Février sous nos plumes

En travaux,
.
Où que tu diriges tes pas
Tu butes sur un panneau
Dans un trou
La terre remuée à l’air
Libre t’appelle
Et la pelle te jette déjà
Au visage l’épitaphe :
Ta vie au chantier s’est ouverte
Sans jamais refermer les saignées
De tes virages
Sans issue

*
La sève gonfle le bois de mes bras tendus
Comme deux branches immobiles
Des rêves y courent libres de tout
Je donne à manger à un rat fier qui m’apprivoise
Devient un enfant silencieux et avide
Quand la lumière se voile je passe sur l’autre page
Du livre à l’intérieur duquel je dors
Quand le jour s’étire et baille à l’horizon
Je déplie mon être et secoue mes feuilles naissantes
Le monde se compose et se maquille
Au miroir de mon âme passagère

*
Tu t’éveilles d’un rêve agité tu soulèves
La couverture sous laquelle coco dort
Il (ou elle car tes enfants n’ont pas déjà de sexe
On les verra un peu plus tard ouvrir leurs yeux)
Réclame le sein ce sein qui sort soudain d’un golfe
Comme une île surgit de l’océan pour accueillir
Les flamants roses fatigués de poser en plein vol
Pour un peintre entraîné trop loin par ses pinceaux
Tu l’interceptes dans ta nasse avec coco
Dont l’unique oreille s’enroule alors autour de ton sceptre
*
La vallée se creuse plus encore
À la recherche de cette eau
Qu’on lui a dit exister sous les feuillages
Cette eau pour dissoudre la poussière
Soulevée par toutes les courses
Par les galops par les fuites éperdues
Quand tous ont compris que la vallée
Avait cessé de rire
Parvenue au point de rupture
Elle s’embrase et pas un arbre
À ses flancs n’a pu sauver le moindre germe

*
Voici que février s’éloigne chanté par les plumes talentueuses de Phoenixs, 4Z et Eclaircie, accompagnées de la mienne, toujours ravie de partager la même encre.

Pour arrêter la pluie, c’est très simple. Ouvrez les volets, la fenêtre, tirez les rideaux et levez les yeux au ciel. Fixez un nuage, un pas trop gros, ni trop haut, fermez légèrement les yeux, quand c’est fait regardez fixement une goutte de pluie et suivez la jusqu’au bout de son voyage, jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’une étoile d’eau qui brille sur le sol. Tout de suite, recommencez la même opération avec une autre goutte d’eau. Au bout d’un moment, la tête commencera à vous tourner. Alors là, gardez soigneusement votre regard par terre et, rapidement, vous y découvrirez des milliers d’étoiles scintillant sur le sol sombre. Un dernier effort, et vous verrez une nuit constellée d’étoiles. Théoriquement la pluie aura cesser. Sinon ça serait bien la première fois qu’on verrait pleuvoir avec un ciel étoilé...

Les chevaux fous

L’homme qui marchait d’un pas hésitant, dans cette petite rue, fuyait la solitude et l’angoisse.
Toute la nuit, il avait vu des chevaux fous piétiner la foule qui restait muette. Au matin, il gardait dans sa mémoire des images atroces. Aussi, il était venu chercher en ville, parmi ses habitants, la preuve que ce n’était tout simplement qu’un affreux cauchemar.
Il voulait en parler à quelqu’un pour purger ses souvenirs. Le dialogue aurait été, pour lui, un exorcisme.
Lui, si fragile, qui avait souvent des difficultés pour adhérer à la réalité se sentait perdu.
En temps ordinaire, il aurait suffi de peu de chose pour qu’il participe à la vie de la cité.
L’odeur de cuisine qui s’échappait des sous-sols d’un restaurant, le sourire d’un ouvrier municipal, tout cela l’aurait fait rentrer dans une petite vie sans risque. Les autres l’auraient porté quelques instants dans leur sillage, juste assez pour lui donner un peu d’élan, et il serait reparti.
Mais aujourd’hui, il avait la tête trop lourde des chevaux fous de la nuit et tout cela ne suffisait pas.
Il décida d’aller boire quelque chose dans un café. Là, il pourrait peut-être communiquer plus facilement. Tous les bistrots du monde servent de ports aux marins d’eau amère, à ceux qui louvoient entre le vide et la mort, à la découverte d’une vie nouvelle. C’est là qu’on rencontre les mendiants de la tendresse.
Il traversa la terrasse et entra s’asseoir sur un tabouret.
Il y avait dans la salle, tous les types d’individus qu’une ville moyenne peut comporter.
Il trouverait bien quelqu’un avec qui il pourrait partager son mauvais rêve.
Il demanda un café et regarda autour de lui.
A une table, des touristes se disputaient le privilège de régler leurs consommations. Chacun surenchérissait dans le ridicule, pour prouver à l’autre toute l’étendue de sa politesse. Pour eux, c’était un comble de raffinement, mais pour les gens autour, c’était grotesque et incongru.
Il n’y avait pas de place pour lui et ses chevaux fous.
Au bar, à quelques verres de lui, une femme regardait dans sa direction en buvant à petites gorgées une boisson fumante. Il devina à ses yeux qu’elle ne le voyait pas; il était un figurant anonyme, étranger à son histoire.
II n’avait pas plus de relief que l’affiche collée au mur devant lui. Il tenta une ombre de sourire pour qu’elle ne se méprenne pas sur ses intentions. Aussitôt, elle regarda ailleurs. Ce n’était pas à elle qu’il confierait son angoisse.
A côté de lui vint s’asseoir un homme en short qui tenait un paquet de couches pour enfants dans les mains. Il était gras, la peau rougie de coups de soleil et ruisselait de sueur et de suffisance.
Il commanda une bière d’une voix forte et chercha parmi les consommateurs quelqu’un de plus frêle, pour y déverser son trop-plein de banalités qu’il trouvait hilarantes.
Il détourna la tête prudemment. Bien sûr, il aurait pu parler à cet homme des chevaux et du sang de la foule muette; mais il aurait ri, et ça n’aurait servi à rien.
De l’autre côté, un homme en complet veston mangeait un croissant qu’il trempait dans un bol de lait chaud. De temps en temps, il saluait quelqu’un d’un geste ample et chaleureux et conservait son sourire pour le resservir aussitôt à la personne suivante.
C’était un type d’homme classique: mangeant toujours suivant ses envies, buvant bien, parlant juste, toujours comme il faut, là où il faut, les orteils à l’aise dans les chaussures qu’il a choisies.
Le dialogue s’avérait difficile car ce genre d’individu n’attache pas beaucoup d’importance au rêve, mais c’était l’occasion de parler et il ne s’en trouverait peut-être pas d’autres dans la salle.
Il s’adressa à lui par une banalité en guise d’entrée en matière. L’homme lui répondit par un sourire poli. Il continua, l’homme hocha la tête. Il allait commencer à parler de son cauchemar de chevaux fous quand l’homme enfonça le dernier morceau de croissant dans sa bouche. Il but le reste du bol de lait pour essayer de le faire passer et, marmonnant une excuse, se replia vers les toilettes.
Resté seul, planté devant le bar, il se sentit ridicule. Il chercha autour de lui quelqu’un d’autre, quelqu’un qui ne serait pas comblé par un croissant et un café…
Toutes les tentatives qu’il fit, avortèrent et il restait seul avec les chevaux qui galopaient dans sa tête.
Le vide qu’il ressentait était trop hermétique, trop compact. Ce n’était pas une dépression qui aspirait les autres?
Son cauchemar avait fait pourrir sa vie et elle dégageait une odeur fétide qui rebutait les gens. Il n’avait même pas trouvé un de ces intoxiqués du malheur qui se piquaient à coup de déprime et qui se nourrissaient, en parasites, des ennuis accumulés par les autres.
Ceux qui avaient abondance de bien-être ne voulaient pas partager, et ceux qui avaient peine à vivre ne le pouvaient pas. Tous ici avaient mérité le plaisir d’être bien, et il n’y avait pas de place pour les chômeurs de l’existence qui refusaient de travailler pour gagner leurs deux sous de bien-être quotidien.
Il quitta le café avec son cauchemar qu’il n’avait pu extraire.

Le chauffeur d’un camion citerne qui arrivait rapidement, bloqua son avertisseur; mais les chevaux faisaient trop de bruit dans la tête de l’homme qui traversait la rue.
Le conducteur freina violemment; le camion heurta une voiture en stationnement, et avec toute la force de ses quatre-vingts chevaux devenus fous, il faucha la foule muette d’effroi, sur la terrasse et alla s’encastrer dans le café.

© La lisière mauve    Paul de Glecy

Résurgences

 

 

Un petit canal aux joues fraîches

Se faufile entre les herbes animées des berges assoupies

Il irrigue nos silences rêveurs

De mots qui naissent puis nous reviennent

Enfants des eaux qui saisissent de leurs mains

Nos visages gravés de peurs et de souvenirs d’un autre temps

Enfants des vagues et du ressac, des marais et des bois

Ils fondent notre mémoire comme un métal précieux

La métamorphosent en une source inépuisable

D’horizons ensoleillés et de matins extraordinaires

*

Dans le vase le poisson se rassure des cloisons si proches

Il laisse la peur de l’immensité aux fleurs dans l’aquarium

Alors que ni l’un ni les autres n’ont jamais pris le train

Celui qui s’engouffre dans les tunnels sans crier gare

Qui disparaît dans la brume du matin ou dans les heures du soir

Plus longues de jour en jour sans parvenir au lendemain

Le bois de la table chante pourtant sur une musique inconnue

Fleurs et poisson entrevoient des espaces que les murs masquent

Le vent s’épuise sans abattre la forteresse jalouse de la lumière

Seules les étoiles ont appris à ne craindre ni le passé ni l’avenir

*

Ciel peint à l’eau,

 

Réunis au sommet

Les scalaires plantent le monde

Entre écailles et bulles noires

Ils dressent les codes de l’aquarium

Au gré de leurs nageoires

Loin des abysses sombres

Où s’agitent en vain les vers

Eperdus de sable

Qui leur servent de fous follets

*

La rivière enrhumée passe l’hiver au chaud

Près de sa source avec des amis prévenants

De ma branche très haut placée

Sur l’arbre autour duquel l’anaconda s’enroule

Je vois rouler le fleuve en voiture à chevaux

Des chevaux trop nombreux pour un seul forgeron

Leur haleine produit des nuages pluvieux

Quand fuyant l’orage ils galopent

Vers on ne sait quelle écurie

La rivière s’écoute entonner ma chanson

Le bruit de la perceuse électrique on le couvre

En criant je vous aime aux oiseaux révoltés.

*

Élisa se faufile près du canal aux yeux d’enfant, Phoenixs peint des poissons libres, Éclaircie attend les étoiles, 4Z chante avec la rivière, dans ce tableau aqueux aux mille facettes.

 

Composition!

Composition!

A chaque vers, une couleur,

A chaque vers, pour la nuance un ton de plus,

A chaque vers, un état d’âme pour définir le mot pensé
Qui se retourne éberlué face au suivant
Qui l’interpelle croyant parfaire l’idée d’après…

A chaque vers une découverte de mots ennemis qui se parlent
Et saisissent l’utilité de cet échange à consommer,
En inventant l’idéale manière de converser…

A chaque vers une vérité,
A chaque vers l’essentiel,
Et pour finir en beauté,
Comme, me le soufflerait ma muse,
Une timide morale à réviser.

A cette fin, l’idée m’enchante de repartir du présent,
Vers le temps de ma franche jeunesse auréolée des libertés,
De versifier sans que j’y pense
En mots impromptus du temps passé.

Toni Cervantès Martinez

Le fond des bols

Une fois le café au lait bu
Que reste-t-il au fond de mon bol ?
Rien ! hurlent mes témoins…
Or je distingue en me penchant
Au risque de tomber dans la flaque
Un fakir sur sa planche à clous
Un fakir minuscule attiré là par les miettes dorées
De mon croissant : un régal.
Nos boulangers ne sont pas tous pressés
D’en finir avec l’existence.
Certains lisent dans le journal
Leurs déboires et rient
Comme du marbre chatouillé.
*
L’air est chargé de lourds parfums
La mémoire encombrée d’images
Des étoffes luxueuses, une chemise à la blancheur éclatante
Le froissement discret d’une robe, ses motifs élégants
Une peau rasée de près un galbe entretenu
Une liste colorée de mots appris par cœur
Dans la spirale de l’idéal les idées défilent
A jamais insuffisantes pour satisfaire l’impossible
Et puis vient cette route
Et puis apparaît cet homme rivé à sa chaise
La raison revient comme un jour qui se lèverait
Il fait froid, quelques flocons se posent sur la glace.
*

Le ruban se déroule interminable
Il se lie dans une spirale parfaite
À tous les branchages en attente
Aux mains tendues aux cous graciles
Parfois sa teinte épouse la glace translucide
Ou le reflet de parchemins indéchiffrables
Enroulé aux pieds des troncs
Ils les invitent à osciller dans le vent
Abandonnant la course qui toujours
Les mène dans un sol trop meuble
Leurs racines perdant l’usage du chant
*
Plumes de vent,

On cherche dans le foin l’aiguille
La montre, le temps en rond
Cercle de faire
Perdus entre les épis on épie
L’autre qui se démène, fouille
Fonce à rides abattues pour trouver
Trouver quelque chose de signifiant
Infime, invisible
Un rien vivant
Pendant que flânent, ailleurs ,
Les faucheurs de chas

*

(Très) Inspirée par 4Z pour le titre, je rédige ceci avant de recevoir les poèmes de Phoenixs et d’Eclaircie. L’attente est délicieuse, les murmures de leurs écrits nous parviennent, on entend le bruissement des mots avant de les voir, éblouissants, charmants, poignants…

Tutu et pas chassé

Les oiseaux piqueniquent sur des nappes de pétrole !
On transporte en fiacre – et en secret –
L’arme nucléaire dont raffole le quincailler.
La ville glisse le long des rails
Entre des rideaux d’arbres neurasthéniques
Auxquels se pendent des suicidés servis en salade
Sans vinaigrette malgré leurs tracts…
Sur les planches le produit de la diva et du boa à eau
Attire les passants désœuvrés
Comme l’aimant l’incapacité de retrouver son gyrophare
Dans le sable de ces vallées vendues aux + offrants
Par vos conseillers en barboteuse
Et non pas en tutu monsieur le procureur.

***

Sans titre,
On se plaint du voyage, des voyageurs
Du wagon sale et bruyant
Des repas décevants des paysages monotones
Des gares éteintes dans la nuit
Froides de tabac
On se plaint que les vaches aient encore la même figure
Le ciel les mêmes nuages noirs épais
La mer au loin ressemble à la campagne
Et les maisons s’entassent en vrac dans le regard
Mais quand le contrôleur nous fait descendre
En marche
Alors là, nous pleurons sur nos titres
Périmés.

***

On a dû naître un jour
Sans y penser
On a tenté de compter les grains de sable
Nous séparant de l’autre rive
Et l’on se sera perdu entre cent et mille
Pour se retrouver un soir
Au centre d’une immense salle
Emplie de sons que l’on ne distingue plus
Des voix des chants ou des couleurs
Un plateau dans la main
On offre au vent
Les derniers battements de cils
Que le regard s’envole vers l’océan

***

Les éclats laissés sur le sol renvoient des images
Puzzle gigantesque d’enfant sans limite
Visage lisse et pur d’une eau trop paisible
Bouts de ciel ou talon sans pitié
Personne ne peut les voir qui ne dort pas
La nuit s’est brisée en obscures facéties
Même la lune se tait séparée du sommeil
Et les rêves s’enfuient vers les cimes dérobées

Dans ce voyage sont partis : 4Z,bibi,Éclaircie,Élisa. Avaient-ils leur titre de transport, ont-ils échoué devant un procureur insomniaque ? Allez savoir où nous emportent ces mots venus de quelque part pour s’envoler ailleurs…

PIEGES A ORNITHORYNQUES.

Pièges à ornithorynques.

*

C’est comme le rire d’un ogre qui partirait de quelques entrailles

Notre corps devient une terre fertile couverte de feuilles

Le froid, la brume et la pluie y croisent ce rire

Ainsi que des baguettes faisant office de jambes

Et de longs nez dirigés vers le spectacle céleste

De grands éclairs silencieux aussi colorés qu’un arc-en-ciel

Et au milieu d’un brouhaha incessant l’étrange miracle

Du silence qui nous habite et nous protège

*

Le pantin dénoue ses ficelles

Pas vraiment rassuré de la chute qui s’en suivra

Il accepte de n’être qu’une forme indéfinie

S’il décide enfin seul du pas de danse

Offert à l’enfant aux yeux écarquillés

Il a vu des oiseaux empêtrés dans le lac gelé

Mais aussi cette chouette immobile

Posée sur une branche dans un salon

Aux lumières trop vives pour trouver le repos

Sur le fil à sécher le linge

La chemise rouge rayée de blanc

Et le pantalon de velours côtelé

Sont les derniers signes après que la flamme

A brûlé les pieds de bois et le chapeau de paille

*

Sur la table de message,

 

Tu fermes les yeux dans le clair obscur

Le dos callé au chaud

Les pensées vagues en frissons

Sur les rochers noirs de tes nuits

La réponse voyage entre deux tunnels

La paix avec elle

Danseuses légères sur le fil

Que tu soutiens à bout de silence

Inconnu.

*

Il neige dans les maisons quand on les secoue

Tous les meubles réunis autour de la cheminée

Où des flammes frétillent

Médisent du chat tigré

Il les snobe lorsqu’il ne dort pas

Là-haut sur le lustre entre les bougies…

Je ne leur prête aucune attention

Ni à la table ni aux chaises ni à l’armoire

Ni à l’animal perché

Seuls les poissons rouges me subjuguent

Car même en temps de paix

Leur torpilleur effraie les îles.

**

*

Ont donné :

Eclaircie

Elisa R.

Phoenixs

et 4Z.

*

 

Au clair de soi

 

Un trajet s’ajoute aux autres

Malgré la longueur des jours toujours plus grande

Le chemin sans canne avance aveugle

Tant les pensées contiennent de paysages

La maison bien sage elle-même a disparu

Ne demeurent que les sièges confortables

Le visage aimé des enfants qui nous attendent

La vie ici est encore douce malgré les petites tempêtes

Chacun savoure le présent sans oublier pourtant

Les faiblesses à venir et les défis du temps qui passe

 

Eclairée de l’intérieur

La neige tient tête à la nuit

Comme une lueur dans un regard perdu

Les mains trop chaudes la tuent

Etouffez sous des gants vos caresses

Tant de blancheur n’est qu’une illusion

Le rayon de la lune pèse davantage

Ce satellite nous toise

Lever les yeux donne des ailes

Au passant frileux pressé

Si la soupe refroidit

L’homme économisera son souffle

 

La lune jubile à la vue des reflets métalliques

Du ciel de fin de nuit

Nul ne sait son sentiment lorsqu’un pied

Humain étrange et chaud a foulé son sol

Régnant depuis des lustres

Sur un monde immobile et désertique

Le froid l’accompagne et l’enchante

Son visage au travers des lacs gelé

N’a jamais autant resplendi

Pour moi si loin pourtant tellement proche

La brûlure du gel ravive la couleur des encres

Et les nuances du blanc dans les yeux du soleil

 

Le chat au violon,

On ouvrant la fenêtre il est entré

Venu de quelque part

Sans aigle noir

Jouer sa musique d’ailleurs

Pour les petits souliers des aveugles

Un peu de lumière s’est posée sur nos semelles

Sans Rimbaud

Et l’on a pu continuer de piétiner

En ritournelle au clair de soi

 

Les satellites de la Poésie, cette semaine :

4Z2A84, Élisa, Phoenixs, Éclaircie

Dans un ordre que je vous laisse deviner…

Un grand merci à Phoenixs pour son superbe titre.

Jean Vasca

L’Ogre
J’ai faim de mondes infinis
Vieille soupe d’astres et de songes
De ce pain bleu des galaxies
Qui fume encore et me prolonge
J’ai faim d’îles et d’archipels
Où mijotent d’autres saveurs
Faim d’une faim originelle
Venue de l’espace intérieur
J’ai faim de ces couleurs qui crament
De cette lumière sabre au clair
Faim dans ma chair et dans mon âme
De tous les fumets de la terre
J’ai faim d’un vertige de femme
Pétrie de nuits et de marées
Quand le grand désir qui s’enflamme
Ouvre le sexe de l’été
J’ai faim d’une fraternité
Qui tremble de toute sa treille
Faim des vivantes vérités
Des évidences du soleil
J’ai faim d’une vie à ras bords
Qui dégorge sa sève noire
De cette vie qui se dévore
Dernière tablée du hasard
J’ai faim de cette éternité
De ce ciel vide qui me coiffe
Que la mort en meure bouche bée
À la fin de l’envoi j’ai soif.
Le cri, le chant, Le Cherche-Midi éditeur, 1988 Album L’Ogre, 1988

Vendredi treize

Le temps des soupirs,

.

A force de regarder passer le vent

Tout a fini par s’envoler

Les ans gracieux, les rires fragiles

Les petites têtes vides de nuages

Ou alors tout faux

Les corps inépuisables aux arbres pendus

Les courages à deux sous

Les imprudences à deux balles

Qui laissent sans retour

Au dépôt de bilan

*

La semaine a perdu quelques jours et la lune

Tout en haut du ciel blanc n’a pas vu qu’un cambrioleur

Somnolait à l’abri d’un arc-en-ciel sédentaire

Les nuages se poursuivent en quête d’un titre

Quelques arbres sans tête avancent au hasard

Sur les routes salées des cartes rouges de la météo

Tout s’endort surtout le grand lit bien douillet

Qui ne s’inquiète de rien et n’entend rien en politique

Ni d’ailleurs en tarot en belote ou en géographie

*

Elle habite au sommet d’une montagne

Là où le regard se perd

Ou sur le toit d’un gratte-ciel

Dont l’ombre enténèbre la ville

Elle m’invite chez elle

Or comment reconnaître parmi les nuages

Sa maison son nid

Comment même avec une boussole

Situer le nord

Et la place du cœur dans l’univers

Quand le balai de la pluie a tout effacé

Comme l’éponge sur le tableau noir

Où nos noms tracés à la craie

Nous créaient.

*

Les quatre angles de la pièce

Las de se regarder en chiens de faïence

Songent à d’autres dispositions plus confortables

Tandis que le premier s’imagine croisée de chemins

Le second attend son heure pour se dissoudre

Comme sucre dans le lait chaud

Bien qu’il redoute un peu les bains de mer

Les deux suivants – ensemble car la solitude les a toujours apeurés

Se récitent toutes les comptines où les plus belles fées

Ne se changent pas en libellules mais en araignées

Aux robes plus pimpantes que celles des meilleurs crus

Et sont conservées dans des sphères pour que jamais

Le dilemme de l’avenir des encoignures ne se reconstruise

*
Dans un désordre absolument calculé : 4z, Phoenixs, Eclaircie et moi-même. Libre à l’aimable  lecteur de mettre chaque nom au bon endroit.