Chemine haut,


Toi qui passes dans l’ombre
À peine silhouette au baluchon
Image d’Épinal usée
Si contemporaine pourtant
La route disparaît sous tes souliers
Pas à pas
Lourd ou léger
Garde la tête à l’horizon plantée
Au-delà de ce monde qui balise
Nos voies privées…

***

Chemineau sur les rails de sa vie
parfois dévie, jamais ne jure
car l’aventure et ses phobies
font de lui le type qui assure
ainsi les années s’ensuivent
le temps, ce mécanisme
huilé mieux qu’un truisme
dans une vie subversive
sur un quai menant à l’arrêt
entre destins et sa trajectoire
chemineau son histoire
qui s’écrit au gré de son trajet

***

Regard perdu entre les brindilles
les fourrés et les arbustes.
Plus loin, entre les grands arbres encore nus.
Le pied seul sait, 
sait le chemin à parcourir
l’itinéraire à emprunter.
Il sait où la tête doit aller
pour apercevoir avant l’aurore
la lumière indispensable à l’éveil.

***

La sente grimpait
Dans les nues – tout là-haut
Redescendait
C’était où déjà ?
C’était là, tout simplement. Regarde ! Ah ! La belle illusion !
La belle illusion !
Pourquoi cherchais-tu ailleurs
Ce qui montait et descendait
Dans ta poitrine
L’univers, une belle machine, une fabrique à nostalgie
Qui réinvente l’infini
D’une poignée de sable

***

Va ! Au fil de l’eau
Réfléchissant 
Gentil Chemineau, 
Au cours de ton voyage, 
Tout en chantant, 
1001 nouveaux visages, 
Sur ton chemin-haut, 
Tu rencontreras. 

Traversant parfois
Une montagne, un océan, 
Une plaine, un visage ami
T’enlèvera une plaie à l’Âme, 

Dans une inspiration soudaine, 
Chemine, trottine, 
Tout reprend sa droite ligne
En retrouvant son alignement



Le thème “Chemineau” et le titre ont été proposés par Béa.
Nos contributions jointes par les étoiles :
Béa * So-back * Éclaircie * Bossman * Marjolaine

Route

Longue et étroite
La route qui mène à chez moi
De plus en plus longue
De plus en plus mince
Un fil invisible
Est-ce un problème de largeur
De longueur ?
Nombreux sont ceux qui se perdent, qui se noient
Ou qui font franchement demi-tour
Mes visiteurs ?
Sur les doigts d’une main
La nourriture que je propose ? Âcre et sans saveur. Un peu d’eau froide
Voilà un hôte bien rude, dit-on
Mon jardin 
Est couvert de broussailles
Un bush, une jungle
Les limites sont peu sûres
Philosophes, les géomètres ont renoncé à arpenter mes terres
Ceux qui parviennent jusque-là, je leur dis
Asseyez-vous, ne cherchez plus,
Écoutez la chanson
De l’herbe sauvage

Hivernale hibernation

L’hiver, officiellement arrivé à nos portes, laisse envisager une fructueuse hibernation.

Si les doigts gourds ne glissent plus sur les glissières des lignes et des sites, les mots poursuivent leur ouvrage, s’agencent, s’entremêlent, se heurtent parfois aussi, bouillonnent pour laisser température clémente au centre névralgique des échanges, visibles ou non.

~~

Hibernation

Hanté par le spectre d’une vie ralentie

indécis quant au moment propice à choisir

bien que décidé à ne point remettre l’envie

évidemment, questionnement, prendre le temps

rien n’est jamais noir, ni blanc, dans notre existence

nonobstant ce lent processus propre au déclic

avec cette rigueur hivernale imposée

tant l’idée pouvant passer pour irrationnelle

intuitive, voir comme un aboutissement,donc,

obsédante et si prégnante que l’on se dit oui

nul ne sait, si hibernation trépasse ou vit 

Sommeil rouge,

Elle dort, bien au froid

Enroulée dans l’hiver à venir

L’ours bleu et les marmottes roses

L’accompagnent sur la pointe

Au loin

De l’arc-en-ciel suspendu

Son sommeil est celui de tous

Passé ou à venir

Dans l’immense nuit de tous

Les possibles…

L’œil de la Grande Ourse

Aveugle

Perce ma nuit

Nourrit une insomnie d’étoiles

Ma poitrine – un gouffre béant

Où brillent des Voies Lactées

Ainsi,

Pour nourrir chaque heure de ma Nuit

Pour arrondir des Lunes

Et cuire des Soleils à foison.

Cha-grain   Totale hibernation 

.

3 jours de Tempête Force 10 

Par un Grand Froid de Décembre 

On lutte pour échapper à la Nuit 

Mais rien n’y fait 

Tout Glisse 

Malgré Nous vers le silence 

Du Jardin, Sous la Neige, Enseveli 

.

Cha-Grain infini 

Hibernation- REVOLUTION- Profonde CONSTERNATION 

.

Mais, par la magie de Noël 

Une nouvelle Constellation surgit dans le Ciel de NOËL 

Et Dans un battement d’ailes 

Une nouvelle étoile ChaRme le Vent 

Par Son Regard Soyeux 

Et nous invite à rester Éveillé, en Amour 

.

Belle Etoile du Sud, 

Merci pour ta Présence,  

A jamais dans nos cœurs,  

Pour toujours dans Nos Vies 

~~

D’hibernation en hibernation, été, automne, hiver ou printemps, les idées, les vies, les mots mâturent, se couchent ensemble sous l’arbre toujours vert aux côtés de cet alphabet anglo-chiffré, tant aimé.

~~

Avec beaucoup de retard, je dépose au pied du sapin, nos paroles mêlées.

J’ai encadré vos textes, transmis par ordre chronologique par

SO-Back

P.Y. Bossman

Phoenixs

Marjolaine

Très bon Noël à tous !

La maisonnette

C’est une maison minuscule
Un éclat de coquille ouvert à tous les vents
Avec un tout petit balcon pour fumer
De préférence du mauvais tabac pour éloigner les prédateurs
Si vous voulez venir, il vous faudra vous hisser à cette échelle d’herbes
De brindilles
Faire attention à ne pas tomber
Vous faire tout petit
Parmi les lichens,
Et les mousses
De temps en temps passent les amis d’autrefois
Parfois, ils ont les bras chargés de cadeaux, de bibelots,
De vieilles photos jaunies
Cherchent un petit moment, bah, pas longtemps,
La maisonnette blanche
Qu’ils ne voient pas
Haussent des épaules,
Se disent
Bossman nous a encore joué un vilain tour !
Puis s’en vont
En oubliant
Un vieux mouchoir en papier

Solaire lunatique,

Les mystères sous leurs voiles
Dansent sans soleil
Seuls sous le crâne
Tempêtent les rayons
Acrobates qui tombent
De leur constellation
Il n’est pas drôle de se prendre
Pour un phœbus mouillé
Aux larmes des orages errants
Et de croire que briller est éclairant…

*

L’insecte noir tout là- haut
A le visage buriné
D’un capitaine d’aviso
Sa figure borgne, cramoisie, crache le feu, fulmine et peste,
Fomente des abordages d’un genre nouveau sur nos terres éclectiques
Outrage l’eau, répand çà et là des aurores
Les scories de ses doigts brûlent encore
Les nuages fauves
Mais la corvette – Reine du firmament –
Descend
File son câble à l’horizon
Les marins dans l’effusion
Du soir, battent en jurant
Le vieux tarot
L’insecte noir sur le pont
Vomit des guêpes aux matelots
Demain si tout va bien, moussaillons
Nous magnétiserons par un nouvel assault
Ce peuple d’orangs-outangs

*

tempête solaire
l’autre regard climatique
d’un champ longitudinal
sous la coupe du vent
 
l’émoi fût tonnerre
conséquence zygomatique
d’un décor phénoménal
 
applaudir l’instant

*

Le solstice bondit à l’assaut du soleil
la lune énorme cherche un plein ciel
la danse de ces deux géants
s’affiche de mille feux
La terre présente le dos rond
enfouit sa tête sous l’aile des étoiles
et les tempêtes vivent aux hasards des vents d’été

*

Étoile lunaire
Bonhomme solitaire
Marche sur la Terre

Soleil de juin
Cherche un peu
De compagnie
Veut se faire des amis

Au milieu de nulle-part
Éclipse de sens
Tempête des éléments 

Tout est chamboulé ! 
La lune voit le jour
Le soleil boit la nuit

Dans cette tempête solaire
Un renouveau peut commencer
Papillons et fleurs sont de la fête.



Classés dans l’ordre des réceptions : Béa, Bossman, So-bac, Éclaircie, Marjolaine – Le titre est emprunté à Béa
Illustration : Le Soleil, Edvard Munch, 1909-1916 Huile sur toile, 162 x 205 cm. © Munch-museet

C’est quand qu’on arrive***

5.30

Bonjour par ici, je suis arrivée chez moi, enfin je le pensais et je m’aperçois que non, je ne suis pas chez moi

Je ne sais plus mettre un commentaire par les coulisses, depuis le 13 juin 2021. J’avais ce jour là du sang de loup plein les mains, plusieurs mains.

Je pars dormir un peu.

Je me réveille le 5 décembre et pffft, Non, non, Rien n’a changé, Tout tout a continué….*

Je m’en vais de ce pas en parler à mon papa*

Non, je m’en vais en parler à mon admin

À suivre j’ai laissé mes esprits ailleurs et y que moi ou que vous (les Fertiles**) pour me les retrouver

Sauf que l’admin c’est moi et que je ne sais plus où j’habite

VIV*, Eau secours

Si je reviens demain, c’est tout ok, je ne suis pas folle

Si je ne reviens pas, ok, je ne suis pas plus folle que moi.

5.43 GMT, pas de drame, on n’est pas encore ce soir

Conversations de Nuit – Nuit 2 suivi de Nuit 3

Un et Deux sont étendus sur la plage. Assoupie, la mer a tiré à elle sa couverture d’écume, alors il nous semble que Un et Deux tremblotent.  

Le monde a la saveur d’une ombre.

Le monde a le toucher de l’ombre.

Le monde a le son du ressac, l’apparence d’une nuit sans lune, le pouls d’une tortue ancienne.

Le monde nous parcourt, comme l’onde parcourt infatigablement l’océan. L’onde n’a pas de destination. Le monde est cet enfant qui court devant lui, qui court seulement pour courir, pour sentir ses jambes le porter. L’air du monde frôle les talons de l’enfant, puis le monde s’efface et lui procure la faculté de l’envol.

Quand l’enfance s’est achevée, où va-t-elle ?

Deux s’étire sur le sable, se recroqueville, veut rentrer chez lui.

Autant dire que tu ne rentres nulle part !

Ne ris pas ! J’avais un chez-moi. Au pied d’un arbre.

Ton arbre ce n’était pas un arbre. C’était un figuier desséché. Au pied de son tronc rachitique, ton chez-toi, c’était une cabane dressée au beau milieu de l’ancien square de la République. C’est ainsi qu’on l’appelait alors. Un nom qui avait perdu son sens. La République était carrée. La république avait son figuier, sa cabane, son poète. Désormais, seul le square veillait. Nul ne savait plus très bien sur quoi il veillait. Mêmes les ombres l’évitaient. Le square était resté carré, mais les hommes étaient devenus torves. Les hommes et leurs ombres : atomisés dans leurs projections réciproques.

Le médicament du patron te fait perdre la raison !  

La mer a pitié d’eux. L’un des angles de sa couverture vient leur caresser les pieds. Mais bientôt les médicaments font leur effet. Emportant avec elle Un et Deux sur le haut d’une vague lente, la mer remonte le fleuve et se dirige vers la ville haute. Bien qu’il fasse nuit, le ciel a une teinte miel dont la lueur se répand à travers les quartiers de la ville. Deux s’avance sur les premières marches d’un palais avec des figures de lions jaunes entourant des fontaines et le chant aristocratique d’un merle, mais Deux ne le voit pas. Ses étrilles intermittentes l’accompagnent.

Son chant fait écho aux murs,

attend que l’écho revienne, puis lance à nouveau une étrille.

Se tait.

Recommence.  

Deux ne grelotte plus. Les eaux sacrées se sont apaisées.

Un est entouré d’ombres. Deux a disparu. Un, quant à lui, apprécie cette compagnie cobalt un peu nuit où les chuchotements vibrent dans les cristaux de l’instant. Il se roule dans les affres de la pelouse d’un campus. Des idées lui viennent qui sont plus brûlantes que des quasars, plus vives que les pulsars. Un ne sait plus très bien si les ombres brillent ou si les éclats ne sont pas obscurs. Il se rend compte qu’il avait toujours fait cette confusion, comme la plupart des élèves la font, et se dit naïvement qu’il écrirait bien un traité sur le sujet. Des disciples très doux –  et encore plus ingénus que lui –  s’approchent et l’entourent pour écouter son silence. En fait, ses disciples reflètent la douceur de Un. C’est une douceur héritée d’un homme très ancien, aussi très probablement très barbu, dont ni Un ni ses disciples ne parviennent à se souvenir, mais dont ils reproduisent malgré eux les déclinaisons.   

Lorsque le soleil s’est levé, Un et Deux ont chacun trouvé leur place respective dans la partie haute de la ville. Ils peuvent enfin réaliser leurs plus vieux fantasmes. Ainsi agissent les étranges boissons du patron. Un est un éminent professeur d’université, respecté et choyé, tandis que Deux règne sur le pays

Nuit 3

Deux est désormais installé sur un trône de papier mâché bel et bien doré. Au début, peu habitué, il est recroquevillé, mais bientôt, le sommeil de l’innocent est anéanti par le jour.

C’est l’heure, Votre Altesse ! À qui sont adressés ces mots étranges. Un personnage, grand, digne et coiffé d’une perruque grise se tient devant Deux et répète à Sa Majesté que c’est l’heure. Seulement, la tête du Grand Chambellan – puisque c’est lui – arrive à peine aux pieds de Deux. Oui, oui, certainement ! Votre habit, Majesté ! Deux doit se pencher pour attraper son habit rigide et fort difficile à enfiler. Cela ressemble à une tenue d’académicien avec des boutons dorés, de lourdes médailles militaires, des nœuds décoratifs, des épaulettes, des dorures, une collerette qui lui gratte le menton, une perruque blanche et mille autres merveilles, si brillantes dans le noir, retentissent dans le silence du palais. Chaussées de béquilles pour se mettre à la bonne hauteur, une armée d’habilleuses l’aide à enfiler l’habit amidonné. Il s’aperçoit que le trône est assez haut et cela lui donne le vertige. Deux prend goût au vertige du pouvoir. La tête lui tourne délicieusement. Deux contemple la petitesse de ses gens et jouit.

Bientôt, Deux remarque d’énormes mains accrochées solidement aux pieds de son trône, puis des crânes luisants. Qui sont ces deux-là ? Ce sont vos esclaves, Majesté ! Ils portent le trône sur lequel est assise votre Auguste Personne.

J’ai bien peur qu’ils ne se fatiguent !

Ils sont habitués, Votre Altesse !

Faites-en tout de même venir quatre autres. Je n’aime pas qu’on se fatigue pour moi !

À vos ordres, Majesté !

Quatre nouveaux esclaves se mettent à soulever les deux premiers qui soulèvent le trône sur lequel est assise l’Auguste Personne de Deux. Son altesse se retrouve tout à coup soulevée d’une hauteur supplémentaire. Le vertige s’accentue, et avec le vertige, le plaisir de dominer la grande salle du trône.

Deux continue de réclamer des esclaves pour soulager ceux qui soulèvent les esclaves qui sont immédiatement sous son trône et qui ont éveillé son Auguste Affection. On fait venir huit esclaves anonymes pour porter les quatre avec lesquels Deux entretient déjà quelque relation et qui soulèvent les deux premiers qui sont presque devenus les intimes de Deux. Ces hommes ont beaucoup de peine, fait Deux bouleversé. Que Votre Majesté ne se fasse aucun souci, le rassure le Grand Chambellan. C’est leur rôle, c’est inscrit dans leur sang.

Grand Chambellan, que me racontez-vous là ? Leur sang est-il différent du mien ?

A suivre…

Le sang des loups

Masque, que vois-tu ? demandai-je à mon visage tremblant

Je ne vois que toi depuis l’autre côté ! répondit-il. Quelle perspective !

Regarde ! Je danse avec le cadavre de ton âme

Je danse la danse des loups qui s’entredéchirent pour savoir lequel est le plus fort

Masque, qu’entends-tu ? demandai-je pétrifié

Je bats la mesure des catastrophes solaires qui submergent ta bouche et ta poitrine crevée

Écoute-moi bien, tu m’as confectionné avec les os de tes rendez-vous manqués

Les carcasses et les plumes de tes vies ratées, avec les écailles de tes gestes débiles,

Avec la paille de tes mots d’amour balbutiés la bouche pleine

Je bats les secondes quand tu n’as pas été toi, je bats les jours quand tu as tourné le dos à l’amour

Je mettrai fin à tes songes, regarde-toi, regarde-moi dans les trous morts de tes yeux

Masque, pourquoi tournes-tu, comme un manège déglingué ?

Je tourne pour que tu cesses de croire que tu n’es pas fou

Car la folie, comme le sang, comme la vie, gicle et gicle et gicle toujours

et gicle quand ça fait mal, et gicle quand ça fait du bien

Pour recréer, pour désirer, pour procréer

Et je danserai ainsi avec le cadavre de ton âme jusqu’à la nuit de tes yeux, jusqu’à la nuit de tes nuits, jusqu’à la nuit de tes jours ! Et jamais ne te quitterai ! Car, pour te faire renaître, je suis le plus fort !

 

Mais ! … Qui va là ? 

Qui se cache derrière ce loup ?

Minuit a sonné 

Au bal masqué,

La dernière danse vient de tourbillonner … 

Il est temps de vous dévoiler 

Qui êtes-vous donc ?  

Allez-vous enfin tomber le masque ?!

Pour retrouver votre être véritable

Qui suis-je ? me demandez-vous 

Avec crainte, amitié ou dégoût. 

Je suis tous les secrets de la Terre 

Je suis tous les mystères de la Galaxie 

Je n’en n’ai pas l’air

Et pourtant ! je suis fatigué de le porter 

Je suis le dehors et le dedans 

Tous les tourments et les joies bonne-enfant 

A vous la liberté du choix 

Du Masque de Fer

Risquant de rouiller de colère ou 

Du Masque et la Plume 

Pour conter un monde meilleur

Aux Lucioles et aux étoiles de mer 

Pour ma part j’ai déjà choisi : une vie nature sans  » masquarat « 

À découvert,

Plus tu l’ôtes

Moins le rivage se dénude

Le sable enterre  la peau

Des visages surprises

A  marée basse

Et tu marches suspendu

Au fil de tes précautions

Petits loups de notre carnaval

Sans magie…

Tapie derrière le miroir

l’image se dérobe à sa réalité

Elle est libre

dansante et charnelle

dans ce carnaval permanent

des ombres portées vers de lointaines peurs

À peine fardée des brumes matinales

quand tout le jour place face à face 

des mains qui se voudraient sourires

l’approche du crépuscule voit les loups

s’encanailler avec des chiens

Tombent alors les masques dans cette nudité lunaire

Les visages revêtent leur teinte originelle

Les auteurs :

Bossman, Marjolaine, Phoenixs, Éclaircie

4z, avec ou sans masque avance toujours à nos côtés

Les absents de la semaine, Élisa, Kiproko et So-Back, à qui l’on dit, à bientôt.

Conversations de Nuit – Nuit 1

Un café au bord de la mer. Les personnages eux-mêmes n’ont pas la notion du temps. Peut-être sont-ils là depuis la veille, ou depuis plusieurs générations.

*****

(Quelques temps avant que Un et Deux ne se rejoignent au café, le réveil de Un n’avait pas sonné. Depuis combien d’années ? Le réveil trônait sur la table de chevet. Un gros réveil, fidèle au poste, droit dans ses bottes. Ses aiguilles immobiles indiquaient midi ou minuit – plutôt minuit, car il faisait sombre déjà, ou encore sombre, parce que Un n’avait aucune idée de l’avancée de la nuit et qu’un minuit immobile pouvait bien avoir commencé il y a fort longtemps. Assis sur le lit de fer, Un s’était étiré autant que ses bras ankylosés le lui permettaient, avait allumé un mauvais cigare, s’était rasé, avait jeté une veste chic et trop grande sur ses épaules, puis s’était engouffré dans l’escalier pour se plonger à nouveau dans l’anonymat de la nuit.

Deux, lui, ne s’était pas encore couché. La cervelle de Deux tournait à plein régime, comme une usine de papier, comme la rédaction perpétuelle d’une Torah inachevée, jamais au point, toujours en cours de correction. Pour enfin s’asseoir ici, Deux avait coutume de compliquer son trajet qui n’était jamais assez long. Deux s’efforçait de suivre les lampadaires municipaux qui le maintiendraient dans un périmètre acceptable – les lampadaires se rejoignaient toujours et permettaient à Deux de faire le lien avec le réel. Et c’est ainsi, au petit bonheur la chance, que Deux retrouvait la terrasse du café de la plage, le seul endroit au monde où Deux pouvait encore prétendre exister.)

*****

Un café au bord de la mer, le ciel est noir depuis des heures. Des voitures rouges passent en saccades furieuses. Des carcasses vides aux faces exorbitées, aveuglantes à leur manière, et qui klaxonnent malgré l’heure tardive.          
Un et Deux, sont attablés à la terrasse déserte du monde. Deux fume un haschich au goût de cendre. Un sirote un liquide brun resté au fond d’un verre.

Toi non plus, tu ne dors pas ?

Dormir m’empêche de rêver dit Un.

Hé, hé ! Tu n’as pas une tête à rêver réplique Deux (rires des klaxons).

Pourtant, si ! Je rêve que je suis assis à la terrasse déserte du café du monde,

Le ciel est méchamment noir,

et contient une pointe de préjudice depuis plusieurs heures. Des voitures rouges passent. Des voitures vides aux faces exorbitées. Elles klaxonnent malgré l’heure. Un se tait et écoute les klaxons dont certains semblent rire. Rire pour ne pas heurter. Pour ne pas pleurer. Deux essuie une larme. Ou peut-être un fragment d’écume venu du rivage. Ce sont les sorties de boîtes.

Tu sortais d’une boîte ? demande Un.

Oui dit Deux. Toi non plus, tu ne dors pas !

Ne pas dormir m’empêche de crever. Tu sortais d’une boîte comme le diable ?

Le patron s’approche et déclare avec une voix forte et menaçante qu’il va fermer.

Déjà ? Allez-vous fermer nos plaies ? Allons patron, vous n’allez pas nous refuser un petit verre de quelque chose – ou  un grand quelque chose –  pour refermer nos plaies ?!

Bon ! Mais le dernier parce que voyez-vous, quand les vagues arrivent à lécher les pieds des tables, c’est que l’heure de fermer s’est étendue déjà sur la plage et s’est peut-être noyée. Je ne peux pas toujours la surveiller. C’est stressant vous savez d’être sans cesse à surveiller les heures qui aiment aller batifoler dans les courants.

Le patron jette un œil bienveillant sur ses deux clients attardés, presque étendus sur leurs chaises dont les pieds commencent à se dissoudre dans l’écume.

Vous avez mal où demande-t-il.

Je ne sais pas moi je ne sais pas. Servez-moi quelque chose qui referme les plaies.

À moi aussi s’il vous plaît !

Le chef jauge les poètes, observe le préjudice du ciel tout en humant l’empreinte d’une étoile. Je ne sais vraiment pas ce qui pourrait faire l’affaire. Vos blessures sont des gouffres. Des gouffres aussi profonds que Cassiopée. Ça ne fera son effet que quelques heures, le temps que vous rentriez chez vous, le temps que vous creviez ou que vous rêviez. Alors je garantis pas ! Les lésions sont certaines. Elles sont anciennes et voyez-vous, elles ne se seront jamais tout à fait refermées.

Soit vous êtes médecin soit vous êtes devin…

Le patron reste impassible, examine de plus prêt l’empreinte stellaire publique de tout à l’heure, la jauge et verse dans de tout petits verres à thé un liquide de discordance brunâtre pour l’un et un sirop de gesticulation pour l’autre.

Vous ne souffrez pas du même mal explique-t-il. Ce que vous nommez poésie peut avoir bien des causes. Si j’inversais les verres – ou les poètes – l’un cesserait de rêver, l’autre crèverait…

Un et Deux vident leur verre, chacun avec toute la diligence d’un patient qui fait semblant de vouloir guérir.

(Illustration « Rue Dresde » Ernst Ludwig Kirchner 1908)

Entre deux hoquets … Ah… Ha … d’ Eternité

Éclat fusant de l’Est
peut-être
Ou bien du Nord
Assurément du Sud et de l’Ouest
L’éclat cherche l’éclat
pour se marier… s’épouser… se démultiplier
rebondir… enfler…résonner…ricocher
Sans flèches ni blessures
Orner le sourire d’un son que tous entendent
devinent…sentent du bout du doigt aguerri
de la joue attentive
de l’œil à qui nul n’échappe dans les soubresauts immobiles


Silencieux ou Sonore,
Lorsque soudain, l’éclat, tel un écho
Se propage à la bande de potes …
Pour l’oreille et le cœur, ce son est un réconfort
Plus on est de fous plus on rit
De ce fou-rire monumental
Qui retentit jusqu’à aujourd’hui
On n’s’en lasse pas,
Diamant à l’état brut, mat ou lumineux, ré-oxygène
De nos éclats de rire multicolores, tout l’Univers



Peut-on rire de tout, professeur ?
Bien-sûr
Nous pouvons rire de tout
Comme le Grand Tout lui-même
Se fout bien de nous
Nous,
Créatures chancelantes
Notre existence, une blague éclatante
D’imbécilité
Racontée par des dieux ivres
Entre deux hoquets
D’éternité


…Ah…
…Ha…


Que c’est bon d’avoir de tels moments de partage!
Je vous laisse essayer de retrouver à qui correspond chaque éclat de rire. Tous très beaux à entendre musicalement parlant. Vous découvrirez Phoenixs, Pascal, Éclaircie et Marjolaine.
Élisa, Alain, alias So-Back et Kiproko rient de bon cœur avec nous et ça remonte le moral des troupes; et
4Z veille à ce que cette joie reste intacte. Et ça met du baume au cœur.
Alors, d’ici le prochain rendez-vous, nous vous souhaitons de belles créations, accompagnées par de magnifiques éclats de rire.

Pour finir, le titre est pris un peu à Phoenixs et un peu à Pascal.