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Le micro des ventriloques.

LE MICRO DES VENTRILOQUES.

*

Les petites chaussures du soir,

 

Que se passe-t-il dans le grand slip des nuages

Quand il bouffonne sur les toits ?

Et dans la tignasse du vent

Qui siffle ses petits airs perdus ?

Que se passe-t-il dans le corps maigre des arbres

Rompus au sommet ?

Qui simplement peut répondre pendant que rote la nuit

Noire de vin gris ?

Peut-être les molles chaussures laissées sur la paillasson

Ronchon quotidien de nos semelles merdeuses

Qui pestent sans marcher…

*

Le ciel est un cyclope avec un œil changeant

Doux et tendre la nuit, vif et violent le jour.

Ne me demandez pas de choisir

Entre l’un ou l’autre à graver dans le marbre ;

Je les voudrais ensemble réunis

Le ciel, la lune et le soleil.

Les yeux entrouverts, la pâleur de la belle

Saurait calmer le feu inutile en dehors de l’âtre

Tandis que les visages se décomposent

De vivre trop dans l’ombre, l’astre diurne leur rendrait

La lumière,

Je rêve des bleus dont tous deux teinteraient  

Ma veille et la vie. Saisons et promenades.

*

Le temps perd la raison, fait grincer les ressorts de l’horloge

Bruit d’un bateau égaré dans la  tempête

Les instants glissent sur le pont, s’entrechoquent.

Ce matin visage d’un vieillard dans le reflet d’un enfant

Ce soir deux flots continus de voitures charriées par l’orage

Au milieu une femme attachée à son chien, immobile.

Puis l’habituelle évasion vers les mots, qui s’évaporent aussitôt .

A marée basse on trouvera quelques échardes dans le sable,

Une laisse peut-être, quelques éclats de verre

Et l’ombre fuyante d’une vague scélérate.

*

L’aube remplace le beurre elle s’étale

Et dore le ciel

Nous ne fermerons pas les yeux

Même si nos paupières s’alourdissent

Même si le gel suspend les larmes.

Je ne joue pas aux dés ma présence dans ce poème

Dont les vers ressemblent davantage à des œufs

Qu’à la cueillette des cerises

Sur les branches d’un chandelier.

Le jour en pyjama déjeune

De croissants chauds trempés dans la voie lactée

On soupçonne le boulanger d’être somnambule

Et la lune d’enfariner les anges.

*

 

Averse de printemps.

 

Pour se désennuyer

la pluie invente la musique.

Toutes les oreilles collées aux gouttières sont des auditeurs avisés.

– Ne risquez pas de manquer le concert en vous abritant sous vos draps.

LES DESSOUS DES APPARENCES

Les dessous des apparences.

*

Dans les jardins de mer fleurissent les poissons

Pétales délicats leurs écailles s’entrouvrent

Ailerons gouvernant l’arc-en-ciel sous-marin

Le peintre ne sait pas trouver sur sa palette

Les couleurs inventées par ce printemps fugace

La lune et le soleil parviennent à capter

Les teintes à offrir pour adoucir le temps

Au veilleur fatigué que le sommeil a fui

Le silence des eaux submerge les miroirs

Et le reflet de l’homme inonde les marées

Souvenir des écrits qu’il reste à composer

N’écoutant que les voix chuchotées des forêts

*

Capucin 1er,

 

C’est lui le gardien des grains de raisin

Cacahuètes et bananes bleu-roi

C’est lui au sommet du baobab

Le plus haut perché

Qui jettera dans un grand sourire noir

Les petites gâteries aux fidèles pendus

Aux basses branches

Si tu passes sous l’arbre prends garde

De ne pas trébucher sur les pelures

Les têtes coupées, les mains moites

Et les langues tranchées

Dans cette jungle qui hurle de faim

Gueules béantes

*

Les rêves sont des êtres transparents

Ils attendent que tout soit immobile

Que rien ne soit plus visible

Le silence leur offre une voix

L’obscurité leur donne un corps

Qui se nourrit et fortifie une vie durant

Du nôtre

Quand le cœur d’une horloge se tait

Un rêveur se délivre de la lumière

Comme d’une chaîne dans sa chair

Il devient l’invisible aussi libre que l’air

*

La nuit la fenêtre

Chez vous reste ouverte

Ici l’air pénètre

Sur une aile verte

Ici la douceur

Est monnaie courante

Au ciel un glisseur

Etourdi s’oriente…

Rien ne nous retient

De partir ensemble

Vous mon seul soutien

Le vent nous rassemble…

Les oiseaux se taisent

On pourrait se croire

Dans une hypothèse

Ou dans son miroir…

*

A l’œuvre :

Eclaircie

Elisa

Phoenixs

et 4Z.

*

 

 

Un texte de Michel Fauchon-Héliomel : « La Femme d’à côté »

« La femme d’à côté

 

 

 

 

J’habite au vingt-septième niveau sous la mer, dans une de ces cités- dômes, sans âme, construites en hâte au cours du siècle qui vit l’invasion massive des virus. Durant ces années-là, des légionelloses de chikungunya, des vaches folles de grippe aviaire et des moutons mutants enragés s’étaient ligués pour faire disparaître les humains de la surface de la Terre. Il ne restait que cette solution : vivre sous la mer.

 

Evidemment, ceux qui habitent au dernier étage, ce sont les riches, les nantis, des politiciens qui promettent mers et merveilles, comme d’habitude. Ils ont vue entre mer et sol, contre ciel et terre, et secouent leurs scooters parmi des îles artificielles. Trente mètres carrés contre le dôme, c’est une fortune.

 

Moi je suis technicien de sous face, éboueur si vous préférez. Ne riez pas, c’est un métier bien payé, je me fais plus de trois cents perles par mois. Mais dangereux aussi, il faut revêtir un énorme scaphandrier bardé de cadrans et de pinces automatiques, traîner le container à travers les sas de décontamination, retrouver l’air empoisonné, déposer ses ordures sur la plage rapidement et redescendre.

 

Ce qu’il y a en haut ? Vous voulez dire sur la Terre ? Elle redevient verte comme avant. L’asphalte est bouffé par le liseron, les murs s’écroulent, les ponts s’affaissent, les routes disparaissent. Il parait qu’à Paris, le bois de Boulogne a rejoint le bois de Vincennes.

 

Notre-Dame et la tour Montparnasse, des pans de pierre, de verre, couverts de lierre, c’est tout ce qu’il reste. Jumièges sur Seine et de l’acier martyrisé. Parfois une pierre dévale et roule sur le parvis de la cathédrale. Elle rebondit sur les traces de la voie express avant de finir sa course dans la Seine. Il y a partout des monceaux de gravois ressemblant à des terrils verts de gris.

 

En attendant, je vais prendre ma douche, ce soir, je sors. Je prends le yellow qui va de Saint Raphaël à Cannes, l’autre cité proche. Avant, j’y allais à palmes mais ça fait loin, je ne tiens plus que vingt minutes en apnée. L’âge…

 

Il y a un combat de requins au central. Trois gladiamers vont essayer de défendre leurs vies, armés d’un trident contre des requins affamés qui emploient toujours la même technique. Ils tournent autour du combattant, sans se presser. Celui-ci est obligé de suivre le mouvement, fourche en avant. Mais le requin vous donne le tournis et quand votre vigilance, malgré vous, s’est émoussée, il opère un brusque virage, tourne dans l’autre sens et happe, déchire, engloutit tout ce qui dépasse. Il y a des requins cruels, ils s’emparent d’abord du trident, le brisent et s’amusent avec leurs proies, comme des chats. Heureusement que le gladiamer n’est qu’une créature synthétique, mais quand même…

 

Ce n’est pas que j’aime ce genre de spectacle, mais c’est Cécilia, ma voisine de palier, la femme d’à côté, qui me donne les billets. Elle est récolteuse de taxifolias et son père travaille à l’élevage des murènes pour les combats de poissons du vendredi au central.

 

Cécilia, je l’aime, je le lui dis, mais elle ne me croit pas. Pas encore. Elle a les plus beaux yeux du monde, verts, blancs et noirs comme la mer, effilés comme des amandes, des épaules de nageuse olympique et un sourire magique.

 

On se raconte des histoires, je lui dis qu’un jour, on remontera à la surface et qu’on y restera, sans scaphandre, sans redescendre, à l’air libre, qu’on nagera vers la côte, qu’il n’y aura plus de virus, qu’on ne s’aimera pas le premier jour, mais le deuxième, parce que le premier, on le passera à regarder les collines peintes en ocre rouge, à nous balader main dans la main sous les palmiers, à regarder les vraies fleurs et les étoiles, parce qu’on en a marre des anémones et des étoiles de mer.

 

On aura des fringales de véritable eau douce, même cinglante,

de plages, d’orages, de cigales, de mistral.

 

Elle me répond qu’on ne verra plus les raies manta dépliées comme des draps sur un pré balayé par le vent, ni le ballet envoûtant des méduses, luminaires en mouvement. Qu’on n’entendra plus les poissons chanter, comment ça les poissons ne chantent pas ? Et le chant des baleines, et les cris des dauphins ? Les poissons ne volent pas peut-être ? Quoique les poissons volants aient disparu. Il ne fallait pas voler. Les virus, partout.

 

Je te chanterai ses chansons favorites en plein air, mon amie la rose, je suis un romantique, je te dirai des mots bleus, la mer a des reflets d’argent comme un enfant aux cheveux gris. De tous les rêves du monde, il faut tourner la page. Il suffira de presque rien, être poinçonneur de vrais lilas car avec le temps tout s’en va.

 

Cécilia, si tu m’abandonnes, je sortirai tête nue par le sas 33, je m’assoirai parmi les herbiers et les lianes, entre gorgones et posidonies, je plierai mes jambes, comme quand j’étais fœtus, je poserai ma tête sur mes genoux, mes mains abandonneront le corail orangé pour caresser les ténèbres et la nuit. Je regarderai mes dernières bulles de vie monter vers la lumière. »

 

 

 

héliomel

 

 

 

 

 

 

 

PIEGES A ORNITHORYNQUES.

Pièges à ornithorynques.

*

C’est comme le rire d’un ogre qui partirait de quelques entrailles

Notre corps devient une terre fertile couverte de feuilles

Le froid, la brume et la pluie y croisent ce rire

Ainsi que des baguettes faisant office de jambes

Et de longs nez dirigés vers le spectacle céleste

De grands éclairs silencieux aussi colorés qu’un arc-en-ciel

Et au milieu d’un brouhaha incessant l’étrange miracle

Du silence qui nous habite et nous protège

*

Le pantin dénoue ses ficelles

Pas vraiment rassuré de la chute qui s’en suivra

Il accepte de n’être qu’une forme indéfinie

S’il décide enfin seul du pas de danse

Offert à l’enfant aux yeux écarquillés

Il a vu des oiseaux empêtrés dans le lac gelé

Mais aussi cette chouette immobile

Posée sur une branche dans un salon

Aux lumières trop vives pour trouver le repos

Sur le fil à sécher le linge

La chemise rouge rayée de blanc

Et le pantalon de velours côtelé

Sont les derniers signes après que la flamme

A brûlé les pieds de bois et le chapeau de paille

*

Sur la table de message,

 

Tu fermes les yeux dans le clair obscur

Le dos callé au chaud

Les pensées vagues en frissons

Sur les rochers noirs de tes nuits

La réponse voyage entre deux tunnels

La paix avec elle

Danseuses légères sur le fil

Que tu soutiens à bout de silence

Inconnu.

*

Il neige dans les maisons quand on les secoue

Tous les meubles réunis autour de la cheminée

Où des flammes frétillent

Médisent du chat tigré

Il les snobe lorsqu’il ne dort pas

Là-haut sur le lustre entre les bougies…

Je ne leur prête aucune attention

Ni à la table ni aux chaises ni à l’armoire

Ni à l’animal perché

Seuls les poissons rouges me subjuguent

Car même en temps de paix

Leur torpilleur effraie les îles.

**

*

Ont donné :

Eclaircie

Elisa R.

Phoenixs

et 4Z.

*

 

Fenêtres ailées.

Fenêtres ailées.

*

Ma vie en portable,

 

Tout est dedans

Le passé, le présent, le futur

Bien calé entre les ondes vivantes

Et le cordon ombilifluide

Je me transporte à plat partout

La batterie au vert

Mince et plein à la fois je suis

Etre et paraître sans disparaître

Toujours relié à la vie essentielle en peu de mots

Un chant d’oiseau un visage jaune

Tout est signe de moi

Aux autres rangés dans la puce qui me remplit

D’existentiel

*

Pour terminer l’année trace deux E tous ronds

Deux yeux plantés entre hier et demain

Accentue le premier de paillettes dorées

Rouges vertes ou bleues bulles multicolores

Offre au second la liberté de sa tenue

Dans le grand aquarium entre oiseaux et poissons

La lune et son reflet bigoudis sur la tête

S’exclame de grands « Ah ! »

Les rues se contorsionnent

Entraînant la cité dans un temps ignoré

Les deux N vont se fondre au cœur de nos rivières

Le Nouvel An s’invite au théâtre infini

*

Un mur sépare

Les amoureux privés de neige

Chacun réchauffe un piège

Au milieu de ses bras

Les poutres forment une croix

Sous le plafond de la mansarde

Et dans les yeux de ceux qui croient

Scintillent des paillettes d’or

De ta lucarne

Tu domines le port

Le vent d’un beau voyage

Monte vers toi sans effort

Mais pour partir il est trop tôt

Tu restes ici assis sur tes os.

*

Sous les lumières tendres d’un repas à nappe blanche

Entre deux ans le temps se fige comme une arête de poisson

Installée à son aise en travers d’une gorge

Dehors les brouillards aux cheveux blancs dissimulent

Les promesses de vengeance et les simulacres de paix

L’une comme l’autre sifflés les dents serrées

Un clown debout sur le dos d’un éléphant de verre

Montre à la loupe la profondeur de la sottise humaine

Tandis que sous la terre bien froide

En deux endroits que l’on pense différents

Dorment la dépouille du passé et l’embryon du futur

*

*

A la croisée des mots : Eclaircie

En habit de clown : Elisa

Aux manettes de l’existence : Phoenixs

Sous un ciel orageux : 4Z

*

DES ETOILES SOUS LES PONTS.

DES ETOILES SOUS LES PONTS.

*

Le roi singe,

 

Siéger au sommet de l’arbre

Sur la dernière branche

Près des étoiles mortes

Confère à l’animal un droit

De vie et de mort

Sur le régime de bananes

Que lui tendent les polis

De l’espèce pacotille

Et comme le roi reste le roi

Il tombera avec la branche

Dans sa pelure en peau de vent

*

Les mains du tisserand l’ont abandonné

Pour courir de toile en toile

Où jamais la trame ne transparaît

Voile opaque mais si ténu

Que tous les brins agrippés les uns aux autres

Ne laissent l’automne les roussir

Ni l’hiver les approcher

Le tisserand de son souffle

Tente sur la vitre d’imprimer sa pensée

Éphémère elle s’estompe et se noie dans la brume

Le souffle au vent mêlé ne dessine plus que le silence

Le tisserand sait le fleuve et l’accueille en son lit

Refuge où son chant surgira

Lorsqu’une main choisira d’arrêter la vague

De caresser l’écorce et de tresser les mots épars

*

Comme une pluie qui remonterait depuis la source

Les souvenirs se morcellent sur la bande noire

D’un ciel dépourvu de lumière

Dans le nid chaud du cerveau palpitant

Quelques scènes muettes s’animent sans le moindre spectateur

Aucun applaudissement ne rompt l’effroyable silence

Seul un rideau rouge projette sa couleur

Sur les joues et les lèvres livides des acteurs

Revenus pour un temps de l’oubli et des ombres

*

Sous la lune les gens changent de visage :

Ils ont parfois une oreille à la place du nez,

Leur front disparaît au profit d’une méduse

Multicolore et très démonstrative,

Leur bouche devient un tiroir

Dans lequel on retrouve ses chaussettes

Celles que l’on cherchait depuis plusieurs mois…

« Je ne compte plus sur elles pour voyager »

Avouait avec résignation l’ornithorynque.

Même nos sourires ne montraient plus leurs dents !

Faut-il casser la lune pour réussir une omelette

Et rafraîchir des joues trop tôt flétries ?

* *

*

On a reconnu, dans le désordre :

Eclaircie

Elisa

Phoenixs

et 4Z.

*

 

La rivalité entre les couleurs.

La rivalité entre les couleurs.

**

*

Si les yeux fermés vous apercevez le croissant de Lune

C’est que lassée du brouillard elle lui aura jeté un sort

Et que personne plus personne ne pourra déjeuner sans Elle

Les oiseaux et les mouches pourront se reposer

Dans le creux de son arc sans besoin de s’entre-dévorer

Les réverbères cesseront leur travail de nuit

Les chats retrouveront leurs couleurs chatoyantes

Les bleus les jaunes les rouges rivaliseront

Sur les toits et dans les cours enivrant les souris

Et les tuiles qui laisseront alors les greniers respirer

Dont plus un seul souvenir ne sera jamais enfoui

Avant d’avoir réalisé ses rêves les plus forts et les plus fous

**

*

Au demeurant

Et puis ce qu’il reste encore à dire

Les mots agglutinés

Dans la vase des milliards de gosiers

Au plus profonds des yeux ternes des morts

Ou dans les sacs -rouges- des petites femmes affairées

Au demeurant

Et puis l’étendue des mensonges

Nappe silencieuse et stagnante

Qui se glisse sous les portes

Dans la moelle des os

Et se répand muette sur les îles inventées

Où ni l’or ni l’argent n’assassinent les rêves.

**

*

Coup de semonce,

 

…Et puis arrivèrent les nuages

Du fond du lit froissé

Prêts à tout pour en découdre

Avec le soleil bleui

Par les coups d’oreillers

Traversins polochons

Plumes d’oie et de canard

Donnés sans relâche.

Le réveil douloureux acheva

De briser notre rêve

Qui s’émietta sur le tapis

Percé.

**

*

Portées par leurs ailes neuves

Les fenêtres s’envolèrent

On ne fit pas le geste de les retenir

Mais le bébé quitta son berceau

Et sur le plafond qu’il atteignit en quelques brasses

Il dessina à la craie cette licorne

Pour laquelle nous ne louerons jamais une écurie

Car elle se plaît trop dans l’aquarium

Parmi les hippocampes silencieux

Et le souvenir entre deux glaces

De nos caresses multipliées.

**

*

Sur la lune :

Eclaircie,

Elisa,

Phoenixs

Et 4Z.

**

*

 

 

A QUEL PRIX L’AIR ?

*

A quel prix l’air ?

*

*

Sur la liste du futile et de l’indispensable

Une main lasse écrit : « La paix dans le monde ».

Elle est lasse de l’eau chaude et de l’eau froide des corvées régulières

De la lumière et de l’ombre qui vieillissent aussi

Elle ne se décourage jamais même si parfois

Elle préfère se poser sur les touches blanches et noires

Sur la liste du futile et de l’indispensable

Ce matin elle ajoute : « si ce n’est pas trop cher ».

*

Ex orbitée,

 

Tourner sur le ventre rond

Du monde nombril à nombril

Marcher sur les restes gras abandonnés

Par des prédateurs gavés

Détourner les yeux de la rue rouge

Au front des cartons emmurés

Avancer, avancer en rang par deux

Par-dessus les soleils écrasés

Se taire, se taire et saigner des pieds

Pour avoir défié les incendies intérieurs

Puis sauter enfin

Hors du globe à l’infini sans retour

*

L’enfant transporte sur son dos

Un si grand sac qu’on se demande

S’il ne porte pas ses parents

Les emmenant au-delà de leurs peurs

Il a le sourire aux lèvres

Un regard dont on ne sait s’il comprend

S’il connaît le chemin

Ou avance pour le plaisir de savoir marcher

Sans qu’aucun poids ne l’entrave

Et lorsque aux confins du sentier et de la forêt

Il disparaît je ressens son bonheur à gagner la mer

*

La porte s’ouvre et se referme

Sur des paysages bâtis en rêve

Par des fleurs parfumées avec de l’encre noire

On les dessine rapidement du bout des doigts

Avant d’enjamber plusieurs ponts

Les rives ainsi atteintes sympathisent.

D’une étoile à l’autre on parle la même langue

Du pain partagé récoltez les miettes

Un cadeau dont les oiseaux ont besoin pour survivre

Dans une cité en cage

Comme dans les coffres où dorment nos économies.

Au lieu de donner du vin la vigne engendre des algues

Du chewing-gum pour les navires.

Sous la porte qui résiste le vent passe.

*

A la viole de gambe : Eclaircie

Au tambourin : Elisa

A la cornemuse : Phoenixs

A l’orgue de Barbarie : 4Z

*

Sur le poète et le poème…

« Le poète, en écrivant, devient d’une certaine manière le poème qu’il écrit – et le poème, en s’écrivant, devient d’une certaine manière le poète qui l’écrit : l’un et l’autre s’identifiant en se modifiant l’un et l’autre et l’un par l’autre. »

Jean-Claude Renard.