Author Archives: Heliomel

Les peupliers sont des robots

Il n’y a pas d’autre chemin pour un écolier que celui qui tourne le dos à l’étude

Il s’assied sur des marches apparemment naturelles formées par un torrent à l’époque où plus haut

fondent les glaciers

Il écarte un rayon de lune pourtant amical

Vous l’avez compris le soir l’enveloppe la nuit envenime les pâles reflets dans l’eau taciturne des étangs

Un nuage en panne de carburant prie qu’un pompiste à la solde du vent le délivre

Aux oiseaux vaniteux les ombres de la forêt chuchotent  Taisez-vous

Plus loin beaucoup plus loin et peut-être aussi plus tard quoique rien ne l’indique

Surtout pas le calendrier et ses saints ennuyés d’être fêtés tous les ans par des comiques

Plus loin un sous-marin plonge dans un évier qui déborde

Les femmes d’équipage obéissent avec humeur aux ordres

Les pinces à linge comme des oiseaux le long des câbles électriques s’ennuient sur leur corde

On met à sécher un pré mouillé qui grelotte

Le sous-marin transporte des missiles

Le père Noël des jouets dans sa hotte

…Ne placez jamais de larmes toujours des perles au bout de vos cils…

L’heure où le peuplier n’existe pas encore

Où le soleil n’a toujours pas gravi

L’escalier que les vents érodent sans vergogne

Lorsque le silence des oiseaux

Ne signifie rien d’autre que leur échappée

Dans des contrées que nul n’imagine

Cette heure est celle de vos yeux ouverts ou fermés

Quand vos paupières frémissent imperceptiblement

Votre silhouette repose alors dans un fauteuil

Peut-être dans un lit ou devant la fenêtre

Et votre esprit à mille lieues dessine le nid

L’arbre et le pan de mur à la porte grande ouverte

.

La complainte du robot,

 

Je me demande ce que je fais là

A tourner sur mes chenilles

Long, large, cratère, chaleur, sang

Dans mes charnières

Le feu devant moi déroule ses cercles

Je passe en cahotant clic clac photo

Long voyage sur la rouille de lumière

Là-bas ils chantent en levant leurs bras blancs

Leurs mains pleines d’espoir

A travers mes yeux de métal ils ne voient pas

Ce qui les attend quelque part entre le silence

Et mon espace…

.
L’heure où le peuplier n’existe pas encore

Où le soleil n’a toujours pas gravi

L’escalier que les vents érodent sans vergogne

Lorsque le silence des oiseaux

Ne signifie rien d’autre que leur échappée

Dans des contrées que nul n’imagine

Cette heure est celle de vos yeux ouverts ou fermés

Quand vos paupières frémissent imperceptiblement

Votre silhouette repose alors dans un fauteuil

Peut-être dans un lit ou devant la fenêtre

Et votre esprit à mille lieues dessine le nid

L’arbre et le pan de mur à la porte grande ouverte

.

Le cingle est à la terre ce que le méandre est à l’eau

Les mouvements sont les mêmes

Et mènent presque tous à la mer

Et sur la mer règnent les vagues,

Décrites de tant de façons

Qu’entre la vague monstrueuse

Et la pauvre vaguelette qui lèche à peine le sable

On a du vague à l’âme

À contempler tant de paysages marins

La vague est à la mer ce que le nuage est au ciel

Ils se rejoignent toujours

Et pourtant sur terre on trouve encore des terrains vagues…

La définition du mot vague est vague…

Il est vrai que le vapotron ne fait pas de vapeur, alors…

Ont participé :

Eclaircie

Phoenixs

4Z2A84

Heliomel

Excusée : Elisa dont les mitaines gênent pour écrire.

Carbonisées, oubliées, les mains mijotent encore

Nous n’explorerons jamais assez ni nos greniers ni nos soutes

Sans notre assentiment quelqu’un s’y cache

On le reconnaît à sa façon de se glisser entre les pages du livre

Il se confond avec l’ombre de ma main lorsque je change de chapitre

Il laisse des mots dans lesquels il se flatte de conduire le navire

Or brandi hors des combles nul drapeau ne flotte

Et la charpente léchée ne révèle pas aux papilles la présence du sel

Pourtant les ports se succèdent comme sur un manège les chevaux de bois

On a juste le temps d’éviter la pince des grues qui déchargent notre cargaison sur les quais

Ai-je dit que ces quais sont en nougat les jours de canicule ils collent aux semelles

Ai-je parlé de ces filles sur leur balcon réunies en bouquet

Leur chevelure est trop longue pour espérer en venir à bout

.

Puisque je n’ai rien reçu

Pour alimenter mon cerveau

Je vais réchauffer les idées d’autres temps

Je les laisserai mijoter juste assez

Qu’elles ne deviennent caramel ni trop dur ou trop mou

Toutes les douceurs doivent avoir une colonne solide

Pour s’assurer d’un élégant maintien

Présenter une tenue parfaite, être d’un commerce agréable

Sans parler de la conversation dont on ne tolérerait point

Qu’elle soit pimentée de pointes trop acerbes

Ou de ces lieux communs communément

Trouvés dans les communes cours

Mais il est déjà treize lignes

Pour la parité j’en ajoute une et je m’éclipse…Adieu

.

A cheval sur le dos d ‘une étoile qui n’atteindrait pas la lune ?

Reste à savoir ce qui aurait la force de nous en faire revenir

Les visages d’une soupe d’orties un soir d’orage

La légèreté d’une fleur parcourant les allées d’un jardin

Ou cette mine de jeune fille qu’arborent les vieilles maisons

Quand la terre se retourne en dormant et nous fait don d’une lumière

Si puissante qu’elle pénètre en nos demeures et en nos nuits

Sifflant l’eau de nos rêves comme le plus grand des ivrognes…

C’est parce qu’aucune voix ne parvenait jusqu’à ses oreilles averties

Qu’un chef d’orchestre et de gare découpa un large cercle jaune

Qu’il colla en souvenir d’elle sur un mur de sa cellule

Lorsqu’il prétendit revenir, à cheval sur le dos d’une étoile, tout droit de la lune…

La vie descendre,

 

Pour toi s’arrête le sens de la lumière

Ailleurs où tu gis

Entre vie et lambeaux de vie

Désormais.

Te soutiennent des mains oubliées

Des affections solides et ruinées

Par ton absence.

Tu dors la tête sur l’épaule de l’aimée

Et rien ne peut entamer ton sommeil

De cendres froides.

Tu dors, elle veille, au-dessus de vous

Des cadres lointains désignent à présent

Vos rires figés.

Et personne ne peut plus entendre ton silence

Carbonisé.

De ton blanc traineau

Le souffle haut

Sonne bel héraut

Ton son me chaut

.

Même entrevue dans un rêve

Même si elle doit être  brève

Conçue entre fureur et fièvre

Belle est la nouvelle trêve

.

Adieu douves sans faille

Plus d’’étoc et de taille

Ou de cottes de maille

Place au lin, à la paille

.

Debout sur leurs rênes

Les reines freinent les rennes

Les festins les entrainent

Les  heures   s’égrènent

.

Sonne bel héraut

Le roi  a fait un rot

Entre paon et veau

Ce n’est qu’un pauvre sot

Nous n’explorerons jamais assez ni nos greniers ni nos soutes

Ont participé: les cinq doigts de la main

Eclaircie l’index

Elisa l’annulaire

Phoenixs le pouce

4Z2A84 le majeur

Heliomel l’auriculaire

 

 

 

 

 

 

Au loin

L’anaphore présidentielle (moi, président) souffrira, je pense, de cette comparaison…

Pourtant regarde au loin s’illuminer les îles,
Fais ton rêve d’encens, de myrrhe et de corail,
Fais ton rêve de fleurs et de roses asiles,
Fais ton rêve éventé par le large éventail
De la brise océane, au clair des étendues ;
Et songe aux Orients et songe à Benarès,
Songe à Thèbes, songe aux Babylones perdues,
Songe aux siècles tombés des Sphinx et des Hermès ;
Songe à ces Dieux d’airain debout au seuil des porches…

 

Emile Verhaeren

Des flocons tombent sur la geôle du lézard

En une nuit les arbres ont brossé le tableau

Peaufiner les variations de vert

Ombrer les chemins pour ne laisser entrer

Que lapins, lézards ou promeneurs amoureux

La colline au matin paraît plus haute

Plus fière

Elle nargue le ciel et sa palette de bleus et de gris

Couleurs qui évoquent sagesse et sérénité

Mais aussi solitude et tristesse

Quand la verdure appelle l’espoir

La jeunesse, la liberté, l’optimisme

Et si les oiseaux inlassablement sillonnent l’azur

C’est au creux des branches qu’ils bâtissent leurs abris

Au couvert des bois qu’ils confient leurs petits et leurs rêves

.

Il ne neige plus sous verre mais les flocons chassés par l’hélice du ventilateur

Volètent au-dessus de la nappe de papier blanc découpé pour feindre l’insouciance des confettis…

S’illusionner sur la volonté du ciel à reverdir même privé de moteur

Ou laisser l’air citronné frais sapide insuffler le goût du pollen à ceux qui manquent d’appétit :

Si mes ailes noires me portent vers vous je changerai la couleur de vos pensées jolies nageuses aériennes.

Feuilles vivantes si pour souffler les joues vous manquent gonflez les miennes !

Soyons des gouttes d’eau brisons la lumière éclairons avec des bouches arrondies notre cité !…

Surtout dans un éloge de la pluie la pluie sans lendemain insistons sur sa frivolité

Car dans chaque ruisseau qu’elle fait naître un rire auquel répond un autre rire

Court trop vite pour nos jambes nos jambes devant un bon feu s’étirent

Loin de la ferveur suscitée par un classique marathon.

Après l’averse bruyante la fine ondée change les instruments et le ton

On a l’impression de s’entendre murmurer

Des mots nouveaux des mots timides des mots pas assez mûrs pour être cueillis

Même sur des lèvres pâles ou dont le rouge terni macula une écharpe de soirée…

Demain la giboulée griffonnera des noms de fleurs et fouillera les taillis.

.

Plus de maisons plus de murs

Juste des fleurs encadrant des fenêtres

Les pluies sont de lumière

Le colza étale ses filets de couleurs

Et d’odeurs

Sur nous quand nous passons

Prisonniers d’un rêve

Soudain une rangée d’arbres

Réduits à un tronc et quelques branches

Incapables d’enfanter la moindre feuille

De leur visage austère d’enfants dressés

Nous libèrent de notre si délicieuse geôle

 

D’énormes affaires animales,

On roule sur le dos des putois

Le ventre des écureuils entre taupes

Et merles friands

On roule sur les jantes sans tige

Les corolles sans lumière

Nos petits airs de rien sous le bras

Rois des animaux de crasse bourre

Fourrures pelées, crinières décaties

Mais fiers de rester sur les griffes…

L’on roule puis l’on déboule

Dans le cimetière des éléphants

Sans défenses, sans récompenses

Avec beaucoup de bruit

Soudain surpris de n’être même pas reconnus

Par les vers blancs roulés en nous

Comme en passant…

.

Une histoire à dormir debout…

Quand il faisait les pieds au mur des Alpes, Albert nageait dans le bonheur, on peut dire qu’il avait la tête sur les épaules et les yeux dans les nuages.

Augustine, elle, remontait la pente, à bout de souffle, les jambes en coton, après une descente aux enfers due à une union malheureuse et éphémère avec un prince de Hohenzollern aux yeux ternes qu’elle passa d’ailleurs par le fil de l’épée quelque part en Transnistrie.

On  dit qu’il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas, on pourrait dire la même chose pour leurs lacs.

Pourtant, à force de nager, Albert finit par rencontrer Augustine, les bras en croix, sur une rive du lac de Misurina, un bijou émeraude des Dolomites.

Il était une bonne pâte de Catalan nonchalant,  elle était Calabraise aux yeux de braise. Il n’en fallait pas davantage, ils ont ouvert une pizzeria qui marche du feu de Dieu, sauf par jours de grand vent.

 

 

 

 

L’ombre de l’eau ressort du masque

C’est le long des haines

Qu’on enterre les secrets gardés par les ifs

Il n’y a plus de mauvaises herbes

Juste des herbes folles

Il y a des chaînes le long de certains tombeaux

Mais c’est nous qui faisons la chaîne

Pour finalement nous  retrouver

Avec des os qui n’ont plus de sexe

Au cimetière la lune est claire

Elle joue du violon

Pour les archets défunts

La terre battue ne se plaint jamais

Mars en Carême,

Quand tu auras posé ton masque
Ta ligature de trompe la mort
Tes grimaces sèches
Et tes loups sans velours
Nous pourrons retrouver aux bois
Les derniers chaperons décoiffés
Tressés de rires écarlates
Qui rendent au soleil la force d’emporter
L’ombre..

.

En hélicoptère on survole tant d’eau

Les jardins la tètent elle les rassasie tous les jours

Dans sa direction les arbres allongent leurs racines

On la caresse des yeux avant de lui donner à laver des dessous

Les museaux s’y trempent comme le pain dans la soupe

On la boit sans soif entre des doigts qui la laissent filer

Car elle se donne à tous mais pour seulement une seconde

Elle n’a pas comme nous la notion du temps pris à la gorge

Du temps presque étranglé par ses coureurs

On survole trop d’eau pour songer à en remplir ses poches

Un aigle vole au secours des parachutistes pris dans les cordes

Accrochez-vous à ses serres tenez bon jusqu’au tapis volant

Jusqu’à l’arrivée de votre lit et de vos rêves épinglés sur le liège

Dans ces cas-là un aigle vaut mieux qu’un ortolan

Mais même les lits les moins peuplés ne sont pas à l’abri des pièges

La lune en tend le jour quand on la croit endormie ou passée de mode

On ne vérifie jamais assez la souplesse de ses ressorts

Lorsque d’un tremplin gémissant on saute vers le lustre où parmi les bougies rampent des gastropodes

.

Il s’embarque sans se soucier de la destination

À peine a-t-il l’impression

De suivre des rails ou des vagues

Bien alignés toujours vers la lumière

Des cimes de loin en loin se détachent

Sur un écran ni bleu ni gris

Peut-être vert comme dans son souvenir

Le grand pré ou l’immense océan

Il sait le sourire radieux au bout du voyage

De quelque planète de quelque visage

Il sait aussi le creux froid du lit

Que la rivière a déserté l’invitant avec elle

Afin de retrouver le frémissement premier

.

Finalement passif sous les lampions du jour peu ponctuel

Il s’endort debout sur un terril d’herbe jaune

Viennent en ses songes les rats du bout d’un tunnel

Des éléphants trottant discrètement sur la pointe d’une langue

De vipère à tête comment déjà

A ce moment tout n’est que spirale sans fin sans fin

Comme si le trouble n’était pas déjà au comble et les clous arrachés

La dernière pelletée négligemment jetée sur le corps

La foule bigarrée s’en retournerait au tout gris des autres journées

Le coeur en joie la fête autour des entrailles bien cachées

Mais plus qu’un délit sans son corps et des fleurs odieusement belles

A la place du presque mort qui peu courtois manque à l’appel

Aucun des membres ne manque à Zephe

4Z2A84

Eclaircie

Phoenix

Heliomel

Elisa-R

 

 

Les lapins à pas de géants

Sulfatée la grappe de bijoux s’éteint

Elle n’éclaire plus un couloir sans fin

On atteint le bout de ses espérances en plongeant dans le vide

Aucun n’oublie ses ailes même la moins avide

Des créatures qui vivent sans savoir qu’elles vivent

Ni sans avoir assez d’une seule tête

Il nous faut plus d’un front pour bien rêver

Blanchir tous nos murs exige plus de savon que la mer n’en use

Par ailleurs le compte des vagues et de leur rendement est un travail d’insecte

Nous ne jouons plus avec nos neurones comme autrefois

Quand les maisons partent en fumée les trains restent

.

Entourant le grand pré les géants veillent

Chaque graine échouée trouve un creux de sillon

Sous leur regard bienveillant

Si l’eau hésite à se retirer dans son lit

Elle filtre la lumière et baigne le reflet

Du soleil comme de la lune

Mimant la douceur d’une mère pour son enfant

Les voix qui m’accompagnent

Aussi fermes et puissantes que ces titans

Laissent entendre leur chant

Sur la volée de notes semées par ma fenêtre

Que le vent s’empresse de saisir et d’amplifier

.

Le soleil plonge dans le bleu de mes yeux

Un oiseau d’hiver trouve refuge dans le spectre d’une écurie

Les fers claquent sur les pavés luisants

Un cheval aux longs cils entre au pas dans une brume

Visible uniquement de l’endroit où je me tiens

Une porte se ferme en sursaut et m’éveille au jour présent

Un merle m’avoue que les nids mouillés sont bien froids

L’un d’entre nous se décide à regarder le ciel

Quelqu’un l’a ouvert comme on ouvre une fenêtre

Quand le sommeil de janvier soudain rêve de printemps

 

Tour de magie,

Un lapin fort distingué décida d’épouser son chapeau

La demande fut faite avec des gants

Le haut de forme claqua son refus

Et s’enfonça dans le crane d’un magicien hermaphrodite

Ainsi va la vie des tours de passe-passe :

L’on croit jouer de sa baguette

C’est elle qui nous dirige

L’on pense chevaucher sa partie

Et c’est elle qui tourne casaque…

.

Square Lamarck

Le parfum de l’air fleure  la nuit

Comme la cheminée capricieuse

Le trottoir humide fumerolle

Les nuages s’enfuient en désordre
L’escalier de pierres grises

Supporte les volutes des fers forgés

Les glissoirs de l’enfance

Ne comptent plus les genoux écorchés
La pleine lune luit l’espace d’un instant

Elle peint  de blanc crayeux

Le dessus des rambardes jumelles

Regarde l’aura des réverbères

.

 

Eclaircie a l’assemblage

Elisa-R à l’emboutissage

Phoenixs au montage

4Z2A84  au toit ouvrant

Heliomel à la peinture

Zephe  construit en vue du printemps

La photo du pont sans lumière

Un arbre inclus dans une feuille

Le vent n’y verrait que du feu

S’il sortait de son coquillage

Comme nous de nos couvertures

Pour répondre à l’appel du large

Et buter contre l’Inconnu

Ce verre qui filtre l’espoir

De trouver ailleurs loin d’ici

De l’univers l’unique carte

La mer dans une seule vague

Tous les champs dans le même épi

La dune dans un grain de sable

.

Souvent le temps qui passe embellit de sa patine

Les monuments érigés par les hommes

Pour ces derniers, moins.

Douter de tout ou croire de tout

Sont deux solutions toutes aussi pratiques

Qui nous dispensent l’une comme l’autre

De la réflexion approfondie

Ecume poisseuse  aux lèvres

Filaments roses et nœuds noirs

Ingrates neurones  oublieuses de mon passé

Je plonge dans l’inconnu

En arrachant les ailes du destin

 

Osciller entre le blanc du givre au carreau

Et celui démesurément silencieux du matin

On voudrait parfois ne murmurer qu’un son

Afin de soutenir le chant sans alourdir la barque

Quand les mains sont immobiles

Mais toujours ouvertes afin de recevoir

Les rubans colorés émanant des étoiles

Auxquelles vous confiez les portées et les notes

Quatre jours encore et les voix franchiront

La quatorzième marche pour entrer dans le hall

De cette bâtisse dressée contre le vent

Dont les murs aux reflets de nos songes

Abritent et protègent nos souffles mêlés

 

 

Quelques heures avant Palissy,

La mer a été démontée par les déchets

Elle avait besoin de savoir où allait son écosystème

Oui, elle n’a rien trouvé

Du coup on a rouvert le soleil

Tout le monde a sorti sa mine de papier marché

A l’émeri

Les enfants sur les bois abandonnées jouaient

A Robinson et sa Zoé

Clac une photo de vacances

Dos tourné aux ridules

On était content de savoir que l’on ignorait

Tout à petits pas hésitants…

.

Une nuit de décembre

Un long pont circulant sans lumière.

Quelque part dans le silence sombre

Des voix, des rires, des pleurs.

Autrefois nous étions des amis unis

Prenant soin de nos existences

Le passé nous double tous feux éteints

Personne ne se retourne ni ne fait signe

Le pont n’est plus que bouquet d’arbres.

Le silence absorbe les derniers échos

Décembre s’endort paisiblement.

Ont participé:

Eclaircie, Elisa, Phoenixs, 4Z2A84, Heliomel

 

 

 

Une tranche de miel et de cendre

Loin des fleuves du ciel coule un petit ruisseau

Charmant, tranquille et discret

On le trouve caché au milieu d’une forêt gigantesque

En marchant au hasard

En rêvant nez en l’air

Parfois même en dormant

Il conte des histoires de pendules

De passants incrédules, de sorcières cruelles

Ou d’elfes dissimulés dans les recoins de nos oublis

On raconte que le voir offre des pouvoirs magiques

Et que l’entendre métamorphose tout humain

En bel arbre mélancolique

As-tu obturé tes oreilles

De la rue montent tant de voix

Pour dire un peu n’importe quoi

Beaucoup de choses insensées

J’écoute mais je n’entends pas

Un blanc me sépare des autres

Si je me jette dans le vide

D’un étage trop haut placé

Je risque de rester coincé

Dans la page entre deux chapitres

Ou de patiner sur la tranche

Sans même un signet pour m’y pendre

Mes cris se perdent taisez-vous

Ceux qui viendront à mon secours

Auront ramoné leurs esgourdes

 

Nous échappons à notre vie pour un instant

Et nous projetons demain ou même plus loin

Peut-être hier que l’on ne reconnait pas

Les oiseaux attendent que nous soyons statues

Pour oser se poser sur nos chapeaux

Nous leur abandonnons l’écorce

Heureux de savoir que sous leurs pépiements

Nous retrouverons le costume

Poussiéreux et trop grand peut-être

Mais celui que nous portions

Lorsque l’éclair nous a conviés

À dépasser la musique et les mots

.

Tu en as plein les mains

De cette poisseuse acidulée

Tombée des nuages.

Plein les oreilles et la tripe

De l’acoustique musique sans clefs

Tes horizons effilochés ressemblent au baiser

Du galeux

Que tu emprisonnes dans ses miettes

Croyant déboucher l’espérance

Te voilà englué de poussière

Petit dieu au nombril épais

Que la vie décourage par son vide

Du tien l’écho…

 

Comme je n’avais pas d’inspiration, je vous ai trouvé quelques maximes :

 

Une maison sans livres est une âme morte (Paul Desalmand)

.

La vie s’amuse, la mort fait le ménage (Jacques Prévert)

.

Vends corbillard au point au poids mort

Boite bloquée au point mort (Pierre Dac)

.

Si je suis élu, je serai immortel

Si je suis battu, je n’en mourrai pas (André Roussin)

.

Et je me suis permis d’en ajouter quelques autres, zephitiques…

On a beau freiner à mort

Même si on n’y va pas de main morte

On  part les pieds devant

Les pelles mortes se ramassent à la benne

Souvent, c’est quand on est mort de rire qu’on perd son dentier

On hurle à la mort pour se prouver qu’on est encore vivant

Un corps mourant s’enfonce, un cormoran s’envole

Faire le mort ne trompe que les vivants

C’est quand on est mort de fatigue qu’on vit le mieux

Ont participé

Eclaircie, Elisa, Phoenixs, 4Z2A84, Heliomel

 

Peau de pluie dans un grand seau d’eau froide

Peau de pluie,

Une fois que tu as pillé les étoiles

Les bouts de route crottée

Quelques fleuves mal léchés

Une fois que tu as dérobé le feu

Les horizons bannis l’enveloppe des anges

Les ailes des oasis

Que reste-t-il dans tes bagages en peau d’humain ?

Deux mouchoirs secs

Un peu de sable, restes d’un cœur enterré

Une pincée de sourire édenté

Et l’immense vide de ta chimère en peau de nuit…

.

Les mots naissants plongés dans un grand seau d’eau froide

Seront soumis au silence.

Il n’y aura plus que le ciel dans le rôle du ciel, la terre dans celui de la terre et l’ennui dans l’esprit du poète.

Pourtant, à quelques pas, les livres se couvrent de phrases, des jurons s’en échappent ou des déclarations enflammées. Les décombres y côtoient les lumières fantastiques des grandes villes du monde.

Rien n’y fera, il extirpera de son crâne fiévreux les idées à peine pensées.

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En rangs serrés, mal peignées, les hordes de chevaux des Médiomatriques font désordre, elles s’opposent aux clairons mal embouchés des bégayeurs qui ont un cheveu sur la langue.

Mais après un match nul tout ce monde partira à la conquête des casques à pointe à Pointe à Pitre, traversera dans les  clous de giroflée de Macassar. Finalement c’est  en Amazonie qu’ils trouveront la tondeuse universelle inventée par les Jivaros.

Poussant plus loin encore, ils découvriront  sur une île des Galápagos le peigne à écrêter les iguanes marins, la brosse pour les marines de Guadalcanal, la boule à zéro de Mussolini.

Forts de leurs succès, ivres de leurs conquêtes, ils remonteront les Champs-Elysées juchés sur des cornes de gastéropodes tricolores et seront applaudis par des ragondins lissés dans le sens du poil qui auront coiffé sur le poteau la chevelure de Bérénice.

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Le crépuscule au soir comme au matin

Serre le cœur de ceux qui le rencontrent

Leur vie leur semble alors basculer dans le vide.

Pourquoi ? Les heures n’ont pourtant rien de commun

Avec la fourmilière et le front son abri

Contre un doigt de lueur dans un verre trop grand.

D’où vient que nous mourons avec le jour ? D’où vient

La clarté sur nos mains quand d’autres mains les croisent ?

Des mains sans vraie chaleur des mains honteuses.

Si le soleil se cache au grenier soulevons

Le toit. S’il tergiverse avant de nous quitter

L’espoir aura volé tout pathos à l’adieu.

Délivrée de son cadre étriqué la fenêtre

Enregistre un effort du ciel illimité.

.

 

De ses bras il étreint la rivière

Et boit la lune qui se mire à sa surface

Il joue des nuages comme on le fait d’une balle

Étonné que le vent ne fasse pas barrage

Il dresse des cathédrales au cœur des clairières

Creuse dans les dunes des lits pour les étoiles

Tutoie les poissons et court sous l’aile des chevaux

Aux fenêtres il dépose des feuilles immaculées

Et sur les paupières du dormeur

Un frémissement à peine perceptible

Puis le matin le surprend dans le sein d’une vague

Le songe s’est assoupi

Ont participé par ordre alfamélique:

4zbeaelisaeclaircieheliomel

 

De 8 heures à 8 heures trente

Elle est pas mal du tout, la soixantaine bcbg, entrée sur le site « je contacte » sur la pointe des pieds, elle cherche sans trop y croire un homme aimant les sorties, les musées, le cinéma les balades à la campagne etc. Tout comme moi. Mais j’hésite à me mettre sur les rangs. Sept ans de solitude ça vous façonne une armure faite de manies, de préjugés.

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Depuis que je suis en retraite, mon réveil sonne à huit heures mais je ne me lève qu’à huit heures trente, car en retraite on s’extrait du lit quand on veut, sauf que finalement, c’est toujours à la même heure, comme pour les repas, on a beau dire qu’on a le temps, on ne le prend pas.

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Dix-huit heures dix, tiens c’est « questions pour un champion » et après cap sur Arte pour « vingt-huit minutes » Ensuite je préfère lire ou écrire car la lecture et l’écriture sont les deux mamelles dont le lait vous permet de rester jeune, au moins dans sa tête, oui je sais, je suis parfois lyrique surtout quand j’écoute, comme en ce moment, le concerto numéro deux de Rachmaninov. Il faut vraiment un bon film ou une bonne émission pour que je m’assoie en face de la télé. C’est rare.

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L’été je plante mes douze pieds de tomates selon un rite immuable. Les années paires dans la partie haute du potager et les années impaires, l’inverse. Culture alternée avec les haricots verts « nains d’Etampes »

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Septembre, récolte des graines de lavatères, soucis, althéas pour l’année prochaine, des pommes percées par les carpocapses, des noix et du raisin vert à vous déchausser les dents.
Vous avez remarqué comme l’automne est perfide ? Il y a un beau soleil, il faut encore tondre la pelouse et puis une bonne rafale de vent fait tomber vos pommes carpocapsées. Encore une éclaircie, vent tiède et feuilles confiantes et crac, il pourrait presque neiger, juste le temps d’enlever les tuteurs des tomates, ne pas oublier de les rincer à l’eau de javel.
Le ciel c’est l’atout gris qui ramasse la mise et vous le mal au dos en ratissant les feuilles qui ont renoncé à vivre.

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Seize degrés. C’est vrai que l’indispensable feu de cheminée vous ramène aux réalités quotidiennes (avec le pantalon de velours côtelé) de l’automne.
Et le rituel reprend, récolte des cageots qui trainent sur le marché déserté, le panier de bois à remonter de la cave, dispersion des cendres dans le potager (c’est bon pour la culture)

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Et vous voudriez que j’explique tout ça à Zoé95?

Vous savez— j’ai quelques manies…le temps de les énumérer, elle serait déjà partie.
Ou alors elle m’avouerait qu’elle aussi a ses travers, qu’elle met des mini chaussettes affreuses dès qu’elle rentre chez elle, qu’elle laisse la porte des toilettes ouvertes sans rabattre le siège, qu’elle aime les bibelots, les rideaux, les chromos, tout mon contraire, j’apprécie ma chambre vide et mon salon dépouillé, les surfaces lisses, les angles vifs, les murs droits et que pour moi, le comble du désordre, c’est de laisser deux livres traîner sur la table basse.

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Je lui préciserais que le lundi, pour moi, c’est le jour de la lessive et des œufs bacon, le vendredi, celui des courses, elle me répondrait que pour elle les courses c’est n’importe quand et qu’elle mange juste pour vivre et qu’elle déteste les plats en sauce.

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Et pourtant, puisque je lui aurais proposé, dieu sait pourquoi un rendez-vous, on se serait pointés, à l’heure, au moins ça de commun. À quinze heures sous les horloges de Saint-Lazare, original.

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Mais à vingt heures, à force de se regarder dans les yeux en racontant nos vies, de supputer l’histoire de cette petite ride entre l’aile gauche du nez et la lèvre supérieure on aurait eu envie d’échanger nos prénoms, Marie-Claire ou Elisa ou Béa, Jean-Claude ou Michel ou Alain.
On a promis de se revoir et quand on s’est retrouvés elle dans son appartement bordélique et moi dans ma maison au garde à vous, on a longtemps pesé, le pour, le contre et finalement, le lendemain, j’ai appelé le numéro qu’elle m’avait confié.

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Pourquoi on s’est jetés l’un contre l’autre, on ne le saura probablement jamais.
Pour que notre liaison dure plus qu’une lune, on s’est mis d’accord. Au début chacun chez soi, on ne partagera que les loisirs.

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Mais elle aura vite envie de venir voir le jardin dont je lui rabats les oreilles, on conviendra de passer le week-end ensemble et on ira acheter une brosse à dents chez Leclerc, comme ça je saurai déjà qu’elle aime les brosses tendres et je la laisserai mettre le pot de fleurs sur la table basse.