Author Archives: Frangine

Moult fois mère, grand-mère, arrière-grand-mère. Je n'écris que depuis ma mise à la retraite. J'ai peu lu par manque de temps, vu ma vie professionnelle et familiale, mais j'aime tout ce qui touche à la littérature. J'ai été complexée avant de me décider à partager mes écrits sur le net, à cause de mon niveau d'instruction plutôt bas (bepc). Des personnes intelligentes m'ont encouragée, à présent j'ai un peu plus d'assurance et suis très heureuse de me trouver parmi vous sur ce site.

Dispute

Dispute

De la fenêtre de ma chambre je vois deux géants touffus, enivrés par l’autan noir. Dès que le vent mollit, les longs bras pointus s’alanguissent. C’est le temps des secrets et des chuchotements. Mais quand vient la rafale, la voix monte et se gonfle, les bras s’agitent en signes brusques, provocateurs. Les deux arbres, face à face, s’invectivent, s’affrontent, se répondent par de lugubres murmures accompagnés de courbettes profondes et menaçantes. Chaque brindille d’une même branche, suivant le mouvement, participe à l’acquiescement ou à la dénégation, car il y a beaucoup de « oui » et il y a beaucoup de « non » dans cette conversation.

Durant les instants d’accalmie les rameaux vibrent à l’horizontale en de légers frémissements. Il semble qu’un accord soit trouvé entre les belligérants mais c’est de courte durée. Les voici à nouveau subitement irrités, cimes échevelées, doigts levés au ciel puis rabattus vers le sol en de grands gestes impératifs et hurlements courroucés.

Les corps ploient du même côté, comme pour fuir, s’élancer à la poursuite l’un de l’autre… Les pieds, hélas, profondément enfouis, rendent la poursuite illusoire. De ces gestes et de ces bruits se dégage une telle violence, que je me dis : « la tempête fait rage. »

Mais non, mais non, ce n’est qu’une querelle de voisinage entre un Cèdre et un Epicéa !

Frangine

Ni la mort, ni la vie

NI  LA MORT, NI LA VIE …

Au réveil on la lave, on la coiffe, on l’habille ;

elle se laisse faire ainsi qu’une poupée.

Au petit déjeuner on lui dit que sa fille

viendra la voir avant la fin de la journée.

.

Le regard dans le vague et la tête inclinée,

Ses deux lèvres figées en un pâle sourire,

elle est assise là, toute la matinée ;

il est de meilleur sort, mais il en est de pire…

.

Tel un enfant dolent caressant son doudou

d’un geste machinal elle lisse sa jupe.

Aucun pli n’apparaît pourtant sur ses genoux ;

ce geste inhabité étrangement l’occupe.

.

Rien ne semble l’atteindre en son monde isolé.

Parfois sa main se lève, mouvement incertain ;

au bord de sa paupière une larme a perlé.

Est-ce le souvenir d’un quelconque chagrin ?

.

Et lorsqu’une lueur traverse son esprit,

éclairant un moment ses pauvres yeux fanés,

stupéfait, incrédule, attentif on se dit :

« elle va s’exprimer » alors l’espoir renaît !

.

En effet, impromptu, elle sort du silence,

s’adressant au hasard à un fantôme errant,

les mots sont hésitants, propos sans cohérence,

puis le regard s’éteint, redevient comme avant.

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Elle fut jeune et belle et elle aima la vie.

Comment croire qu’un jour son esprit a chuté ?

Elle mange, elle dort, elle est là, son corps vit

mais si peu, démuni d’intérieure clarté.

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Soudain, elle se lève et très déterminée,

va vers la porte, l’ouvre, s’engage dans la rue.

Sa précipitation et ses grands pas pressés

en désaccord avec son regard éperdu

.

elle va, ne sait où, mais marche d’un bon pied !

L’infirmière, à ses trousses, a du mal à la suivre.

L’escapade chez elle est un fait coutumier ;

un sursaut de l’instinct, pour l’aider à survivre ?

Frangine

vendanges

Vendanges

Aube rose comme un sorbet.
Frileux dans les espadrilles
Les pieds flirtent avec la rosée.
Les doigts gourds sur le sécateur,
Malhabiles,
Timidement commencent leur danse
Autour des grains couverts de pruine.

Clic et clac et tombent les grappes
Dans le seau encore léger.

Un premier oiseau lance vers le ciel
Son appel au soleil qui monte ;
Une fille alors se met à chanter.
Brumes matinales vite dissipées,
Les violoneuses cigales, de leur crin-crin
Lancinant
Viendront bientôt scier le temps.

Cric et crac et croque la grappe
Coule son jus rafraîchissant.

Midi repos, repas partagé
Sous le chêne denteluré,
Dans les senteurs de la garrigue.
On voit au loin la route ondoyer.

Clic et clac retour vers les grappes
Et le seau de plus en plus lourd.

Dur labeur, penché vers le sol.
La chaleur aidant, le rythme faiblit.
Pour tenir le coup
On plaisante, on rit.
Les garçons de grains barbouillent les filles.
Un essaim d’abeilles au cœur d’une souche :
Récré opportune, cris effarouchés.
Un orvet s’enfuit, chassé par le bruit,
Puis les corps fourbus recourbent l’échine.

Clic et clac les dernières grappes
Rendent le seau vraiment trop lourd.

Frangine

Jalousie

Jalousie 

Dans ses cheveux le vent s’affole.

Ensorceleur, le soleil l’enveloppe d’une auréole

dorée.

Ses longues jambes fuselées

tricotent sous la mini-jupe,

allègrement, à vos côtés.

Ses mains, telles deux hirondelles,

autour de ses propos voltigent,

rangent une mèche rebelle.

Peau d’ambre, ongles nacrés…

.

Ne lui dites pas qu’elle est belle !

.

Avez-vous vu ses reins cambrés,

sa démarche de souveraine,

son allure affranchie, sereine,

quand sous le top de dentelle

un sein

pointe vers vous son arrogance,

vous faisant perdre contenance ?

Avez-vous vu son frais sourire,

ses dents

à croquer le printemps,

son regard

faussement candide

voilant une âme torride

où se sont brûlés ses amants ?

.

Quelques œillades, en passant,

vous montrent l’envie de certains.

Votre vanité vous harcèle.

.

Je vous hais.

.

Ne lui dites pas qu’elle est belle…

Elle le sait !

Frangine

Juliette

Juliette

Chassé-croisé, jambes longues,

roses sous le blanc tutu,

taille fine, nuque blonde,

aux pieds des chaussons pointus,

elle danse.

Elégante silhouette

qui jamais ne se révolte,

en adroites pirouettes

tourne, tourne et virevolte,

elle danse.

Halo de lumière bleue,

pas à pas suivant les gestes

d’un corps soudain langoureux,

dans une atmosphère agreste

elle danse.

Quand son Roméo d’un bond,

apparaît dans la lumière,

elle reçoit comme un don 

sa fougue, l’allure fière

elle danse.

Et leurs corps alors s’envolent

en un duo d’amoureux,

petits sauts et courses folles,

magnifique pas de deux,

ils dansent.

Frangine

Le sommeil

Ecrit d’après un tableau de Gustave Courbet que vous pouvez voir en tapant sur Google le nom du peintre et celui du tableau.

Le sommeil

Sur un lit dévêtu de satin bouillonnant

Deux corps entremêlés au sortir d’une fête

La blonde vers la brune à demi se tournant

Ont fait don à Morphée de leurs formes replètes.

.

La pose est alanguie, la lourdeur des paupières

Et les bras étendus témoignent du repos

Succédant aux ébats d’amantes coutumières

Des plaisirs souverains tant chantés par Sappho.

.

La grande aux cheveux noirs a renversé la tête,

La blonde appuie sa joue sur son sein, doucement.

Ces modèles parfaits pour un tableau d’esthète

Sont bien attendrissants dans leur dépouillement.

.

Rondeurs épanouies, fins poignets et chevilles,

Quelques bijoux épars sur fond de liliacée,

Parfum de liberté auréolant ces filles

Et discrète impudeur habilement tracée.

.

Grincheux, de Cupidon ne détournez les flèches,

Pour ma part je ne vois que jeunesse ravie,

Délaissez vos tabous et vos mines revêches,

Rare est la tolérance et trop courte la vie !

.

Hommage à toi, Courbet, pour l’amour, la tendresse,

Que tu mis à l’honneur sur cette couche rose,

Peignant, cheveux défaits, ces deux belles maîtresses.

Merci de l’avoir fait, avant qu’un autre l’ose.

Frangine