Historique de l'auteur : egfrild

Escale

les nuages serrent les rangs

pas une tache jaune
n’étoile les murs

les habitants exécutent d’étranges danses
des petits pains de seigle
tournés vers le ciel
dans la paume des mains

faute d’une tenue bien coupée
quelqu’un entre dans une maison
qui l’engloutit

mais cette cale qui tient le jour
fut enlevée
par un oiseau peut-être
ou une horloge
et la nuit en grande confusion
déposa un morceau de lune
sur la langue de chacun

aux pauvres gens
elle offrit des rêves insensés

Nuit blanche

elle prit une lanterne
par le cou
sur le trottoir boueux
pour éclairer le landau
où de vieux draps trempaient
dans un seau de lait

des chats la suivaient
qu’une obscure maladie
avait transformés en feuillets blancs
si bien que d’une main hardie
elle dessina sur l’un d’eux
un enfant crachant la lune
au fond d’un puits

Les fougères

le sourire des bois s’est éteint
quand les fougères en boule
roulèrent droit devant elles
à toute vapeur

les crimes qu’elles commirent sont innombrables

des caves goûtèrent au ciel
pour la première fois
leur maison devenue folle
s’exerçant au poirier

accusé de rondeur et d’envies de tourner
le soleil fut prié d’éblouir plus loin

le sourire des bois s’est éteint
quand des fleurs échauffées
coursèrent la pluie

par les chemins et les rues
des mains papillonnaient
puis se posaient gravement
sur un visage

chacun en l’autre voyait la nuit
que d’épaisses bougies éloignaient

on vivait seul
obscurément
saisi de torpeur et d’ennui

mais cela importait moins que le bruit des fougères
roulant en boule à toute vapeur

le sourire des bois s’est éteint

Les chapeaux

des chapeaux coiffent nos têtes
tandis que de puissants nuages toujours en cercle
devisent sur l’avenir d’enfants
guettant derrière les créneaux de la mer
la grande masse des sourires
présente autrefois dans la paille et dans les bois

mais qui se souvient de ces terres
conduites en douceur par la lune
terres aussi lointaines que le soir où les lampes
hachèrent menu les ombres
les rampantes les juchées les volantes
laissant sauves seulement
celles que chacun portait dans le cœur

presque entière la nuit fut mangée
le vent froid à l’étroit prit sa place

ce fut le temps des ancolies poussives
des arbres mal en point jusqu’aux racines
toussant dans les plumages
ce fut le temps des grandes fièvres
et celui des chapeaux
toujours sur nos têtes