La croisière du nageur allongé,

Rêve-t-on avec plus d’intensité
Debout qu’assis ou couché ?
Si cette question vous turlupine
Ouvrez la fenêtre et perdez votre regard
Au-delà de l’horizon dont la ligne n’est pas droite
Quelqu’un déplace l’équateur
Derrière notre dos
Quelqu’un se prend pour un autre
Et accouche d’une montagne
Sans le secours d’une sage-femme
Naître devient une habitude
Mourir un jeu auquel on joue
Les jours de pluie quand l’eau s’allonge.
****

La rivière offre ce gué
Voie étroite entre des rives éloignées
La main en pare-soleil
Même par temps « ciel des plus gris nuageux »
On craint que le souffle manque sur la pierre glissante
Les poissons de basses eaux
N’osent pas vraiment dire l’appréhension
Sous leurs branchies
Leurs yeux jamais fermés ils assisteront
À l’incroyable marche sur les flots
Quand les vagues se calment et guettent
Les premières traces de lettres sur la grève endormie

****
Le meilleur défi,

Nous déposons le monde sur la nappe
Papier chemin de traverse
Les uns avec les autres dans l’éclat
D’un mot, d’une idée, d’un rire
Déjà la douceur moite nous enveloppe
Et vide la chaise que nous occupions
Si peu soucieux de la nuit
Au large la voile éclair remporte le prix
Du meilleur silence à tous nos défis
****

J’ai vu des visages
Masques cireux vidés de vie
J’ai vu des mains
Se balancer inertes au bout de bras inutiles
Croisière en ville ou en campagne
L’eau transparente se colore
Pour ne rien laisser voir du fond
Ou des reflets passagers
Qui parfois nous effraient
L’humain surnage très longtemps
Puis disparaît de la surface

On ne pouvait pas mieux suivre le fil de ces textes placés dans leur ordre d’apparition. Nos rives se rejoignent sans perdre de vue le parcours sinueux des eaux qui accompagnent nos marches communes.
4Z, Eclaircie, bibi, Elisa

Le micro des ventriloques.

LE MICRO DES VENTRILOQUES.

*

Les petites chaussures du soir,

 

Que se passe-t-il dans le grand slip des nuages

Quand il bouffonne sur les toits ?

Et dans la tignasse du vent

Qui siffle ses petits airs perdus ?

Que se passe-t-il dans le corps maigre des arbres

Rompus au sommet ?

Qui simplement peut répondre pendant que rote la nuit

Noire de vin gris ?

Peut-être les molles chaussures laissées sur la paillasson

Ronchon quotidien de nos semelles merdeuses

Qui pestent sans marcher…

*

Le ciel est un cyclope avec un œil changeant

Doux et tendre la nuit, vif et violent le jour.

Ne me demandez pas de choisir

Entre l’un ou l’autre à graver dans le marbre ;

Je les voudrais ensemble réunis

Le ciel, la lune et le soleil.

Les yeux entrouverts, la pâleur de la belle

Saurait calmer le feu inutile en dehors de l’âtre

Tandis que les visages se décomposent

De vivre trop dans l’ombre, l’astre diurne leur rendrait

La lumière,

Je rêve des bleus dont tous deux teinteraient  

Ma veille et la vie. Saisons et promenades.

*

Le temps perd la raison, fait grincer les ressorts de l’horloge

Bruit d’un bateau égaré dans la  tempête

Les instants glissent sur le pont, s’entrechoquent.

Ce matin visage d’un vieillard dans le reflet d’un enfant

Ce soir deux flots continus de voitures charriées par l’orage

Au milieu une femme attachée à son chien, immobile.

Puis l’habituelle évasion vers les mots, qui s’évaporent aussitôt .

A marée basse on trouvera quelques échardes dans le sable,

Une laisse peut-être, quelques éclats de verre

Et l’ombre fuyante d’une vague scélérate.

*

L’aube remplace le beurre elle s’étale

Et dore le ciel

Nous ne fermerons pas les yeux

Même si nos paupières s’alourdissent

Même si le gel suspend les larmes.

Je ne joue pas aux dés ma présence dans ce poème

Dont les vers ressemblent davantage à des œufs

Qu’à la cueillette des cerises

Sur les branches d’un chandelier.

Le jour en pyjama déjeune

De croissants chauds trempés dans la voie lactée

On soupçonne le boulanger d’être somnambule

Et la lune d’enfariner les anges.

*

 

Impression d’aube magnifiée

Malher, symphonie n°1, sur le bord de la fenêtre, les premiers chants des oiseaux viennent timidement prendre de mes nouvelles. Tout va bien, ils n’hésiteront pas à hausser le ton en mesure avec cette symphonie qu’ils apprécient autant que moi.

 

Et les autres, dis, les autres, tu y prenses ? Oui, beaucoup, trop, beaucoup trop.

Incapable de dire « je vous aime, j’ai besoin de vous » je leur offre la symphonie n°1 de Malher, puis la seconde… et les oiseaux.

La journée qui s’approche est une belle journée.

Merci mes amis, Malher, les oiseaux et tous les autres plus humains et vivants.

 

 

L’éloge de l’impossible

 

 

Malgré mes réticences

Mon ombre se donne en spectacle

Non je n’ai pas voulu de ce décor

Ni d’un fantôme sous les feux de la rampe

Le souffleur a beau me crier mon texte

Ma bouche ne trouve qu’une voix d’enfant pour le déclamer

Devant un public de pauvres.

Sur le cou la lune est posée

Comme une tête de rechange

Il manque une aiguille à l’horloge

Des anges pressés par le temps.

Aux nuages vont les éloges

Quand ils courtisent nos étangs.

 

Aux semaines sans sommeil succèdent tous les impossibles

Ils sèment çà et là quelques plumes chatoyantes

Leur rire se déploie d’une oreille jusqu’à l’autre

L’un compte les poils de ses jambes

L’autre défile entortillé dans le boa de Tante Di

Le château se réveille s’étire et bâille

Encore un lever de soleil !

On habille l’automate on lui fait signe dès qu’il s’envole

Les chasseurs de mauvais rêves sont déjà sur la lune.

 

Je suis reflets au travers du miroir étoilé

Des cris franchissent la barrière de mes lèvres

Pour se vautrer dans ma bouche

Crisser sous mes dents et se répandre affaiblis et heureux

Sur des tapis d’Orient ou peut-être dans des panses oubliées

Par des petits rats en tutu s’entredévorant

Devant cette tour dont l’accès réservé

Est garanti par des années d’écriture

La rivière n’imaginait pas pouvoir endiguer

Ce flot boueux aux couleurs écrasant l’arc-en-ciel

L’océan pourtant n’a jamais été si calme et beau

 

Samedi en juin,

 

Pendant que Capucin 1er parle anglais

Sourire aux nuages

Nous tournons dans le grand tambour

Au son d’une batterie crécelle

D’un ballon au panier

D’une boule dans le gravier

Si petites fourmis occupées à parcourir

En rond

Les trous de la machine qui nous emporte

Que nous oublions d’applaudir le délicat

Travail d’une vie papier peint décollé…

 

Aux claviers :

4Z2A84

Élisa

Éclaircie

Phoenixs

 

Le titre ne doit rien au hasard, mais tout à Élisa et 4z

Averse de printemps.

 

Pour se désennuyer

la pluie invente la musique.

Toutes les oreilles collées aux gouttières sont des auditeurs avisés.

– Ne risquez pas de manquer le concert en vous abritant sous vos draps.

Marée haute sur le soleil

Le bal des oursons,
*

Dans les feux les fusées

Les ballons les poupées

Les galets les écumes

Les roues volent

Retombent

Eteints

Sur les oursons à terre

Au pied des manque d’air

Des soleils retournés

Dans l’orbite soufflée

De notre pâle univers…

*
Les ciseaux virevoltent autour des cheveux
S’y agrippent les mordent comme furieux
Immobile le sujet ferme les yeux
Conscient de ce qui est et de ce qui n’est pas
Pas ici pas tout de suite
Les rats qui trottinent au frais
Dans leurs galeries si sombres
La métamorphose des ciseaux en volatiles
Qui fuiront dans un fracas de plumes

Dès qu’une porte s’ouvrira

Et quelque chose d’autre qu’il a vu
De l’autre côté des paupières closes
Quelque chose de beau
Qui s’est envolé de sa mémoire
*
Naissance d’une source au milieu de la nuit :

On l’entend dire un mot

Le premier mot du livre

Que nul ne lit les yeux ouverts…

La rue s’enorgueillit de ses commerçants

La vallée de ses cours d’eau

Les deux se regardent de loin

Comme des ennemies pacifiques.

Les navires à l’ancre au port ruent d’impatience

Le soleil les appelle en vain

Et son couchant cherche à les éviter.

Ma fenêtre me quitte en emportant les dernières lueurs du jour

Déracinée la lumière s’adonne à tous les jeux dangereux

Loin de moi.

*

Sur le chemin de terre à l’abri sous les pierres

Les poissons attendent la grande marée

Leurs écailles séchées par le soleil des années

Renvoient aux alentours des éclats de lumière

Que les arbres la nuit  rassemblent en faisceaux

Dont ils tissent les brins pour éloigner la peur

Quand devenus humus ou bien encore fossiles

Ils ne porteront plus l’espoir de parchemins

La mer retient son souffle et calme ses élans

Elle accueille en son sein de nos rêves les chants

*

Ces mots étaient là ce matin, peut-être même hier : ma tête est restée au jardin, oubliée entre le lierre et les pivoines. Dans l’ordre se sont posés (sur la branche insoumise d’un églantier) ceux de Phoenixs, Elisa,  4Z et Eclaircie…enfin, il me semble.

***

La besace du chihuahua,

On devait impérativement choisir entre le gouffre et l’abîme
Pour y jeter avec des vœux de bon voyage la poésie.
Voyez comme se débat cette fleur des champs
Elevée à la hauteur des roses.
Ne fermez pas les yeux devant votre image
En tueur de chihuahuas offerts aux mariées
Dont un pied se prend dans le tapis rouge.
Je ne suis qu’un piège parmi d’inutiles panneaux
Sur lesquels on lit l’ordre de mourir
Et le mot pour obtenir un supplément de soupe.
***
Le bal des valets de pieds,

Sur le parquet vissé glissent
Les chaussons cirés
Selon la boîte à rythme
Déréglée
Capucin 1er assis sur son velours
Doré dort
Pendant que se perdent les chausses
Des serviteurs asservis
A ses pieds.
***
Je suis la besace crevée qui pèse sur l’épaule
Le manque sans répit qui ronge les entrailles.
Je suis le mal, tapi au fond des êtres
Baignés de mots cruels et de fleurs sombres.
Ma démarche terrible en épouvante quelques-uns
Les autres se rivent à mon rictus
Comme au soleil d’un nouveau jour.
Aveugles et sourds ils rient de mes ténèbres
Et meurent sous mes coups, toujours idiots,
Bénissant ma grâce, mon aplomb et ma bonté.
***
Sommeille l’envie de dépasser
Les cimes des arbres
Les clochers de toutes les églises
Les silences sur les visages
De ceux que l’on ne croise jamais
Tapie dans la gorge
La sentence ultime
Peut patienter des jours et des années
Sans se détourner de la sagesse
Ou bien de la folie nécessaire à tout voyage
Le chemin s’ouvre et les senteurs guident
Le vent éloigne les ombres
En apesanteur les silhouettes parcourent alors l’infini

Tous les textes se répondent sans hasard, sûrement influencés par les temps qui courent on ne sait encore vers quoi ni vers qui…
J’ai choisi de terminer ce quatuor sur une note d’espoir dont les mots sont les derniers protecteurs.
Sur la partition : 4Z, bibi, Elisa, Eclaircie.

LES DESSOUS DES APPARENCES

Les dessous des apparences.

*

Dans les jardins de mer fleurissent les poissons

Pétales délicats leurs écailles s’entrouvrent

Ailerons gouvernant l’arc-en-ciel sous-marin

Le peintre ne sait pas trouver sur sa palette

Les couleurs inventées par ce printemps fugace

La lune et le soleil parviennent à capter

Les teintes à offrir pour adoucir le temps

Au veilleur fatigué que le sommeil a fui

Le silence des eaux submerge les miroirs

Et le reflet de l’homme inonde les marées

Souvenir des écrits qu’il reste à composer

N’écoutant que les voix chuchotées des forêts

*

Capucin 1er,

 

C’est lui le gardien des grains de raisin

Cacahuètes et bananes bleu-roi

C’est lui au sommet du baobab

Le plus haut perché

Qui jettera dans un grand sourire noir

Les petites gâteries aux fidèles pendus

Aux basses branches

Si tu passes sous l’arbre prends garde

De ne pas trébucher sur les pelures

Les têtes coupées, les mains moites

Et les langues tranchées

Dans cette jungle qui hurle de faim

Gueules béantes

*

Les rêves sont des êtres transparents

Ils attendent que tout soit immobile

Que rien ne soit plus visible

Le silence leur offre une voix

L’obscurité leur donne un corps

Qui se nourrit et fortifie une vie durant

Du nôtre

Quand le cœur d’une horloge se tait

Un rêveur se délivre de la lumière

Comme d’une chaîne dans sa chair

Il devient l’invisible aussi libre que l’air

*

La nuit la fenêtre

Chez vous reste ouverte

Ici l’air pénètre

Sur une aile verte

Ici la douceur

Est monnaie courante

Au ciel un glisseur

Etourdi s’oriente…

Rien ne nous retient

De partir ensemble

Vous mon seul soutien

Le vent nous rassemble…

Les oiseaux se taisent

On pourrait se croire

Dans une hypothèse

Ou dans son miroir…

*

A l’œuvre :

Eclaircie

Elisa

Phoenixs

et 4Z.

*

 

 

L’isolement des miroirs

Puits tombal,

Les voix du puits montent

Criant

Criant

Sous le bandeau noir des nuages

Les sons s’agitent en grelots secoués

Insensés et pâles

Mourant

Mourant

Dans l’épaisseur hésitante

Tu choisiras entre deux nœuds coulants

Celui qui te laissera l’air

Le moins asphyxiant en gorge

Muette.

.

Dans chaque livre un volcan sommeille

C’est pourquoi de la première à la dernière page

On doit s’armer d’un parapluie

Lire devient un dur métier

Quand ses ailes ne portent plus le vieillard

Il marche la tête entre les poings

Ou pliée dans la poche revolver

Avec des certificats de bonne conduite

Le crâne se prête à tout

Son élasticité il la doit au chewing-gum

Dont il copie aussi le rythme d’horloge

La nuque prend sa source sous terre

Ses ventouses aspirent ensuite le plancher

.

Les aiguilles de l’horloge parties bien avant l’aube

Virevoltent dans le ciel au pied des nuages

Le vent tente de chasser le temps

Le temps lourd pressant impudique et voyeur

La pluie ne désire pas s’étaler sur les champs

Sur les rues où des cris trop perçants

Écrasent la moindre pousse regardant vers demain

Je veux prendre le temps par la main

L’amener au sommet de nos heures volubiles

Écarter les bouches d’où ne sort que le feu

Et lire lire lire l’aurore que tu écris en l’absence du jour

.

Je suis l’arbre creux

Qui lance ses branches

Jusqu’aux nuages blancs

Et aux ciels bleus

Qui offre la douceur de son écorce

A la main qui s’aventure

L’arbre creux

Qui s’enfonce dans la terre

Disparait à la vue

Se prolonge de l’autre côté de la lumière

***

Derrière ou/et devant le miroir :

Phoenixs

4Z- par procuration

Éclaircie

Élisa

La poésie de même qui se reflète à l’infini

De la mare à la mer

Au commencement était la grenouille,

Qui coassait et multipliait son chant
Au son des lucioles aveuglées
Par leur propre derrière qui les conduisait devant
Devant quoi ?
La mare était obscure
Les joncs épais bouchaient la vue
Les chouettes myopes hululaient en vain
Contre le voile léger du bois
Et grouillant aux abois les rats et les papillons de nuit
Couraient en vrac dans les épines
Rouges du sang des marmottes
*

L’océan ne connait pas le monde
Il roule et s’enroule sous le ciel impassible
Ou tourmenté qui jamais ne lui laisse entendre
Que le vent très loin des falaises
Il ignore les trains les forêts les ponts et les sommets
Pressent les torrents les rivières et les fleuves
Ma voix jamais ne l’atteint
Et lorsque mon regard se porte à l’horizon
Je l’aime ainsi lointain mouvant fier
Infini et se prêtant à toutes mes lectures
*
Le fer donne au temps l’éternité
Le regard aspiré par l’infini et ses étoiles
Libère le corps de la pluie et du froid
Qui l’entravaient
Les voitures peuvent le frôler
Comme elles le font chaque jour
En mouvements pendulaires automatiques
Il ne les sent plus. Il ne les voit plus.
Exposé aux yeux de tous
Il sombre peu à peu dans l’eau glaciale et muette
D’une rivière citadine et fantôme
*
L’hiver le souvenir de la neige et des luges

L’hiver ne dura pas plus d’un jour cette année

La mer ne jugeant pas les flocons dangereux

Chaque vague avalait sa part de papillons

Comme nous déjeunions d’avoine pour grandir

Venu du port l’appel des bateaux en partance

Attirait voyageurs clandestins et badauds

Mon ombre se moquait de moi quand sur les quais

Je cherchais parmi les colis le coffre plein

D’îles de gros poissons de sirènes et d’algues

Aurais-je été surpris d’y trouver des montagnes

Avec à leur sommet des neiges éternelles

Du large on rapportait de tout même du temps

Ce temps qui se perdrait si nous ne rêvions pas.
*
Quatre voix ou des milliers, douze mains ou peut-être huit, des yeux en quantité non négligeable (il faut compter ceux du ciel nocturne et ceux du bouillon) et puis des mots, à entendre.
J’ai l’honneur de partager ce vendredi avec Phoenixs, Eclaircie et 4Z qui clôture cette publication avec un poème de 2015.