Historique de la catégorie : non classé

Le puits du silence,

Le puits du silence,

Ah ! La solitude

Du rocher qui ronronne sans caresse

Celle du lecteur de livres aux pages vierges

De la lune maquillée pour un bal en solo

Que dire de l’araignée dans un champ de pesticide

Maudissant la charogne réfugiée

Dans le congélateur

Détestant les insectes partis au Baléares

Peut-être au paradis ou dans un assommoir

Tandis que l’aïeul entouré de si près

Regrette le temps où seul il avançait

Au gré de son pas

Tandis qu’en ce cerveau grouillent les papillons

Les gens les poêles à frire les éléphants

Je me demande si l’agoraphobie n’est pas un moindre mal…

****

Depuis quand ?

Nous sommes des puits profonds

Traversés de mutismes

L’insondable nous minerait

S’il n’était une ressource

Paisible et fraîche

Qui souvent nous répare

Qui parfois nous dévaste

Toujours seuls même au monde

Nous sommes des puits profonds

Que dissimulent les apparences

Et le lierre silencieux

****

Electron libre,

Dans la fusion générale

Va tourbillonnante

La particule invisible

Au rendez-vous manqué des atomes

Crochus.

Dans l’ordre d’apparition : Éclaircie, Élisa et bibi. Marjolaine nous rejoindra plus tard. Le titre est inspiré par Élisa. La vérité ne nous en tiendra pas rigueur puisqu’elle est de sortie.

Soleil le vent

Un petit soleil sans canicule

Soleil le vent,
Passe dans tes frisures
De miettes laissées par les vagabonds
Volatiles distraits
Dans le couchant
La lente marche sous les rideaux
A commencé
Tu prends une dernière pose
Le verre absorbe les derniers rayons
Facétieux
Briller n’est pas jouer.

C’est une promesse
Un tête à tête renouvelé chaque jour
Depuis si longtemps.
Soleil levant
Qui découpe l’horizon en trois crêtes merveilleuses.
Ici, il illumine d’abord les plaques de marbre
Comme s’il voulait les consoler
Leur dire « je ne vous oublie pas »
Puis il s’élance dans le ciel
Jouant de toutes les nuances de ses couleurs
Sur le ciel encore pâle qui plus tard sera bleu.

en début de printemps, lorsqu’il est signe de renaissance et d’éclosion.

Soleil levant, soleil brûlant

Soleil rouge noir ou vert

Boule de feu affamée de nos vies

Quand même son reflet dans l’étang

Irradie les iris et les pupilles

Trop violent pour guider le marin

Ailleurs que dans l’oubli

Nos prières pour son éclat sur la neige

Son halo léger ouvrant le chemin à l’enfant

Son ocre couchant avant l’aube calme

Ne seront-elles que vaines et illusoires ?

Le voilà
qui pointe le bout de son nez
Tout le monde l’appelle
tout le monde l’attend.
Et maintenant
qu’il est bien réveillé.
Tout le monde le fuit.
Tout s’emmêle dans la tête des gens
Avant c’était bronzage à tout pris
Aujourd’hui c’est sauve qui peut
et Vive la Vie!

Par ordre d’apparition, le Soleil levant dans le vent Phoenixs, Elisa, Eclaircie Marjolaine  et Plume Bleue qui se détendent en profitant des premiers rayons du soleil du matin, tandis que 4 Z écoute la conférence de Soleil levant!
Bonne lecture à toutes et à bientôt pour la suite des épisodes!
Le titre m’est inspiré par Phoenixs

Je te plumerai,

Je te plumerai,

Dans la toile fine des invisibles

Tu voles de long en large

L’espace dépecé rogne tes ailes

Tu bats du chant au matin

Libre de t’égosiller en vain

L’horizon pâle tendu

N’est que copie médiocre

D’un fabuleux hasard barbelé

Par les oiseleurs…

*

Derrière le miroir les oiseaux se jouent

Des pièges des oiseleurs

Leurs ailes largement déployées

Abritent les pépiements

Les spirales et les arcs

Tous les ballets de liberté

Plumes multicolores

Dans les matins cendrés

*

Arrêtons de s’faire plumer

Ah! Je t’ai vu.

LOUp, n’aies pas peur, ne te caches plus.

ET si on regardait un peu au-delà des apparences …

TE rends-tu compte de ce qu’on pourrait trouver?

Tous les oiseaux

de toutes les contrées

de tous les pays

prendraient leur envol

Direction la Forêt … Et …

Les frontières disparaitraient

Au profit d’un seul pays

qui serait reconstruit

Qu’elle chance

on aurait!

Chouettes et Alouettes

Enfin iraient virevolter,

gaiement festoyer

sans plus jamais se soucier

des chasseurs de têtes

qui jadis voulurent plumer

les gentilles alouettes.

Morale de l’histoire:

Ne pas se fier au destin tout tracé des chansons …

Parfois ce sont les animaux qu’on voulait plumer

qui finissent par nous clouer le bec de par leur intelligence, leur amitié et leur solidarité.

*

Le matin effaçait les ombres.

Les rêves et les cauchemars bien rangés sous l’oreiller

Nous bondissions hors du sommeil

Prêts à affronter l’été, à jouer dans les hautes herbes

A laisser s’envoler nos rires au milieu des trilles des oiseaux.

Parfois, revenant de ces expéditions en plein air,

L’un d’entre nous se faufilait jusqu’au grand placard de la cuisine

Et passait sa tête entre les deux portes entrouvertes

Pour voir si le père, en rentrant de sa nuit,

N’avait pas déposé, encore emballés d’un papier bien plié,

Les deux tartines intactes : notre pain d’alouette…

*

Par ordre d’apparition (et d’écriture) : Phoenixs, Eclaircie, Marjolaine et Elisa.

Merci à Phoenixs pour le titre.

L’élégance des lumières,

L’élégance des lumières,

Certains mots, après avoir longtemps volé très haut dans les nuages blancs, se posent près de nous. Sur une branche, sur le dossier d’une chaise de jardin, sur un sol fraîchement remué.

C’est à chaque fois un petit miracle que, pour ne pas interrompre, nous contemplons immobiles. Même notre respiration se fait plus discrète car rien ne doit troubler le mot.

Celui-là est de ceux qui émerveillent. Longtemps captif dans une cage, dorée mais toujours close, il vivait dans le luxe capiteux des odeurs bien nées. A présent, privé d’une lettre, abandonnée pour franchir les barreaux, il est accompagné des senteurs boisées de son nouvel habitat, de celles des terres humides, des fleurs indomptées, des sols tapissés d’herbes inventives.

Son dos est parsemé de lettres qui composent, au gré des lumières, des poèmes différents, un peu sombres mais brillants.

Lorsque le mot s’envole, il nous semble distinguer, au moment où il touche le ciel, la silhouette très fine d’une femme, élégante.

Et nous restons là, tête inclinée. Au sol mais plus légers.

****

Enfouie

au plus profond de ma mémoire

ressurgissent

les couleurs parfumées de l’enfance 

Quelques notes fraisées

se rappellent à mon doux palais

et  j’hume, déambulant

dans le jardin d’été,

les fières tomates grimpantes

et les odorants rosiers multicolores …

avant de revenir en courant

savourer avec plaisir

ce merveilleux sorbet aux fraises

de mes tendres années.

Lorsque on y repense

toutes ces fragrances

font de nous ce que nous sommes

Il suffit de presque rien

une note, un doux parfum

pour nous voir replonger

dans le grimoire de notre histoire …

De l’enfance à l’amour

il n’y a qu’un pas,

tout est question d’attirance

tout résonne

qu’est-ce que tu sens bon

je m’sens bien à tes côtés

et si on plongeait

dans notre voyage d’amour qui nait, en fragrance?

Dans le fond, nez contre nez, que t’en penses?

****

Un petit air(r) s’est envolé

Chargé d’effluves

Pour égayer les cerveaux aseptisés

Le dictionnaire et l’académie

Offrir la légèreté au printemps

Qui fleure la hâte et le bonheur

Des senteurs mêlées de toutes les teintes

Tandis que les fruits lourds et charnus

Guettent le soleil à son zénith

Embaumant jusqu’à la nuit

Sous la lune gourmande et câline

****

Roulez mécaniques fantômes

A pleine allure en matin métal

Plomb confondu

Avec l’or des haleines sèches

L’essence sème le trouble

Sur les routes rectilignes

Dont le parfum se perd

En bitume froid

Sur nos chemins incolores

****

Par ordre d’apparition : Elisa, Marjo, Eclaircie et bibi, sans oublier Plume bleue qui parfume son encre et 4Z le  » nez  » du petit cercle des parfumeuses…

Une petite loupiote sur la lune. Un petit tour au jardin et voilà une brassée de chandelles sans cire Sans oublier… Ma petite part de flamme pour maintenir la chandelle lumineuse. Dans ce chant d’ailes.

Une petite loupiote sur la lune.
Un petit tour au jardin et voilà une brassée de chandelles sans cire
Sans oublier…
Ma petite part de flamme pour maintenir la chandelle lumineuse.
Dans ce chant d’ailes …

Qui tient la chandelle ?
Pas moi, pas moi
C’est Pierrot le farineux
Au bord du cratère
Qui éclaire le noir
A la lune éteinte
Peine perdue sous le masque
Coule la cire
Triste hélas d’être sans chère
A réchauffer…
……….

Dans l’ombre du sous-bois, des fleurs blanches s’élèvent
Sortes de petits fantômes facétieux
Qui troublent la sagesse du monde réel
Comme un souffle léger sur une onde assoupie.
Sous la lumière du soleil ou celle de la lune
Elles jouent à ressembler aux chandelles chaleureuses
Qui éclairent et égayent l’obscure solitude de nos errances.
……….

Chandelle morte ou flamme vive
La plume poursuit le ciel
À la recherche d’un regard
Un jour éteint
Trop vite trop tôt
Et si les chants envahissent
La nue
Les lourdes pierres pavent les chemins
Recelant des brins de cri
Appel à la lumière vacillante et frêle
Gagner la lune parée de vie
……….

Allez! Hop!
Tout le monde allongé sur le dos
les pieds étirés vers le ciel
on se met en
chant-d’ailes
Relâchement
Étirement
Respiration
Le jeu en vaut-il la chandelle?
Inspiration
Renouvellement
Recentrage sur les choses essentielles
Oui, assurément
……….

Le titre est éclairé par Phoenixs, Elisa, Eclaircie et Marjolaine
et cette Chandelle est dans le même ordre d’apparition .
Kiproko dans la lumière se joint à nous pour écouter les sons de la nuit.
Et 4Z veille à ce que la chandelle du P’tit Prince reste bien allumée pour tous les amis.

Pour arrêter la pluie, c’est très simple. Ouvrez les volets, la fenêtre, tirez les rideaux et levez les yeux au ciel. Fixez un nuage, un pas trop gros, ni trop haut, fermez légèrement les yeux, quand c’est fait regardez fixement une goutte de pluie et suivez la jusqu’au bout de son voyage, jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’une étoile d’eau qui brille sur le sol. Tout de suite, recommencez la même opération avec une autre goutte d’eau. Au bout d’un moment, la tête commencera à vous tourner. Alors là, gardez soigneusement votre regard par terre et, rapidement, vous y découvrirez des milliers d’étoiles scintillant sur le sol sombre. Un dernier effort, et vous verrez une nuit constellée d’étoiles. Théoriquement la pluie aura cesser. Sinon ça serait bien la première fois qu’on verrait pleuvoir avec un ciel étoilé...

Les chevaux fous

L’homme qui marchait d’un pas hésitant, dans cette petite rue, fuyait la solitude et l’angoisse.
Toute la nuit, il avait vu des chevaux fous piétiner la foule qui restait muette. Au matin, il gardait dans sa mémoire des images atroces. Aussi, il était venu chercher en ville, parmi ses habitants, la preuve que ce n’était tout simplement qu’un affreux cauchemar.
Il voulait en parler à quelqu’un pour purger ses souvenirs. Le dialogue aurait été, pour lui, un exorcisme.
Lui, si fragile, qui avait souvent des difficultés pour adhérer à la réalité se sentait perdu.
En temps ordinaire, il aurait suffi de peu de chose pour qu’il participe à la vie de la cité.
L’odeur de cuisine qui s’échappait des sous-sols d’un restaurant, le sourire d’un ouvrier municipal, tout cela l’aurait fait rentrer dans une petite vie sans risque. Les autres l’auraient porté quelques instants dans leur sillage, juste assez pour lui donner un peu d’élan, et il serait reparti.
Mais aujourd’hui, il avait la tête trop lourde des chevaux fous de la nuit et tout cela ne suffisait pas.
Il décida d’aller boire quelque chose dans un café. Là, il pourrait peut-être communiquer plus facilement. Tous les bistrots du monde servent de ports aux marins d’eau amère, à ceux qui louvoient entre le vide et la mort, à la découverte d’une vie nouvelle. C’est là qu’on rencontre les mendiants de la tendresse.
Il traversa la terrasse et entra s’asseoir sur un tabouret.
Il y avait dans la salle, tous les types d’individus qu’une ville moyenne peut comporter.
Il trouverait bien quelqu’un avec qui il pourrait partager son mauvais rêve.
Il demanda un café et regarda autour de lui.
A une table, des touristes se disputaient le privilège de régler leurs consommations. Chacun surenchérissait dans le ridicule, pour prouver à l’autre toute l’étendue de sa politesse. Pour eux, c’était un comble de raffinement, mais pour les gens autour, c’était grotesque et incongru.
Il n’y avait pas de place pour lui et ses chevaux fous.
Au bar, à quelques verres de lui, une femme regardait dans sa direction en buvant à petites gorgées une boisson fumante. Il devina à ses yeux qu’elle ne le voyait pas; il était un figurant anonyme, étranger à son histoire.
II n’avait pas plus de relief que l’affiche collée au mur devant lui. Il tenta une ombre de sourire pour qu’elle ne se méprenne pas sur ses intentions. Aussitôt, elle regarda ailleurs. Ce n’était pas à elle qu’il confierait son angoisse.
A côté de lui vint s’asseoir un homme en short qui tenait un paquet de couches pour enfants dans les mains. Il était gras, la peau rougie de coups de soleil et ruisselait de sueur et de suffisance.
Il commanda une bière d’une voix forte et chercha parmi les consommateurs quelqu’un de plus frêle, pour y déverser son trop-plein de banalités qu’il trouvait hilarantes.
Il détourna la tête prudemment. Bien sûr, il aurait pu parler à cet homme des chevaux et du sang de la foule muette; mais il aurait ri, et ça n’aurait servi à rien.
De l’autre côté, un homme en complet veston mangeait un croissant qu’il trempait dans un bol de lait chaud. De temps en temps, il saluait quelqu’un d’un geste ample et chaleureux et conservait son sourire pour le resservir aussitôt à la personne suivante.
C’était un type d’homme classique: mangeant toujours suivant ses envies, buvant bien, parlant juste, toujours comme il faut, là où il faut, les orteils à l’aise dans les chaussures qu’il a choisies.
Le dialogue s’avérait difficile car ce genre d’individu n’attache pas beaucoup d’importance au rêve, mais c’était l’occasion de parler et il ne s’en trouverait peut-être pas d’autres dans la salle.
Il s’adressa à lui par une banalité en guise d’entrée en matière. L’homme lui répondit par un sourire poli. Il continua, l’homme hocha la tête. Il allait commencer à parler de son cauchemar de chevaux fous quand l’homme enfonça le dernier morceau de croissant dans sa bouche. Il but le reste du bol de lait pour essayer de le faire passer et, marmonnant une excuse, se replia vers les toilettes.
Resté seul, planté devant le bar, il se sentit ridicule. Il chercha autour de lui quelqu’un d’autre, quelqu’un qui ne serait pas comblé par un croissant et un café…
Toutes les tentatives qu’il fit, avortèrent et il restait seul avec les chevaux qui galopaient dans sa tête.
Le vide qu’il ressentait était trop hermétique, trop compact. Ce n’était pas une dépression qui aspirait les autres?
Son cauchemar avait fait pourrir sa vie et elle dégageait une odeur fétide qui rebutait les gens. Il n’avait même pas trouvé un de ces intoxiqués du malheur qui se piquaient à coup de déprime et qui se nourrissaient, en parasites, des ennuis accumulés par les autres.
Ceux qui avaient abondance de bien-être ne voulaient pas partager, et ceux qui avaient peine à vivre ne le pouvaient pas. Tous ici avaient mérité le plaisir d’être bien, et il n’y avait pas de place pour les chômeurs de l’existence qui refusaient de travailler pour gagner leurs deux sous de bien-être quotidien.
Il quitta le café avec son cauchemar qu’il n’avait pu extraire.

Le chauffeur d’un camion citerne qui arrivait rapidement, bloqua son avertisseur; mais les chevaux faisaient trop de bruit dans la tête de l’homme qui traversait la rue.
Le conducteur freina violemment; le camion heurta une voiture en stationnement, et avec toute la force de ses quatre-vingts chevaux devenus fous, il faucha la foule muette d’effroi, sur la terrasse et alla s’encastrer dans le café.

© La lisière mauve    Paul de Glecy

Escale

les nuages serrent les rangs

pas une tache jaune
n’étoile les murs

les habitants exécutent d’étranges danses
des petits pains de seigle
tournés vers le ciel
dans la paume des mains

faute d’une tenue bien coupée
quelqu’un entre dans une maison
qui l’engloutit

mais cette cale qui tient le jour
fut enlevée
par un oiseau peut-être
ou une horloge
et la nuit en grande confusion
déposa un morceau de lune
sur la langue de chacun

aux pauvres gens
elle offrit des rêves insensés

Poèmes de Vénus Khoury-Ghata

Poèmes de Vénus Khoury-Ghata

 

 

« Le vent ne sert qu’à ébouriffer les genêts

à donner la chair de poule au renard

avec lui il faut consentir comme avec le diable

 

Elle n’eut pas d’enfants pour ne pas engendrer des morts

pas d’arbre pour ne pas s’encombrer de son ombre

ni de murs d’argile qu’elle pétrissait donnait un pain friable apprécié des serpents

 

elle n’eut pas de chemin non plus

son ruisseau s’était tailladé les veines de chagrins entassés

et la Grande Ourse n’était pas praticable au mois d’août

 

dans sa bassine de cuivre ses confitures bouillaient avec les étoiles »

 

 

« Quelle est la nuit parmi les nuits » (2004).

 

 

« C’était novembre en pluies acides et neiges noircies par l’usage

Nous classions les feuilles mortes par ordre de taille pour faciliter la tâche de la forêt absente pour des raisons connues d’elle seule

Les parents partis avec la porte

Nous prenions les flaques d’eau pour des criques

les cailloux pour des météorites

les meutes de vent pour des loups

un enfant se liquéfiait dès qu’un flacon touchait terre

nous pouvions tenir jusqu’à l’épiphanie

Manier nos pieds comme des jouets

en attendant une redistribution des parents

 

il nous arrivait de les apercevoir entre deux couches de terre

le coup de pied assené au sillon faisait crier un caillou

Mais ce n’étaient qu’hallucinations de bûcheron à la herse rouillée »

 

« Où vont les arbres ? » (2011).

 

 

Vénus Khoury-Ghata

Nuit blanche

elle prit une lanterne
par le cou
sur le trottoir boueux
pour éclairer le landau
où de vieux draps trempaient
dans un seau de lait

des chats la suivaient
qu’une obscure maladie
avait transformés en feuillets blancs
si bien que d’une main hardie
elle dessina sur l’un d’eux
un enfant crachant la lune
au fond d’un puits

Poèmes d’Alejandra Pizarnik

Arts invisibles

« Toi qui chantes toutes mes morts,
Toi qui chantes ce que tu ne livres pas
au sommeil du temps,
décris-moi la maison vide,
parle-moi de ces morts habillés de cercueils
qui habitent mon innocence.
Avec toutes mes morts
je me remets à ma mort,
avec des poignées d’enfance,
avec des désirs ivres
qui n’ont pas marché sous le soleil,
et il n’y a pas une parole matinale
qui donne raison à la mort,
et pas un dieu où mourir sans grimaces. »
(Les Aventures perdues, Actes Sud, 2005, Silvia Baron Supervielle et Claude Couffon)
Cold in Hand Blues
et qu’est-ce que tu vas dire
je dirai seulement quelque chose
et qu’est-ce que tu vas faire
je me cacherai dans le langage
et pourquoi
j’ai peur
(L’Enfer musical, 1971, traduction Silvia Baron Supervielle et Claude Couffon)
Il faut sauver le vent
Les oiseaux brûlent le vent
dans les cheveux de la femme solitaire
qui revenant de la nature
tisse des tourments
Il faut sauver le vent.
(L’arbre de Diane, traduction Silvia Baron Supervielle)

 

Présence
ta voix
là où les choses ne peuvent s’extraire
de mon regard
elles me dépouillent
font de moi une barque sur un fleuve de pierres
si ce n’est ta voix
pluie seule dans mon silence de fièvres
tu me détaches les yeux
et s’il te plaît
que tu me parles
toujours
(traduction Silvia Baron Supervielle)
Le chien de l’hiver mordille mon sourire. C’était sur le pont. J’étais nue et je portais un chapeau à fleurs et je traînais mon cadavre également nu et avec un chapeau de feuilles mortes.
(Un songe où le silence est d’or, traducteur inconnu)
Exercice pour la main gauche
En passant dans l’obscurité
vers un nuage de silence
vers un nouveau silence compact
qui brûlera lorsque je ferai silence
différemment
ce sera comme un tatouage
comme ses yeux bleus
soudain enchâssés dans les paumes
de mes mains
indiquant l’heure du silence
le plus beau
auquel nul n’a jamais imposé silence
alors
je n’aurai plus peur
d’être moi et de parler de moi
car je serai diluée dans le silence
ce que je dis est promesse
(extrait du Journal 1964 traduction Anne Picard)


Le Réveil (El Despertar, 1958)

Ô Seigneur
la cage est devenue oiseau
et s´est envolée
et mon cœur est devenu fou
il hurle à la mort
et sourit à mes délires
à l´insu du vent…
Que ferai-je de ma peur?
Que ferai-je de ma peur?
La lumière de mon sourire ne danse plus
les saisons ne brûlent plus les colombes de mes songes.
Mes mains se sont dénudées
et sont allées là où la mort
enseigne à vivre aux morts.
Ô Seigneur
l´espace condamne mon être.
Et derrière lui des monstres
boivent mon sang
C´est le désastre.
C´est l´heure du vide sans vide,
il est temps de verrouiller mes lèvres,
d´écouter crier les condamnés,
contempler chacun de mes noms
suspendus dans le néant…
Ô Seigneur
jette les cercueils de mon sang…
Je me souviens de mon enfance,
lorsque j´étais vieille
et que les fleurs mouraient entre mes mains
car la danse sauvage de mon allégresse
leur détruisait le cœur.
Je me souviens des sombres matins de soleil
quand j´étais petite fille,
c´était hier,
c´était il y a des siècles.
Ô Seigneur
la cage est devenue oiseau
et a dévoré mes espérances.
Ô Seigneur
la cage est devenue oiseau
et que ferai-je de ma peur? »
Les Aventures perdues (Las aventuras perdidas, 1958) – Traduction Noëlle-Yábar Valdez.

ALEJANDRA PIZARNIK