans la cellophane moulante

Qui les tient serrés en rang épars.

 » Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »

***

Tout a commencé

par une histoire de sens

ou plutôt de manque d’essence de l’existence.

Raymond , de là où tu es,

tu dois bien rire ou trouver cela triste à en pleurer…

Dès « le Point du Jour »

Tous, on s’est rassemblé

à côté de l’Edicule

pour clamer en Haut notre ras-le bol

pour que chacun ait plus que son obole,

on s’est posté

au  » Rond Point »

de tous les quartiers

dans tout le Pays.

Le but était de créer, de se recréer

de se sentir plus riche, tous ensemble

Une famille on a trouvé

mais le Haut n’entendait toujours point.

Alors on a changé de vitesse

de  » Point Virgule » on a mis « du Point Rouge »

Traduction de notre lutte pour tous.

On s’est posté

aux Ronds-points

pour exiger

PLUS DE JUSTICE POUR TOUS!

On a chanté,

On a crié,

On a manifesté! Paisiblement!

Rien n’y a fait!

Alors on a tapé du Point sur la table

on s’est mis en marche

et on a décidé un point c’est tout

que nous bloquerions en tournant.

Unis nous étions,

Unis nous resterions jusqu’à

Obtention de nos revendications!

Et après 6 jours et 6 nuits

Le rideau s’est enfin levé

sur une humanité « rajaunie », transformée

recentrée sur l’humain,

Transfigurée.

Il était temps! Merci à tous les Gilets pour cette marche

en avant Fanfan la Tulipe en avant la Tulipe en avant!

              C’est en avançant ensemble qu’on gagne. Restons soudés!

Dans l’ordre de parution : Eclaircie, bibi et Marjolaine pour ce rond point qui n’a pas vu Elisa et Plume bleue. Une prochaine fois sans doute ?

Derrière les choses, les plis du rideau, le miroir sans tain

Lorsque j’ai ouvert
la porte de mon placard
En une seconde
j’ai replongé
dans mon histoire

Tout y est
question de Regard…
Chaque objet
fait remonter un souvenir, une anecdote,
Un moment impérissable

Cette carte postale
Ce verre à pied
Et ce chapeau Gavroche…
Derrière chaque chose
Une intention, une émotion, une attention
traduit ce qu’on ressent,
ce qu’on est aujourd’hui comme avant
Véritablement !

Si on plonge derrière
le miroir
qui nous protège
On trouve l’Être Nu
dans une réalité nouvelle reformulée, réinventée
libérée de toutes ces choses
qu’on garde des années…. Pourquoi ?
Pour le souvenir de l’émotion que la chose
nous a procuré en oubliant souvent que le
plus important finalement est d’Être au moment présent
bien vivant avec les êtres qu’on aime
pour aller devant
De l’Avant Ensemble
…………

Derrière le miroir un visage sourit
Immobile et silencieux
Parfois ses yeux ne se distinguent plus
Noyés dans une brume tenace
Souvent la lune lui offre un teint laiteux
Lorsque les rideaux aux fenêtres bercés par le vent
Ondulent jouant de la lumière
Les lèvres de l’inconnu s’entrouvrent
Une musique emplit la pièce
Et l’on sait ce que le personnage veut exprimer
Même figé dans la glace
…………

Miroir sans tain le jour se lève
Les volets clos dorment encore
Malgré le silence rassurant de la cuisine
Dehors, le vent sème la pluie
Leurs voix mêlées disent les nuits
Qui se prolongent en dépit des apparences
Elles content les visages lavés de tout espoir
Les mains ouvertes sur les lignes brisées
Elles murmurent les douleurs de l’au-delà
L’au-delà des jours qui se lèvent
Comme des miroirs sans tain
Que personne n’oserait regarder
…………

Si tu ouvres cette fenêtre nue
Prends garde aux fils de vierge
Aux poussières tapies
Au regard curieux qui donne le tournis
Derrière les planches de la scène habitée
Tu verras la silhouette des comédiens
Qui tranche dans la nuit
Ses fines évocations.
A toi de ramasser ce qui s’envole
Sans espérer de sens
Ni de lune éclairante.
…………

De l’autre côté
Les soirs de lunes cireuses

Comme une clé dans sa serrure
Tu glisses sans résistance

Lorsque rien ne console
La déchirure se vautre
Sous l’écaille de ta peau
Et tu plonges jusqu’à l’entaille

Seule au milieu du chaos

Dans l’écoulement du temps
Il y a les crêtes sombres de tes orages
Des courants d’air glacés que tu traverses
Entre les morceaux de ciel éméchés
Et toutes ces choses obstinées
Qui laissent leurs avis de passage

Tu tires la lourde tenture
Qui cache l’ample désordre
Parfois, tu pioches au hasard
Dans tout ce qui remue
Et colles ton nez
Contre le carreau embué
L’intime roulis te saisit
Submerge ton for intérieur
De sa petite musique de nuit

 

Derrière les mots, alignées en colonne et agitant leurs plumes…Marjolaine, Eclaircie, Elisa, Phoenix et Kiproko.

Eclosions éphémères

Le premier pas sur la lune
Les traces de pieds dans le sable
Le silence et le mot
L’attente sur le quai de cette gare
L’œil qui se ferme à jamais
Et l’instant de tout énumérer
La seconde éphémère me renvoie
À ce temps d’inconscience
Qui à nouveau épie derrière la porte

Sur le fil …
De la lumière du jour à la lune éclairée
tout bouge plus ou moins loin,
selon le sourire de l’Fée Mer que l’on rencontre sur notre chemin.

Le son mélodieux d’une voix aimée
accompagne nos pas
dans cette vie qui est à la fois
changeante et la même selon
notre humeur de l’instant qui passe.

Une envie soudaine
et nous partons refaire le monde sur la lune
à l’aube de nos 17 printemps retrouvés !
Tout est question de diapason

Avant de respirer la fleur tant aimée,
abeille et papillon virevoltent
vivent à chaque souffle une expérience nouvelle
et doucement, dans cette minute intersidérale d’éternité
dansent avec leur essentielle

Effet mer,

Te voilà suspendu dans le crachin
Des vagues affairées
A cogner l’entêtement aux roches moulées
Le fil dans l’eau te tient au-dessus des algues
Molles
Mais tu ne perds rien pour entendre
Le cri des écailles cueillies
Elles rêvaient d’écouter la terre
Entre deux grottes
Curieuses de connaître ce que tu es
En passant
Vous êtes à présent immobiles sur la sable
D’avoir cru éternel le chant des eaux
Mouvantes.

Sous la frange de lumière
Quelque chose tremble
En ce lieu précis
Au milieu de l’onde
Mouvante féérie
Ailes de soie irisées
La danse délicate des demoiselles
Entre le jeu d’ombre et de soleil

C’est l’heure des métamorphoses
Offertes avant l’oubli
L’aurore a déplié sa nappe blanche
Décoré les brassées d’herbes bleues
De perles cristallines
Pour fêter la naissance du jour
Fragilité fugace avant que tout ne s’esquive
Dans la lassitude molle de l’ordinaire

Sur le seuil de l’éveil
Pur moment de beauté
Dans un fragment d’éternité
L’éphémère saupoudre sa magie
Touche la membrane sensible
Il court le battement au souffle furtif
L’instant inouï avant tout déchirement

 

Dans la lumière passagère, Eclaircie, Marjolaine, Phoenix et Kiproko délivrent leurs messages éphémères…

Les passagers de l’exil,

Bien que les fenêtres soient ouvertes
La maison a disparu
Il ne reste que ces plaies béantes
Offertes aux regards
Et à tous les vents
Nulle trace de murs ni de cheminées
Nul souvenir des marches que nous aimions gravir
Pour nous réfugier dans la mémoire du grenier
L’herbe verte partout ailleurs ne pousse plus ici
Seul le lierre s’aventure sur les cadres de bois noirs.
****
Le lac frémit même sans le moindre souffle
Afin de briser les arêtes trop vives
Des pierres s’abritant dans son onde
Elles proviennent de ces chemins
Longtemps après le dernier pas
Du promeneur qui les a désertés
Elles savent la force de l’eau
Dont elles attendent de devenir sable
Pour s’allonger sur la plage et se laisser happer
Par la volonté de l’océan

****
Les larmes du virtuel,

Tu racontes ta vie sur les pixels agités
Quelqu’un te lit sans regarder
Un sourire jaune salue ton passage
Une grimace de l’échange
C’est ton monde à présent
Qui tend entre toi et la matrice
Un large fil fluctuant sur le trou noir
De tes vies absentes
****

Je suis un satellite et je gravite autour
D’un cœur qui s’est perdu dans l’espace où le coup
De pied d’un footballeur l’a envoyé. Nos rêves
De retourner sur terre et d’y rire avec d’autres
Victimes d’un exil passager, se confondent.
Ce cœur sous un visage étonnamment gracieux
Me transmet par la voie des ondes sa surprise
De me voir lui sourire alors que dépourvu
De traits humains je n’offre à ses yeux qu’une sorte
D’enveloppe ; elle est faite en métaux résistants
Dont la fonction n’est pas a priori de plaire. (…)

Le texte de 4Z choisi par Élisa clôture ce voyage dans l’ici et l’ailleurs et répond de manière  » heureuse » au mien plus sombre. L’espace embarque l’océan d’Éclaircie dans le grenier secret plein d’étoiles, malgré tout,d’Élisa. Le voyage continue sans limite…

La danse des écailles,

Mes yeux m’échappent
Avec ce filet à papillons
Je garde l’espoir de les rattraper
Mais qui me conduira vers eux
Et se poseront-ils
Sur quelque fleur nous y attendant
Moi mon guide et ce filet dérisoire
Avec lequel on ne saisirait pas une seule étoile
Si on s’avisait de le jeter sur la mer
Quand le ciel nocturne s’y reflète
Comme un aveugle devant son miroir
(4z2a84 le 16 mars 2012)
***
Le vent chante au ciel son souffle retrouvé
Les arbres invités à la danse
Déploient les premiers bourgeons
L’esprit de la forêt descend sur le pré
Vient caresser la rivière et polir les galets
Tours et bâtisses tendent leurs fenêtres
Vers les rires et les feuilles griffonnées
Le long ruban retrouve sa souplesse
Loin des dédales et des ruines
Les pantins détachés de leurs fils
Délaissent le costume de bois
Immuable qui leur voilait le regard
Dans l’aquarium les poissons envolés
Ont abandonné les écailles
Au spectre infini des couleurs de la lune
***
La beauté du monde se nourrit de l’absence
De l’homme
Cet être barbelé enfant d’orties et de chiendent
Ne peut être le rêve des nuages
Des écumes nacrées
Ni même le souhait des chants perdus
Au-delà des écueils
Encore moins l’espérance des étoiles à venir
***
Des ombres dansent
Les têtes curieuses se dévissent
Pour mieux voir
Etranges les corps délaissés titubent
Sans but
Le monde est à la fête
Malgré la colère des obus
Et la sévérité des guerres
Qui privent de dessert.

Les mots sont posés par ordre d’apparition. Merci à Eclaircie pour avoir tiré du silence un texte de 4Z le bel endormi, dont on espère le retour sur les ondes. Nous restons les vigies du voilier des mots.

Pour arrêter la pluie, c’est très simple. Ouvrez les volets, la fenêtre, tirez les rideaux et levez les yeux au ciel. Fixez un nuage, un pas trop gros, ni trop haut, fermez légèrement les yeux, quand c’est fait regardez fixement une goutte de pluie et suivez la jusqu’au bout de son voyage, jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’une étoile d’eau qui brille sur le sol. Tout de suite, recommencez la même opération avec une autre goutte d’eau. Au bout d’un moment, la tête commencera à vous tourner. Alors là, gardez soigneusement votre regard par terre et, rapidement, vous y découvrirez des milliers d’étoiles scintillant sur le sol sombre. Un dernier effort, et vous verrez une nuit constellée d’étoiles. Théoriquement la pluie aura cesser. Sinon ça serait bien la première fois qu’on verrait pleuvoir avec un ciel étoilé...

Les chevaux fous

L’homme qui marchait d’un pas hésitant, dans cette petite rue, fuyait la solitude et l’angoisse.
Toute la nuit, il avait vu des chevaux fous piétiner la foule qui restait muette. Au matin, il gardait dans sa mémoire des images atroces. Aussi, il était venu chercher en ville, parmi ses habitants, la preuve que ce n’était tout simplement qu’un affreux cauchemar.
Il voulait en parler à quelqu’un pour purger ses souvenirs. Le dialogue aurait été, pour lui, un exorcisme.
Lui, si fragile, qui avait souvent des difficultés pour adhérer à la réalité se sentait perdu.
En temps ordinaire, il aurait suffi de peu de chose pour qu’il participe à la vie de la cité.
L’odeur de cuisine qui s’échappait des sous-sols d’un restaurant, le sourire d’un ouvrier municipal, tout cela l’aurait fait rentrer dans une petite vie sans risque. Les autres l’auraient porté quelques instants dans leur sillage, juste assez pour lui donner un peu d’élan, et il serait reparti.
Mais aujourd’hui, il avait la tête trop lourde des chevaux fous de la nuit et tout cela ne suffisait pas.
Il décida d’aller boire quelque chose dans un café. Là, il pourrait peut-être communiquer plus facilement. Tous les bistrots du monde servent de ports aux marins d’eau amère, à ceux qui louvoient entre le vide et la mort, à la découverte d’une vie nouvelle. C’est là qu’on rencontre les mendiants de la tendresse.
Il traversa la terrasse et entra s’asseoir sur un tabouret.
Il y avait dans la salle, tous les types d’individus qu’une ville moyenne peut comporter.
Il trouverait bien quelqu’un avec qui il pourrait partager son mauvais rêve.
Il demanda un café et regarda autour de lui.
A une table, des touristes se disputaient le privilège de régler leurs consommations. Chacun surenchérissait dans le ridicule, pour prouver à l’autre toute l’étendue de sa politesse. Pour eux, c’était un comble de raffinement, mais pour les gens autour, c’était grotesque et incongru.
Il n’y avait pas de place pour lui et ses chevaux fous.
Au bar, à quelques verres de lui, une femme regardait dans sa direction en buvant à petites gorgées une boisson fumante. Il devina à ses yeux qu’elle ne le voyait pas; il était un figurant anonyme, étranger à son histoire.
II n’avait pas plus de relief que l’affiche collée au mur devant lui. Il tenta une ombre de sourire pour qu’elle ne se méprenne pas sur ses intentions. Aussitôt, elle regarda ailleurs. Ce n’était pas à elle qu’il confierait son angoisse.
A côté de lui vint s’asseoir un homme en short qui tenait un paquet de couches pour enfants dans les mains. Il était gras, la peau rougie de coups de soleil et ruisselait de sueur et de suffisance.
Il commanda une bière d’une voix forte et chercha parmi les consommateurs quelqu’un de plus frêle, pour y déverser son trop-plein de banalités qu’il trouvait hilarantes.
Il détourna la tête prudemment. Bien sûr, il aurait pu parler à cet homme des chevaux et du sang de la foule muette; mais il aurait ri, et ça n’aurait servi à rien.
De l’autre côté, un homme en complet veston mangeait un croissant qu’il trempait dans un bol de lait chaud. De temps en temps, il saluait quelqu’un d’un geste ample et chaleureux et conservait son sourire pour le resservir aussitôt à la personne suivante.
C’était un type d’homme classique: mangeant toujours suivant ses envies, buvant bien, parlant juste, toujours comme il faut, là où il faut, les orteils à l’aise dans les chaussures qu’il a choisies.
Le dialogue s’avérait difficile car ce genre d’individu n’attache pas beaucoup d’importance au rêve, mais c’était l’occasion de parler et il ne s’en trouverait peut-être pas d’autres dans la salle.
Il s’adressa à lui par une banalité en guise d’entrée en matière. L’homme lui répondit par un sourire poli. Il continua, l’homme hocha la tête. Il allait commencer à parler de son cauchemar de chevaux fous quand l’homme enfonça le dernier morceau de croissant dans sa bouche. Il but le reste du bol de lait pour essayer de le faire passer et, marmonnant une excuse, se replia vers les toilettes.
Resté seul, planté devant le bar, il se sentit ridicule. Il chercha autour de lui quelqu’un d’autre, quelqu’un qui ne serait pas comblé par un croissant et un café…
Toutes les tentatives qu’il fit, avortèrent et il restait seul avec les chevaux qui galopaient dans sa tête.
Le vide qu’il ressentait était trop hermétique, trop compact. Ce n’était pas une dépression qui aspirait les autres?
Son cauchemar avait fait pourrir sa vie et elle dégageait une odeur fétide qui rebutait les gens. Il n’avait même pas trouvé un de ces intoxiqués du malheur qui se piquaient à coup de déprime et qui se nourrissaient, en parasites, des ennuis accumulés par les autres.
Ceux qui avaient abondance de bien-être ne voulaient pas partager, et ceux qui avaient peine à vivre ne le pouvaient pas. Tous ici avaient mérité le plaisir d’être bien, et il n’y avait pas de place pour les chômeurs de l’existence qui refusaient de travailler pour gagner leurs deux sous de bien-être quotidien.
Il quitta le café avec son cauchemar qu’il n’avait pu extraire.

Le chauffeur d’un camion citerne qui arrivait rapidement, bloqua son avertisseur; mais les chevaux faisaient trop de bruit dans la tête de l’homme qui traversait la rue.
Le conducteur freina violemment; le camion heurta une voiture en stationnement, et avec toute la force de ses quatre-vingts chevaux devenus fous, il faucha la foule muette d’effroi, sur la terrasse et alla s’encastrer dans le café.

© La lisière mauve    Paul de Glecy

Escale

les nuages serrent les rangs

pas une tache jaune
n’étoile les murs

les habitants exécutent d’étranges danses
des petits pains de seigle
tournés vers le ciel
dans la paume des mains

faute d’une tenue bien coupée
quelqu’un entre dans une maison
qui l’engloutit

mais cette cale qui tient le jour
fut enlevée
par un oiseau peut-être
ou une horloge
et la nuit en grande confusion
déposa un morceau de lune
sur la langue de chacun

aux pauvres gens
elle offrit des rêves insensés

Poèmes de Vénus Khoury-Ghata

Poèmes de Vénus Khoury-Ghata

 

 

« Le vent ne sert qu’à ébouriffer les genêts

à donner la chair de poule au renard

avec lui il faut consentir comme avec le diable

 

Elle n’eut pas d’enfants pour ne pas engendrer des morts

pas d’arbre pour ne pas s’encombrer de son ombre

ni de murs d’argile qu’elle pétrissait donnait un pain friable apprécié des serpents

 

elle n’eut pas de chemin non plus

son ruisseau s’était tailladé les veines de chagrins entassés

et la Grande Ourse n’était pas praticable au mois d’août

 

dans sa bassine de cuivre ses confitures bouillaient avec les étoiles »

 

 

« Quelle est la nuit parmi les nuits » (2004).

 

 

« C’était novembre en pluies acides et neiges noircies par l’usage

Nous classions les feuilles mortes par ordre de taille pour faciliter la tâche de la forêt absente pour des raisons connues d’elle seule

Les parents partis avec la porte

Nous prenions les flaques d’eau pour des criques

les cailloux pour des météorites

les meutes de vent pour des loups

un enfant se liquéfiait dès qu’un flacon touchait terre

nous pouvions tenir jusqu’à l’épiphanie

Manier nos pieds comme des jouets

en attendant une redistribution des parents

 

il nous arrivait de les apercevoir entre deux couches de terre

le coup de pied assené au sillon faisait crier un caillou

Mais ce n’étaient qu’hallucinations de bûcheron à la herse rouillée »

 

« Où vont les arbres ? » (2011).

 

 

Vénus Khoury-Ghata

Nuit blanche

elle prit une lanterne
par le cou
sur le trottoir boueux
pour éclairer le landau
où de vieux draps trempaient
dans un seau de lait

des chats la suivaient
qu’une obscure maladie
avait transformés en feuillets blancs
si bien que d’une main hardie
elle dessina sur l’un d’eux
un enfant crachant la lune
au fond d’un puits